L’opposant affirme que le chef de l’État n’aura jamais de 3e mandat.
Pour parvenir à ses fins, l’opposant s’est associé, au mois de mai dernier, à d’autres leaders politiques (dont Sesanga et Katumbi) pour créer la plateforme C64 qui entend mobiliser la population congolaise contre la volonté de changement de Constitution du clan Tshisekedi. Un mouvement qui est parvenu à mobiliser Kinshasa pour une première journée ville morte et un sit-in devant le parlement et qui annonce, après plusieurs reports, une grande marche pour le 15 septembre prochain.
Monsieur Fayulu, les deux premières mobilisations citoyennes ont été des succès alors que le mouvement C64 n’a pas de grands moyens financiers pour sensibiliser la population. Comment expliquer ces réussites ?
La population congolaise a soif de démocratie et de développement. Elle est aussi désespérée parce qu’elle a cru que le nom que porte l’homme qui a été installé au pouvoir pouvait amener du changement. Mais Tshisekedi n’a rien fait pour le peuple. On assiste juste à une course effrénée à l’enrichissement d’une famille, d’un clan issu d’une même ethnie. Tous ces éléments associés ont porté le C64 et ont assuré le succès des deux premiers rendez-vous.
On sent une vraie colère monter dans la population face au désir de Tshisekedi de changer la Constitution et de rester au pouvoir…
Le peuple congolais sait pour qui il a voté. Il sait qu’il n’a jamais désigné Félix Tshisekedi, ni en 2018 (le vrai vainqueur de ce scrutin était Martin Fayulu “candidat unique” de l’opposition, NdlR), ni lors du simulacre d’élection de 2023. Il ne veut pas que Félix Tshisekedi prolonge son séjour au pouvoir”.
On a le sentiment que l’histoire se répète et que l’on revit la fin du second mandat de Joseph Kabila ?
En effet, en 2015-2016 la ligne rouge était la même pour Joseph Kabila : pas de 3e mandat. En 2028, qu’il le veuille ou non, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir. Il faut passer par un dialogue qui brossera notamment les contours du prochain scrutin qui devra être pacifique et crédible.
Vous pensez qu’il est encore possible d’organiser un dialogue dans les prochaines semaines et les élections en 2028 ?
Il faut deux ans pour organiser les élections. ce sera juste mais c’est faisable. Tout va se jouer dans les prochaines semaines. Si la bonne volonté est présente, les grandes lignes de ce dialogue peuvent être bouclées trois semaines. Cela fait des mois qu’on réclame ce dialogue. Je suis allé personnellement voir Tshisekedi pour lui demander de l’organiser, ce qui m‘a valu certaines critiques. Mais j’assume. Il fallait tenter cette démarche. Aujourd’hui, Tshisekedi parle enfin d’un dialogue inclusif.
Mais quoi qu’il arrive le prochain scrutin devra se tenir sans Félix Tshisekedi ?
Absolument. Mais sa famille politique est la bienvenue. Comme ce fut le cas en 2018 avec le parti de Kabila qui a pu présenter son candidat. On demande à Tshisekedi de se trouver un dauphin. Je le répète à qui veut l’entendre, la Constitution est sacrée. Son article 220 est limpide quand il dit que le président de la République est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois. Kabila a dû se résigner à la respecter. Tshisekedi devra en faire autant. Il n’y aura pas de troisième mandat.
Vous évoquez un dialogue inclusif mais votre inclusivité est-elle la même que celle de Félix Tshisekedi ?
Pour moi, un dialogue inclusif doit inclure le pouvoir, la société civile, l’opposition politique et les groupes armés. Certains, comme l’AFC/M23 occupent des territoires immenses, ils gèrent des grandes villes comme Goma et Bukavu, vous ne pouvez pas faire l’impasse sur eux.
Cela signifie la présence de Joseph Kabila ?
Il faut cesser toute forme d’hypocrisie. Le pouvoir de M. Tshisekedi parle avec l’AFC/M23 à Doha. Si Kabila est le chef de ce mouvement, Tshisekedi est déjà en négociation avec lui.
Quand vous évoquez les mouvements rebelles, vous pensez aussi au Codeco, qui a perpétré de terribles massacres de civils dans la province de l’Ituri ?
Le pouvoir ne s’est pas donné les moyens d’avoir une armée efficace. L’instabilité qui règne en Ituri est insupportable. On est donc obligé de discuter avec ces mouvements. C’est un mal nécessaire pour espérer ramener la paix et le vivre ensemble.
Parlant de vivre ensemble, quelle est votre position vis-à-vis du Rwanda ? On sait que vous êtes assez rigide et très critique à l’égard du pouvoir du président Paul Kagame.
Je veux être cohérent. J’ai des reproches à adresser au pouvoir de Paul Kagame qui a refusé le retour des réfugiés rwandais et qui a utilisé la présence de ces réfugiés en RDC pour exploiter nos richesses. Mais le Rwanda est notre voisin et ça ne changera pas. Il faut donc essayer d’avoir les meilleures relations possibles pour que tout le monde puisse vivre en harmonie. Ce n’est pas une courbe rentrante de ma part. Je veux que le peuple congolais vive bien. Personne ne devrait vivre dans la misère que connaissent aujourd’hui trop de Congolais. Il faut relancer des structures comme la CEPGL (Communauté économique des pays des Grands Lacs, créée en 1976, Ndlr) qui doit permettre d’apaiser les tensions entre le Rwanda et le Burundi et entre le Rwanda et la RDC.
Le C64 a annoncé la tenue d’une grande marche pour le 15 septembre pour dire non au changement de la Constitution. Ne craignez-vous pas d’être dépassé par la colère de la rue ?
Tshisekedi s’est préparé à un affrontement populaire à Kinshasa mais aussi à Lubumbashi et Kolwezi. Il a fait venir des millions de Kasaïens dans ces villes. À Kinshasa, on les retrouve dans la milice des Forces du progrès et dans les Wewa (chauffeurs de moto-taxi, NdlR). Tshisekedi a vidé le Kasaï mais, rassurez-vous, s’il doit y avoir des élections demain, on nous expliquera qu’ils sont encore des millions à voter en sa faveur dans cette province”.













