Accusée d'avoir tué son propre père avec une hache, elle est devenue une véritable "star"
Tueuse sans états d'âme ou vraie innocente, victime d'un père incestueux, les deux théories se confrontent toujours, plus de 130 ans après les faits.

- Publié le 18-09-2026 à 06h34

À l'instar des frères Menendez et d'Ed Gein (c'est moins vrai pour Jeffrey Dahmer), Lizzie Borden, qui est au cœur du nouvel épisode de la série d'anthologie Monstre, n'est pas un personnage très connu chez nous. Aux États-Unis, c'est pourtant une véritable "star". Son histoire et son procès furent retentissants à la fin du XIXe siècle – notamment parce que la presse écrite était alors en plein boum – et le destin de la jeune femme est entré dans toutes les mémoires. Une comptine fut même créée, que toutes les petites filles chantaient, et qui disait "Lizzie Borden took an axe, and gave her mother 40 whacks ; when she saw what she had done, she gave her father 41" ("Lizzie Borden a pris une hache, et a donné à sa mère 40 coups ; quand elle a vu ce qu'elle avait fait, elle en a donné 41 à son père").
Lizzie naît le 19 juillet 1860. Elle est la deuxième fille d'Andrew Borden, un homme d'affaires du Massachusetts. Elle perd sa mère lorsqu'elle n'est encore qu'une enfant et est élevée par la seconde épouse de son père. Bien que très à l'aise financièrement, la famille vit dans les quartiers ouvriers, histoire de limiter les dépenses. Car, oui, Monsieur Borden est proche de ses sous.
À 32 ans, Lizzie, toujours célibataire, est appréciée de tous. Elle participe aux œuvres caritatives, à la vie de la paroisse. On la dit douce et serviable. La pierre d'achoppement, ce sont les rapports houleux qu'elle entretient avec son père et sa belle-mère, avares et antipathiques. L'argent est au cœur de leurs disputes : faute d'en avoir, Lizzie ne peut participer aux activités mondaines auxquelles ses amies la convient. Quand le patriarche décide de modifier son testament au profit de sa nouvelle épouse, les sœurs Borden voient rouge.
Début août 1892, les parents Borden et leur bonne, Bridget, tombent malades. Le médecin détecte une intoxication alimentaire sévère. La veille du meurtre, soit le 3 août, Lizzie se rend à la pharmacie pour acheter du cyanure d'hydrogène, que l'apothicaire refuse de lui vendre.
Le jour du double meurtre, Andrew Borden, son petit déjeuner avalé, part vaquer à ses affaires. Il rentre chez lui sur le coup de 10 h 45 et s'installe sur le canapé pour faire une petite sieste. Trente minutes plus tard, Lizzie l'y découvre, mort, baignant dans son sang, le crâne défoncé de onze coups de hache. Quant à la belle-mère, c'est la bonne qui la trouve, encore plus mutilée, dans sa chambre.
Très vite, les soupçons portent sur Lizzie. Pour autant, la police ne l'arrête pas tout de suite. Elle est cependant entendue par la police, qui note des témoignages contradictoires sur son emploi du temps de la matinée. Les portes de la maison étant toutes fermées à clef, l'intervention d'un rôdeur est exclue. Toutes les pistes mènent donc à Lizzie qui aurait, de plus, une solide mobile : celui de l'héritage.
Une heure de délibérations
Une semaine après le drame, elle est arrêtée et plaide non coupable. Le procès s'ouvre à New Bedford en juin 1893. Fait rare, le juge en charge de l'affaire semble abonder dans son sens. Il estime que ses premiers témoignages ne sont pas recevables. Il ne prend pas non plus en compte les déclarations du pharmacien. Enfin, le témoignage d'Emma, la sœur de Lizzie, tend également à l'innocenter. Le 20 juin, après seulement une heure de délibération, le jury déclare Lizzie non coupable.
La suite et la fin de la vie de Lizzie seront riches en rebondissements. Désormais très riche, elle rachète une somptueuse maison – dans laquelle elle vit avec sa sœur – et ne se refuse plus rien. Elle se lie d'amitié (et sans doute davantage) avec Nance O'Neil, une femme mariée et toujours endettée. Une relation qui est sans doute la cause de sa rupture avec la très croyante Emma, qui coupe les ponts en 1905.
Gravement malade, on lui retire la vésicule biliaire, en 1926. Très affaiblie, elle succombe à une pneumonie un an plus tard. Presque personne n'assiste à ses funérailles. Dans son testament, elle précise qu'elle lègue 30 000 dollars à la ligue de protection des animaux, 500 dollars à un fonds chargé de l'entretien de la tombe de son père. Le reste de sa fortune ira à Bridget Sullivan, son ancienne domestique. Certains y verront une manière de la remercier pour son si long silence…