Que ferais-tu si tu te réveillais un jour, et que tous les adultes avaient disparu ? Dans la BD Seuls, que tu connais peut-être, c’est ce qui arrive à un groupe d’enfants. Dodji, Leïla, Yvan, Terry, Camille… se retrouvent livrés à eux-mêmes, du jour au lendemain.

À l’occasion des 20 ans de cette série jeunesse à succès – elle compte déjà plus de 3 millions de lecteurs/lectrices – on a discuté avec le scénariste (celui qui écrit l’histoire), Fabien Vehlmann.

La série fête ses 20 ans. Qu’est-ce que ça vous fait ?
C’est une très grande émotion et une très grande fierté. C’est rare, dans une vie d’auteur de BD, d’avoir un succès qui dure. Il y a 20 ans, des enfants de 10 ans nous ont découverts, et certains d’entre eux nous lisent encore. Et maintenant, des enfants de 10 ans nous découvrent à leur tour. Je suis reconnaissant, c’est une chance unique.

Que dire à ceux qui découvrent la série, pour les convaincre de lire « Seuls » ?
Seuls est une BD qui s’amuse à se faire peur. Elle fait penser au train fantôme d’une fête foraine. On vient se tester, voir si on est capable d’aller jusqu’au bout. Avec une différence par rapport au manège : la série aborde des sujets plus profonds qu’il n’y paraît.

Lesquels ?
La réaction face à la disparition de nos proches, la mort, la violence, les rapports de domination… On peut parler de tout avec les enfants. Ils savent que tout cela existe. Il vaut mieux les outiller, leur en parler. Notre but, c’est de ne pas hésiter à aborder les sujets qui fâchent, mais de le faire à hauteur d’enfant, et à travers un récit qui permet de ne jamais s’ennuyer.

Comment est née la BD  ? 
L’idée m’est tombée dessus dans un train, en revenant d’un festival. Je me rappelle avoir trouvé la manière de réunir trois de mes passions littéraires : les récits d’île déserte avec Robinson Crusoé, les récits avec des enfants et les récits postapocalyptiques, qui se passent dans des villes vides, suite à des catastrophes. Comment ? Avec cette idée : tout le monde disparaît sauf des enfants qui vont devoir apprendre à se débrouiller seuls dans une ville. Je ne savais pas encore pourquoi les gens avaient disparu mais je savais que je tenais une idée qui allait exciter l’enfant de 10 ans qui était en moi. Si j’avais 10 ans, c’est ce que je voudrais lire : ça mélange l’excitation de pouvoir faire des bêtises car il n’y a plus d’adultes, mais aussi les peurs liées au fait de devoir se débrouiller.

Pourquoi une BD qui crée le frisson ?
On reproduit ce qu’on a aimé lire quand on était plus jeune. Les œuvres qui ont compté pour moi, ce sont des œuvres qui m’ont fait grandir, en m’apprenant des choses difficiles, mais sans me traumatiser, pour que je puisse apprivoiser la difficulté. 

D’où vous viennent vos idées ? 
D’abord, il y a une configuration de mon cerveau qui fait sans doute que j’ai beaucoup d’idées. (rires) Ensuite, il faut être curieux des arts existants, du monde, de nos rencontres, des discussions. Pour les personnages, je m’inspire de gens que j’ai croisés, connus.


Quel est votre personnage préféré ?
Yvan me ressemble un peu plus. Il est lâche mais en même temps, il a beaucoup d’imagination. C’est un peu moi quand j’avais son âge. J’ai beaucoup d’affection pour Dodji qui est un peu le personnage central du récit. Je suis fier du fait que c’était une des premières fois, dans la BD franco-belge, qu’on avait un héros de couleur vraiment central. Ça fait du bien de montrer que cette mixité fait partie de la société.

Si vous vous retrouviez seul, comme dans la BD, quel personnage aimeriez-vous avoir à côté de vous ?
Je dirais Leïla car elle a beaucoup plus de sens pratique que moi, elle est plus courageuse, elle est capable de bricoler… Je trouve bien de montrer qu’il y a un personnage féminin qui se débrouille, là où d’autres n’y arrivent pas.

Le tome 17 se prépare. Au total, il y en aura 21. Savez-vous comment l’histoire va finir ?
Avec Bruno (le dessinateur), on sait où on va mais il peut y avoir un rebondissement qui n’était pas prévu. On s’autorise à se surprendre, aussi pour ne pas s’ennuyer ! On veut continuer à rire, frissonner, avoir de l’émotion avec nos personnages.


Une exposition au Musée de la BD

Au Musée de la BD, à Bruxelles, une exposition est consacrée aux 20 ans de Seuls. On plonge dans l’univers de la BD, au travers du couloir de la peur, d’objets liés à la série, d’agrandissements de dessins… On s’amuse, en tournant des roues, à découvrir les cauchemars du jeune Terry, l’un des personnages. On contemple le travail du dessinateur, de la coloriste et le bureau du scénariste rempli de post-it comiques. À voir jusqu’au 15/11.

www.cbbd.be