Université Joseph Fourier Julia Meyer
L3 Physique [email protected]
L3 – Mathématique pour la physique
CORRIGÉ : Examen final – 10 janvier 2013
1. Transformées de Fourier et Analyse Complexe.
P
( =20 points)
Nous souhaitons résoudre l’équation
ẋ + ρx = f (t)
avec ρ ∈ R+ .
a) [2 points] Trouver une équation pour déterminer la TF de x(t).
Solution : On prend la TF de l’équation ẋ + ρx = f (t) pour obtenir
f˜(ω)
iωx̃(ω) + ρx̃(ω) = f˜(ω) ⇔ x̃(ω) = .
iω + ρ
b) [2 points] Obtenir x̃δ (ω) pour le cas f (t) = δ(t).
Solution : Pour f (t) = δ(t), on obtient f˜(ω) = 1. Donc
1
x̃δ (ω) = .
iω + ρ
c) [9 points] Utiliser des méthodes de l’analyse complexe pour prendre la TF inverse de x̃δ (ω) pour le
cas f (t) = δ(t). Justifier toutes les étapes du calcul.
Solution : La TF inverse est donnée par
Z∞ Z∞
1 iωt 1 1 1
xδ (t) = dω e = dz eitz .
2π iω + ρ 2πi z − iρ
−∞ −∞
R∞
Donc il s’agit de calculer une intégrale de la forme I = −∞ dz eitz g(z) avec g(z) → 0 pour |z| → ∞. En
utilisant le lemme de Jordan, on peut fermer le contour par un demi-cercle de rayon R → ∞. Pour t > 0,
il faut choisir un demi-cercle dans le plan complexe supérieur (=[z] > 0) tel que < [itz] > 0 et eitz → 0
pour |z| → ∞ (contour C+ ). Pour t < 0, il faut choisir un demi-cercle dans le plan complexe inférieur
(=[z] < 0) tel que < [itz] > 0 et eitz → 0 pour |z| → ∞ (contour C− ).
On obtient ( I I )
1 1 1
xδ (t) = H(t) dz eitz + H(−t) dz eitz .
2πi C+ z − iρ C− z − iρ
1
La fonction à intégrer est analytique en C\{iρ}. En z0 = iρ, elle possède un pôle simple. Donc on peut
utiliser le théorème des résidus pour obtenir
1 X 1 X 1
xδ (t) = H(t)2πi Res eitz ; z0 + H(−t)2πi Res eitz ; z0
2πi z − iρ z − iρ
=[z0 ]>0 =[z0 ]<0
1
= H(t) Res eitz ; iρ .
z − iρ
Le résidu est donné par
1 1
Res eitz ; iρ = lim (z − iρ)eitz = e−ρt .
z − iρ z→iρ z − iρ
−ρt
Donc xδ (t) = H(t)e .
d) [4 points] Démontrer que dans le cas général la solution peut s’écrire sous la forme
Z ∞
x(t) = ds f (s)xδ (t − s).
−∞
Solution : Dans le cas général, on trouve
f˜(ω)
x̃(ω) = = f˜(ω) · x̃δ (ω).
iω + ρ
Donc h i Z ∞
−1 ˜
x(t) = TF f (ω) · x̃δ (ω) = (f ∗ xδ )(t) = ds f (s)xδ (t − s).
−∞
e) [3 points] Obtenir x(t) pour f (t) = H(t)e−νt , où ν ∈ R+ et ν 6= ρ. Ici H(t) est la fonction Heaviside.
Rappel : H(t) = 1 pour t ≥ 0 et H(t) = 0 sinon.
Solution : On trouve
Z∞ Zt
−νs −ρ(t−s) −ρt
x(t) = ds H(s)e H(t − s)e = H(t)e ds e(ρ−ν)s
−∞ 0
t
1 (ρ−ν)s 1
H(t)e−ρt e−νt − e−ρt .
= e = H(t)
ρ−ν 0 ρ−ν
2. Stabilité de Lasers : Calcul des Perturbations.
P
( =17 points)
La dynamique d’un laser est donnée par l’intensité du faisceau émis I(t) et une quantité qu’on appelle
l’inversion de population W (t). Ces deux quantités sont reliées par les équations différentielles
dI(t)
= I(t)W (t),
dt
dW (t)
= 1 − r1 W (t) − [1 + r2 W (t)] I(t),
dt
où les paramètres r1 , r2 > 0 sont des constantes physiques de l’instrument.
a) [3 points] Trouver les deux points fixes (I0 , W0 ) de ce système.
2
Solution : Le points fixes correspondent à I˙ = Ẇ = 0. La première équation impose IW = 0. Donc
I0 = 0 ou W0 = 0. Pour I0 = 0, la deuxième équation devient 1 − r1 W = 0, c’est-à-dire W0 = r1−1 . Pour
W0 = 0, la deuxième équation devient 1 − I = 0, c’est-à-dire I0 = 1. Les deux points fixes sont donc
P1 = (0, r1−1 ) et P2 = (1, 0).
Pour étudier la stabilité linéaire de ces points fixes, on pose I(t) = I0 + I1 (t) et W (t) = W0 + W1 (t).
Par la suite, on obtient une équation différentielle de la forme
d I1 (t) I1 (t)
=M ,
dt W1 (t) W1 (t)
où M est une matrice.
b) [6 points] Etudier la stabilité linéaire autour du point fixe (I0 = 0, W0 = 1/r1 ). Donner les valeurs
propres de la matrice M. Est-ce que ce point fixe est stable ?
Solution : On obtient
d 1
I1 = I1 W0 + I0 W1 = I1 ,
dt r1
d r2
W1 = −r1 W1 − (1 + r2 W0 )I1 − r2 W1 I0 = −r1 W1 − 1 + I1 .
dt r1
C’est-à-dire,
1
!
r1 0
M1 =
r2
.
− 1+ r1 −r1
Les valeurs propres sont données par
1
det (M1 − λ1) = 0 ⇔ − λ (−r1 − λ) = 0.
r1
Donc λ+ = 1/r1 et λ− = −r1 . Comme une des valeurs propres est positive, le point fixe est instable.
c) [6 points] Etudier la stabilité linéaire autour du point (I0 = 1, W0 = 0). Donner les valeurs propres de
la matrice M. Est-ce que ce point fixe est stable ?
Solution : On obtient
d
I1 = I1 W0 + I0 W1 = W1 ,
dt
d
W1 = −r1 W1 − (1 + r2 W0 )I1 − r2 W1 I0 = −r1 W1 − I1 − r2 W1 .
dt
C’est-à-dire,
0 1
M2 = .
−1 − (r1 + r2 )
3
Les valeurs propres sont données par
det (M2 − λ1) = 0 ⇔ −λ [− (r1 + r2 ) − λ] + 1 = 0.
Donc
1n p o
−(r1 + r2 ) ± (r1 + r2 )2 − 4 .
λ± =
2
Comme la partie des 2 valeurs propres λ± est négative, le point fixe est stable.
d) [2 points] Discuter, pour le point (I0 = 1, W0 = 0), les deux cas r1 + r2 > 2 et r1 + r2 < 2.
Solution : Pour r1 + r2 > 2, les valeurs propres λ± sont réelles. La solution s’approche exponentiellement
du point fixe. Pour r1 + r2 < 2, les valeurs propres λ± ont une partie imaginaire finie. La solution oscille
en s’approchant exponentiellement du point fixe.
3. Opérateurs Linéaires dans un Espace à 3 Dimensions.
P
( =21 points)
L’espace des états E d’un certain système est à N = 3 dimensions. Soit {e1 , e2 , e3 } une base orthonormée.
Pour un état u arbitraire, on écrit
u1
u = u1 e1 + u2 e2 + u3 e3 ≡ u2 .
u3
Soit A un opérateur linéaire qui dans cette base est décrit par la matrice
a11 a12 a13
A = a21 a22 a23 .
a31 a32 a33
a) [5 points] Trouver l’opérateur adjoint A† .
PN
Rappel : Le produit scalaire est défini par (u, v) = i=1 u∗i vi .
L’opérateur adjoint obéit à l’équation (A† u, v) = (u, Av).
Solution : On trouve
3
! 3 3
X X X
(ei , Aej ) = ei , akj ek = akj (ei , ek ) = akj δi,k = aij ,
k=1 k=1 k=1
3
! 3 3
X X X
† †
(A ei , ej ) = (A )ki ek , ej = (A† )∗ki (ek , ej ) = (A† )∗ki δk,j = (A† )∗ji .
k=1 k=1 k=1
Avec (ei , Aej ) = (A† ei , ej ), on obtient donc aij = (A† )∗ji ou (A† )ji = a∗ij , c’est-à-dire
a∗11 a∗21 a∗31
†
A = a∗12
a∗22 a∗32 .
a∗13 a∗23 a∗33
4
On définit maintenant les opérateurs linéaires
1 0 0 1 0 0
H = ω0 0 −1 0 , B = b 0 0 1 ,
0 0 −1 0 1 0
où ω0 > 0 et b sont des constantes réelles.
b) [2 points] Est-ce que H et B sont des opérateurs hermitiens ?
Solution : On trouve
1 0 0 1 0 0
H † = ω0 0 −1 0 =H et B † = b 0 0 1 = B.
0 0 −1 0 1 0
Donc H et B sont hermitiens.
c) [3 points] Démontrer que H et B commutent.
Solution : On trouve
1 0 0 1 0 0
HB = ω0 b 0 0 −1 et BH = ω0 b 0 0 −1 .
0 −1 0 0 −1 0
C’est-à-dire, [H, B] = HB − BH = 0 ; les opérateurs H et B commuttent.
d) [4 points] Trouver les valeurs propres de H et B.
Solution : Pour obtenir les valeurs propres de H, on cherche les solutions de l’équation
det (H − λ1) = (ω0 − λ)(−ω0 − λ)2 = 0.
Donc λ1 = ω0 et λ2 = λ3 = −ω0 .
Pour obtenir les valeurs propres de B, on cherche les solutions de l’équation
det (B − µ1) = (b − µ)(µ2 − b2 ) = 0.
Donc µ1 = µ2 = b et µ3 = −b.
e) [4 points] Donner une base orthonormée de vecteurs propres de B.
5
Solution : Le vecteur v1 = (1, 0, 0)T est un vecteur propre associé à la valeur propre µ1 = b. On cherche
les autres vecteurs propres sous la forme v2/3 = (0, cos θ2/3 , sin θ2/3 )T . On trouve
b sin θ2/3 = µ2/3 cos θ2/3 et b cos θ2/3 = µ2/3 sin θ2/3 .
Donc tan θ2 = 1 et tan θ3 = −1 ou θ2 = π/4 et θ3 = −π4 , c’est-à-dire
0 0
1 1
v2 = √ 1 , v3 = √ 1 .
2 1 2 −1
f ) [3 points] Est-ce que cette base est aussi une base orthonormée de vecteurs propres de H ?
Solution : Comme H et B commuttent, on peut trouver une base propre commune. On vérifie
Hv1 = ω0 v1 , Hv2 = −ω0 v2 et Hv3 = −ω0 v3 .
4. Oscillateur Anharmonique : Opérateurs Linéaires et Calcul des Perturbations.
P
( =36 points)
L’oscillateur anharmonique est décrit par l’opérateur linéaire (Hamiltonien) H = H0 + Han avec
H0 = −D2 + X 2 et Han = X 4 .
Ici D[f (x)] = f 0 (x) et X[f (x)] = xf (x). En outre, ∈ R+ .
a) [4 points] Nous introduisons l’opérateur linéaire A = D + X et son adjoint A† = −D + X. Ecrire H
en fonction de A et A† .
Solution : Avec D = (A − A† )/2 et X = (A + A† )/2, on trouve
1 1 1
H0 = − (A − A† )2 + (A + A† )2 = −A2 + AA† + A† A − (A† )2 + A2 + AA† + A† A + (A† )2
4 4 4
1
= AA† + A† A ,
2
1
Han = (A + A† )4 .
16
b) [2 points] Nous définissons l’opérateur linéaire
1 †
N= A A.
2
Est-ce que N est hermitien ?
6
Solution : On trouve
1 † † 1 1
N† = A A = A† (A† )† = A† A = N,
2 2 2
c’est-à-dire N est hermitien.
Dans un premier temps, nous allons nous intéresser à l’oscillateur harmonique, c’est-à-dire, on pose = 0
et considère H0 seulement.
c) [3 points] Exprimer H0 en fonction de N . Est-ce que H0 est hermitien ?
Rappel : [A, A† ] = 2.
Solution : On obtient
1
AA† + A† A = A† A + 1 = 2N + 1.
H0 =
2
Comme N est hermitien, H0 est hermitien aussi.
d) [3 points] Soit {φn }n∈N une base propre orthonormée de N avec N [φn ] = nφn pour n ∈ N. Donner les
vecteurs et valeurs propres de l’Hamiltonien H0 .
Solution : On obtient
H0 [φn ] = (2N + 1)[φn ] = 2N [φn ] + φn = (2n + 1)φn .
(0)
Donc {φn }n∈N est une base propre orthonormée de H0 avec les valeurs propres En = 2n + 1 associées.
e) [4 points] Calculer les commutateurs [N, A] et [N, A† ].
Solution : On trouve
1 † 1 † 2 1
[N, A] = [A A, A] = A A − AA† A = [A† , A]A = −A,
2 2 2
1 † 1 † 1 †
N, A† = †
A AA − (A ) A = A [A, A† ] = A† .
† † 2
[A A, A ] =
2 2 2
f ) [6 points] Démontrer que Aφn et A† φn sont des vecteurs propres de N et déterminer les valeurs propres
associées. Démontrer ainsi Aφn = αn φn−1 et A† φn = βn φn+1 avec αn , βn ∈ R et déterminer αn et βn .
Rappel : Les vecteurs propres sont orthonormés, (φn , φm ) = δn,m .
7
Solution : On trouve
N Aφn = ([N, A] + AN ) φn = (−A + AN ) φn = A (−1 + n) φn = (n − 1) Aφn ,
†
= [N, A† ] + A† N φn = A† + A† N φn = A† (1 + n) φn = (n + 1) A† φn .
N A φn
C’est-à-dire,
– Aφn est vecteur propre avec la valeur propre n − 1 associée. Donc Aφn = αn φn−1 .
– A† φn est vecteur propre avec la valeur propre n + 1 associée. Donc A† φn = βn φn+1 .
Pour trouver les constantes αn et βn , on calcule la norme de vecteurs Aφn et A† φn . On obtient
||Aφn ||2 = (Aφn , Aφn ) = (φn , A† Aφn ) = 2(φn , N φn ) = 2n(φn , φn ) = 2n,
||A† φn ||2 = (A† φn , A† φn ) = (φn , AA† φn ) = (φn , [A, A† ] + A† A φn )
= 2(φn , (1 + N )φn ) = 2(n + 1)(φn , φn ) = 2(n + 1).
Donc les vecteurs propres normés sont donnés par
1 1
φn−1 = √ Aφn et φn+1 = p A† φ n ,
2n 2(n + 1)
√ p
c’est-à-dire αn = 2n et βn = 2(n + 1).
g) [3 points] Exprimer les vecteur propres normés φn en fonction de φ0 .
Solution : D’après f ), on a
1
φ1 = √ A† φ 0 ,
2·1
1 1
φ2 = √ A† φ 1 = √ (A† )2 φ0 ,
2·2 22 · 2!
...
1 1
φn = √ A† φn−1 = √ (A† )n φ0 .
2·n 2n · n!
Par la suite, nous allons considérer l’effet de Han perturbativement en supposant 1. Pour cela, nous
posons ψn = φn + χn pour les vecteurs propres et En = 2n + 1 + λn pour les valeurs propres associées.
h) [3 points] Extraire le premier ordre en de l’équation H[ψn ] = En ψn .
Solution : En partant de l’équation (H0 + Han )(φn + χn ) = (2n + 1 + λn )(φn + χn ), au premier ordre
en on trouve
H0 χn + Han φn = (2n + 1)χn + λn φn .
i) [3 points] Démontrer que le produit scalaire (φn , H0 χn + X 4 φn − (2n + 1)χn − λn φn ) permet d’obtenir
λn = (φn , X 4 φn ).
8
Solution : On trouve
(φn , H0 χn + X 4 φn − (2n + 1)χn − λn φn ) = (φn , H0 χn ) + (φn , X 4 φn ) − (φn , (2n + 1)χn ) − (φn , λn φn )
= (H0 φn , χn ) + (φn , X 4 φn ) − (2n + 1)(φn , χn ) − λn (φn , φn )
= (2n + 1)(φn , χn ) + (φn , X 4 φn ) − (2n + 1)(φn , χn ) − λn .
Donc λn = (φn , X 4 φn ).
j) [5 points] Utiliser X = (A† + A)/2 pour calculer λ0 . On note que Aφ0 = N φ0 = 0.
Rappel : Les vecteurs propres sont orthonormés, (φn , φm ) = δn,m .
Solution : On utilise
1 1 2
X4 = (A† + A)4 = (A† )2 + A† A + AA† + A2 .
16 16
Comme les vecteurs propres correspondant à des n différents sont orthogonaux et, en outre, Aφn = αn φn−1
et A† φn = βn φn+1 , il ne faudra garder que les termes qui contiennent le même nombre d’opérateurs A
et A† . Comme Aφn = 0, on peut en plus éliminer tous les termes qui ont un opérateur A à droite ou un
opérateur A† à gauche. Finalement, on utilise AA† = [A, A† ] + A† A = 2 + 2N . Donc
1
(φ0 , X 4 φ0 ) = (φ0 , (AA† )2 + A2 (A† )2 φ0 )
λ0 =
16
1 n 2
o
(φ0 , [2 + 2N ] φ0 ) + (φ0 , A 2 + A† A A† φ0 )
=
16
1 n 2
o 1 3
= 2(φ0 , [2 + 2N ] φ0 ) + 2(φ0 , [2 + 2N ] φ0 ) = {2 · 4 + 2 · 2} (φ0 , φ0 ) = .
16 16 4
Nous avons donc trouvé la première correction aux valeurs propres. Le calcul de la première correction
aux vecteurs propres est plus long ...