Arganier 070079
Arganier 070079
Résumé
Plus de vingt années de recherches sur l’arganier nous ont permis de jeter les bases de la
domestication de cet arbre et de son utilisation en tant qu’arbre fruitier oléagineux pour la production
d’huile d’argane dans des vergers ou dans des systèmes agroforestiers modernes. Nos travaux sur
la biologie de l’arbre ont mis en évidence des caractéristiques exceptionnelles au plan de la diversité
génétique, du système racinaire, de la dépendance mycorhizienne, etc. A partir de ces connaissances,
des travaux appliqués nous ont permis de définir les meilleures conditions de production de plants
d’arganier pour la création de vergers d’arganiers. Enfin, nous avons montré que l’utilisation de
techniques innovantes pouvait considérablement améliorer la croissance initiale des jeunes plants et
la formation des arbres, favorisant une mise à fruit rapide. Les aspects bio-techniques de la création
de vergers d’arganiers étant aujourd’hui maîtrisés, les travaux se poursuivent sur la domestication de
l’arganier à travers la sélection de variétés performantes.
Introduction
L’arganeraie marocaine est en régression continue, diminuant inexorablement la production
potentielle d’huile d’argane, alors que l’engouement pour cette huile réputée et appréciée aussi bien
au Maroc qu’à l’étranger a provoqué une augmentation considérable de la demande. Le déséquilibre
croissant, ces dernières années, entre l’offre et la demande représente d’ailleurs un risque réel
pour la filière. Pour l’huile alimentaire, le niveau des prix atteints (400 DH par litre, au détail) est
devenu dissuasif pour de nombreux consommateurs ; pour l’huile cosmétique, plusieurs industriels
envisagent d’abandonner l’huile d’argane pour se retourner vers des produits plus abordables et dont
l’approvisionnement est plus sûr. Il est aujourd’hui évident, en raison des implications écologiques
et socio-économiques, qu’il faut de toute urgence fiabiliser la filière et donc augmenter et réguler la
production d’huile d’argane (Chaussod et al., 2005).
Une première action à entreprendre consiste bien entendu en une amélioration quantitative et
qualitative de la production traditionnelle, à travers la réhabilitation de l’arganeraie naturelle. Il s’agit
tout à la fois de préserver l’écosystème, de conserver la variabilité génétique de l’arganier, et d’assurer
une amélioration des revenus des ayant-droit tout en veillant à un retour positif au plan écologique.
Toutefois, il serait hasardeux de baser toute la filière « huile d’argane » uniquement sur un système
de cueillette, fortement soumis aux aléas climatiques. C’est pourquoi, à côté du système traditionnel,
il apparaît aujourd’hui nécessaire de développer une production de type agricole, utilisant l’arganier
comme un arbre fruitier oléagineux, cultivé dans des vergers ou dans des systèmes agroforestiers
modernes. Les travaux que nous avons menés ou encadrés depuis plus de 20 ans s’inscrivent dans cet
objectif. Nous présentons ici les principaux résultats obtenus, depuis les recherches fondamentales
jusqu’aux expérimentations de terrain, montrant la faisabilité bio-technique de ces nouveaux vergers
d’arganier et traçant les perspectives de la domestication de cet arbre typiquement marocain.
L’espèce argania spinosa se caractérise par une diversité génétique énorme (Msanda, et al.,
1993 ; 2005 ; El Mousadik & Petit, 1997), entretenue dans la nature par un mode de reproduction
très largement -si ce n’est exclusivement- allogame (Msanda et al., 1993). L’autofécondation n’est
pas biologiquement impossible mais n’est pratiquement observée que pour des individus très isolés
ou dans des conditions expérimentales maîtrisées. La multiplication de génotypes sélectionnés doit
donc faire appel à une reproduction par voie végétative qui seule permet de conserver et reproduire
les caractéristiques génétiques des arbres retenus, dans une perspective de domestication. Dans la
pratique, plusieurs méthodes de multiplication sont envisageables, en fonction du but recherché.
Le maintien de la variabilité génétique pourra être réalisé par semis de graines pour des
reboisements de type forestier. Il est en effet indispensable au plan écologique de conserver cette
variabilité génétique qui est à l’origine de la résilience de l’arganeraie face aux aléas climatiques. Le
choix des semis est aussi une première étape dans la production des arbres fruitiers.
Elle a été pratiquée pour de nombreuses espèces et reste utile, au moins dans un premier temps,
pour la production des arganiers. Le semis permet d’obtenir des plants à croissance rapide, avec un
système racinaire généralement vigoureux, et à un coût nettement plus bas que par multiplication
végétative. Nous avons ainsi produit des milliers de plants d’arganier pour des expérimentations de
laboratoire ou de terrain.
La réussite des plantations d’arganier repose sur un ensemble de facteurs, à commencer par
le caractère « fonctionnel » du système racinaire. Transplanter des plantules au système racinaire
mutilé ne peut aboutir qu’à des échecs. Quel que soit le mode de multiplication de l’arganier, il faut
donc prendre en considération l’état du système racinaire, c’est à dire avant tout l’intégrité et la
longueur du système pivotant, mais aussi son architecture et sa ramification, ainsi que le degré de
mycorhization des racines secondaires qui portent l’essentiel de la symbiose mycorhizienne.
Il en est de même pour l’azote, le cuivre, le zinc et le fer, éléments indispensables à la croissance
(Nouaim, et al., 1994). Ceci est d’autant plus important que les sols d’arganeraies sont pauvres en
phosphore et atteignent parfois les seuils de carence pour les oligo-éléments.
Nous avons également évalué l’effet à plus long terme de la mycorhization, après transplantation
de plants d’arganier inoculés (tableau 1). Les résultats ont montré que le rôle bénéfique de l’inoculation
s’est maintenu durablement après transplantation (Nouaïm et Chaussod, 1997). La symbiose
mycorhizienne s’avère indispensable à l’arganier. Elle permet une bonne reprise des plants dans le
milieu naturel, en limitant le stress de transplantation et en favorisant la croissance initiale à travers
l’amélioration de la nutrition minérale et de l’alimentation hydrique.
Tableau 1 : Croissance (mm), poids frais et poids sec (g) de plants d’arganier issus de semis
inoculés (M) ou non (NM) par une souche de Glomus intraradices.
Ademine NM 952 ± 304 10.74 ± 3.3 4.11 ± 1.5 14.1 ± 4.9 4.07 ± 1.6
M 1512 ± 415 17.9 ± 5.3 7.89 ± 3.2 18.6 ± 9.1 5.77 ± 3.1
Argana NM 1220 ± 294 14.01 ± 2.6 5.52 ± 1.1 29.2 ± 10 6.42 ± 2.6
Finalement, nous avons sélectionné un isolat très efficace à partir du sol de la forêt d’Ademine
(près d’Agadir). Etant issu de la microflore indigène, il est bien adapté aux conditions pédoclimatiques
locales. Cet isolat est aujourd’hui utilisé en tant qu’inoculum pour la production de plants d’arganiers
mycorhizés. Dans le cadre du projet européen VARGAMED, nous avons mis au point l’ensemble des
conditions de production et d’inoculation des plants d’arganier au stade pépinière. Tous les plants
d’arganier utilisés dans nos essais au champ sont désormais préalablement mycorhizés dès le stade
pépinière.
2) Sélection d’arganiers.
2.1) Enquêtes auprès des populations.
La réussite d’un programme de développement reposant avant tout sur le degré d’implication
des populations locales, nous avons souhaité impliquer les usagers dans la démarche de sélection
d’arganiers, afin de prendre en considération leurs besoins et leurs priorités dès le départ. Dans un
premier temps (en 1994 et 1997), nous avons effectué des enquêtes auprès des populations de 5
douars correspondant à différentes zones rurales de l’arganeraie des provinces d’Essaouira, d’Agadir,
de Taroudant et de Tiznit (Kaaya, 1998). Ces zones se distinguent au plan climatique et écologique,
mais aussi au niveau de l’organisation sociale. Ces enquêtes ont été complétées en 2005 et 2006 par
des prospections dans d’autres régions.
Bien que
Dans les douars les données
enquêtés, recueillies
il apparaît sur leset quantités
que l’arganier de fruits
l’immigration récoltés
constituent les ou d’amandons
principales
produits soient approximatives, les usagers de 3 des 5 douars enquêtés font
sources de revenus pour les paysans (Nouaïm et al., 2007). Les femmes déclarent que le travail bien la distinction
de
entre 2 types d’arbres : les arganiers à coque facile à casser et ceux à coque difficile
production d’huile d’argane est dur et leur prend 4beaucoup de temps ; elles disent aussi que l’étape de à casser.
cassageCes deuxest
des noix types d’arbres
la plus pénible. portent
Celles d’ailleurs
qui font la des noms différents
distinction souhaitenten berbère
avoir : respectivement
plus d’arganiers à
amragh et adrdour à Argana et Ademine, tamroukhte et tassemmate à Tamanar.
coques faciles à casser (Figure 2). Dans ce cas, elles se disent prêtes à continuer la production d’huile Nous avons
appelé F et D ces arbres aux noix faciles ou difficiles à casser. Cette distinction est absente ou
et même à prendre soin des arbres.
a été perdue dans les douars enquêtés mesures ont été effectuées
près de Taroudant en utilisant
et de Tiznit. Là où un grand nombre
la distinction est d’arbres p
Bien que les
faite, les habitants
données recueillies
préfèrent lessurarbres
les quantités
fruits ontde
à coque étéfruitsà récoltés
cassersuretou
effectués
facile d’amandons
ladéclarent
base desqu’en produits
données de nos
période deenquêtes, l
soient approximatives, les usagers de 3 des 5 douars enquêtés
des font
populations bien la distinction
grande production (années humides), les fruits des autres arbres ne sont pas ramassés, l’indice «
l’aide autochtones. entre
Nous 2
avons types
affecté
d’arbreslorsqu’ils
: les arganiers à coque facile
les connaissent etàpeuvent
casser etles
ceux
sont à coquefaciles
jugées
distinguer. difficileààcasser
En fait, casser. Cesles
par
ce repérage deux
est types
limitéd’arbres
populations auxlocales,
arbresl’indice « D
portent proches
d’ailleursdudes noms
douar, différents
alors que ceuxen de
berbère
la noix: respectivement
forêt jugées difficiles
sont bien moins amragh
àconnus
casseret;par
adrdour à Argana
les quelques
seules mêmes et
populations.
femmes Dans c
Ademine, tamroukhte et tassemmate à Tamanar.
âgées distinguent les arbres F des arbres Nous
récolté
D dansavons appelé
120lafruits
forêt.mûrsF et D ces arbres
par arbre.
Cependant, aux noix faciles
aucune identification des
ou difficiles
arbresà casser.
F sur uneCette distinction
base est absente
morphologique n’estoufaite
a été perdue
par dans les douars
les utilisateurs. enquêtés
Il ne semble pasprès de de
y avoir
Taroudant et de Tiznit. Là où la distinction est faite, les habitants préfèrent
relation entre la taille ou la physionomie de l’arbre et son caractère F ou D. les arbres à coque facile
à casser et déclarent qu’en période de grande production (années
La figure 3 humides),
donne un les fruits des
exemple des autres
résultats obtenus lo
arbres ne sont pas ramassés, lorsqu’ils les connaissent
2.2) Caractérisation biométrique des arganiers et peuvent
mesures. Plusieurs les
sélectionnés. distinguer. En fait, ce repérage
paramètres mesurés sur les fruits, les noix et le
est limité aux Pour arbresvérifier
prochessi dula douar, alorsde façon
caractéristique importante,
de facilité de cassaged’un arbre à l’autre.
des noix, retenueIl n’y
par alesgénéraleme
que ceux de la forêt sont bien moins connus ;
populations locales, est liée à d’autres caractéristiques des arbres ou des fruits et pour définir caractère F ou
seules quelques
des critères femmes âgées
objectifs pourdistinguent
reconnaîtrelesces arbres, nous avons réalisé une série de mesures. mesurés. Ces En
arbres F des arbres D dans la forêt. Cependant, montrent que
aucune identification des arbres F sur une base arbres
5 F par
morphologique n’est faite par les utilisateurs. Il critères : une f
ne semble pas y avoir de relation entre la taille épaisseur de
ou la physionomie de l’arbre et son caractère F poids d’amand
ou D. s’agit là de cri
d’un processus
pour la prod
2006). Outre l
du travail de c
Figure 3 : Distribution de l’épaisseur de la coque
Figure 3 :d’arganiers
Distribution de l'épaisseur de la
jugés «F» ou «D» apparaît à trav
coque d'arganiers jugés "F" ou
dans la station d’Ademine "D" arbres F peuv
dans la station d'Ademine d’huile pour
arbre D n’en p
Si on ne tenait compte que l’épaisseur de la coque comme cri
d’arganiers retenus
Actes du Premier Congrès International de l’ Arganier, Agadirserait
15 - 17de 16 sur 2011
Décembre 40 dans le site d’Ademine (fig
le site d’Argana, mais aucun parmi ceux étudiés dans les sites d’
on prenait aussi en considération la quantité d’huile susceptible d’
montrent que l’on peut caractériser les
arbres F par un ensemble cohérent 75 de
critères : une force de cassage faible, une
épaisseur de coque réduite, un rapport
poids d’amandons / poids de noix élevé. Il
2.2) Caractérisation biométrique des arganiers sélectionnés. s’agit là de critères pouvant former la base
Pour vérifier si la caractéristique de facilité de cassage des d’unnoix,processus
retenue depar
sélection des arganiers
les populations
locales, est liée à d’autres caractéristiques des arbres ou des fruits pouret pour
la production d’huile
définir des critères (Nouaïm,
objectifs
2006). Outre
pour reconnaître ces arbres, nous avons réalisé une série de mesures. Ces mesures ont été effectuées la réduction de la pénibilité
en utilisant un grand nombre d’arbres par site. Les prélèvements dudetravail
fruits de
ontcassage poursur
été effectués leslafemmes,
base il
Figure 3 : Distribution de l'épaisseur de la apparaît à
des données de nos enquêtes, les arbres étant repérés avec l’aide des populations autochtones. Noustravers le dernier critère que les
coque« d'arganiers
avons affecté l’indice F » aux arbres jugés "F"les
dont ounoix
"D" sont jugées arbres F peuvent
faciles à casser parproduire jusqu’à 8,9 kg
les populations
dans la station d'Ademine d’huile pour 100
locales, l’indice « D » pour les arbres ayant des noix jugées difficiles à casser par les mêmes populations. kg de noix quand un
Dans chacun des sites, nous avons récolté 120 fruits mûrs par arbre
arbre.D n’en produit que 3,7 kg.
Si on ne tenait compte que l’épaisseur de la coque comme critère de sélection, le nombre
La figure 3 donneretenus
d’arganiers un exemple seraitdesderésultats
16 sur 40 obtenus
dans le lors de d’Ademine
site la première série de mesures.
(figure 4) et de 20 Plusieurs
sur 40 dans
paramètres mesurés sur les fruits, les noix et les amandons varient, parfois
le site d’Argana, mais aucun parmi ceux étudiés dans les sites d’Aoulouz et de Birkouate. Si de façon importante,
d’un arbreon àprenait
l’autre. Il n’y
aussi enaconsidération
généralementlapas de relation
quantité d’huileentre le caractère
susceptible d’êtreF produite,
ou D et les en autres
retenant les
paramètres mesurés. En revanche, nos mesures montrent que l’on peut
individus ayant à la fois une coque facile à casser et un poids d’amande élevé, seulementcaractériser les arbres F par 3
un ensemble cohérent de critères : une force de cassage faible, une
individus seraient retenus pour le site d’Ademine et 12 dans la station d’Argana. épaisseur de coque réduite, un
rapport poids Cesd’amandons
différences / poids
entre de noix élevé.
localités Il s’agit
peuvent êtrelà d’origine
de critèrespurement
pouvant former la base
génétique d’un
(populations
processus de sélection des
génétiquement différentes arganiers pour la production d’huile (Nouaïm, 2006). Outre la réduction
de la pénibilité
dans des du travail
sites de cassage pour les femmes, il apparaît à travers le dernier critère que les
différents)
arbres F oupeuvent produire
d’origine agronomique jusqu’à 8,9 kg
d’huile pour 100 kg
(sol plus de noix
fertile quand un
ou régime
arbre D n’en produit que
hydrique plus favorable 3,7 kg.
Si ondans certains
ne tenait compte sites).queLe fait
l’épaisseur
quecomme
de la coque les caractères
critère de F et D le
sélection,
coexistent dans un
nombre d’arganiers retenus serait de 16 même
site leetsite
sur 40 dans distinguent
d’Ademine parfois(figure 4) et
des arganiers
de 20 sur 40 dans le site très prochesmais
d’Argana,
l’un de
aucun parmi ceuxl’autre
étudiés indique quesites
dans les
les conditions
d’Aoulouz et de Birkouate. Si on prenait pédo-
aussi en climatiques
considération la globales à
quantité d’huile
l’échelle du site influencent
susceptible d’être produite, en retenant
moins le caractère
les individus ayant à la fois une coque Figure 4 : Classement des individus dans l’espace des
Figure 4 : Classement des individus dans l’espace
épaisseur de la
facile à casser et un poids d’amande
coque que variables dans dans
des variables la station Ademine
la station Ademine
élevé, seulement 3 individus seraient
retenus pour le site d’Ademine et 12 dans 6
la station d’Argana.
Ces différences entre localités peuvent être d’origine purement génétique (populations
génétiquement différentes dans des sites différents) ou d’origine agronomique (sol plus fertile ou
régime hydrique plus favorable dans certains sites). Le fait que les caractères F et D coexistent dans un
même site et distinguent parfois des arganiers très proches l’un de l’autre indique que les conditions
pédo-climatiques globales à l’échelle du site influencent moins le caractère épaisseur de la coque que
le génotype. Nous avons observé par ailleurs que les échantillons de sol prélevés sous les arbres F ne
présentent pas une fertilité physico-chimique ou biologique plus importante que les échantillons de
sol prélevés sous les arbres D, que ce soit à Argana ou à Admine.
Toutefois, il n’est pas impossible que des différences entre les arbres existent en ce qui concerne
la profondeur de sol ou d’enracinement, la réserve hydrique, la fracturation ou non de la roche sous-
jacente. On ne peut donc en toute rigueur exclure un effet du milieu sur les caractéristiques des
arbres identifiés, mais s’il existe il est très vraisemblablement moindre que l’effet du génotype.
Les arganiers ont été transplantés fin 2005 et fin 2006 dans ces sites expérimentaux. Les plantes
accompagnatrices ont été installées en même temps ou plus tard selon les espèces. Nous avons
apporté tous les soins nécessaires et mis en œuvre toutes les techniques susceptibles d’assurer une
bonne reprise des plants. Surtout, chaque site expérimental a donné lieu à une comparaison de
deux traitements : i) plants d’arganiers bénéficiant d’une protection par des « tubes-abri » individuels
en polypropylène de 120 cm de hauteur de la marque Tubex, ii) plants d’arganier sans tubes de
protection. Un suivi régulier nous a permis d’enregistrer les différents paramètres de croissance des
plants pour ces deux modalités.
Grâce à la qualité optimale des plants que nous avions produits pour ces essais, les taux de
reprise ont atteint de 80 à 100% après deux ans.
La figure 5 illustre la croissance des plants d’arganiers avec (T) ou sans (N) protections individuelles.
En utilisant des plants de 20 à 30 cm de hauteur au départ, on constate que la croissance des arganiers
est régulière, mais les plants bénéficiant de protections individuelles se développent beaucoup plus
rapidement que les plants nus. La différence entre les deux est hautement significative, 22 mois après
la plantation. La hauteur des arganiers sous protection atteint en moyenne 120 ± 37 cm, alors que la
hauteur des arganiers nus est de 67 ± 18 cm en moyenne.
Nos résultats montrent aussi un deuxième intérêt des tubes de protection : la formation de l’arbre.
En effet, le tube canalise la croissance du plant en hauteur ; il forme un axe unique (futur tronc), qui
ne se ramifie réellement que lorsqu’il débouche du tube. A l’inverse, les jeunes plants d’arganier livrés
à eux-mêmes se ramifient beaucoup, formant un buisson dense au lieu de se développer en hauteur.
Il est important de préciser que la croissance en hauteur à l’intérieur du tube de protection est bien
l’effet d’une allocation des ressources sur un axe principal unique et non à un effet d’étiolement. Les
troncs formés sont puissants, avec un diamètre au collet important. Nous avons également observé
que arbres « formés » par les tubes de protection fructifiaient plus précocement (en général dès la
troisième année) que les buissons qui se développent dans protection et qui nécessitent par ailleurs
des opérations de taille importantes. Enfin, la récolte des fruits est bien évidemment beaucoup
plus aisée sous les arganiers formés d’un vrai tronc et un houppier qu’à l’intérieur des arganiers
buissonnants.
Conclusion
Conclusion et perspectives.
et perspectives.
Il est aujourd’hui possible de produire des plants d’arganier mycorhizés de haute
Il est aujourd’hui possible de produire des plants d’arganier mycorhizés de haute qualité.
qualité.
L’utilisation de techniques modernes en pépinière expérimentale nous a en effet
L’utilisation de techniques modernes en pépinière expérimentale nous a en effet permis de produire
permis de produire en masse des plants d’arganier mycorhizés dont la qualité, notamment au
en masse des plants d’arganier mycorhizés dont la qualité, notamment au niveau du système racinaire,
niveau du système racinaire, permet un taux de reprise jusqu’ici inégalé et une croissance
permet un taux de reprise jusqu’ici inégalé et une croissance initiale très importante. L’optimisation
initiale très importante. L’optimisation des conditions de production de ce type de plants en
des conditions de production de ce type de plants en pépinière au Maroc est un acquis très important
pépinière au Maroc est un acquis très important et pourrait aisément être extrapolée à la
et pourrait aisément être extrapolée à la production d’autres essences forestières ou fruitières.
production d’autres essences forestières ou fruitières.
ParPar
ailleurs, nos nos
ailleurs, travaux relatifs
travaux à la multiplication
relatifs végétative
à la multiplication et à la sélection
végétative et à la des arganiers
sélection dessur
la facilité sur
arganiers de cassage desdenoix
la facilité ouvrent
cassage des des
noixperspectives
ouvrent destrès intéressantes
perspectives très pour la domestication
intéressantes pour la de
l’arganier pourde
domestication une production
l’arganier poursécurisée d’huile d’argane.
une production sécurisée Ild’huile
est souhaitable
d’argane. de sélectionner
Il est et de
souhaitable
multiplier des arbres aux caractéristiques « F » affirmées, produisant en abondance des noix de grande
8
taille et au ratio amande / noix élevé. Cette démarche et les données quantitatives associées ont donné
lieu au dépôt d’un brevet (Nouaïm, 2006). Une meilleure homogénéité des caractères biométriques
et physiques des noix permettrait aussi d’envisager plus facilement une mécanisation du cassage au
niveau familial ou artisanal. D’autres critères de sélection, sur lesquels nous travaillons actuellement,
sont à associer à ce premier niveau.
Il est désormais possible de créer des vergers d’arganiers pour la production d’huile.
Nous avons installé des vergers d’arganiers dans plusieurs sites, représentant différentes
conditions pédo-climatiques et socio-économiques. Les plants d’arganiers mycorhizés, produits en
pépinière, ont montré des taux de reprise remarquables et une croissance initiale très rapide. Les
soins apportés lors de la transplantation sont certainement aussi à l’origine des taux de reprise très
élevés dans nos plantations. De même, la mise en œuvre de tubes de protection individuelle des
plants a permis une croissance initiale très rapide des plants, et surtout la formation de véritables
arbres avec une mise à fruit très précoce. Dans nos essais, les arganiers ont dépassé le sommet du
tube (1,20 m) moins de deux ans après transplantation, et les premiers fruits sont récoltés 4ans après
transplantation.
Il est enfin possible d’inventer des systèmes agroforestiers performants à base d’arganiers
et de plantes associées.
Nous avons testé diverses cultures plus ou moins innovantes pouvant être associées aux
plantations d’arganiers. Ces plantes correspondent à des conditions pédo-climatiques variées et sont
susceptibles de générer des revenus, au moins en attendant une production suffisante des arganiers.
Bien d’autres cultures sont envisageables en fonction des besoins ou des usages locaux.
Il n’est pas exagéré de dire que la domestication de l’arganier a commencé (Nouaïm, 2005).
Nos travaux ont permis des avancées significatives pour toutes les étapes de la filière : sélection,
multiplication, production de plants, création de vergers ou de systèmes agro-forestiers modernes. La
plupart de ces points sont aujourd’hui maîtrisés au plan bio-technique, même si de nombreux travaux
restent à poursuivre ou à compléter. Ce qui pouvait apparaître comme une utopie il y a une douzaine
d’années (Nouaïm & Chaussod, 1999) est en passe de devenir aujourd’hui une réalité. Dans plusieurs
expérimentations de démonstration en vraie grandeur, des vergers d’arganiers créés de toutes pièces
par nos soins produisent déjà des fruits. Demain, des dizaines ou des centaines d’hectares pourront
être plantés.
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