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Ecriture Et Standardisation Des Langues Gabonaises: Acques Hubert & Paul Achille Mavoungou

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Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises

Ecriture
The language situation of Gabon is given fair treatment and specific issues of
alphabet and writing, orthography and standardisation, phonology and graphic
representation are discussed and resolved. Standardisation of orthography is
et Standardisation
also argued for as a way to facilitate the development of dictionaries and the
sharing of research data and analyses within the Gabonese languages clusters’
domain.
des Langues
Importantly, this work contributes to the debate on the state of African
languages in general, and on Gabonese languages specifically that hitherto have
had little fortune in being reduced to a written code. The need for research to
Gabonaises
empower Gabonese languages through their development is argued. Sous la direction de
For policy makers and researchers, this book provides important information
for practical consideration regarding the implementation of teaching and
Jacques Hubert &
writing Gabonese languages.
Dr Andy Chebanne
Paul Achille Mavoungou
The Centre for the Advanced Studies of African Society (CASAS), Cape Town

The validity of this book lies in its comprehensive description of various


a n
challenges with the standardisation of Gabonese languages in terms of adopting
a common alphabet and phonetics suitable for the transcription of national .F
languages. Most importantly, this book offers new perspectives in addressing

m a
the development of Gabonese languages through the appropriation of a
unified system of transcription of these languages. The authors of the book
u o n
suggest a few solutions in the field of linguistics, as well as political decisions
which should be made in order to achieve a standardised system of writing .i D ah
Gabonese languages. A particular case study enriches the scientific debate on
i s . M .
.i Bw u u
the development of minority languages and cultures which run the risk of
extinction when an established system of writing these languages in terms of
alphabet and phonetics is lacking.
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Paul Achille Mavoungou
Jacques Hubert &
b u d
. Bu a . L .N
Dr Stéphane Serge Ibinga

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Stellenbosch University

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[Link]
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Ecriture
et Standardisation
des Langues
Gabonaises

Sous la direction de
Jacques Hubert &
Paul Achille Mavoungou

Préface de J.T. KWENZI-MIKALA


Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises

Published by SUN MeDIA Stellenbosch


[Link]
[Link]

All rights reserved. Copyright © 2010 Jacques HUBERT & Paul Achille MAVOUNGOU

No part of this book may be reproduced or transmitted in any form or by any electronic, photographic
or mechanical means, including photocopying and recording on record, tape or laser disk, on microfilm,
via the Internet, by e-mail, or by any other information storage and retrieval system, without prior
written permission by the publisher.

First edition 2010


ISBN: 978-1-920109-90-5
e-ISBN: 978-1-920109-32-5
DOI: 10.18820/9781920109325

Set in 10/12 Palatino Linotype


Typesetting by SUN MeDIA Stellenbosch
Cover design by SUN MeDIA Stellenbosch
Cover image by Petr Kratochvil – HTML: <a href="[Link]
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SUN PReSS is an imprint of AFRICAN SUN MeDIA (Pty) Ltd. Academic, professional and reference
works are published under this imprint in print and electronic format. This publication may be ordered
directly from [Link]

Printed and bound by SUN MeDIA Stellenbosch, Ryneveld Street, Stellenbosch, 7600.
La publication du présent ouvrage n’aurait pas été possible sans la contribution et
le soutien des personnes ci-après:
∙ Pr. Rufus Gouws
∙ M. Augustin Tiwinot
∙ Mme Marina C. Nzalha, épouse Mavoungou.
∙ M. Hermano Ndenguino-Mpira
∙ Le Bureau du WAT

Puisse les uns et les autres trouver ici le témoignage de notre reconnaissance.
Nous sommes également très reconnaissants au Prof Jérôme T. Kwenzi-Mikala
pour avoir accepté de préfacer le présent ouvrage.
Nous présentons enfin notre gratitude à Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza
pour tout le travail de prospection et de coordination en vue de la publication de
cet ouvrage.
SOMMAIRE

Préface ...................................................................................................................... i

Introduction ............................................................................................................. 1

Etat des lieux sur l’Enseignement des Langues Gabonaises ................................ 5


Jacques Hubert

Alphabet et Ecriture: approche historique et cas des langues gabonaises .......... 29


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza

Alphabet et Orthographe: critères, qualités, conditions et vulgarisation ............ 69


Thierry Afane Otsaga

Orthographe, Standardisation et Confection des Dictionnaires .......................... 97


Paul Achille Mavoungou

La Place des Tons dans l’Orthographe des Langues Gabonaises ........................ 135
Léandre Serge Soami

Unités-langues et Standardisation dans les langues Gabonaises ......................... 153


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza

Recommandations .................................................................................................. 178

Annexes ................................................................................................................... 181

Index Thématiques .................................................................................................. 207

Les Contributeurs ................................................................................................... 209


PREFACE
L’écriture et la standardisation des langues africaines en général et des langues
gabonaises en particulier répondent à un idéal nouveau : annihiler les divers
préconstruits sur l’orthographe de nos langues, et de la même manière, élargir et
conserver les acquis de l’universalité. Pouvoir écrire et standardiser les langues
gabonaises, c’est, à mon sens, unifier les différentes propositions d’alphabet de nos
langues. C’est aussi réduire l’effet retors dont elles ont été l’objet. Harmoniser,
enrichir, identifier les constantes des recherches réalisées et pouvoir enseigner ces
acquis sans les galvauder sont les objectifs sur lesquels se sont fixés les auteurs du
présent ouvrage.
Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises se présente comme un complément
de réponse à un besoin réel : le développement et la transcription orthographique
des langues gabonaises. Ce n’est certainement pas une chose négligeable que de
parler d’écriture et de standardisation des langues gabonaises au moment où le
monde se réduit progressivement en un village planétaire. En effet, le phénomène
de mondialisation et les nouvelles technologies de l’information favorisent de plus
en plus la maîtrise des langues des pays où sont élaborés ces nouveaux outils de
développement, en l’occurrence le français et l’anglais. Il faudrait donc qu’un effort
soit fait pour que nos langues puissent être utilisées dans les milieux scolaires,
cadre d’apprentissage par excellence, et dans l’administration, moteur des
échanges interculturels.
Le problème de nos langues, il faut aussi le souligner, commence lorsque les
langues héritées de la colonisation (anglais, français et espagnol principalement),
autrefois, facteurs de promotion sociale eurent à créer une classe d’évolués sachant
faire usage des parlers européens. Cette classe aurait participé à l’élimination des
langues locales dans les cellules familiales dont ils étaient les chefs. « L’éducation
par le français rien que par le français », peut on résumer la politique linguistique de
cette époque. Les effets de cette politique sont manifestes de nos jours sur les
jeunes, comme le fait remarquer Jacques Hubert dans son article.
Langues des technologies nouvelles, des échanges interculturels et des relations
internationales, ces langues venues d’Europe participent de nos jours au processus
de développement général de nos pays africains. Mais elles peuvent et doivent
contribuer à l’épanouissement de nos langues. Il va falloir ainsi chercher à donner
à nos langues le même statut technologique, culturel et sociopolitique sur le plan
national que ces langues européennes que nous manions le plus souvent mieux
que les nôtres.

i
ii ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises ne saurait se réduire à une critique


du colonialisme et de la léthargie, encore moins à une euphorie que dicte la
nécessité de publication des chercheurs. C’est plus que des réponses dont peut
avoir besoin le processus d’insertion des langues gabonaises dans le système
éducatif. Pour ce faire, il faut systématiser, alphabétiser et orthographier les
moyens de transmission desdits apprentissages. Je suis certain que cet ouvrage va
contribuer efficacement à tous les processus de développement de nos langues :
processus entamés depuis les travaux de Raponda-Walker jusqu’à l’adoption en
1999 d’un nouvel alphabet des langues gabonaises en Session de Concertation des
experts. On peut retenir des différents chapitres que le développement et la
conservation des langues gabonaises dépendent de l’écriture et de la
standardisation. Ce qui, à mon avis, est juste puisque aucune langue ne s’est
développée sans forme écrite ni norme.
Enrichir le débat scientifique sur la recherche linguistique au Gabon est également
un objectif visé par le présent ouvrage. Il faut pour cela réduire les ambiguïtés
définitionnelles. Un principe d’accord autour d’un alphabet communément adopté
permettra de répondre aux ‘‘besoins énonciatifs et scripturaux des langues gabonaises’’.
Il n’a donc pas été inutile de faire l’état des lieux. De cette connaissance du débat
sur les langues gabonaises, les auteurs, chacun dans son domaine de compétence,
donnent un avis dans une vision constructive. En effet, dans un maniement des
concepts dont ils ont acquis l’art, ils critiquent, restaurent les faits jugés incompris
et proposent des pistes de recherche et d’action.
Les auteurs nous le disent : ‘‘Science sans conscience n’est que ruine de l’âme’’. On
osera nier que conscience sans science demeure tout de même une perte de l’âme.
Engageons-nous donc à écrire, orthographier et standardiser les langues
gabonaises. Laissons agir la symbiose synergique de la volonté qui vient de la
jonction science et politique pour que se meuvent et se conservent ou que meurent
les langues gabonaises. En définitive, je ne manquerai pas de relever que Ecriture et
Standardisation des Langues Gabonaises est un excellent ouvrage qui remplit tous les
critères de qualité et d’accessibilité dans une rigueur scientifique digne de
spécialistes.
Qui sont les contributeurs de ce livre ? Voici un point qui me touche également, et
qu’il convient de relever. Tous des jeunes chercheurs qui ont su se faire encadrer
par un homme rompu à la tâche et expérimenté dans le domaine. Il est sans
conteste que Jacques Hubert a fait preuve de son souci pour le développement des
langues gabonaises en initiant et faisant expérimenter la méthode appelée
RAPIDOLANGUE pour l’apprentissage des langues gabonaises.
Cet homme a su voir les potentialités des jeunes que nous avons nous-mêmes
formés et les conduire dans le cadre de ce bel ouvrage, étalant ainsi une relève bien
assurée dans les métiers de la linguistique gabonaise.
Preface iii

Enfin, pour ma part, Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises mérite d’être
lu, et ses suggestions prises en compte pour sauvegarder les parlers gabonais.

Pr. Jérôme T. KWENZI-MIKALA


Coordinateur Général
Chaire UNESCO Interculturalité
Université Omar Bongo, Libreville
INTRODUCTION
Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises a été conçu pour contribuer à la
recherche des solutions à la problématique de l’alphabet et/ou de l’orthographe des
langues gabonaises, et de manière générale à leur standardisation. La présente
introduction aborde la situation de la linguistique gabonaise dans son rapport avec
le développement des langues du Gabon. De nos jours, il est bien difficile de
concevoir le développement des langues sans penser à l’écriture de celles-ci. C’est
pourquoi, il est important de revenir ici sur les questions d’alphabet et/ou
d’orthographe et de standardisation des langues du Gabon. La question du
développement, au sens large du terme, des langues du Gabon est traitée avec un
grand intérêt par de nombreux auteurs entre autres Kwenzi-Mikala et Idiata (voir
les références bibliographiques de ces deux auteurs dans les différents chapitres du
présent ouvrage). Nous recommandons la consultation de ces publications pour
des informations complémentaires.

LINGUISTIQUE GABONAISE ET DEVELOPPEMENT DES LANGUES


La linguistique gabonaise est à un tournant crucial de son existence. Il est
communément admis que la linguistique, au sens large, commence dans notre
pays avec les travaux des missionnaires et des administrateurs coloniaux.
Autrement dit, la linguistique gabonaise serait d’un âge largement au-delà de la
cinquantaine si l’on part seulement de l’année d’indépendance, 1960.
Malgré cette relative tradition de recherche en linguistique, le développement des
langues gabonaises achoppe encore sur des problèmes qui ont déjà trouvé des
solutions dans bon nombre de pays africains. En effet les langues du Gabon ne sont
ni standardisées, ni intégrées dans le système éducatif, et l’alphabet et/ou
l’orthographe de ces langues ne sont pas encore adoptés et mis en application. En
outre, le nombre de ces langues reste incertain, les grammaires d’un grand nombre
d’entre elles ne sont pas encore élaborées, il n’y a pas encore de dictionnaires dans
la majorité de ces langues et ceux qui existent ne sont pas toujours à la portée du
grand public. Par conséquent, il est logique de déduire que le développement des
langues gabonaises accuse un retard évident en comparaison avec la majorité des
Etats africains.
Les raisons de ce retard sont diverses. La première est immanquablement la
rupture qui s’est installée après l’accession du Gabon à la souveraineté
internationale à la suite des travaux des missionnaires et administrateurs
coloniaux. Même s’il est vrai que ces missionnaires et autres administrateurs

1
2 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

coloniaux avaient peu ou pas du tout d’expérience en linguistique, la prise en


compte et l’amélioration de leurs travaux auraient pu jouer un rôle important dans
le processus de développement des langues gabonaises. La négligence de ces
travaux pionniers favorise un perpétuel recommencement des recherches sur les
aspects ayant déjà fait l’objet de propositions pertinentes. Cela est d’ailleurs illustré
par la revalorisation à ce jour des travaux d’André Raponda-Walker1 qui servent
aujourd’hui de référence à de nombreuses recherches sur les langues gabonaises.
Une autre raison de ce retard réside dans les orientations à donner à la recherche2
sur les langues gabonaises. A cela il faut ajouter la création tardive d’un
département des sciences du langage et des unités de recherche linguistique
(GRELACO, CRELL, Chaire UNESCO Interculturalité, etc.) au sein de l’Université
Omar Bongo.

POURQUOI CET OUVRAGE ?


Au-delà des raisons évoquées plus haut, le retard actuel du développement des
langues gabonaises est aussi étroitement lié à l’absence d’un système d’écriture
unifié3..En effet, les questions d’alphabet et/ou d’orthographe et de standardisation
sont régulièrement évoquées lorsqu’il s’agit de parler du développement des
langues du Gabon. Mais les propositions allant dans le sens de trouver des
réponses à ce problème sont rares. Le présent ouvrage a pour objectif de proposer
de nouvelles pistes de recherche susceptibles d’aider à la résolution des problèmes
d’alphabet et/ou d’orthographe et de standardisation des langues gabonaises.
Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises se présente en six chapitres chacun
sous forme d’article individuel. Les contributeurs sont de formations diverses:
pédagogue, lexicographes et phonéticien, mais ils sont avant de tous des linguistes
qualifiés et soucieux du développement des langues gabonaises.
Dans son article, Jacques Hubert fait un état des lieux de l’enseignement des
langues au Gabon. L’auteur insiste sur l’intégration des langues locales dans le
système éducatif et fait le bilan des langues enseignées à titre expérimental dans
quelques lycées et collèges de Libreville à l’aide de la méthode Rapidolangue

1 La majorité des travaux de Raponda-Walker sont aujourd’hui l’objet d’édition et réédition de la part
de la fondation portant son nom (Fondation Raponda-Walker).
2 On note par exemple que la Fondation Raponda-Walker priorise la confection des manuels
didactiques tandis que nombre de linguistes gabonais estiment que la description linguistique est
l’étape préalable à tout développement des langues gabonaises.
3 Par alphabet unifié, on entend l’ensemble des graphèmes et symboles retenus pour l’écriture des
langues gabonaises. Dans cet ensemble chaque langue puise et utilise les graphèmes et symboles
dont elle a besoin pour sa transcription. Le présent ouvrage propose que les graphèmes et symboles
retenus par la Session de Concertation sur l’Orthographe des Langues Gabonaises de 1999 joue ce
rôle d’alphabet unifié.
Introduction 3

élaborée avec le concours de la Fondation Raponda-Walker. Il revient également


sur les conditions et les raisons de la conception de cette méthode. La question de
l’orthographe et des sons pour l’écriture des langues gabonaises est également
abordée. Jacques Hubert présente les critères de confection de l’orthographe
proposée dans le Rapidolangue et sur son évolution en tenant compte des
recommandations de la Session de Concertation sur l’Orthographe des Langues
Gabonaises d’avril 1999.
Dans sa première contribution à ce volume, Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza
fait brièvement l’historique du développement des alphabets des langues de
manière générale. Il revient également sur l’écriture des langues africaines et fait
des rapprochements entre celles-ci et les orthographes des langues européennes à
alphabet latin. Il termine son étude en présentant l’état de connaissance sur
l’écriture des langues gabonaises dont il fait une analyse des alphabets existants.
Thierry Afane Otsaga, dans son article, aborde les critères liés à l’élaboration de
l’alphabet. Il part de l’expérience des pays des langues dites à longue tradition
écrite pour proposer des voies qui pourront servir au choix d’un système unifié
d’écriture pour les langues gabonaises. L’auteur insiste également sur le fait que
tout système d’écriture est susceptible d’amélioration en fonction des besoins
nouveaux. Par ailleurs, Thierry Afane Otsaga souligne que la promotion et la
vulgarisation de ce système sont aussi importantes que le choix d’un système
d’écriture unifié.
Dans son article, Paul Achille Mavoungou traite des problèmes d’orthographe, de
standardisation et de confection de dictionnaires dans trois langues du Sud-Gabon,
à savoir : le yilumbu, le yipunu et le civili. Selon l’auteur ces problèmes sont
également liés à l’existence de variantes dialectales. Paul Achille Mavoungou fait
entre autres une présentation critique des efforts entrepris par les missionnaires,
administrateurs coloniaux et linguistes pour établir des conventions
orthographiques dans les langues sus-mentionnées avant de proposer des
conventions d’écriture et des faits de standardisation avec en filigrane la confection
de dictionnaires dans lesdites langues.
Léandre Serge Soami quant à lui aborde le rôle et l’importance des tons dans le
fonctionnement des langues gabonaises. Sa démarche est centrée sur le
fonctionnement tonal des langues bantu en général et des langues gabonaises en
particulier. Les analyses et décisions eu égard à la notation des tons pour les
besoins de l’enseignement et du développement général de ces langues accordent
une place de choix au grand public.
Dans sa seconde contribution, Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza propose une
option pour la standardisation des langues du Gabon après avoir donné un aperçu
de la situation dialectologique au Gabon et passé en revue les différents
4 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

regroupements en unités-langues dont les langues du Gabon ont été l'objet. Il


suggère l'identification des unités-langues et leur classification interne, telles
qu'établies par Kwenzi-Mikala (voir l’article pour les références bibliographiques)
comme point de départ du processus de standardisation en soutenant une
coopération entre chercheurs et décideurs pour un choix quasi-arbitraire d'une
variante dans chaque langue (ou unité-langue) comme norme que soutiendra la
confection des dictionnaires et autres manuels didactiques.
Enfin, la présente publication ouvre de nombreux horizons et se veut informatif
dans son approche. Il se propose également de fournir au public gabonais en
général et aux locuteurs des langues concernées en particulier, des propositions de
systèmes d’écriture. Il s’agit des graphèmes et règles d’écriture dont certaines
langues gabonaises (le civili, le fang, le yilumbu et le yipunu) servent de support
d’exemplification.

Jacques Hubert
Paul Achille Mavoungou
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza
ETAT DES LIEUX SUR L’ENSEIGNEMENT
DES LANGUES GABONAISES: LE
RAPIDOLANGUE ET L’ORTHOGRAPHE1

JACQUES HUBERT
FONDATION RAPONDA-WALKER, LIBREVILLE
(guerineau7@[Link])

INTRODUCTION
Parler de langues locales, de langues nationales, de langues régionales est un sujet
d’actualité aussi bien au Gabon que partout ailleurs. Du fait de leur effet
dominateur, les langues d’autorité (anglais, français, etc.) ont été pendant un temps
perçues comme des moyens d’élévation sociale. Mais depuis la Conférence de
Mexico (1982), il est communément retenu que la planète ne doit plus perdre de
valeurs culturelles mais plutôt maintenir les écosystèmes culturels nationaux.
C’est ainsi que l’Union Européenne a autorisé les parlers régionaux et a demandé à
tous ses partenaires de permettre leur apprentissage dans tous les pays de l’entité
européenne. Elle a d’ailleurs créé en 1980, une « Grammaire de la Communication »
(programme grammatical de la 6ème à la 3ème) et un « Vocabulaire lexical » (pour les
mêmes classes). Mais nous savons aussi que la France, conforme à sa politique
coloniale des temps passés, est toujours réticente à l’idée de promouvoir les parlers
régionaux. Jusqu’à une date récente, des langues comme le breton, le basque, le
gallois, l’occitan et le corse étaient interdits. Il en était de même du créole en
Martinique. Le gouvernement Jospin en son temps avait amorcé l’apprentissage du
corse sur l’île et nous connaissons les difficultés auxquelles il a eu à faire face.
Pourquoi une telle opposition ? Parce que le colonisateur d’autrefois pensait que
pour unifier un pays, il était indispensable que toute la population s’exprime dans
une seule et même langue. Au fur et à mesure de leurs conquêtes, les Grecs, puis
les Romains avaient imposé leur langue aux pays conquis, pour la même raison.
On donnait le fameux «symbole» aux enfants bretons qui parlaient en langue à
l’école ; de la même manière, on l’a introduit en Afrique francophone, et par le fait

1 Une première version des données présentées ici a déjà fait l’objet de communications présentées
par l’auteur au cours de divers ateliers et conférences.

5
6 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

même au Gabon. Il ne s’agissait donc pas d’une politique nouvelle. Pour la France,
imposer la langue française comme langue administrative était aussi un excellent
moyen de recruter un personnel capable de communiquer dans la même langue
que le colonisateur. Les peuples de la côte, les Kongo par exemple, puis les
Mpongwè, n’hésitaient pas à envoyer dès le XVe siècle leurs enfants en Europe
pour y apprendre le portugais ou l’espagnol, langue des explorateurs. Les rois de
la côte atlantique eux-mêmes connaissaient les langues des puissances coloniales
pour les avoir pratiquées pour les besoins de la cause.
Aujourd’hui, l’un des chevaux de bataille de la Francophonie est le développement
des langues locales. Il en va de même pour l’Unesco qui l’encourage afin de lutter
contre l’analphabétisme. Alors, pourquoi faut-il enseigner les langues locales ? Est-
il vrai que les langues sont en péril ? Ce sont ici des questions auxquelles je
voudrais donner une réponse en mettant un accent particulier sur la méthode
Rapidolangue et sur le problème de l’orthographe.

POURQUOI FAUT-IL ENSEIGNER LES LANGUES LOCALES ?


Au Gabon, d’après les statistiques du début de l’année 2001, 73 % de la population
gabonaise habite dans les villes et les enfants parlent majoritairement la langue
française et ne connaissent plus leur langue maternelle. S’il existe un phénomène
de rejet des langues nationales par certains jeunes nés depuis 1975, il n’en demeure
pas moins que d’autres commencent à comprendre l’importance de leur langue et
lance déjà l’anathème sur leurs parents qu’ils interpellent de la manière suivante :
« Pourquoi est-ce que nous ne parlons pas notre langue » ? Cet appel doit être entendu
pour des raisons toutes universelles, et parce que les langues en elles-mêmes en
éprouvent le besoin.
Quinze raisons en faveur de l’enseignement des langues:
1. La raison primordiale de cet enseignement est la disparition rapide et
progressive de nos langues, n’en déplaise à certains intellectuels qui
affirment le contraire. Arrivé en 1966 au Gabon, j’ai déjà assisté à la
disparition de fait du séké et du benga dans les environs de Libreville. Les
peuples sékyani et benga sont linguistiquement assimilés aux Ngwè-Myènè.
Evolution irréversible. Ainsi, pour le fang, on ne dit plus « bëkalë » mais
« békalé », etc.
2. Deuxième raison: « Un peuple sans culture est un peuple sans âme ». La
langue est le meilleur véhicule de la culture. D’où la nécessité de soutenir les
langues nationales et de faire le nécessaire pour leur apprentissage.
3. L’enseignement des langues est devenu le leitmotiv des principaux pays
africains, l’une de leurs plus grandes préoccupations. Ce n’est pas un
phénomène de mode, mais une excellente manière de manifester son identité.
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 7

Hors de son pays, un Africain reste Africain de par son comportement. Il


transpire son origine et ne peut nier son identité. Il se sent mal à l’aise à
l’étranger s’il ne connaît pas sa propre culture. Voilà pourquoi les pays
africains ont redécouvert la nécessité de favoriser le développement des
langues nationales. D’autres raisons s’ajoutent à ces trois raisons
fondamentales.
4. Enseigner les langues pour lutter contre l’analphabétisme. Cette raison reste
encore valable pour certaines zones rurales où les personnes ne s’expriment
que dans leurs langues.
5. Les langues maternelles permettent encore de communiquer avec les autres.
Une langue n’arrive pas à s’imposer s’il n’y a pas une nécessité pour cela. La
connaissance de la langue des autochtones favorise l’échange et le commerce.
C’est de cette manière que dans la sous-région, le lingala a progressé et
continue de s’étendre vers les frontières gabonaises après avoir franchi le
fleuve Congo. Un certain nombre de chants religieux ont déjà introduit le
lingala dans la liturgie au Gabon.
6. La menace de la langue française est indéniable. L’expansion des médias
modernes est un très grand danger pour les langues locales et l’impact de la
langue française véhiculée par la radio et la télévision a abouti au fait que
même les enfants de moins de cinq ans parlent le français sans aucune gêne
d’autant que certains parents eux-mêmes ne parlent plus leur langue
maternelle à la maison, en particulier les couples mixtes (ex. un père fang, une
mère myènè, etc.). Certains écrivains francophones l’avaient bien compris
puisque Makhily Gassama (ancien ministre de la Culture au Sénégal, ancien
Directeur Général de l’UNESCO au Gabon), déclarait que « la langue française
peut aider à la circulation et la promotion de nos langues ».
7. C’est également un problème philosophique. En effet, le refus des anciens de
transmettre leur savoir et de favoriser l’identité culturelle de leur peuple à
travers us et coutumes, sous prétexte de préserver leurs secrets est à l’origine
de la perte de la philosophie traditionnelle qui s’exprime généralement à
travers rites et croyances. C’est pourquoi « l’intelligentsia » africaine a relevé la
tête pour le faire comprendre.
8. C’est un problème scientifique. L’expérience a montré que le développement
de la pensée passe par l’éveil de l’esprit scientifique. A une époque où nous
dévorons tout ce qui est moderne et technologique, il est important de
comprendre que cet esprit scientifique se développe chez les enfants par le jeu
et dans n’importe quelle langue. Les colonisateurs ne disaient-ils pas que le
vocabulaire de nos langues est insuffisant pour un enseignement à partir des
langues vernaculaires ? On sait qu’il est possible d’enseigner dans les langues
locales les notions mathématiques et scientifiques. Nous en avons une preuve
avec les dictionnaires d’André Raponda-Walker : 35 000 mots pour la langue
omyènè, 16 000 mots pour la langue ghetsöghö et 10 000 pour la langue gisir. Il
8 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

reste cependant aux scientifiques de prouver que c’est réellement possible et


qu’il n’est pas trop tard pour le faire.
9. L’apprentissage d’une langue étrangère est plus facile si les mécanismes de
la langue maternelle sont connus. Ceci était encore valable pour le Gabon il y
a vingt ans, mais ne l’est plus aujourd’hui, suite à l’invasion de la langue
française sur tout le territoire. Si au début de l’indépendance on condamnait le
colonisateur pour avoir imposé sa langue, on se rend compte désormais de la
nécessité de maîtriser une langue à vocation mondiale, telles que l’anglais, le
français, l’espagnol ou l’allemand. Il n’y a plus que les « frustrés » de la
colonisation qui continuent à stigmatiser cette incursion étrangère dans leur
vie. Les écrivains africains d’ailleurs reconnaissent que la connaissance de la
langue française, par exemple, leur a permis de propager leur propre culture à
travers notamment les romans dits « engagés ».
10. Une autre raison essentielle est celle de permettre aux peuples de sauver les
valeurs culturelles de leurs pays par la sauvegarde de leurs langues. Il est
fréquent de constater qu’un sentiment d’infériorité naît chez les peuples qui
ont abandonné leurs langues maternelles, car un membre de leur communauté
se sent écrasé, à l’étranger, par des langues de prestige – l’anglais par exemple
– lorsqu’il voyage ou vit dans un autre pays. C’est d’ailleurs le cas des
Francophones face à la propagation de la langue anglaise dans le monde. C’est
aussi l’une des raisons du succès du concept de la « Francophonie ». C’est pour
le retour à la dignité et à une certaine confiance en soi que l’apprentissage des
langues vernaculaires doit être introduit dans le système éducatif.
11. L’obtention de meilleurs résultats scolaires si la langue maternelle est
pratiquée. Mais il est indispensable pour cela que la langue maternelle soit
maîtrisée. Les enseignants savent les difficultés qu’ils rencontrent dans
l’enseignement des pronoms personnels. Exemple : « Je l’ai dit de venir » au lieu
de « Je lui ai dit de venir »… « Je les ai données (des oranges, pour : je leur en ai
données).
12. Pour un notable, il est politiquement correct de se faire comprendre dans sa
langue. Sur le plan politique, la connaissance de la langue maternelle est
valorisante auprès des populations : « C’est un vrai fils du pays ». Nous nous
rappelons la réaction de populations villageoises lorsque l’un de leurs députés
a été obligé d’avouer qu’il ne maîtrisait plus sa langue maternelle. C’est
Gudschinsky (1973) qui considère un groupe comme lettré lorsqu’il est capable
de parler et d’écrire dans sa propre langue.
13. L’éducation en langue traditionnelle est toujours efficace. Nous savons que
les néophytes reçoivent toujours les enseignements et la connaissance de leur
peuple dans la langue pendant les initiations. Ajoutons avec l’écrivain malien
Abdulaye Ascofare : « le développement d’un pays passe par l’enseignement des
langues maternelles ».
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 9

14. L’écriture des langues maternelles est le moyen de redonner confiance à tout
un peuple. Si les missionnaires, puis l’administration coloniale ont contribué
au développement de l’étude de la langue française dans nos régions, il faut
reconnaître que les missionnaires sont les seuls à avoir donné des
enseignements de la Bible et du catéchisme en langue. Ils ont été les premiers à
les écrire. Il est important ici de rendre hommage à Charles Sacleux, Cssp. - à la
suite de quelques pionniers - qui a le premier institutionnalisé les principes de
l’orthographe des langues africaines. Mgr Raponda-Walker avait eu
connaissance des règles édictées par Sacleux dans son livre Essai de Phonétique
(1905) puisque l’on a retrouvé trois ouvrages de Sacleux dans les archives de
Sainte-Marie. C’est à partir de ces principes qu’il a lui-même proposé son
Alphabet des idiomes gabonais en 1932 (Journal de la Société des Africanistes T II,
fascicule 2)
15. La culture du nationalisme à travers le multilinguisme. Contrairement aux
idées reçues, la connaissance de plusieurs langues ne s’oppose pas à l’unité
nationale. Le monolinguisme est une illusion et, en fait, une erreur historique
monstrueuse. Le kinyarwanda, même langue pour les Tutsi et les Hutu, n’a
pas empêché le génocide. C’est une infirmité aujourd’hui de n’avoir qu’une
seule langue. A l’opposé, le plurilinguisme favorise une meilleure
communication entre les peuples et évite des tensions. C’est de cette manière
que l’on reconnaît au Gabon que des ethnies différentes se comprennent et
utilisent le même langage.

Après avoir exposé les principales raisons qui nous recommandent l’apprentissage
des langues vernaculaires, voyons ce qui se fait au Gabon.

LES LANGUES GABONAISES ET LEUR APPRENTISSAGE


Il est heureux de constater que le Gabon s’est lancé dans une véritable politique
linguistique depuis les Etats Généraux de l’Education de 1983. Ce mouvement
devrait être irréversible et, comme évoqué plus haut, tous les pays africains en sont
conscients.
En 1979, la CONFEMEN2 organisait un colloque sur la « revalorisation et l’intégration
des langues nationales dans les systèmes éducatifs » (Dodo-Bounguendza 1998/1999).
La publication d’un Alphabet scientifique des langues du Gabon en 1990 fut un progrès
énorme pour une meilleure connaissance de nos langues et le travail des linguistes
ne fait que commencer.

2 La Conférence de Ministères de l’Education Nationale (CONFEMEN).


10 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Les chercheurs de l’Université Omar Bongo apportent également leur contribution


à l’inventaire des parlers nationaux (Kwenzi-Mikala 1987, 1990 et 1998). On trouve
cette liste dans Langues du Gabon édité par la Fondation Raponda-Walker en 1998.
Plusieurs centres de recherche se créent dans différents domaines des sciences
humaines (sciences du langage, histoire, anthropologie, etc.). Ceux-ci souhaitent
tous l’intégration des langues locales dans le système éducatif. Il y a par exemple le
LUTO-DC (Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale et des Dynamiques
Contemporaines), le LASCIDYL (Laboratoire des sciences humaines et de la
dynamique du langage), le GRELACO (Groupe de recherche en langues et cultures
orales), le CRELL (Centre de recherche en langues et linguistique), le NDAGA
(Centre pour l’étude des langues gabonaises) et la Chaire UNESCO Interculturalité
pour ne citer que ceux-là.
A l’exception faite du NDAGA et de la Chaire UNESCO Interculturalité, toutes ces
structures de recherche ont vu le jour avant 1995 lorsqu’a émergé d’un grand
silence le S.O.S. de la Fondation Raponda-Walker sur la sauvegarde de nos
langues. Ce S.O.S sera suivi du lancement de l’apprentissage des langues
gabonaises dans plusieurs établissements de la capitale et de l’intérieur du pays à
la rentrée 1996-1997, à la suite de l’expérience tentée en 1995-1996 à l’Institution
Immaculée Conception. Dans le même ordre d’idées, un concours sur les langues
nationales est organisé au Lycée Djoué Dabany sous la supervision de la Fondation
Raponda Walker, de février 1998 à février 1999.
Par ailleurs, il faut noter qu’entre-temps un poste de « Conseiller technique, chargé de
l’intégration des langues nationales dans le système éducatif » a été créé au Ministère de
l’Education Nationale en 1997. Au cours de la même période, une table ronde a été
organisée sur les Recherches linguistiques et l’enseignement des langues gabonaises
(10/12/97).
En outre, l’Ecole Normale Supérieure (ENS) a initié en 1999 un cycle CAPES3 en
langues nationales pour la formation des futurs professeurs dans cette discipline.
Une initiation à l’enseignement des langues gabonaises est prévue pour les
conseillers pédagogiques et les professeurs-adjoints d’école.
La même tendance s’observe à l’Institut Pédagogique National (IPN) qui a ouvert
un Département des Langues Nationales. Ce département est sensé dans un proche
avenir se muer en une Direction des Langues Nationales. A l’heure actuelle,
plusieurs formateurs de formateurs y sont affectés.
A l’Université Omar Bongo (UOB) encore, une filière « langues nationales » a été
créée au Département des Sciences du Langage (DSL). Les étudiants de cette filière
sont supposés intégrer, à la fin de leur année de maîtrise le cycle CAPES en langues
nationales à l’ENS ou encore le Département des langues nationales de l’IPN.

3 Certificat d’Aptitude Professionnelle à l’Enseignement Secondaire (CAPES).


Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 11

Des études sont entreprises tous azimuts en sociolinguistique. Il s’agit d’études


comparatives sur les noms d’animaux, de poissons, sur la tonalité, les classes
nominales, etc. L’activité linguistique est indéniable et les problèmes analysés,
triturés. Que l’on me pardonne les nombreux oublis en la matière tant les
personnes intéressées par le nouveau phénomène des langues sont nombreuses,
aussi bien des linguistes que des profanes amoureux de leurs langues maternelles !
En ce qui concerne le système d’écriture, une session de concertation des experts
de l’Enseignement Supérieur, de l’Education Nationale, de la Société Internationale
de Linguistique (SIL International) et de la Fondation Raponda-Walker s’est tenue
en avril 1999 pour fixer les règles d’écriture des langues gabonaises.
Il faut aussi rendre justice à la radio et à la télévision nationale d’une part ainsi
qu’aux radios périphériques d’autre part, qui sensibilisent – à travers des émissions
très variées et des concours – la population sur l’importance de connaître et de
parler en langue maternelle. L’émission Le polyglotte de la radio nationale, entre
autres, est particulièrement prisée.
Revenons aux recommandations de l’UNESCO et de la FRANCOPHONIE sur les
langues vernaculaires. Ces deux organismes en ont fait leur cheval de bataille
comme nous l’avons dit ci-dessus et l’organisation de colloques sur le sujet en est
la preuve. Le programme LINGUAPAX de l’UNESCO prône l’organisation de
séminaires pratiques sur l’Aménagement linguistique au Gabon, la Réalisation et la
conception de manuels didactiques en langues nationales. La Banque Mondiale se
propose aussi de promouvoir les langues à traditions orales.
Il est évident qu’il s’agit d’un profond revirement de mentalité à travers le monde
entier et les dirigeants africains l’ont parfaitement compris. Pour le Gabon, l’on
peut voir comme je viens de le présenter, que les potentialités institutionnelles et
humaines sont déjà à pied d’œuvre pour l’enseignement des langues locales dans
un délai à court terme. Mais un problème qui semblait mineur est devenu la
principale pierre d’achoppement au lancement de l’apprentissage des langues dans
l’ensemble du système éducatif.

LE BLOCAGE A L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES


Le blocage à l’introduction des langues bantu dans le système éducatif se résume
en grande partie au défaut d’un alphabet et d’un système d’écriture adéquats, si
l’on ne tient pas compte de la volonté politique qui est souvent lente à la décision.
De fait, l’acharnement de certains linguistes africains de nombreuses universités
bantu a provoqué un tel blocage que plusieurs pays ont été incapables de résoudre
le problème des alphabets et des orthographes de leurs langues en raison
principalement de l’importance accordée à l’écriture scientifique et à la tonalité.
12 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Pour eux, il est clair que les langues bantu sont des langues à tons et qu’il faut
impérativement noter les tons. Les exemples des universités ayant imposé un tel
diktat ont fait en sorte qu’un pays comme le Centrafrique où le sango est une
langue nationale – au plein sens du terme – parlée dans tout le pays, n’est ni
enseignée ni écrite (décret n° 84 025 du 28 janvier 1984 fixant l’orthographe
officielle du sango - langue nationale centrafricaine -). C’est le cas en République
du Congo (Brazzaville) où les universitaires reconnaissent eux-mêmes ce blocage.
Réservons donc l’écriture scientifique aux scientifiques, c’est-à-dire aux chercheurs,
aux linguistes, aux universitaires et à leurs étudiants. Mais une telle écriture ne
peut, en aucun cas, se justifier pour le commun des mortels. La réflexion engagée
sur le sujet permet de conclure de la manière suivante:
∙ Sachant qu’une langue s’apprend par imitation (cf. Circulaires officielles sur
l’enseignement des langues vivantes);
∙ Considérant que la connaissance des tons est importante.
∙ Vu l’expansion des langues nationales dans les pays où l’écriture des tons est
facultative, il convient de savoir:
∙ que les tons grammaticaux ne sont pas stables et peuvent prendre une place
variable sur un mot;
∙ que l’absence de tons n’a jamais empêché un apprenant d’étudier une langue;
∙ que l’on s’accorde aujourd’hui, dans plusieurs universités, pour dire que
l’écriture de la tonalité est plus qu’une surcharge et peut même devenir un
phénomène de rejet;
∙ que les moyens financiers n’autorisent que rarement la prise en compte des
tons, en particulier lorsqu’il s’agit de la confection d’un journal en langue.

Il importe de n’écrire les tons que s’ils sont indispensables à la compréhension du


vocabulaire. Cela ne dispense pas l’enseignant de les connaître. Rendons ici
hommage au LUTO-DC qui a proposé une écriture simplifiée pour les symboles de
l’ASG (Alphabet Scientifique du Gabon). Nous savons aussi que l’instruction
ministérielle n° 13.02/03.2/003 du 2 juillet 1985 portant fixation de l’orthographe
officielle du Kinyarwanda, après avoir revu les instructions du 6 février 1974, en
son article 24, réserve la tonalité, représentée par l’accent circonflexe pour le ton
haut et l’absence de signe diacritique pour le ton bas, à l’usage scientifique
exclusivement. Nous savons également qu’au Rwanda, l’enseignement se fait, à
égalité de plage horaire, en kinyarwanda, français et anglais (6 h par discipline et
par matière, dès l’entrée en classe de 1ère, équivalente à notre sixième). C’est la
raison pour laquelle la langue maternelle est parlée et écrite dans tout le pays tout
comme au Burundi.
C’est en effet, à ce prix que les langues nationales se développeront et sauveront les
valeurs culturelles de nos pays. Ajoutons qu’une commission interministérielle a
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 13

été mise en place depuis février 1997, par le Premier Ministre, Chef du
Gouvernement.
Par ailleurs, le Ministère de l’Education Nationale envisage de prendre en compte
toute langue dominante régionale si elle dispose d’un bon dictionnaire et d’une
bonne grammaire, et de l’enseigner selon les zones définies ci-après : pour le
Centre (Lambaréné), le Sud (Tchibanga, Mouila), l’Est (Koulamoutou, Franceville)
et le Nord (Oyem et Makokou).

LA METHODE RAPIDOLANGUE ET SON BILAN

HISTORIQUE ET MOTIVATIONS
La méthode d’apprentissage des langues RAPIDOLANGUE de la Collection
RAPIDO est née d’une nécessité. Initié par la directrice de l’Immaculée Conception
en 1995, l’enseignement des langues locales ne possédait aucun appui didactique
approprié et les professeurs éprouvaient beaucoup de difficultés à lancer un
programme ainsi mal défini.
Le point de départ de RAPIDOLANGUE remonte au changement radical de
l’enseignement des Langues naturelles vivantes en 1962 après la publication par le
Ministère de l’Education Nationale de France de nouvelles instructions officielles
relatives à cet enseignement : faire parler des langues étrangères. En un mot,
substituer à l’ECRIT un enseignement ORAL pour permettre aux apprenants de
parler correctement une langue étrangère – anglais, allemand, espagnol et même
latin – à la fin des études secondaires. C’est de là que sont nées les méthodes
audiovisuelles de l’apprentissage des langues, quelque 15 ans plus tard et la
British Broadcasting Corporation (BBC) y est pour beaucoup dans ce succès. Des
méthodes intensives voient le jour : en 300 heures vous maîtrisez une langue, ce
qui correspond à un bain linguistique de 3 mois ou à un apprentissage échelonné
de 3 heures par semaine dans nos classes du secondaire pendant 4 ans (à raison de
25 semaines effectives par an). Un élève de la classe de 3ème est censé parler en
langue à la fin de son premier cycle.
Est-il inutile de faire remarquer que le CLAD (Centre de Linguistique Appliquée
de Dakar) est également né en 1962 ?
C’est le linguiste britannique Crystal (2000) qui lançait il y a quelques années un
vibrant appel pour la protection de ce précieux patrimoine culturel. Il disait que
dans cent ans, la moitié des 6.000 langues de la planète auraient disparu. Un
éminent linguiste africain proclame de son côté que les langues qui ont moins d’un
million de locuteurs auront également disparu dans les vingt ans. Et nous savons
évidemment que c’est le cas pour nos langues.
14 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

C’est pour cette raison que, face à l’inertie qui règne au Gabon, malgré
l’intervention des Etats Généraux de l’Education Nationale en 1983 qui prônaient
l’introduction des langues dans le système éducatif à la suite du Colloque de
Yaoundé, la Fondation Raponda-Walker lance son fameux S.O.S. le 24 mars 1995,
pour tenter de stopper à sa manière, la disparition de nos langues au Gabon. Dans
la foulée, elle produit en un an et demi, un manuel d’apprentissage, à la demande
de la directrice de l’Immaculée Conception, Sœur Izabete, dans lequel on introduit
d’abord cinq langues parmi les plus parlées sur tout le territoire national et un an
plus tard, un autre manuel avec deux autres langues. Aujourd’hui, neuf langues
sont prêtes pour l’enseignement. Il s’agit, par ordre alphabétique, des langues
suivantes: le fang, le ghetsöghö, le gisir, l’ikota, le yinzebi, le lembaama (pour
l’obamba), l’omyènè, le vili et le yipunu.
La méthode RAPIDOLANGUE peut s’appliquer à toutes les autres langues du
pays.

PRINCIPES ORIGINELS D’UNE METHODE D’ENSEIGNEMENT DE LANGUE


AFRICAINE
1. Une méthode s’apprend par imitation, répétition et mémorisation (cf.
Circulaires officielles sur l’enseignement des langues vivantes) et non par
l’écrit.
2. Une écriture accessible à l’homme de la rue est indispensable pour éviter un
phénomène de rejet, aussi bien à l’élève qu’aux enseignants qui dans leur
majorité n’ont pas une formation de linguiste.
3. L’écriture des tons n’est pas une condition sine qua non pour l’apprentissage
d’une langue, même d’une langue à tons (ex. le kinyarwanda, le kirundi, le
swahili…).
4. L’écriture de tous les tons constitue une surcharge pour la saisie et la lecture.
Comme il a été dit plus haut, ils varient dans les tons grammaticaux ou selon
l’intonation du locuteur
5. La parution de journaux en langues constitue un objectif très louable
6. L’importance des coûts financiers, en particulier des frais d’impression. C’est
pourquoi la méthode cible les élèves du secondaire plutôt que ceux du
primaire. Au départ, la Fondation a voulu montrer que les langues
maternelles, en déperdition, pouvaient s’enseigner comme n’importe quelle
langue étrangère : anglais en particulier.
7. L’économie de temps dans la saisie (écriture possible sur n’importe quelle
machine à écrire).
8. Le manque d’enseignants. Pour un enseignement national, il est impossible, de
former dans l’immédiat, des linguistes rompus aux techniques de
l’apprentissage des langues bantu. Mais il est indispensable de donner des
notions pédagogiques aux volontaires maîtrisant leur propre parler.
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 15

9. Enfin, la Fondation n’a pas cherché à faire œuvre scientifique.

Tous ces points ont été abordés à l’assemblée générale de juin 1995, à l’origine du
manuel que nous connaissons. Le feu vert a été donné.

LA FONDATION PART DONC SUR LE TERRAIN POUR:


1. savoir quelles langues proposer. Les études ont été menées principalement au
nord et à l’est et se sont basées sur les résultats du recensement de 1993 par le
Ministère du Plan. Le problème des villes a été abordé.
2. trouver des traducteurs acceptant d’entrer dans le projet. Le problème a été
ardu. : pas de volontaires en gisir, teke, vili… La question d’écriture a
provoqué des réticences sérieuses. La simplification et l’universalité proposées
par le Fondation ont suscité un réel intérêt chez les traducteurs. De plus de
vingt volontaires au départ, nous nous sommes retrouvés finalement à treize.

PRINCIPES DE BASE DE LA METHODE RAPIDOLANGUE:


1. C’est une méthode audiovisuelle.
2. Elle utilise le vocabulaire fondamental basé sur la fréquence des mots : 1500
mots de base pour les classes de 6e et 5e.
3. Pas de grammaire traditionnelle. Utilisation de la grammaire de
communication (voir textes de l’Union Européenne en la matière) ; c’est-à-dire
que la grammaire y est abordée de manière ponctuelle et utile, laissant au
niveau 2 (intermédiaire) et au niveau 3 (avancé) le soin d’introduire l’étude
systématique de la grammaire.
4. Utilisation de la grammaire structurale par les exercices de répétition,
substitution et transformation.
5. Mémorisation des textes, pour la plupart sous forme de dialogues ou de
conversations. C’est le meilleur moyen de générer les automatismes
indispensables à une première conversation.
6. Enregistrement de cassettes pour les apprenants solitaires
7. L’écriture scientifique et les tons sont réservés au niveau universitaire
(voir comme il a été dit, l’instruction ministérielle n° 13.02/03.2/003 du 2 juillet
1985 portant fixation de l’orthographe officielle du Kinyarwanda, qui, après
avoir revu les instructions du 6 février 1974, en son article 24, réserve la
tonalité, représentée par l’accent circonflexe pour le ton haut et l’absence de
signe pour le ton bas, à l’usage scientifique exclusivement)
8. Pas de panachage pour l’enseignement (mélange langue et français)
9. Alphabet applicable à toutes les langues du Gabon (tout en acceptant les signes
diacritiques inévitables là où c’est nécessaire)
10. Privilégier la langue courante et l’équivalent, à une traduction littéraire.
11. Faire des dictées de contrôle à partir des textes étudiés.
16 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

12. Préparer un lexique pour chaque langue.


13. Enfin, amener l’apprenant à penser et pourquoi pas « à rêver dans sa langue ».

Compte tenu des principes ci-dessus, la Fondation Raponda-Walker a proposé la


méthode suivante d’écriture:
1. Utilisation de l’alphabet latin chaque fois que c’est possible car les apprenants
sont familiers de cet alphabet. Chaque lettre y conserve sa valeur, sauf le « u »
qui se prononce [u] et le « e » qui se prononce [e].
2. La lettre « c » de l’alphabet latin prête à confusion avec de nombreuses
écritures et principalement avec le [t] de l’Alphabet Phonétique International
(API). Elle est remplacée par la lettre « k »
3. Il en est de même de la lettre « x » ; en API [x]. Nous avons adopté l’écriture
régulièrement admise en pratique du « gh » pour traduire le son API [x].

PRINCIPES DE L’ELABORATION DE LA « COLLECTION RAPIDO »


Les manuels d’apprentissage de la méthode RAPIDOLANGUE ont ciblé, en
premier lieu, les élèves du Premier Cycle du Secondaire et sont utilisés dans les
classes correspondantes depuis 1996 dans plusieurs établissements de Libreville, à
Port-Gentil et à Koulamoutou.

∙ Cette méthode a fait appel aux dernières connaissances en matière de


l’enseignement des langues vivantes et dispose de cassettes à l’usage des
apprenants à domicile.
∙ Elle obéit aux instructions officielles des Ministères de l’Education Nationale
pour les langues vivantes. Est-il besoin de rappeler quelques-unes de ces
règles ?

a. L’objet de l’enseignement des langues vivantes est d’apprendre, dès le


début, à parler, puis à lire et écrire la langue d’aujourd’hui ; et à exprimer
ORALEMENT, les faits et les idées de la vie la plus générale. Tel est
l’objectif à ne jamais perdre de vue. En conséquence, tous les exercices
doivent privilégier la conversation.
b. Une langue vivante s’apprend par IMITATION. L’oral précède l’écrit
comme l’exemple précède la règle. L’élève imite le maître (ou la cassette) et
ceci, plus spécialement dans les classes de « débutants », ce qui correspond
aux niveaux 1 et 2 (6e et 5e de nos classes).
c. Pas d’exposés ni de conférences durant les cours mais des exercices de
conversation.
d. Le rôle du professeur est de créer et de maintenir des automatismes.
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 17

e. L’appui de la mémoire est primordial. Tout doit être immédiatement


accessible et oralement disponible dans la mémoire (cf Instructions
Officielles).
f. Toutes les conversations doivent respecter le naturel de l’intonation.
g. Au-delà de ces principes généraux, des principes techniques ont présidé à
l’élaboration des manuels:
h. une écriture simple accessible à l’homme de la rue
i. une même écriture pour un même son, dans toutes les langues du Gabon.
Les sons pertinents des langues gabonaises retenues ont d’abord été
inventoriés.
j. utilisation de la grammaire de la communication

Finalement, l’élaboration du manuel RAPIDOLANGUE a tenu compte des


principes ci-dessus et des règles scientifiques ci-après:
∙ les manuels de niveaux 1 et 2 utilisent le principe de la fréquence du
vocabulaire, c’est-à-dire qu’ils proposent l’étude du VOCABULAIRE
FONDAMENTAL (Lexique de 1 500 mots en deux ans).
∙ les nouveaux manuels proposent l’orthographe adoptée par la session de
concertation sur l’orthographe des langues gabonaises des experts de
l’Enseignement Supérieur, de l’Education Nationale et la Commission
Nationale de l’UNESCO réunis en colloque les 8-10 avril 1999.
∙ La grammaire s’apprend à partir d’exercices structuraux de répétition, de
substitution et de transformation (méthode RST), conformément aux nouvelles
dispositions de l’enseignement de la grammaire de la communication (83
exercices de langage dans le manuel du niveau 1, et 118 dans celui du niveau 2).
RAPIDOLANGUE n’est donc pas un manuel pour touristes comme le laissent
entendre des étudiants qui ne l’ont pas appliqué ou l’ont mal utilisé, par
méconnaissance de la Grammaire Structurale.
∙ Le vocabulaire est appris à partir du vocabulaire de base, allant du simple au
composé et la grammaire d’une manière progressive.
∙ L’écriture a été régie par les principes de simplicité et fonctionnalité ; et les
signes diacritiques ont adopté la solution déjà proposée par le LUTO
(Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale) et la commission ad hoc sus-
mentionnée, à savoir le soulignement, afin de préserver l’écriture des tons si
nécessaire (ex : e = [ ε ] au lieu de /è/ qui porte une autre signification)
∙ Le principe de l’écriture des tons adopté privilégie les tons hauts (accent aigu)
indispensables à la compréhension et ne gêne pas les signes. Les tons bas
(accent grave) ou moyens pourront être mentionnés pour la clarté de la
compréhension.
∙ La longueur vocalique est représentée par le redoublement de la voyelle (ex.
lembaama)
18 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

∙ L’adoption du gh commun à bon nombre des langues gabonaises pour le son


contesté du [x] (ex. [xalam] : nom d’une danse célèbre au Sénégal). Nous
écrirons donc « mvöghe » ou [mvoghə] en langue fang et non [mvóxé] ;
« ghetsöghö » au lieu de « xetsóxó », etc. Pour les mêmes raisons, nous évitons
l’écriture du [d], toujours mal prononcé comme dans Banjul, la capitale de
Gambie et le [t] qui prête à confusion et nous préférons le ny pour ‘nyama’
[ama] au lieu de ‘gnama’.

LA METHODE DANS SON APPLICATION


La méthode RAPIDOLANGUE est donc enseignée, à titre expérimental, dans
plusieurs établissements privés. Elle a fait ses preuves depuis 1996, et de
nombreuses améliorations y ont été apportées, suite aux recommandations du
Ministère de l’Education Nationale. Efficace, elle l’est si l’enseignant applique les
conseils qui lui sont prodigués et utilise à bon escient la mémorisation et les
exercices structuraux. Elle couvre actuellement les classes de débutants (6e et 5e en
premier cycle) et le manuel de niveau III est à l’étude.
Une réflexion sur son élargissement dans deux ou trois établissements publics de
Libreville est menée au Cabinet du Ministre de l’Education Nationale et son
application a commencé depuis deux ans. De futurs professeurs de l’Ecole
Normale Supérieure se préparent à l’inspection des enseignants en langues. Une
heure de formation pédagogique a été dispensée par la Fondation Raponda-Walker
aux enseignants en langues gabonaises de Libreville, une fois par mois. Ceci a pris
effet dès l’année scolaire 2000-2001.
Des Modules éducatifs en faveur des enseignants en langues nationales se sont
tenus à Port-Gentil et à Koulamoutou.
Enfin, un BEPC blanc a été organisé dans plusieurs lycées en avril 2001 et des
soirées culturelles ont répondu à l’engouement et au succès de celles des années
précédentes. Revalorisant les langues nationales, elles se sont déroulées en
présence des parents et des amis des élèves.

DES RESULTATS DE LA METHODE

QUELLES LANGUES SONT ENSEIGNEES ?


Après enquête appropriée, le choix de la Fondation s’est porté sur les langues les
plus parlées (cf. recensement de 1993), à savoir:
∙ le fang: 258 601 locuteurs au Gabon
∙ le yipunu-gisir: 251 954
∙ le yinzebi-duma: 113 656
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 19

∙ l’omyènè: 48 767. Cependant cette langue est en faveur près des élèves de
Libreville (motif: communiquer avec ses camarades)
∙ le mbede-teke: 82 890. Devant la disparition annoncée du mbédé, la Fondation a
opté pour le lembaama
∙ l’ikota-kele: 71 351
∙ l’okandé-tsogo: 32 799.
∙ Et depuis 2000, le vili et le gisir.

Nous avons placé ci-dessous l’omyènè en 2e position car c’est l’une des langues très
demandée.
Dans ce tableau, l’on peut observer le niveau de fréquentation des cours de langues
au Collège Quaben. Et c’est là un reflet typique des pourcentages retrouvés dans
les autres établissements, pour l’année scolaire 2000-2001, avec un total de 500
élèves de la 6ème à la 3ème.

Langues 6ème 5ème 4ème 3ème Total Pourcentage

Fang 48 50 39 46 182 36,40 %

Omyènè 30 30 37 39 136 27,20 %

Yipunu 22 26 25 25 98 19,60 %

Yinzebi 17 10 15 17 59 11,80 %

Lembaama 6 6 6 7 25 05,00 %

Tableau 1: Fréquentation au cours de langues dans le Collège Quaben (2000-


2001)

Comme on le remarque, la langue fang est la plus demandée et nous savons que
les enfants partent chez les grands-parents pendant les grandes vacances et
apprennent la langue. En deuxième position, la langue omyènè, souvent étudiée
par amitié pour un ami ou une amie, par les locuteurs fang ou yipunu. Les langues
ghetsöghö et ikota sont peu demandées ; par contre il y aurait des apprenants en
gisir et vili, langues qui sont proposées dans le nouveau manuel.
Pour des raisons pratiques, les élèves des classes de 4ème et 3ème, peu nombreux,
sont parfois (et selon les établissements) regroupées par langue, par économie
d’enseignants.
Le BEPC blanc organisé dans quelques lycées privés en avril 2001 a présenté les
résultats ci-après pour le Collège Quaben et l’Institution Immaculée Conception.
20 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Etablissements Nombre d’admis Effectifs Présentés Pourcentages

Quaben 76 118 64,40%

Immaculée 79 122 64,75%

Tableau 2: Résultats du BEPC blanc pour le Collège Quaben et l’Institution


Immaculée Conception

Ces résultats au-dessus de la moyenne montrent à quel point les élèves eux-mêmes
font l’effort d’apprendre les langues locales.
D’autre part, des soirées culturelles dénommées Soirées des langues gabonaises ont
été souvent organisées avec succès et beaucoup d’engouement en fin d’année
scolaire par les établissements qui expérimentent la méthode Rapidolangue.
Revalorisant les langues nationales, ces soirées ont permis de se rendre compte de
l’intérêt porté par les élèves et les parents d’élèves à l’enseignement des langues
gabonaises. Elles sont une réussite de par la richesse de leur contenu et la présence
effective des parents. Elles permettent par ailleurs de présenter des sketches en
langues (tels qu’un journal télévisé ou des scènes de marché) et des danses
traditionnelles, ce qui prouve à souhait que certaines de nos danses sont encore
vivantes.
Enfin, ajoutons que la COLANG-EST (Commission des Langues de l’Est-
Cameroun) et le CERLAC (Centre d’Etude et de Recherche sur les Langues
d’Afrique Centrale) de l’Université de Czestochowa ont commencé l’introduction
de la Collection RAPIDO dans l’est du Cameroun. Quatorze langues locales,
parfois très éloignées les unes des autres, ont été traduites pour les classes
maternelles et celles de la SIL (Section d’Initiation au Langage) équivalentes au
CP1 (Cours préparatoire) : maka, baka, gbaya, ewondo, basaa, bebil, kako, fe’efe’e,
bamvele, mbimo, pol, yangele, mezime, medumba. Seules, cinq ont été retenues
dans des classes d’établissements privés de Bertoua comme étant les plus parlées.
Il s’agit du gbaya, du maka, de l’ewondo (le fang du Gabon), du kako et du fe’efe’e
(langue de l’ouest). Autorisé à titre expérimental par le Ministère de l’Education
Nationale, cet enseignement se poursuit en dépit de difficultés financières
d’édition. Initié également en 6e-5e en 2003-2004, il a été interrompu pour les
raisons organisationnelles internes et non par contestation de la méthode qui a déjà
fait ses preuves. L’expérience camerounaise est très instructive dans ce sens que
des enseignants formés à l’écriture scientifique par la SIL (ne pas confondre, ici : la
Société Internationale de Linguistique) et la maîtrisant, ont préféré adopter la
méthode d’écriture prônée par RAPIDOLANGUE pour les motifs suivants :
∙ la facilité d’écriture
∙ la joie de pouvoir parler dans sa langue
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 21

∙ le plaisir d’écrire dans sa langue sans avoir fait d’études spéciales en


linguistique
∙ l’enthousiasme des élèves et des enfants
∙ le dynamisme des enseignantes en maternelles tentées par les comptines en
langues, alors qu’il leur était interdit jusqu’ici de le faire.
∙ La facilité de lecture des textes réécrits selon l’écriture proposée par
RAPIDOLANGUE, même pour des personnes ne connaissant que l’alphabet
latin. Il est évident que les tons n’ont pas été écrits dans les manuels, mais les
enseignants ont été formés pour leur application restreinte.

A l’inverse, certains enseignants se sont détournés de l’écriture et de


l’enseignement en alphabet scientifique en raison de :
∙ la fatigue intellectuelle provoquée par la lecture continue en alphabet
scientifique,
∙ le manque de suivi par le Ministère de l’Education Nationale
∙ le désintérêt des langues provoqué par les difficultés de lecture. Certains en
sont revenus à traduire directement les textes à partir de la langue française
alors qu’ils disposaient des mêmes textes en alphabet scientifique.

Pour conclure ce passage, disons que la méthode RAPIDOLANGUE a aussi été


traduite dans les langues suivantes mais sans être exploitée : sango (RCA),
kinyarwanda (Rwanda), lingala–munukutuba/kikongo–laari (Congo et RDC).

LA QUESTION DU SYSTEME D’ECRITURE


SONS ET ORTHOGRAPHE SELON LA METHODE RAPIDOLANGUE

LES VOYELLES :
∙ a se prononce comme dans "pas"
∙ ä ou â est une voyelle prolongée fréquente dans les langues bantu. Elle s'écrit aa
en Afrique de l'Ouest comme dans "maam", grands-parents en wolof ;
lembaama au Gabon
∙ e se prononce comme dans "été" sauf en langue fang où le "e" est muet comme
dans le français "me". Il est écrit "ë" dans les autres langues lorsqu'il est muet.
∙ è se prononce comme dans "très"
∙ i se prononce comme dans "si"
∙ o se prononce comme dans "dos"
∙ ö se prononce comme dans "note"
∙ u se prononce comme dans "vous"
∙ ü se prononce comme dans "tube".
22 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

LES SEMI-VOYELLES:
∙ y se prononce comme dans "pied" ou l'anglais "yes"
∙ w se prononce comme dans "oui" ou l'anglais "we".

LES CONSONNES
Les consonnes b, d, f, g, k, l, m, n, s, t, z, se prononcent à peu près comme en
français. Notez que:
∙ g est toujours dur comme dans "gare" ou "gant".
∙ s se prononce comme dans "si", jamais comme z. Il ne se double pas.
∙ z représente un son intermédiaire entre le z de "zéro" et le j dans "jeu", dans la
plupart des cas.

LES CONSONNES COMBINEES


Leur prononciation est à apprendre par l'usage. Signalons cependant quelques cas.
∙ ng son nasalisé qui se rapproche de "ing" dans singing" en anglais
∙ gh ou h se rapproche de la jota espagnole ou du ch allemand
∙ ny se rapproche du son gn dans "agneau"
∙ dy ou dj se rapproche du son "dion", mais varie suivant la langue. Quelquefois,
il se rapproche de dz.

Remarque : Les règles d'écriture sont extraites, pour la plupart, de l'écriture


proposée dans "Idiomes Gabonais" de Raponda-Walker (1998a), écriture qui a
guidée les premiers pas des missionnaires et des chercheurs dans la stabilisation
des langues en Afrique, à la fin du siècle dernier. Très proches de l'alphabet
phonétique, elles font appel aux principes énoncés par Charles Sacleux (1905) mais
une recherche d'uniformisation a été faite pour permettre l'apprentissage des
langues sans difficultés supplémentaires.
Quant à la prononciation, on se réfèrera en permanence au professeur ou à la
cassette : l’usage fait loi. Il appartient donc au professeur d’enrichir ce livre en y
ajoutant le vocabulaire local qu’il enseignera à ses élèves et en acceptant toutes les
traductions en langues locales. Cette méthode ne permet pas l’écriture des tons
puisqu’elle conserve l’écriture des accents ordinaires en langue française. Il est sans
conteste que la méthode de RAPIDOLANGUE obéit aux instructions officielles
(mentionnées plus haut) des Ministères de l’Education Nationale pour les langues
vivantes. Sons et orthographe selon la commission d’orthographe des langues
gabonaises (8-10 avril 1999). En admettant, le soulignement, cette méthode permet
l’écriture des tons:
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 23

LES VOYELLES
∙ a se prononce comme dans "pas". aa : son prolongé. La méthode marque la
longueur vocalique par le redoublement de la voyelle (proposition du CLAD,
1962) comme dans "maam", grands-parents en wolof, okaasi, femme en
lembaama
∙ e se prononce comme dans "été". ee : son prolongé du "é". API [ e ]
∙ e se prononce comme dans "très". API [ ε ]
∙ ë se prononce comme dans les mots français « je, te, me, le, demain ». C’est le
fameux schwa ou le « e » muet français. API [ ə ]
∙ i se prononce comme dans "si" - ii est un son prolongé. API [ i : ]
∙ o se prononce comme dans "dos" - oo est un son prolongé. API [ o : ]
∙ o se prononce comme dans "note" (« o » ouvert)
∙ u se prononce comme dans "vous" - uu est un son prolongé. API [ u : ]
∙ u se prononce comme dans "tube". API [ y ]

LA NASALITE ET LES SEMI-VOYELLES :


∙ n associé à des voyelles représente les sons nasalisés correspondant à « on-an-
in » en français comme dans « bon », « enfant » ou « demain ».
∙ w se prononce comme dans "oui" ou l'anglais "we".
∙ y se prononce comme dans "pied" ou l'anglais "yes"

LES CONSONNES
Les consonnes b, d, f, g, k, l, m, n, s, t, z, se prononcent à peu près comme en
français. Notez que:
∙ g est toujours dur comme dans "gare" ou "gant".
∙ h son expiré comme dans « ehanda » pour dire la « tombe » en ikota.
∙ j comme dans « jeu ». Souvent associé avec les digrammes dj ou dz.
∙ mb, mp, nd, ng gardent leur valeur de consonnes et s’articulent nettement.
∙ r est généralement « roulé » dans la plupart des langues bantu
∙ s se prononce comme dans "si", jamais comme z. Il ne se double pas.
∙ z représente un son intermédiaire entre le z de "zéro" et le j de "jeu", dans la
plupart des cas.

LES CONSONNES COMBINEES


Leur prononciation s’apprend également par l'usage. Signalons cependant
quelques cas.
24 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

∙ dy et dj se rapprochent du son "dion", mais varient suivant la langue.


Quelquefois, ils se rapprochent de dz.
∙ gh se rapproche de la jota espagnole ou du ch allemand « ach »
∙ ng (généralement en fin de mot) son nasalisé qui se rapproche de "ing" dans
« singing » en anglais. Exemple : « lempangu = la langue fang en lembaama).
API [ ŋ ]
∙ ny ou gn se rapproche du son gn dans "agneau". Exemple : « nyama », la
« viande » en yipunu (prononcer gnama). API [ nj ]

LES TONS
Les langues bantu sont des langues à tons. De nombreux pays ont abandonné la
notation des tons car elle provoque une surcharge. Néanmoins, afin d’éviter des
confusions regrettables, il est indispensable de les indiquer au Gabon par des
signes appropriés afin d’éviter des homonymies. Les tons seront donc marqués de
la manière suivante chaque fois que nécessaire:
∙ les tons bas (par un accent grave). Ex. : è
∙ les tons hauts (par un accent aigu). Ex. : é
∙ les tons moyens (par un surlignement) : e

AMELIORATIONS DE L’ORTHOGRAPHE DANS RAPIDOLANGUE


Finalement, l’élaboration du manuel RAPIDOLANGUE a tenu compte des
principes ci-dessus. Ont été adoptés en Assemblée générale:
1. les propositions de la commission des 8-10 avril 1999 sur l’orthographe des
langues (Dodo-Bounguendza 1998/1999, 2001)
2. les principes de simplicité et fonctionnalité ainsi que les signes diacritiques
proposés par le LUTO-DC (Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale et
des Dynamiques Contemporaines) et la commission ad hoc susmentionnée, à
savoir le soulignement, afin de préserver l’écriture des tons si nécessaire (ex : e
= [ε] au lieu de /è/ qui porte une autre signification)
3. l’adoption des tons principaux indispensables. Si les nouveaux manuels n’ont
pas encore inscrit les tons sur certains homonymes ou autres, c’est faute de
volontaires pour le faire. Mais le principe a été adopté : il privilégie les tons
hauts (accent aigu) indispensables à la compréhension. Les tons bas (accent
grave) ou moyens pourront être mentionnés pour la clarté de la
compréhension. Il est préférable que l’enseignant les écrive au tableau noir tout
comme l’on utilise l’API dans l’enseignement de l’anglais.
4. La longueur vocalique par le redoublement de la voyelle (ex. lembaama)
5. L’adoption du gh commun à toutes les langues gabonaises pour le son contesté
du [x] (ex. [xalam] : nom d’une danse célèbre au Sénégal). Nous écrirons aussi
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 25

« mvöghe » en langue fang ; « ghetsöghö », etc. Pour les mêmes raisons, nous
évitons l’écriture du j [d], toujours mal prononcé comme dans Banjul
[bãdul], la capitale de Gambie et le c [t] qui prête à confusion, et nous
préférons le ny pour ‘nyama’ au lieu de ‘gnama’.

CONCLUSION
Il est vrai qu’il n’est pas suffisant de parler une langue pour être capable de
l’enseigner, il faut aussi appliquer la méthodologie spécifique à l’enseignement
des langues vivantes pour être compétent. C’est le rôle des modules éducatifs des
années 2000-2002 à l’Ecole Normale Supérieure. Dès le début, les missionnaires
avaient introduit quelques langues locales dans leurs établissements mais avaient
dû abandonner leur enseignement sous la pression des autorités coloniales. Ne
pouvons-nous pas dire aujourd’hui, après Gassama, que les langues négro-
africaines, langues à tradition orale, doivent savoir se servir des techniques des
langues écrites pour se maintenir ? N’est-il pas temps de réintroduire nos langues
dans le système éducatif ? Des pays d’Afrique Centrale le font déjà, pourquoi pas
le Gabon ? Les expériences entreprises dans les lycées catholiques et les lycées
d’Etat méritent toute notre attention même si pour des raisons financières
l’expérience risque de tourner court, un manuel d’apprentissage a le mérite
d’exister, des grammaires ont été éditées, il ne reste plus qu’à franchir « le
Rubicon » et introduire nos langues dans l’enseignement avec le soutien des
Autorités compétentes.
Quelles langues enseigner ? La question n’est pas importante car dans l’immédiat,
toutes les langues peuvent l’être si l’on s’en tient aux plus parlées. Une langue
nationale verra-t-elle le jour au Gabon ? Les efforts des linguistes et principalement
du Ministère de l’Education Nationale aboutiront-ils ? L’avenir nous le dira, la
décision est entre les mains des décideurs, mais il est primordial qu’une décision
politique intervienne rapidement sous peine de rendre inutiles tous les efforts
entrepris pour la sauvegarde de nos langues. Les difficultés rencontrées ne
semblent pas venir de la méthode qui a prouvé son efficacité mais plutôt de son
application par certains enseignants qui ne respectent pas ses principes et utilisent
un vocabulaire supérieur au niveau demandé. Le bilan a été fait régulièrement par
les enseignants eux-mêmes chaque fin d’année scolaire.
RAPIDOLANGUE a donné naissance à des petits frères en gestation:
1. RAPIDOMATER pour les écoles maternelles
2. RAPIDOPREPA, pour les cours préparatoires
3. RAPIDELEM, pour les cours élémentaires
4. RAPIDOMOYEN, pour les cours moyens.
26 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Appel à contribution est lancé ce jour, comme en 1995, à toutes les bonnes volontés,
sachant que la Fondation Raponda-Walker est une association créée en 1993 sur la
base du bénévolat. S’il est vrai que l’expérience a démarré dans l’enseignement
catholique – grâce à ses statuts particuliers -, il n’en demeure pas moins vrai que le
Gouvernement gabonais a été informé dès le départ et a autorisé cet enseignement
à titre expérimental et qu’une dizaine de traducteurs appartiennent à
l’enseignement secondaire ou supérieur. Nous connaissons la suite. Rappelons que
la Fondation est prête à jouer le jeu d’une franche collaboration mais pas à
n’importe quelle condition. Elle ne sacrifiera pas ses principes originels à n’importe
quel prix. Je renvoie donc à l’ouvrage de Daniel Franck Idiata (2002) qui aborde
nombre de problèmes en suspens. Ne craignons pas la confusion qui peut se créer
avec l’apprentissage des langues internationales, car il importe avant tout de
sauvegarder nos langues. La survie de notre culture en dépend.

REFERENCES
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Centre de Linguistique Appliquée de Dakar. 1962. Ecriture des langues nationales du
Sénégal. C.L.A.D.
Collection IHEF 2000a. Plurilinguisme et diversité culturelle. Institut des Hautes
Etudes Francophones. Cassette vidéo.
Collection IHEF 2000b. Le génie linguistique, Université Audiovisuelle Francophone.
Cassette vidéo.
Cours de lingala, 1986. L’Epiphanie. Kinshasa.
Crystal, D. 2000. S.O.S. Langues en péril. Courrier International n° 486 du 1er mars
2000.
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congolaises, 16-24 novembre 1979. Brazzaville: FLSH/Université Marien
Ngouabi.
Dodo-Bounguendza, E. 2001. Réflexions sur l’enseignement des langues gabonaises dans
le système éducatif. Documents dactylographiés.
Dodo-Bounguendza, E. 1998/1999. Rapport d’activités : promotion et intégration des
langues nationales dans le système éducatif. Libreville: Ministère de
l’Education Nationale.
Hubert, J. 2001a. « Faut-il enseigner les langues gabonaises ? ». Conférence du 1er
juillet 2001. Port-Gentil.
Hubert, J. 2001b « La méthode Rapidolangue : Bilan des 5 années d’application ».
Conférence du 1er juillet 2001. Port-Gentil.
Hubert, J. 2002. « La méthode Rapidolangue ». GRELACO-SIL : Atelier sur les
langues gabonaises à l’école. 29 mars 2002. Libreville.
Jacques Hubert: Etat des lieux sur l’enseignement des langues gabonaises 27

Hubert, J. 2003. « Rapidomater 2 », Ed. Raponda-Walker/Colang-Est (14 langues au


Cameroun, 1 langue au Gabon)
Hubert, J. 2003. « Rapidosil », Ed. Raponda-Walker/Colang-Est (5 langues)
Ibrahim, I. 2000. La situation linguistique du Gabon examinée avant la clôture du
Colloque international sur les villes plurilingues. L’UNION du 28
septembre 2000.
Idiata, D. F. « Il était une fois les langues gabonaises » 2002, Ed. Raponda-Walker
Idiata, D. F. « Le pari des langues » 2002, Ed. Raponda-Walker
Kere-Ouedraogo, A. 1993. Lexique Mooré-Français, Français-Mooré, ACCT
Kwenzi-Mikala, J.T. 1987. « Contribution à l’inventaire des parlers bantu du
Gabon ». Pholia 2 : 103-110. Lyon: Université Lumière Lyon 2.
Kwenzi-Mikala, J.T. 1990. « Quel avenir pour les langues gabonaises ? ». Revue
Gabonaise des Sciences de l’Homme 2 : 121-124. Libreville: LUTO/Université
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Kwenzi-Mikala, J.T. 1998. « Parlers du Gabon: classification du 11-12-97 ».
Raponda-Walker, Les langues du Gabon. Libreville: Editions Raponda-
Walker.
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experts sur l’Alphabet Scientifique des langues du Gabon.
LUTO/Publications de l’Université Omar Bongo.
Medjo-Mve, P. 2001. Le haoussa : langue gabonaise ? L’UNION du 22 mars 2001.
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Minisiteri Y’amashuri Abanza N’ayisumbuye. 1983. Urutonde rw’Amuga
(Dictionnaire Kinyarwanda-Français). Kamena.
Nadaillac, L. 1992a. Lexique Inzebi-Français. Université Lumière Lyon 2.
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Ebongwè). Libreville: Editions Raponda-Walker
Raponda-Walker, A. 1934/1995. Dictionnaire Mpongwè-Français. Metz/St-Paul
Versailles
Raponda-Walker, A. 1961/1995. Dictionnaire Français-Mpongwè. Saint-Paul
Versailles
Raponda-Walker, A. 1993. 3.000 Proverbes. Libreville: Editions Raponda Walker.
28 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Raponda-Walker, A. Dictionnaire Tsogo-Français, inédit.


Raponda-Walker, A. Dictionnaire Français-Tsogo, inédit.
Raponda-Walker, A. Lexique Français-Eshira, inédit.
Sacleux, C. 1909. Grammaire des Dialectes Swahilis. Paris: Procure.
Sacleux, C. 1905. Essai de Phonétique. Paris: .Procure.
Sacleux, C. 1903. Introduction à l’étude des langues bantoues. Paris: Institut de
laryngologie et orthophonie.
Wiesemann, Sadembouo et Tadadjeu, 1983-1988-2000. Guide pour le développement
des systèmes d’écriture des langues africaines. Yaoundé: Coll. Propelca.
Shell et Wiesemann. 2000. Guide pour l’alphabétisation en langues africaines.
Yaoundé: Coll. Propelca.
Van Everbroeck 1985. Dictionnaire Lingala-Français, Français-Lingala. Kinshasa:
Epiphanie.
ALPHABET ET ECRITURE: APPROCHE
HISTORIQUE ET CAS DES LANGUES
GABONAISES

HUGUES STEVE NDINGA-KOUMBA-BINZA


CENTRE FOR TEXT TECHNOLOGY (CTEXT)
NORTH-WEST U NIVERSITY, POTCHEFSTROOM CAMPUS
(22602560@[Link])

INTRODUCTION
L’écriture, au sens strict du mot, dérive de la parole, et est définie par Barber
(1982 : 37) comme une «imparfaite représentation de la parole». La manifestation
pratique de l’écriture au sens moderne du terme est marquée par les alphabets et
orthographes. Le présent chapitre concerne spécialement l’origine et le
développement des alphabets orthographiques 1 . Il s’agit principalement d’une
approche historique de quelques processus de confection et/ou d’établissement des
alphabets et orthographes pour les langues à écriture phonographiques. En partant
d’un bref aperçu des origines mêmes de l’écriture, je fais l’analyse des alphabets
existants dans les langues gabonaises après avoir fait état du problème de manière
générale dans les langues africaines.

ORIGINES ET DEVELOPPEMENT DES ALPHABETS


L’histoire de l’alphabet et de l’orthographe remonte à l’invention même de
l’écriture. L’écriture apparaît elle-même pour la première fois en forme de
pictographe, puis de type cunéiforme avant d’adopter la forme phonographique de
nos jours.

DES PICTOGRAPHES AUX CUNEIFORMES


La communication écrite apparaît dès l’homme paléolithique avec des gravures et
peintures rupestres dans des grottes, des images éraflées sur des os ou ivoire, et

1 Voir Thierry Afane Otsaga, dans ce volume, pour la distinction entre les concepts d’alphabet et
d’orthographe.

29
30 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

même des figurines féminines faites d’argile ou de pierre molle. En effet, les
écritures égyptienne et akkadienne2 avaient été en usage bien avant 3000 ans avant
JC et étaient pictographiques à l’origine, les signes orthographiques étant tout
simplement des images d’objets.
Barber (1982 : 37) considère que ces systèmes pictographiques ne sont pas de
l’écriture, au sens moderne du terme, parce que les symboles correspondent non
pas à des mots particuliers ou autres items linguistiques mais à des images dont la
codification du sens peut être déchiffrable dans n’importe quelle langue. C’était
plus ou moins une écriture idéographique à l’image des scripts traditionnels
d’orient (mandarin, coréen, nippon, etc.). Mais ces images ont été importantes pour
le développement de l’écriture. Car il est largement attesté que c’est bien à partir
d’elles que l’écriture dite phonographique s’est constituée avec l’apparition des
alphabets.
Le développement de ces formes iconiques en écriture a connu deux principaux
processus (Barber 1982 : 39):
∙ les images furent simplifiées et conventionnalisées de telle sorte qu’elles
n’étaient plus reconnaissables comme images ;
∙ puis, ces images conventionnalisées furent amenées à représenter directement
des items linguistiques (d’abord des mots, puis de syllabes et finalement des
sons ou phonèmes) et furent classées dans le même ordre comme unités
linguistiques.

Le processus de simplification et de conventionnalisation était lié à la superficie et


à l’importance des matériaux utilisés pour écrire. Si certains symboles étaient
gravés sur des tablettes d’argile, ou gravés sur du bois ou de la pierre, il y eut une
tendance à éviter des courbes et l’écriture devint angulaire. C’est ce processus qui
est observable dans une très célèbre et première forme d’écriture (peut-être même
le plus ancien véritable système d’écriture, selon Barber 1982 : 40) qui fut
développée par les Sumériens du Sud de la Mésopotamie entre 4000 et 3000 ans
avant JC.
Il est en effet attesté que les scribes sumériens écrivaient sur des tablettes d’argile
avec un stylus fabriqué à partir d’un roseau. Au préalable, ils dessinaient de petites
images en tirant la pointe du stylus sur l’argile, mais cela n’était vraiment pas
efficace, puisque l’argile s’entassait devant le stylus et brouillait l’image.
Plus tard, ils durent simplement appuyer la tête du stylus dans l’argile comme un
tampon, produisant ainsi une petite marque en forme de coin à la longueur du
tiers d’un pouce 3 . Chaque image était faite d’un ensemble de types de coins

2 L’akkadien était la langue des anciens babyloniens et assyriens (Barber 1982 : 45).
3 Sensiblement 0,83 cm.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 31

typiques. Ainsi est née ce qui est appelée l’écriture cunéiforme : le terme cunéiforme
signifiant « en forme de coin ». La figure ci-dessous (Barber 1982 : 40) montre le
développement de cinq signes pictographiques sumériens en symboles
cunéiformes. Des sept colonnes de cette figure, seules la première et les deux
dernières méritent un commentaire. La première colonne présente les mots anglais
(respectivement bœuf, charrue, verger, soleil et grain), tandis que les deux dernières
colonnes sont respectivement des formes classiques du babylonien et de l’assyrien.

Figure 1: Développement du sumérien en cunéiforme

Par ailleurs, lorsque les scribes écrivaient à l’aide d’un stylo ou un pinceau sur du
cuir ou des papyrus4, il s’effectuait un développement différent : celui des courbes,
qui loin d’être difficile à reproduire, offraient des formes plus simples et plus
rapides. C’est de cette manière que l’écriture cursive va se développer. Pour ce
genre de développement, Barber (1982 : 41) cite le cas du système d’écriture de
l’ancien égyptien qui s’est aussi développée à partir des formes pictographiques,
les hiéroglyphes (du grec saintes lettres sculptées). Cette dénomination est due au fait
que les Grecs pensaient que les Egyptiens utilisaient leur écriture essentiellement
pour des inscriptions religieuses. En effet, comme l’indique Barber ([Link].),
l’écriture égyptienne pouvait être aussi bien peinte que sculptée, et était aussi

4 Le papyrus était un tissu, semblable à du papier pour écrire, fabriqué à partir des joncs.
32 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

utilisée pour des documents écrits sur des papyrus. Pour écrire, les scribes faisaient
usage d’une sorte de pinceau.
L’écriture hiéroglyphique était utilisée durant toute la période de l’Egypte antique
à des fins religieuses, mais pour l’usage quotidien une forme d’écriture un peu
plus conventionnalisée, moins compliquée et beaucoup plus rapide à écrire, se
développa très tôt à partir même de ces hiéroglyphes. Il s’agit de l’écriture
hiératique, c’est-à-dire l’écriture sacerdotale (Barber 1982 : 42). A partir de celle-ci se
développa enfin vers 700 ans avant notre ère une forme dite démotique ou l’écriture
populaire. La figure ci-après tirée de Barber (1982 : 42) présente deux symboles
hiéroglyphiques et leur développement en symboles hiératiques et démotiques
pour l’écriture de la langue égyptienne.

Figure 2: Développement de l’écriture égyptienne

La conventionnalisation de l’écriture comme précédemment vue chez les


Sumériens et chez les Egyptiens a connu un développement parallèle ailleurs. C’est
le cas non seulement de l’écriture traditionnelle chinoise, mais également celle des
scripts phéniciens dont la forme cunéiforme donne son origine à l’alphabet grec
(voir Afane Otsaga, dans ce volume, pour des informations plus détaillées sur
l’alphabet grec).

DES CUNEIFORMES AUX ALPHABETS


Le second processus du développement des pictographes en écriture fut le passage
de l’orthographe cunéiforme à la représentation directe des items linguistiques par
ces images conventionnalisées. Comme mentionné plus haut, ce fut d’abord la
représentation des mots, puis des syllabes et en fin de compte des sons ou
phonèmes. Ce qui se distinguait nettement de l’orthographe sumérienne qui, en
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 33

réalité, était juste des listes d’objets avec des symboles pour nombre d’entre elles.
Barber (1982 : 43) évoque l’exemple selon lequel quatre demi-cercles et une image
de tête de bœuf formaient un ensemble qui devrait être lu « quatre bœufs ».
Les premiers alphabets issus du développement de l’écriture cunéiforme
proviennent du Proche Orient (Healy 1994). La plupart des chercheurs font
remonter l’apparition de l’écriture alphabétique au deuxième millenium avant JC.
D’après Healy (1994 : 74), ce développement fut une évolution significative à partir
des formes d’écriture qui déjà existaient, telles que le système cunéiforme suméro-
akkadien et le système hiéroglyphique égyptien.
Les alphabets issus de ces formes se développèrent en systèmes représentant des
combinaisons phoniques syllabiques ou des structures phoniques consonantiques.
En effet, le développement vraiment crucial de l’écriture fut la phonétisation de
celle-ci, c’est-à-dire l’association d’un symbole à un son particulier ou à un groupe
de sons.
Par exemple, l’écriture syllabique de l’akkadien qui continuait à user des
pictographes stylisés était un système de centaines de signes de syllabes distinctes
qui pouvaient être regroupées pour l’écriture d’un mot. Dans ce système chaque
signe cunéiforme représentait une syllabe, tels que ba, lu ou ir. Ceci fut une
importante innovation dans des systèmes qui étaient habitués à l’usage des signes
pour représenter des mots entiers ; innovation aussi, parce que le nombre des
symboles utilisés se réduisait à environ une centaine.
L’écriture de l’ancien égyptien se développa aussi en système syllabique, et fut
particulièrement importante pour le développement d’une véritable écriture
alphabétique, c’est-à-dire une écriture ayant des symboles représentant des
phonèmes.
Cependant, il faut préciser que depuis Gelb (1963) ces alphabets originels sont
considérés non pas comme des alphabets en tant que tel, mais plutôt comme des
types de syllabaires dans lesquels chaque signe constituait une consonne qui
pouvait être suivie de n’importe quelle voyelle. D’où le terme d’alphabet
consonantique qui leur est attribué.
Dans le système égyptien par exemple, les voyelles n’étaient pas indiquées. La
plupart des signes (environ 80) représentaient chacun un groupe de deux
consonnes (Barber 1982 : 45). Par exemple, le symbole pour une maison (par)
représentait le groupe pr, et cela pouvait signifier par, per, apr, epr, epra et ainsi de
suite. Il y avait de même 24 signes représentant chacun seulement une consonne
qui pouvait être précédée ou suivie de n’importe quelle voyelle. Le symbole
représentant la bouche (ra) par exemple était la consonne r, et pouvait signifier ra,
ar, re, er, etc.
34 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Healy (1994 : 74) justifie le point de vue de Gelb par le fait que l’inventeur ou les
inventeurs du premier alphabet ont tout simplement isolé les sons consonantiques
et n’ont accordé aucune attention aux voyelles. Toutefois, il est supposé que la non-
représentation de voyelles dans les alphabets utilisés pour l’écriture des langues
sémitiques est le reflet de la distinction des rôles entre voyelles et consonnes dans
lesdites langues.
Lorsque les peuples sémitiques occidentaux vivant autour du littoral oriental de la
Méditerranée développèrent une écriture, ils le firent en s’inspirant des Egyptiens,
justement à partir des fameux 24 signes consonantiques évoqués plus haut.
Il eut par la suite quelques tentatives dans ces langues sémitiques pour représenter
les voyelles, puisque dans des premiers scripts araméens et ensuite dans ceux du
hébreux certains signes consonantiques – h, w et y – finir par être aussi utilisés,
dans des conditions restreintes, pour la représentation des voyelles (Healy 1994).
Ce sont ces consonnes qui furent appelées lettres vocaliques dans les langues
sémitiques.
L’alphabet au sens moderne du terme apparut pour la première fois avec les Grecs
qui ayant adopté l’alphabet consonantique des Phéniciens se mirent à faire usage
de certains signes non pertinents en langue grecque pour représenter des voyelles
(Afane Otsaga donne dans ce volume des informations plus précises sur cet
aspect). Allant au-delà de l’alphabet sémitique, les Grecs abordèrent ainsi l’étape
de fixation des symboles pour voyelles. Certains sons du phénicien n’existaient pas
dans la langue grecque. Les Grecs durent utiliser les symboles de ces sons pour la
représentation des voyelles.
La prise en compte des voyelles de ce nouvel alphabet va s’avérer une faiblesse
intrinsèque qui plus tard va être rectifiée pour des langues comme l’arabe, le
syrien, l’éthiopien et l’hébreu par l’introduction de nouveaux signes
La fixation qui distingue les symboles pour consonnes des symboles pour voyelles
fut finalement l’ultime phase de la conception et de l’établissement d’un système
d’écriture où les symboles renvoient aux phonèmes de la langue.
Bien plus tard, des systèmes alphabétiques – tel que l’alphabet latin utilisé dans la
plupart des langues européennes– dérivèrent de l’accomplissement de
l’orthographe grecque dont le grand avantage fut le nombre pas trop important
des symboles nécessaires. Ceci rend l’alphabétisation universelle possible (Barber
1982 : 46).
La figure (Barber 1982 : 43) qui suit montre certains symboles de l’alphabet latin (A,
R, N, S, et B) et leur probable développement sur la base des hiéroglyphes de 3000
ans avant JC. La première colonne montre les mots – respectivement bœuf, tête,
serpent, montagnes et cour – en anglais. De la deuxième à la dernière nous avons
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 35

respectivement la forme hiéroglyphique, la forme sinaïtique (de Sinaï), la forme


ouest-sémitique, la première forme grecque, la forme finale grecque et enfin la
forme latine.

Figure 3: Développement de cinq lettres à partir des hiéroglyphes égyptiens

Pour conclure cette section, un autre aspect de l’étude du premier alphabet qui
nécessite d’être brièvement mentionné ici est le développement et la fixation de
l’ordre des lettres. Il y a une évidence nette que même les premiers textes étalent
tout simplement les lettres dans un ordre alphabétique. Ces textes, habituellement
des exercices ou des manuels scolaires, sont appelés des abécédaires bien que le
rangement réel n’était pas similaire à celui des alphabets modernes (Healy 1994).
Dans la section qui va suivre j’aborde les problématiques d’alphabets et
orthographes dans les langues modernes à tradition orale.

LES PROBLEMATIQUES DANS LES LANGUES MODERNES A TRADITION


ORALE

La confection d’un alphabet à visée orthographique est le fait de choisir une forme
d’écriture pour l’orthographe d’une langue qui n’en avait jamais eue. C’est une
façon d’encoder visuellement la langue en vue de son usage efficient dans la
communication écrite. De nos jours un grand nombre de langues parlées en
Afrique, en Amérique latine, en Inde et dans d’autres parties de l’Asie et dans le
Pacifique ont été dotées d’une forme écrite.
36 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Des techniques linguistiques telle que la phonémique furent développées dans le


contexte direct des problèmes posés par la création des formes d’écriture
convenables aux langues à tradition orale.
D’après Florian Coulmas (1996 : 12), du point de vue purement linguistique un
tableau de transcriptions phonologiques qui soit systématiquement transparent,
précis et économique, serait le système d’orthographe idéal. Toutefois, ces critères
sont connus pour déterminer le succès d’une orthographe nouvellement proposée
seulement pour un nombre de langues assez limité.
Car les écritures et les conventions orthographiques ne sont jamais socio-
culturellement neutres pour leurs utilisateurs. En effet, à défaut d’être seulement
des instruments pour une pratique naturelle, ils sont parfois des systèmes
symboliques d’une signification sociale importante, puisqu’ils portent souvent en
eux-mêmes des connotations culturelles et politiques. C’est le cas dans certains
pays de l’Afrique orientale (Kenya, Tanzanie, etc.) qui ont émis des réserves à
l’adoption d’un système d’orthographe des langues africaines similaire à l’alphabet
anglais du fait de l’hégémonie de l’anglais sur les langues locales.
Il peut y avoir des raisons non linguistiques pour des communautés linguistiques
de vouloir une orthographe similaire ou différente par rapport à une autre langue.
Dans certains pays tel que l’Inde, l’adoption d’un système d’écriture a été abordée
dans le contexte de l’héritage littéraire du pays et dans le contexte des programmes
d’alphabétisation du gouvernement. L’alphabétisation en langues vernaculaires est
développée comme un pont pour l’alphabétisation dans l’une des langues
littéraires régionales. Cette notion implique qu’une nouvelle orthographe pour une
langue vernaculaire devra être conçue sur le modèle de la langue dominante de la
région où la langue vernaculaire est parlée.
Ce principe semble avoir été adopté par les missionnaires qui dans certains pays
comme le Gabon introduisirent dès les premières heures de l’époque coloniale les
langues locales non seulement dans le système éducatif général, mais surtout dans
l’éducation religieuse. Leurs systèmes d’écriture étaient relativement proches des
langues européennes qui servaient de langues de communication large dans les
colonies françaises, anglaises, espagnoles ou portugaises respectives. La proximité
entre les deux systèmes facilite le transfert du niveau de développement d’un
système à l’autre.
Par ailleurs, l’adéquation linguistique et l’économie n’ont aucun prestige culturel.
Mais les orthographes existantes, aussi irrégulières et défectueuses qu’elles
peuvent paraître, sont le plus souvent prestigieuses du point de vue culturel. Dès
lors, l’acceptabilité d’un nouvel alphabet par une communauté linguistique donnée
n’est entièrement pas déterminée par sa taille et sa compétence sur le plan
linguistique.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 37

Les différences dialectales constituent également un autre problème qu’il faut


considérer dans la confection de nouvelles orthographes. S’il faut avoir une langue
écrite uniforme, des choix doivent être faits à l’endroit où différentes variantes
présentent une diversité de formes différentes. Cependant, ces choix ne peuvent
non plus être déterminés sur la base des seuls critères linguistiques. Car de tels
choix peuvent influencer le développement d’une variété standard qui
nécessiterait une considération minutieuse. Le plus souvent les locuteurs de
différentes variétés d’une même langue tendent à comparer celles-ci entre elles
(voir Mavoungou dans ce volume). L’idéal est que la variété qui va être écrite
constitue un point commun de référence pour les locuteurs de tous les dialectes.
Enfin, dans la confection d’alphabet il va falloir trouver un juste milieu entre les
exigences linguistiques et extralinguistiques. Coulmas (1996 : 13) suggère qu’une
nouvel alphabet orthographique devra se baser sur une variante de la langue
acceptable par la majorité de la communauté linguistique ; il devra être
phonémique selon l’importance que cet exigence n’entrave pas son acceptabilité et,
où c’est utile, il devra aussi inclure des informations lexicales et
morphophonologiques ; il doit être facile à apprendre et à écrire à la fois à la main
et au moyen d’un équipement d’impression disponible (traitement de texte) ; il
doit être facile à lire ; et il doit transcender le moins possible les limites de
l’inventaire des signes de l’orthographe de la langue majeur de contact. Je renvoie
dans ce volume à Afane Otsaga pour d’autres détails sur la critériologie de la
confection des alphabets et orthographes.

L’ECRITURE DES LANGUES AFRICAINES

UN APERÇU HISTORIQUE
Nous venons de voir plus haut que l’écriture est apparue en Mésopotamie vers
3000 ans avant notre ère. L’invention des hiéroglyphes par les Egyptiens vers 2850
avant notre ère est l’un des témoignages que l’écriture n’est pas un fait étranger en
Afrique (Touré 1990 : 55). Des nos jours, cet écriture égyptienne se trouve encore
gravés sur les parois des temples et tombes ou encore sur des feuilles de papyrus
en Egypte et dans les grands musées du monde.
Ahmadou Touré (1990 : 56) affirme que l’Afrique subsaharienne a apporté sa
contribution pendant l’ère coloniale. « Des témoignages encore vérifiables aujourd’hui
existent comme par exemple les poids à peser l’or chez les Ashantis, le tifinagh chez les
Touaregs, les peintures rupestres trouvées dans de nombreuses régions, les bas-reliefs des
palais d’Abomey, les statuettes royales kuba du Congo, les symboles graphiques de la société
Komo chez les Bamanas, etc. » (Touré 1990 : 56).
38 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Le développement particulier et individuel de ces systèmes d’écriture n’a pu être


possible compte tenu, à mon avis, du contact précoce avec le monde occidental au
travers des invasions successives arabe et européenne dès le Xème siècle et au
travers de la colonisation qui s’en est suivie. La création pendant la colonisation
des écoles en langues européennes a favorisé non seulement la langue du
colonisateur mais aussi son système d’écriture.
Les missionnaires et les administrateurs coloniaux dans leurs objectifs respectifs de
l’évangélisation et de la connaissance des langues locales ont été les premiers à
doter les langues africaines de systèmes d’écriture utilisant l’alphabet latin. Les
grammaires, les manuels d’apprentissage ou d’enseignement, les dictionnaires et
autres lexiques étaient tous écrits en alphabet latin et les symboles représentaient
les sons de la langue en fonction de la langue d’origine du rédacteur.
Pour le xhosa par exemple, on peut lire dans la grammaire de McLaren (1936) que
le même alphabet est utilisé aussi bien pour écrire l’anglais que pour écrire le
xhosa, à l’exception des sons consonantiques [], [], et []. Ce qui faisait de
l’orthographe xhosa de l’époque un système de 29 lettres dont 5 voyelles (a, e, i, o,
u) et 3 clicks (c, q, x). Comme on peut l’observer les clicks (qui jouent le même rôle
que les consonnes dans la langue) qui n’existent pas dans les langues européennes
ont dû être représentés par les symboles c, q et x qui ne peuvent avoir de
signification particulière en langues africaines. Ce système d’orthographe du xhosa
s’est poursuivi tout au long de la période coloniale et de la période d’apartheid.
A la différence de certaines langues dans bon nombre de pays africains,
l’adaptation du système du xhosa (et c’est le cas de la plupart des langues
d’Afrique australe) à la langue européenne (l’anglais dans toute l’Afrique australe)
eut à tenir compte du système phonologique particulier de la langue. Ce qui ne fut
vraiment pas le cas en Afrique de l’ouest et du centre, particulièrement dans les
régions anciennement colonisées par la puissance française.
Dans ces régions, les premiers alphabets adaptés à la phonologie des langues
apparurent seulement lorsque des missionnaires comme Raponda-Walker
commencèrent à s’intéresser à la description de ces langues africaines.
Il faut préciser que la situation des langues africaines dans les colonies belges (la
région dite du Congo-Belge) et anglaises semblait bien meilleure que dans les
colonies françaises où le développement des langues locales était difficilement une
préoccupation. Kwenzi-Mikala (1990 : 121) le précise en ces termes:
« Le statut des langues africaines varie selon les pays. Dans les
colonies britanniques de la Gold Coast – l’actuel Ghana – et du
Nigeria, et dans la colonie belge du Zaïre, les langues africaines ont pu
servir de véhicule de l’enseignement et de matière à enseigner. Cette
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 39

politique se poursuit actuellement. Il n’en fut rien dans les possessions


françaises en général… ».

De même, ainsi que le dit Touré (1990 : 58), « les anciennes colonies anglophones,
comme le Nigeria, […] avaient durant toute la période coloniale transcrit régulièrement et
utilisé leurs langues dans les premières années du système scolaire ».
Il faut ajouter que les efforts des missionnaires des pays francophones à vouloir
introduire dans l’éducation scolaire des jeunes africains (Mayer 1990) furent
estompés par l’ordonnance française de février 1922 qui, à la suite de celle de
Villers-Cotterêts en 1539, réglementait l’enseignement privé et l’enseignement
religieux dans les territoires français. « L’enseignement général devait être dispensé
exclusivement en français et l’enseignement religieux dans les langues locales » (Kwenzi-
Mikala 1990 : 123).
Il est évident que dès lors qu’une langue est écartée du système éducatif, cela
constitue un véritablement frein à son épanouissement en général, et au
développement de son système d’orthographe en particulier. Ainsi la forme
d’écriture des langues africaines que trouvent les indépendances dans ces colonies
françaises résulte essentiellement des traductions de la Bible et des catéchismes, et
de l’écriture des chants et cantiques en langues locales.
Dans la plupart des pays, le système d’écriture proposé pour ces textes religieux
s’inscrit dans la droite ligne des traditions orthographiques de la langue française,
langue des curés et autres missionnaires. Or, il existe une énorme différence entre
les systèmes des sons des langues africaines et ceux des langues européennes. Il
résulte de ce fait que les transcriptions proposées semblent être tout simplement
des approximations des systèmes phonético-phonologiques réels de ces langues.
Ainsi que l’écrit Kwenzi-Mikala (1988 : 207), « la transcription cohérente d’une langue
suppose en effet qu’on en ait préalablement établi la phonologie ».
Après les indépendances, la majorité des langues africaines dans le monde
francophone comme dans le monde anglophone ne sont vraiment pas écrites. La
prise de conscience aussi bien des linguistes que des décideurs africains du fait que
le développement culturel est inséparable de celui des langues amena
l’organisation des grandes réunions, à l’échelle continentale comme à l’échelle
nationale selon les pays, de concertation autour de la transcription des langues
africaines. De toutes ces concertations sont nées la plupart des systèmes actuels
dans les langues africaines.
40 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

L’ETABLISSEMENT DES ALPHABETS ET DES SYSTEMES DE TRANSCRIPTION


A l’initiative de l’UNESCO ou avec son aide, bon nombre de séminaires, sessions
et autres ateliers réunissant de grands spécialistes de la linguistique africaine ont
été organisés dès les années 1960 pour concevoir et établir des systèmes d’écriture
des langues africaines. Mais ce processus concernait beaucoup plus les pays
francophones qui venaient à peine d’accéder à la souveraineté internationale.
A cette échelle, l’on cite entre autres les réunions suivantes comme les plus
importantes:
∙ la réunion d’experts pour l’unification des alphabets des langues nationales de
l’Afrique de l’ouest à Bamako en 1966 ;
∙ la réunion du même genre sur les langues bantu à Yaoundé en 1970 ;
∙ la réunion de Cotonou en 1975 sur l’harmonisation et la standardisation des
alphabets de la sous région comprenant le Bénin, le Burkina-Faso, le Ghana, le
Niger et le Togo ;
∙ et la réunion d’experts sur la transcription et l’harmonisation des langues
africaines de Niamey en 1978, visant à établir un Alphabet Africain de
Référence

A propos de la réunion de Bamako et celle de Niamey, Touré (1990 : 58) écrit :


« Considérées comme historiques dans le processus de
développement des langues africaines et dans la mesure où
pour la première fois les linguistes africains et ceux d’autres
continents se rencontraient pour élaborer ensemble un système
commun de transcription de six langues de l’Afrique de
l’Ouest, ces réunions s’imposaient après le Congrès de Téhéran
où venait d’être adopté le Programme Expérimental Mondial
d’Alphabétisation (PEMA) ».

Lors de ces deux réunions, les experts internationaux mirent au point l’alphabet
africain de référence ci-dessous.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 41

Figure 4: Alphabet Africain de Référence

Touré (1990 : 58) ajoute que cet alphabet proposé à Niamey a tenu compte des
expériences des pays anglophones cités plus haut : « cette expérience a été
extrêmement utile pour les nouveaux engagés dans une politique de promotion de leurs
langues ».
L’on peut également observer que c’est l’alphabet qui tient compte des signes de
l’Alphabet Phonétique International (API) régulièrement aménagé aux besoins
particuliers de tel groupe de langues, mais surtout des propositions de l’alphabet
Africa élaboré par l’International African Institute pour la transcription phonétique
spécifique des langues africaines. On peut par exemple voir que les consonnes [d],
[t] et la semi-consonne palatale [j] de l’API sont respectivement transcrites et/ou
orthographiées j, c et y. L’on peut aussi observer la prise en compte des spécificités
majeures des langues ouest-africaines telles que les interdentales (, ), les
42 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

implosives (, ) et les rétroflexes (, ) entre autres. Et la voyelle [y] de l’API est
représentée par le symbole de l’approximante  alors que les voyelles [] et [] sont
notées telles quelles.
Les visées orthographiques de cet alphabet sont clairement manifestes par la
présence des signes pour la ponctuation exprimant l’interrogation (?),
l’exclamation (!), les parenthèses, les guillemets (« »), la virgule (,), le point-virgule
(;) et le point final (.). L’on note également la distinction entre les formes
majuscules et les formes minuscules.
L’alphabet africain de référence fait également une part belle à la notation des tons
des langues (tons haut, bas, montant, descendant et moyen) et de la nasalisation ( ).
Le dévoisement (par un point souscrit) et la centralisation (par le tréma) des
voyelles sont également pris en compte. Les consonnes sourdes sonorisées (c, h, s
et t) comme les consonnes sonores dévoisées (d) sont aussi représentées.
Cependant, la tenue considérable de détails phonétiques – largement au-delà des
faits proprement phonologiques – laisse quelque peu voir que cet alphabet est tout
simplement la transcription phonétique, au sens proprement scientifique, du
système des langues de l’Afrique de l’ouest, de telle sorte qu’il ne saurait avoir une
grande différence entre l’orthographe des textes (littérature, courriers écrits,
circulaires administratifs, etc.) de ces langues et les descriptions linguistiques de
ces langues sur le plan scientifiques. La remarque est que cet alphabet ne semble
pas tenir compte du public profane des sciences du langage.
Il faut reconnaître que l’échec de cet alphabet (Coulmas 1996) repose non
seulement sur l’excès de scientificité qui le caractérise mais aussi sur bon nombre
de faiblesses des politiques linguistiques de nombreux pays africains. Touré (1990 :
58), à propos de la République de Guinée, explique cet échec dans les termes
suivants:
«L’absence de toute phase d’explication et de sensibilisation,
l’insuffisance des programmes de formation des maîtres ou de
production de manuels pédagogiques, et somme toute une
politique linguistique inadéquate aux réalités socio-culturelles et
économiques, expliquent les résultats de ce pays dans un
domaine où le souci de la recherche et de la planification, doit
aller de pair avec celui de l’action ».

Cette image de la situation en Guinée est typique au problème d’écriture des


langues africaines dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne.
A la suite de Bamako (où furent définis les principes et orientations à suivre par
tous les pays représentés), est née une dynamique amenant plusieurs pays à
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 43

prendre des dispositions officielles pour l’écriture de leurs langues. Le même


Touré (1990 : 58) souligne ensuite :
« Entre autres le Niger qui, par l’arrêté nº17/MEN alpha du 27
avril 1966 et le Mali qui, par le décret nº85PG/RM du 26 mai
1967, ont fixé l’alphabet et l’orthographe de leurs langues
nationales… Le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin ont
également pris des mesures officielles en faveur de la
transcription de leurs langues… La Guinée a été le pays qui a
montré une réelle volonté politique dans ce domaine. Dans ce
pays, l’adoption d’un alphabet national a été immédiatement
suivie de la décision d’introduire les langues guinéennes dans
le système éducatif ».
Il faut toutefois noter que quelques divergences peuvent être remarquées entre les
alphabets particulièrement adoptés par les différents pays. Par exemple, tandis que
Bamako recommandait, au nom du principe d’un seul signe pour un seul son,
l’usage de lettres barrées, certains pays choisirent de représenter les mêmes sons
par des digraphes. Un certain nombre de divergences sont également celles
apparues entre les systèmes choisis par les pays anglophones et ceux des pays
francophones en ce qui concerne l’écriture de voyelles ouvertes.
Ce qui a nécessité la réunion de Niamey qui a permis non seulement de faire le
bilan des différentes expériences mais en outre de mieux clarifier les principes
d’écriture des langues africaines.
Enfin, il faut reconnaître que nombre de pays aujourd’hui ont utilisé l’Alphabet
Africain de Référence soit pour élaborer soit pour améliorer leur alphabet national.
Mais il reste à intégrer les alphabets nationaux non seulement en des systèmes
d’orthographe adéquats aux réalités socio-économiques modernes mais aussi dans
la conscience de la masse populaire des différents pays.

LA GRAPHIE DU MOT DANS LES LANGUES AFRICAINES


En ce qui concerne l’orthographe des mots, il existe en général deux traditions, à
savoir : le système conjonctif et le système disjonctif. Dans le premier les mots sont
représentés selon une structure interne complexe. Le mot peut ainsi constituer un
ensemble écrit qui contient par exemple un préfixe verbal, un formatif, une racine
et des extensions. Ce qui peut donner, dans une langue comme le yilumbu, un mot
du type:
(1) Batsiwenda « ils sont partis »
Ba - préfixe verbal « ils »
- tsi - formatif de temps« passé proche »
44 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

+ wend – racine verbale« partir »


- a finale verbale

Dans cette forme d’écriture l’on ne tient absolument pas compte de la relation entre
le mot de langue africaine et le mot de langue européenne dans laquelle est faite la
traduction. Ce qui pose par ailleurs le problème de la détermination et définition
du mot. Dans l’exemple (1) ci-dessus l’on peut observer que si batsiwenda constitue
un mot lumbu selon l’écriture conjonctive, sa traduction française constitue
cependant une phrase entière. Ceci pose également des problèmes de
morphosyntaxe dans les langues africaines. On peut de même poser la question:
qu’est-ce qui constitue le mot ? La réponse d’une telle question comme celles des
problèmes sus évoqués nécessite le développement étudié de l’orthographe de la
langue. De manière générale, l’orthographe du mot est fonction de la notion qu’on
a du mot lui-même.
Les problèmes posés par la conjonction des morphèmes dans l’orthographe des
langues africaines semblent trouver de solutions dans une écriture disjonctive.
L’écriture conjonctive est la forme graphique du mot dans sa structure interne plus
simple. Ce qui signifie que les formatifs sont notés séparément du radical verbal.
Depuis l’époque des missionnaires et administrateurs coloniaux, bon nombre de
langues africaines ont souvent été écrites de façon disjonctive. Cette attitude trouve
son origine dans l’habitude qu’ils avaient de leurs langues maternelles respectives
qui sont pour la plupart l’anglais, le français, l’espagnol et dans une moindre
mesure le portugais. L’on note que ces langues ont toutes une écriture disjonctive
généralement héritée de l’orthographe latine.
Pour certaines langues africaines comme le zulu (Poulos & Msimang 1998 : 8), les
missionnaires et autres grammairiens, qui ont été dès le début du XIXème les
premiers à transcrire orthographiquement la langue, ont eut à penser qu’il y avait
une relation significative nette entre le mot zulu et le mot anglais. Ils supposèrent
ainsi que chaque formatif constituait un mot distinct suivant le système anglais
avec des exemples ci-après:
(2) Ba ya sebenza They are working « ils travaillent »
E khaya At home « à la maison »
Ba zo fika They will come « ils viendront »

Il fallut attendre la fin du siècle pour que l’on réalise que le mot zulu était bien plus
complexe que celui de l’anglais. En effet, là où le mot anglais consiste
habituellement en un morphème libre (un seul morphème constituant un seul mot)
le mot zulu pouvait être un ensemble de morphèmes agglutinés. Ces remarques
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 45

ont amené Colenso (1882)5 à faire usage pour la première fois du conjonctivisme
pour l’orthographe du zulu qu’il définit en termes d’accentuation de la syllabe
pénultième. Les items en (2) sont finalement notés comme en (3).
(3) Bayasebe:nza « ils travaillent »
Ekha:ya « à la maison »
Bazofika « ils viendront »

La pertinence du choix de l’écriture conjonctive comme présenté ci-dessus pour le


zulu est le fait de la prise en compte des conditions phonologiques pour
l’identification du mot. Pour le cas du zulu qui vient d’être évoqué le mot est
identifiable phonologiquement par l’accent principal (se traduisant par une
longueur vocalique) qui tombe sur la syllabe pénultième (Poulos & Msimang
1998 : 9).
Cependant, en dehors de l’approche phonologique pour l’identification du mot il
existe également différentes approches aussi bien au niveau syntaxique qu’au
niveau morphologique. Le choix entre le conjonctivisme et le disjonctivisme
nécessite donc comme préalable, une identification réelle de ce qu’est le mot dans
la langue. Si par exemple l’on revient sur le critère de la longueur vocalique de la
syllabe pénultième du zulu, il se pose d’énormes questions qui ne trouvent aucune
réponse sur le plan phonologique.
En effet, la longueur de la syllabe pénultième dépend fortement de la position en
isolation ou en contexte de phrase (ou groupe de mots). Si en isolation la longueur
est admise dans le mot, en contexte de phrase (ou groupe de mots) seul le dernier
mot de la phrase a une longueur sur la syllabe pénultième. Cela implique-il qu’une
phrase (ou groupe de mots) comprend un mot unique ? D’une part, une phrase
interrogative qui n’a habituellement pas de longueur sur la syllabe pénultième,
particulièrement si la phrase termine avec l’adjonction na? Dirions-nous dans ce
cas que la phrase interrogative ne consiste en aucun mot ? D’autre part, la longueur
vocalique est généralement la caractéristique des idéophones, des démonstratifs et
des interjectifs. Va-t-on les considérer comme les seuls mots véritables de la langue
du fait de l’allongement vocalique.
Finalement, le mot est bel et bien une réalité à la fois phonologique,
morphosyntaxique, sémantique et même pragmatique. La notion du mot dans le
cadre de l’établissement d’un alphabet trouve toute sa pertinence dans l’idée selon
laquelle l’alphabet est constitué des symboles qui, mis ensemble, forment des mots.
Par conséquent, le processus de confection d’un alphabet pour l’orthographe des
langues africaines nécessite qu’on définisse concrètement la notion du mot.

5 Cité par Poulos & Msimang (1998 : 9).


46 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

En ce qui concerne les langues africaines d’une manière générale, il faut considérer
qu’elles soient de différentes familles linguistiques. De fait, elles présentent une
diversité d’organisations syntaxiques, morphologiques et phonologiques. Ainsi,
l’écriture ou l’orthographe du mot ne peut être standardisé qu’à l’intérieur de
chaque famille linguistique. Et même, au sein d’une même famille on observe
certaines différences. C’est le cas par exemple des 9 langues africaines officielles
d’Afrique du Sud (ndebele sud, sotho nord, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et
zulu). Ces langues sont toutes des langues bantu, mais la division du mot diffère
selon les groupes de langues. Tandis que les langues du groupe nguni (ndebele,
swazi, xhosa et zulu) ont généralement une écriture conjonctive, les langues du
groupe sotho-tswana et autres groupes s’écrivent par contre de manière
disjonctive. Ce qui se dégage des exemples ci-après pour les expressions déjà
énoncées en (2) et (3).
(4) Groupe Nguni:
Langue : Zulu cf. (3) (Ecriture conjonctive)
Ba- (PV) -ya- (Fo1) -se- (Fo2) -benz-a (Rad + Fi)6
e- (PNL) -kha:ya (Rad)
ba- (PV) -zo- (Fo) -fik-a (Rad + Fi)
Langue : Xhosa (Ecriture conjonctive)
Bayasebenza
ba- (PV) -ya- (Fo1) -se- (Fo2) -benz-a (Rad + Fi) « ils travaillent »
Ekhaya
e- (PNL) -khaya (Rad) « à la maison »
Bazakufika
ba- (PV) -za (Fo) -ku- (PN, cl.15) -fik-a (Rad + Fi) « ils viendront »
Langue : Swati (Ecriture conjonctive)
Baya sebenta
ba- (PV) -ya (Fo) sebent-a (Rad + Fi) « ils travaillent »
Ekhaya
e- (PNL) -khaya (Rad) « à la maison »
Batao fika
ba- (PV) -ta- (Fo1) -o (Fo2) fik-a (Rad + Fi) « ils viendront »

(5) Groupe Sotho-tswana


Langue: Sesotho (Ecriture disjonctive)
Ba ea sebetsa
ba (PV) ea (Fo) sebetsa (Rad + Fi) « ils travaillent »
Hae Ø (PNL) hae (Rad) « à la maison »

6 PV = préfixe verbal ; Fo = formatif ; Rad = radical ; Fi = finale ; PNL = préfixe nominal locatif ; SL =
suffixe locatif.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 47

Ba tla khutla
ba (PV) tla (Fo) khutla (Rad + Fi) « ils viendront »
Langue : Tswana (Ecriture disjonctive)
Ba mo tirong
ba (PV) mo (Fo) tirong (Rad) « ils travaillent »
Ko gae
ko (PNL) gae (Rad) « à la maison »
Ba tla tla
ba (PV) tla (Fo) tla (Rad) « ils viendront »
Langue : Sepedi (Ecriture disjonctive)
Ba ya bereka
ba (PV) ya (Fo) bereka (Rad + Fi) « ils travaillent »
Ko gaye
ko (PNL) gaye (Rad) « à la maison »
Ba ye kla
ba (PV) ye (Fo) kla (Rad) « ils viendront »

(6) Autre groupe de langues


Langue : Tsonga (Ecriture quelque peu mixte)
Va tirha
va (PV) tirha (Rad + Fi) « ils travaillent »
Ekaya
e- (PNL) +kaya (Rad) « à la maison »
Va ta ta
va (PV) ta (Fo) ta (Rad) « ils viendront »
Langue : Venda (Ecriture quelque peu mixte)
Vha khou shuma
vha (PV) khou (Fo) shuma (Rad + Fi) « ils travaillent »
Hayani
haya- (Rad) -ni (SL) « à la maison »
Vha do da
vha (PV) do (Fo) da (Rad) « ils viendront »

REMARQUES:
En dehors du fait qu’elles sont toutes des langues bantu regroupées en familles,
l’on remarque que dans les langues sud-africaines leur graphie ne tient pas compte
des leurs systèmes tonals. En outre, tandis que les langues nguni et les langues
sotho sont de manière stricte respectivement conjonctives et disjonctives, les autres
langues tels que le tsonga et le venda semblent combiner les deux systèmes.
48 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

En définitive, comme le fait remarquer Van Wyk (1995 : 83-84), le choix entre le
conjonctivisme et disjonctivisme est purement et simplement une question de
convention orthographique. Dans la plupart des langues africaines, il n’y a pas eu
beaucoup de réflexions sur la question de la division du mot. Nombre de langues,
comme le xhosa (RSA7 1972), ont tout simplement adoptées la forme héritée soit
des missionnaires soit de la tradition des langues européennes.

EN CE QUI CONCERNE L’ECRITURE DES LANGUES GABONAISES


De nos jours le développement des langues est intimement lié à leur écriture. Il est
certainement évident que le développement des langues gabonaises passe
préalablement par leur écriture. Il ne saurait par exemple y avoir de manuel
d’apprentissage et d’enseignement si un alphabet et un système d’orthographe ne
sont pas définitivement élaborés, adoptés et véhiculés. La confection des
dictionnaires nécessite également une forme standardisée de l’orthographe des
langues. La section suivante qui commence par un état des lieux sur l’écriture des
langues gabonaises fait une analyse des alphabets déjà existants pour l’écriture de
ces langues.

D’ABORD UN ETAT DES LIEUX


Dans son article sur l’histoire des langues du Gabon, Mayer (1990) suggère
sommairement trois importantes périodes : l’écriture exploratoire, l’écriture
pédagogique et l’écriture scientifique.
La première période correspond à l’arrivée des premiers européens sur les côtes
gabonaises, et particulièrement dans l’Estuaire et dans la région nord de l’ancien
royaume de Loango (de Mayumba au Cap Lopez), et celles des explorateurs (en
majorité des Portugais). Elle se situe entre le début du XVIème siècle et la deuxième
moitié du XIXème. Le système d’écriture de cette période est totalement celui des
langues européennes. Mayer (1990 : 67) indique que cette longue période, qui est la
plus ancienne écriture de nos langues, a fourni aux langues gabonaises « trois
siècles de traces écrites ».
Ces traces sont essentiellement reportées sur des cartes « qui portent les premières
mentions de noms de peuples ou de noms de lieux ». En dehors des ethnonymes,
toponymes et hydronymes, ces écrits concernent aussi des noms de personnes
(généralement de noms de personnages illustres, e.g. Mani Pongo, Mani Gabam,
Rapontchombo, etc.) et de noms communs. De cette période l’on retient
l’orthographe de mots comme:

7 RSA est mis pour Republic of South Africa.


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 49

(7) Bramas pour Bavarama8


Pongoé pour Mpongwe
n’la pour dire tête en fang
land’jogg pour dire trompe (d’éléphant) en fang
Gobbi pour Ngubi (Ngowe)
Majumba pour Mayumba
Commi pour Nkomi

Il faut noter que ces premières mentions « comportent de nombreuses erreurs dues aux
incompréhensions et aux malentendus, et plus fondamentalement à la différence des
systèmes phonologiques des langues pratiquées » (Mayer 1990 : 67).
La deuxième période qui concerne une écriture dite pédagogique se rapporte à
l’intérêt porté par les Occidentaux sur les langues africaines. Cette phase, à partir
de 1850, inaugure l’apprentissage et la scolarisation de ces langues. Les
missionnaires enseignent la lecture et l’écriture non seulement aux locuteurs natifs,
mais aussi à tous ceux qui, Occidentaux comme locuteurs d’autres langues, s’y
intéressent. L’écriture se systématise, des imprimeries voient le jour et des
ouvrages sont publiés. Il s’agit essentiellement de manuels, grammaires,
syllabaires, opuscules et des dictionnaires le plus souvent monolingues et « parfois
abondamment et magnifiquement illustrés » (Mayer 1990 : 73). C’est aussi la période,
largement dominée par les travaux des missionnaires, des premières traductions
des textes liturgiques et bibliques. L’un des faits marquant de cette période est la
véhicularisation de certaines langues par le biais des publications missionnaires.
L’on note ainsi :
(8) Le ndumu dans le sud-est
Le yipunu et le yisangu dans le sud
Le yinzebi et le liduma dans l’est
Et le fang dans l’ensemble nord (de l’ouest à l’est)

Pour Mayer (1990 : 73), « l’apprentissage formel des langues a été abandonné
aujourd’hui, mais la période pédagogique survit sous la forme de livrets de cantiques écrits
dans les langues du Gabon ». Cependant, l’alphabet et le système d’écriture des
langues gabonaises demeurent dans cette période ceux empruntés aux langues
européennes.
La troisième phase établie par Mayer (1990 : 88-89) est celle qui prend vraiment
corps dès la seconde moitié du XXème. Elle se caractérise par la mise en valeur et
l’usage des spécificités phonético-phonologiques des langues gabonaises pour
l’établissement des systèmes d’écriture cohérents. Ceux-ci résultent des études
linguistiques plus ou moins scientifiques. Parmi les travaux scientifiques de la

8 Ces exemples sont extraits de Mayer (1990 : 68-71).


50 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

première heure, l’on cite Raponda-Walker qui dès 1932 proposa un alphabet des
langues gabonaises.
Dans son article paru dans le Journal de la Société des Africanistes (Raponda-
Walker 1998 : 7-15) Raponda-Walker donne un aperçu analytique d’un alphabet9
pour la transcription des langues du Gabon s’insurgeant ainsi contre la double
notation alphabétique qui est faite des langues gabonaises:
∙ l’usage de l’alphabet anglais par les missionnaires protestants américains
∙ et l’usage de l’alphabet français par les missionnaires catholiques

Finalement, la période scientifique telle qu’élucidée par Mayer est celle qui se
poursuit jusqu’à ce jour où des travaux et discussions sont régulièrement abordés
en vue de doter les langues gabonaises d’un système d’écriture normalisé qui
s’impose. La plupart des propositions alphabétiques s’inspirent largement de
l’Alphabet Phonétique International (API) et de l’Alphabet Africa élaboré par
l’International African Institute pour la transcription particulière des langues
africaines.
Aussi, il ne faut pas perdre de vue, ainsi que le souligne Mayer (1990 : 66) que «les
périodes se chevauchent et qu’il y a parfois stagnation voire recul. En outre, à chaque
nouvel arrivant au Gabon, et même pour les nationaux qui n’ont pas reçu d’apprentissage à
l’écriture et à la lecture des langues ethniques en plein XXè siècle, recommence une écriture
exploratoire… Il serait illusoire d’enfermer chaque période dans une datation absolue, car ce
serait ignorer ces retours en arrière et le fait que les trois formes d’écriture – exploratoire,
pédagogique et scientifique – peuvent en définitive coexister ».
L’on retient du récit de Mayer (1990) que le passage au Gabon des langues parlées
aux langues écrites remonte à l’époque coloniale. Toutefois, comme le soulignent
Ndinga-Koumba-Binza & Roux (2009 : 86), cette présentation historique en termes
de périodes est peu satisfaisante. En effet, s’il faut tenir compte du fait de l’écriture
en tant que communication graphique diverse, l’on dira que bon nombre de
langues gabonaises ont une expression graphique depuis nos ancêtres.
Les peintures rupestres trouvées dans certaines grottes telles que celles de Bongolo
(par exemple la grotte de Muvindu) à Lébamba (province de la Ngounié), les
incisions scarificatrices ou encore la variété des masques des différentes ethnies et
les différentes gravures et peintures (parfois sur le corps) dans les différents rites
religieux traditionnels (Bwiti, Ndjembe, Njobi, Mungala, etc.) sont des témoins
d’un début de forme d’écriture dans nos langues à l’image de celle de
Mésopotamie.

9 Je reviens sur l’analyse de l’alphabet de Raponda-Walker dans les pages suivantes.


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 51

Ndinga-Koumba-Binza & Roux (2009 : 86) indiquent que la prise en compte de ces
quelques considérations spécifiques revèle que trois ères peuvent être identifiées
en ce qui concerne l’écriture des langues gabonaises. Il s’agit de :
(i) l’ère ancestrale,
(ii) l’ère coloniale, et
(iii) l’ère moderne.
Ndinga-Koumba-Binza & Roux (2009 : 86) résument les trois ères dans le tableau
ci-après.

Ere Ere Coloniale Ere Moderne


Ancestrale Administrative Scientifique
? Pongoé Mpongwe (ethnonyme) Mpongwe
? N’la (Fang) Nla “tête” Nla
? Land’jogg (Fang) Lang Nzoghe “trompe”(éléphant) Lan Nzoghe
? Majumba Mayumba (toponyme) Mayumba
? Commi Nkomi (ethnonyme) Nkomi
Tableau 1: Trois ères d’écriture des langues gabonaises

L’ère coloniale comprends les deux premières périodes de la classification de


Mayer (1990). Elle commence exactement avec les écrits des explorateurs. Comme
précédemment vu, la forme d’écriture moderne latine apparaît dans nos langues
avec l’arrivée des missions évangéliques catholiques et protestantes et de
l’administration coloniale. Ces tentatives vont des traductions des documents
religieux (Bible, catéchisme, cantiques, etc.) aux transcriptions des noms locaux
(noms de personnes, de villages, de peuples et ethnies, etc.).
Malgré cette situation pratiquement séculaire nos langues sont toujours
considérées comme des langues à tradition orale comme si elles n’avaient jamais eu
de forme scripturaire. Même s’il est vrai que leur écriture ne fut pas tout à fait
standard étant donné la diversité de systèmes due le plus souvent à l’origine
(religieuse ou linguistique) des transcripteurs.
Pour Alexandre (tel que cité par Kidda Awak 1990 : 11) la langue fang a acquis
« trois transcriptions [catholiques] et deux [protestants] pour environ un million de
locuteurs, sans parler des différences morphologiques dues à des calques catholiques sur
l’allemand, le français et l’espagnol, et protestants, sur l’américain ».
L’ère moderne comprend la troisième période de la classification de Mayer. C’est
l’ère non seulement des études linguistiques systématiques, aussi celle de la
conscience nationale et des mouvements nationalistes. C’est également l’ère de la
première expression de la revalorisation des langues et cultures locales. On voit
également s’exprimer une certaines volonté politique par l’organisation des
52 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

séminaires, conférences et ateliers, et éventuellement la création au sein de


l’université nationale en 1994 d’un département en vue de la formation des
linguistes. C’est enfin l’ère de la majorité des propositions, des alphabets et
systèmes d’orthographe conçus pour l’écriture des langues gabonaises.

ECRITURE DES MISSIONNAIRES ET LINGUISTIQUE GABONAISE ACTUELLE


Le système d’écriture des missionnaires a récemment suscité des débats, d’abord
lors de la Table Ronde sur les Politiques Linguistiques et l’Enseignement des
Langues Gabonaises en 1997, puis lors de la Session de Concertation sur
l’Orthographe des Langues du Gabon en 1999. Pour Mayer (1990 : 88), «ce serait une
belle erreur historique de croire que l’approche scientifique de l’écriture des langues
ethniques a fait suite à une série d’approximations et – pourquoi ne pas le dire – de
‘bricolages’ qui aurait résulté d’une certaine insuffisance intellectuelle ».
La linguistique gabonaise contemporaine a une considération peu importante des
travaux des missionnaires dans le processus de développement des langues
gabonaises. Ces travaux des missionnaires ne sont pas poursuivis là où ils se sont
arrêtés. C’est le cas par exemple des travaux de Raponda-Walker qui, à défaut
d’être repris et améliorés par des linguistes, font l’objet d’édition et réédition (sans
aucune révision) par une Organisation Non-Gouvernementale qui a à cœur le
développement des langues et cultures gabonaises : la Fondation Raponda-Walker.
Il a été par ailleurs démontré que les pays qui ont tout simplement adopté les
orthographes élaborés par les administrateurs coloniaux et les missionnaires pour
l’écriture des langues africaines ont moins connu les problèmes d’orthographe et
d’alphabet qui s’illustrent au Gabon (McLaren 1936, Poulos & Msimang 1998). La
continuité de leurs travaux n’aurait pas laissé la linguistique gabonaise au stade
présent, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’orthographe et l’écriture des langues
gabonaises. Car l’on sait que « les tentatives d’écriture des langues gabonaises remontent
à l’arrivée des premiers colons » (Idiata 2002 : 48) et que les premiers à enseigner ces
langues à l’école avec un système d’orthographe accessible aux populations furent
ces missionnaires énormément critiqués de nos jours pour bon nombre de
maladresses qu’ils n’avaient peut-être pas pu éviter. Car la science linguistique
elle-même a considérablement évolué pendant le siècle dernier et les outils
méthodologiques utilisés aujourd’hui n’étaient pas encore maîtrisés au début du
XXème siècle.
Par ailleurs, c’est assurément en termes de blâme qu’Idiata (2002 : 59) écrit:
«Alors que les projets de développement des langues sont rarissimes,
et que l’insertion de ces langues à l’école dans les établissements
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 53

publics demeure, à ce jour, à sa phase théorique, ou presque, le débat


a porté uniquement sur les systèmes d’écriture… ».

Ce débat, Idiata lui-même le qualifie de « vrai faux débat qui n’a pas beaucoup de
pertinence aujourd’hui». Pour ma part, le débat existe parce que d’une part le
système d’écriture des missionnaires n’avait pas été tout simplement continué et
adapté aux principes actuels, et d’autre part parce qu’un alphabet et un système
d’orthographe pour les langues gabonaises restent encore à être adoptés par les
pouvoirs publics et vulgarisés au sein de la population.
Je me demande si l’alphabet romain utilisé différemment par bon nombre de
langues européennes (français, anglais, espagnol, allemand, néerlandais, etc.)
répond ne fut-ce qu’à 50% des critères de scientificité que l’on pourrait concevoir
dans le cadre de l’élaboration d’un alphabet et à l’établissement d’une
orthographe. Et pourtant ces langues européennes ont parfois des systèmes
phonético-phonologiques bien plus complexes que ceux de nos langues bantu.
L’on pose aussi souvent le problème de la notation des tons. Il est vrai qu’une
langue bantu sans ton est inimaginable. Et c’est à ce niveau que nos langues
diffèrent vraisemblablement des langues européennes. Cependant, si cela était
adopté les langues gabonaises ne seraient absolument pas les seules langues bantu
au monde à s’écrire sans notation des tons. Elles courent par contre le risque d’être
parmi les rares langues bantu à avoir une notation tonale dans l’orthographe et en
dehors d’une pure description phonétique ou phonologique ou encore
tonologique. Comme quoi, science conscience n’est que ruine de l’âme.
Car c’est finalement à la ruine que conduisent le vrai faux débat et la polémique sur
la notation des tons. De l’Afrique du Sud en Tanzanie et au Kenya, toutes les
langues de cette région – le zulu, le xhosa, le tswana, le sepedi, le venda, le tsonga,
le ndebele, le sotho, le shona, le herero, le lingala, le ciluba, le swahili, etc. –
s’écrivent sans aucune notation tonale avec une adoption parfois des alphabets des
colonisateurs et missionnaires. Et cela n’empêche ni la lecture, ni l’enseignement,
ni les littératures poétiques, romanesques et orales de ces langues.
Pour ma part, j’estime qu’il nous faut absolument éviter cette attitude à vouloir
recréer le monde. C’est cette attitude que fustige Mouguiama-Daouda (1997 : 169)
lorsqu’il écrit:
«En effet, les chercheurs africains ont tendance à analyser les faits
linguistiques sans référence à un cadre théorique général. Ainsi,
aucun rapprochement n’est fait avec les phénomènes identiques ou
analogues attestés ailleurs. Une telle attitude conduit, au mieux, à
enfoncer des portes ouvertes, au pire, à avoir une vision erronée,
parce que trop individualisée, de la vérité scientifique».
54 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Enfin de compte, le blocage au développement des langues n’est pas seulement la


décision politique qui est par ailleurs citée, mais aussi et surtout la décision
linguistique qui devra se matérialiser par beaucoup d’unanimité dans la
linguistique gabonaise et par l’importation dans celle-ci des technologies, des
théories et des conceptions qui ont fait leurs preuves et tiennent la route sous
d’autres cieux. Il va sans dire que toute chose reste réadaptable aux réalités
gabonaises si besoin s’impose.
Il faut également reconnaître que si à l’époque des missionnaires dès le XIXème, les
langues africaines, en dépit de l’usage des caractères de l’alphabet latin, étaient
dotées de systèmes d’écriture (Touré 1990 : 56) c’est que le niveau de
développement actuel des langues gabonaises est suffisamment inférieur à celui
qu’il pouvait être il y a cent ans. Les propos suivants de Mayer (1990 : 66) en sont
une parfaite illustration:
«Parmi la cinquantaine d’ouvrages que m’avait dévoilés le P.
POUCHET, figuraient grammaires, des dictionnaires et bien entendu
des traductions de catéchismes et de textes bibliques, le tout dans une
diversité insoupçonnée de langues du territoire national. Mais ce qui
m’avait frappé dans ce lot d’ouvrages, c’était la présence de quelques
vieux abécédaires et syllabaires du début du siècle. C’étaient des
manuels liés non pas à l’enseignement du français mais à
l’enseignement des langues locales. Ce sont de précieux témoins d’un
enseignement systématisé que les jeunes générations ont oublié
aujourd’hui».

Toutefois, l’adoption d’un alphabet reste un préalable nécessaire à tout


développement que peuvent connaître les langues gabonaises. A ce sujet des
tentatives pour doter ces langues d’un système d’orthographe ont été faites à
plusieurs reprises.

LES ALPHABETS DES LANGUES GABONAISES EXISTANTS


Il faut reconnaître que la toute première tentative de mise en place d’un alphabet
pour les langues gabonaises est celle des missionnaires. Mais comme vu
précédemment, ce fut tout simplement une adoption des alphabets des langues
européennes selon que les missionnaires étaient anglophones ou francophones.
Depuis lors des efforts ont été fournis pour pouvoir élaborer un alphabet adéquat
aux langues gabonaises en tenant compte de leurs spécificités phonético-
phonologiques. De fait, il existe à ce jour quatre propositions d’écriture des langues
gabonaises.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 55

Une première liste de ces propositions est faite par Idiata (2002). Ndinga-Koumba-
Binza & Roux (2009) ont procédé à une évaluation de celles-ci avec une attention
particulière sur la représentation des tons, de la longueur vocalique, de la
ponctuation et de la division du mot. Cette évaluation montre qu’il y a un certain
nombre de paramètres à considérer dans l’élaboration d’une orthographe pour les
langues gabonaises. Je reviens ici sur certains de ces paramètres.

L’ALPHABET ORTHOGRAPHIQUE DE RAPONDA-WALKER


La première tentative remonte à Raponda-Walker. Dans cet article intitulé
« Alphabet des idiomes gabonais » (réédité en 1998 par la Fondation Raponda-Walker)
paru pour la première fois en 1932 dans le Journal de la Société des Africanistes,
Raponda-Walker établit la liste de phonèmes et suggère les graphèmes
correspondants en s’inspirant à la fois de l’API et de l’alphabet Africa. Il propose
un système de 36 signes alphabétiques – dont certains sont affectés de diacritiques.
Mayer (1990: 88) et Idiata (2002 : 50) divergent quant au nombre des signes
alphabétiques proposés par Raponda-Walker. Le premier cite 37 signes tandis que
le second parle de 38 signes. Le décompte que j’ai personnellement fait à partir de
l’article « L’alphabet des idiomes gabonais » (dans sa réédition de 1998, Les langues du
Gabon, par la Fondation Raponda-Walker) présente 36 signes alphabétiques comme
relevés dans le tableau 2 ci-après.
On y compte 28 consonnes et 8 voyelles. Les graphèmes sont établis selon le
principe qu’un seul signe doit correspondre à un seul son, et un seul son à un seul
signe. D’après Mayer (1990 : 88), cet alphabet aurait été adéquat pour « la bonne
orthographe des langues pratiquées au Gabon ».

Voyelles Consonnes simples Consonnes avec diacritiques


a [a] b l v ĉ []
e [e] c [k] m w є []
è [] d n x ġ [] ou []
i [i] f p y ñ []
o [o] g q [k] z n˙ []
ö [] h r r˙ []
u [u] j [] s
ẅ []
ü [y] k t

Tableau 2: Alphabet des langues gabonaises selon Raponda-Walker

Pour Raponda-Walker (1998 : 7), « cette orthographe, grâce à des signes diacritiques
spéciaux affectant les différentes lettres, reproduit plus facilement la prononciation des mots
56 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

indigènes ». En effet, la liste proposée couvre relativement la majorité des phonèmes


présents dans les langues du Gabon.
L’on remarque également dans cette proposition qu’aucune mention n’est faite sur
les phénomènes prosodiques et de durée tels que les tons, la longueur vocalique et
la gémination. Un fait tout de même important est le souci de l’auteur d’éviter des
signes digraphes sur la base l’aphorisme sus-cité, « un seul signe pour chaque son, un
seul son pour chaque signe ». Il faut aussi noter que ces propositions s’appuient
énormément sur l’alphabet des langues latines (Idiata 2002 : 50). Ceci s’observe par
la mention des signes c, k et q pour le même son [k]. L’on voit également la prise
en compte du signe x que l’auteur reconnaît lui-même être inconnu dans les
idiomes du Gabon (Raponda-Walker 1998 : 14). Cependant, les deux fricatives
vélaires sourde [] et sonore [] sont tous les deux représentés par le signe ġ. Par
ailleurs, Raponda-Walker ne fait état ni d’une forme majuscule ni d’une possibilité
de ponctuation dans le système qu’il propose.

L’ALPHABET SCIENTIFIQUE DES LANGUES DU GABON (ASG)


Plus de cinq décennies après Raponda-Walker apparaît l’Alphabet Scientifique des
Langues du Gabon (ASG). C’est ici « la seconde tentative d’élaboration d’un système
d’écriture spécifique aux langues vernaculaires gabonaises » (Idiata 2002 : 51). L’ASG fut
élaboré en 1989 au cour d’un séminaire des experts organisé sous les auspices de
l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT, aujourd’hui Agence
Internationale de la Francophonie) par le Laboratoire Universitaire de la Tradition
Orale (LUTO, aujourd’hui Laboratoire Universitaire de la Tradition Orale et des
Dynamiques Contemporaines, LUTO-DC) de l’Université Omar Bongo (UOB).
La nécessité de sa conception réside principalement dans le fait, selon les termes de
Martin Alihanga (1990 : 17), que « le Gabon cherche à combler son retard en matière
d’orthographe des langues nationales ». En effet, « il nous a manqué jusqu’à présent, non
seulement les transcriptions scientifiques, mais aussi les ouvrages fondamentaux utiles à la
planification de notre effort de conception d’une orthographe scientifique, à savoir
l’utilisation de l’alphabet latin avec le minimum de signes simples pouvant servir à la
totalité des langues gabonaises » (Alihanga 1990 : 17-18).
En outre, l’ASG a été conçu avec les objectifs suivants:
∙ Favoriser la recherche sur le patrimoine culturel national, la collecte des
documents oraux, leur élaboration, leur analyse contextuelle et leur
publication ;
∙ Créer un alphabet unifié pour toutes les langues du Gabon : la diversité des
systèmes d’écriture dans un pays étant considérée comme un facteur
d’isolement et un obstacle à l’unité – le but ici étant l’harmonisation adaptée des
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 57

deux systèmes ayant prévalu chez les missionnaires protestants d’une part et
catholiques d’autre part ;
∙ Appuyer les travaux des chercheurs gabonais sur les compétences nationales et
internationales ;
∙ Assurer à l’alphabet national une expérimentation pratique, puis une
reconnaissance légale ;
∙ Trouver une solution pratique aux problèmes de transcription de nos langues
Alihanga (1990 : 19).

Il faut également noter que l’ASG a été établi d’après Hombert (1990a: 107) selon
les critères suivants :
∙ La prise en compte de toutes les spécificités phoniques de toutes les langues du
Gabon (Hombert 1990b) ;
∙ L’éloignement le moins possible des symboles de l’Alphabet Phonétique
International, de l’alphabet Africa, de l’alphabet africain de référence, ainsi que
des expériences d’autres pays africains ;
∙ L’utilisation d’un minimum de digraphes
∙ L’utilisation d’un minimum de diacritiques

L’ASG comme présenté dans le Tableau 3 est un système de 29 consonnes simples


et 9 voyelles. (Hombert 1990a, Carpentier de Changy et Voltz 1990). La notation
des tons est envisagée. 9 tons sont notés : infra-bas (ou très bas), bas, moyen, haut,
descendant, montant, haut abaissé, très haut et très haut descendant.
Contrairement à la proposition de Raponda-Walker, l’ASG admet des digraphes,
généralement pour représenter des formes palatalisées (par exemple ny pour le son
[]), labiovélarisées (kw, tw) et prénasalisées (mb, nd, g). Les consonnes
occlusives labio-vélaires (kp, gb) et les consonnes affriquées (pf, bv, ts, dz) sont
également représentées sont formes de digraphes. L’ASG envisage aussi la
longueur vocalique, elle est transcrite par le redoublement de la voyelle.
L’on note dans cet alphabet la présence de quatre diacritiques tous souscrits.
∙ Un tilde (~) pour les segments nasals (voyelles et consonnes);
∙ Une courbe () identifiant la voyelle très brève;
∙ Un tréma ( ) pour la palatalisation des voyelles et semi-voyelles (u, w),
∙ et une barre qui marque la centralisation des voyelles fermées (i, u)

Il faut de même ajouter que l’ASG est doté d’une police de caractère conçue et
réalisée au Département d’Informatique du LUTO à partir du logiciel de traitement
de texte SIGNUM 2 (Carpentier de Changy et Voltz 1990).

Voyelles Consonnes Tons


58 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Minuscules Majuscules Mini Maj Mini Maj Signes et dénominations

a A b B n N v infra-bas
ə c C   v bas
e E d D p P v moyen
ε ε  Đ r R v haut
i I f F r R
v descendant
  g G s S
v montant
o O    
u U h H t T v très haut (TH)
u U   v V v haut abaissé
j J   v TH descendant
k K w W
Diacritiques   w W Digraphes
l L x X
Signes et Utilisations ny mb ts
m M y Y ty nd dz
v tilde pour nasales z Z dy g aa
v voyelle très brève kw kp oo
v palatalisation tw gb ee
v centralisation

Tableau 3: Alphabet Scientifique des Langues du Gabon

La nécessité de permettre à tous les faits phoniques de toutes les langues d’être
symbolisés et la volonté des descriptions phonologiques rigoureuses semblent
avoir fait perdre à cet alphabet les critères de simplicité, de clarté et d’économie.
L’ASG reprend également en compte des points particuliers (par exemple les
signes c, j, y etc.) des usages officialisés par de nombreux pays africains.
L’étroit rapprochement de l’ASG aux alphabets phonétiques tels que l’API et
l’alphabet Africa de l’IAI pose la question de sa caractéristique particulière. En
effet, tandis que les alphabets API et IAI sont spécifiquement des alphabets pour
des descriptions phonétiques et phonologiques – au sens proprement scientifique
des termes, l’ASG est conçu par ses auteurs sans caractère spécifique. Hombert
(1990a: 106-107), dans la présentation qu’il fait de l’ASG, est le premier à se
demander implicitement s’il s’agit d’un alphabet phonétique ou d’un alphabet
phonologique. Malheureusement l’auteur lui-même ne répond absolument pas à
cette interrogation.
L’on retient que l’alphabet phonétique d’une langue est celui qui rend compte de la
manière la plus fidèle possible, de la prononciation des locuteurs. L’inconvénient
d’un tel système est qu’il reproduit totalement les signes de l’API et/ou de l’IAI,
même si les inventeurs s’épargnent l’autre difficulté de créer des signes particuliers
pour la notation des sons de la langue étudiée. L’alphabet phonétique a aussi
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 59

l’inconvénient de contenir un grand nombre de signes dans le cas d’un système


orthographique d’une langue.
L’alphabet phonologique quant à lui se limite à la prise en compte de la structure
d’organisation des sons d’une langue. Il ne retient que la notation des sons
pertinents de la langue, c’est-à-dire les phonèmes (au sens structuraliste et
fonctionnaliste du terme). Il devra préalablement identifier les différentes variantes
des sons d’une langue et ne retenir que l’une des variantes comme symbole pour
toutes les variantes phoniques. Ce système implique l’utilisation d’un nombre
réduit des signes mais nécessite irrémédiablement l’apprentissage de règles de
lecture et d’écriture supplémentaire.
L’alphabet phonologique, comme indiqué en supra, reflète généralement le
système et/ou la description phonologique de la langue et permet la confection
d’un alphabet orthographique, c’est-à-dire un système simple et fonctionnel qui
sert à l’écriture de la langue. L’alphabet orthographique est parfois éloigné des
détails phonétiques et phonologiques d’une langue. C’est le cas de l’alphabet latin
en usage dans bon nombre de langues européennes. Mais des digraphes souvent
non inclus dans la liste alphabétique sont souvent utiles pour la symbolisation de
quelques faits phoniques dans l’écriture10.
Je renvoie à l’article d’Afane Otsaga (dans ce volume) pour d’autres détails sur la
distinction entre alphabet phonétique, alphabet phonologique et alphabet
orthographique.
L’adjectif scientifique qui est associé à l’ASG semble dénoter qu’il a toutes les
qualités et visées de l’API et l’IAI, c’est-à-dire la description linguistique. Mais
l’assignation à chaque signe d’un correspondant majuscule laisse entrevoir que
l’ASG a également des visées orthographiques. Autrement dit, l’ASG est à la fois
un alphabet phonétique (par la prise en compte de nombreux détails phonétiques),
un alphabet phonologique (puisqu’il est dit qu’il prend en compte l’essentiel des
sons significatifs des langues) et un alphabet orthographique (pour l’écriture des
langues).
Je pense que, comme l’alphabet africain de référence la non détermination de la
nature de l’ASG (alphabet phonétique, alphabet phonologique ou alphabet
orthographique) est l’une des raisons pour laquelle son application effective se fait
toujours attendre.
Sur le plan orthographique, il n’a jamais été utilisé pour deux raisons bien
évidentes.

10 A ce sujet l’on a par exemple, le digraphe th qui représente à la fois les sons [] et [] en anglais.
Tout comme le son [s] qui a plusieurs symboles en français (s, ss, ç, c, et t) comme aussi en anglais (s
et ss) et en espagnol (s et c).
60 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

D’abord l’excès de scientificité de nombreux signes (par exemple les voyelles ,  et


, et les consonnes , ,  et  entre autres) qui apparaissent barbares aux yeux des
personnes profanes aux sciences du langage. Il faut noter que même au sein des
universitaires et étudiants non initiés aux questions linguistiques, l’ASG est un
alphabet qui rebute.
La seconde raison est tout simplement le fait que sa promulgation par les instances
gouvernementales n’a jamais eu lieu. Le séminaire des experts qui a donné
naissance à l’ASG a recommandé son adoption légale par le gouvernement et sa
publication dans le journal officiel, mais cela n’a jamais été fait.
A mon avis, si l’ASG avait été spécifié comme alphabet orthographique, il aurait
été nécessaire de réduire le nombre des signes spécifiques aux alphabets
phonétiques (API et IAI) et le nombre des tons à transcrire. La simplification des
diacritiques (au lieu d’être souscrits, ils seraient mieux superscripts comme cela se
fait généralement partout ailleurs) et de digraphes aurait été également nécessaire.
Il faut aussi remarquer que l’ASG est relativement bâti sur les systèmes
phonologiques de différentes langues du Gabon dont les experts suggéraient au
cours de séminaires de propositions d’orthographe pour chaque langue décrite.
Mais cela ne lui a pas empêché de trop considérer les variantes des phonèmes
souvent également suggérés dans les orthographes de ces langues. Par exemple,
dans l’esquisse phonologique que Blanchon (1990) fait du civili, il mentionne que le
schwa  est tout simplement une forme réduite du segment /a/ dans la langue. Il
est cependant curieux de voir que l’auteur ne manque pas de prendre en compte à
la fois le schwa et le segment /a/ dans sa proposition de l’alphabet orthographique
du civili11, selon la simple raison que cette réduction est fréquente dans la langue.
Pour le cas présent du civili il aurait été simple de choisir entre le /a/ et le schwa, et
la maniabilité du premier porterait simplement le choix sur lui, ce qui donnerait un
alphabet orthographique assez simple.

L’ALPHABET D’AVRIL 1999


Dix ans après la création de l’ASG, des experts pour l’essentiel gabonais réunis les
8, 9 et 10 avril 1999 en session de concertation par le Ministère de l’Education
Nationale et la commission nationale de l’UNESCO adoptèrent et mirent en place
un système alphabétique pour l’orthographe des langues gabonaises.

11 Il faut reconnaître qu’au regard de la relation particulièrement complexe entre le schwa et la voyelle
a en civili, il semble parfois nécessaire de pouvoir tenir compte des voyelles dans un alphabet
orthographique du civili. L’exemple est ici présenté pour relever le fait que l’ASG prend en compte
des phones en variation libre ou complémentaire dans beaucoup de langues gabonaises.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 61

Cet alphabet, reconnu comme le nouvel alphabet des langues gabonaises (Idiata
2002 : 54), et appelé par ses inventeurs sous le terme d’orthographe, fait suite aux
recommandations des Etats Généraux de l’Education et de la Formation de 1983
qui insistèrent sur l’intégration des langues locales dans le système éducatif. Il tient
également compte des conclusions et recommandations issues de la première table
ronde sur les politiques linguistiques et l’enseignement des langues gabonaises de
1997 et celles des Etats Généraux du baccalauréat de 1998 qui relevèrent la
nécessité de doter nos langues d’une orthographe, condition indispensable pour
leur introduction dans les programmes scolaires.
S’appuyant sur les arguments de la simplicité et de la fonctionnalité, la Session de
Concertation recommanda les graphèmes et les diacritiques, présentés dans le
tableau 3 ci-dessous, pour l’écriture et la lecture des langues gabonaises.

Les voyelles Les tons Les consonnes

Signes / réalisations Signes / dénominations Monographes Digraphes

a  haut b m gh []
e  bas c [] n jh []
e []  moyen d n [] sh []
  descendant d[] p vh []
i  montant f r ny []
o g s
o [] h t
u j v
u [y] k w
l y [j]
z

Tableau 4: Alphabet des langues gabonaises selon la session d’avril 1999

Cet alphabet qui contient 35 graphèmes dont 2612 consonnes et 9 voyelles constitue
une avancée significative vers la simplification de l’écriture des langues
gabonaises. L’allongement vocalique est représenté par le redoublement de la
voyelle. Les mi-nasales et les complexes à glides s’écrivent à l’aide de deux ou
plusieurs lettres mais comme la longueur vocalique, elles ne sont pas retenues
comme des lettres à part entière de l’alphabet. Le diacritique affecté et identique à
certaines lettres est souscrit (d, e, n, etc.). Ce système ne mentionne pas la notation
des faits de nasalité vocalique ni ne recommande une forme majuscule des
différents signes orthographiques.
Malgré le souci de fonctionnalité, cet alphabet retient la notation du schwa dans sa
forme purement scientifique. De même, la lettre jh peut prêter à confusion puisque

12 Un décompte personnel à partir du rapport final de la Session indique 26 consonnes au lieu de 27


comme le mentionne Idiata (2002 : 54).
62 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

le j indique déjà dans l’alphabet la plosive palatale [d] et le h l’aspiration [h] (c’est
selon l’API un son glottal fricatif). Ainsi la mise en commun des deux signes fait
beaucoup plus penser à une plosive palatale aspirée. Cependant, les lettres gh et vh
semblent cognitivement adéquats aux sons qu’ils représentent ( et ) à cause de la
friction et la bilabialisation qui les distinguent respectivement de g et v (pour ce
dernier c’est surtout sa coronalisation qui marque sa distinction avec la bilabiale ).

Par ailleurs, les inventeurs de cet alphabet avaient envisagé la notation de 5 tons
tout en recommandant pour leur écriture orthographique la mise en place des
commissions d’étude et d’harmonisation des différents systèmes linguistiques
existants. Les experts recommandèrent également l’établissement des commissions
pour l’application spécifique dans chaque langue de certains principes
orthographiques examinées au cours de la Session de concertation. Toutes les
commissions recommandées n’ont jusqu’alors pas vu le jour. De même, l’adoption
par le Gouvernement et l’application des recommandations de la Session de
concertation ainsi que du système d’orthographe proposé sont toujours attendues.

L’ALPHABET ET L’ORTHOGRAPHE DE RAPIDOLANGUE


Pour les besoins de l’expérimentation de sa méthode d’enseignement et
d’apprentissage de langues gabonaises, la Fondation Raponda-Walker (cf. Hubert
1995 & 1997) a élaboré également un système d’orthographe sur la base de la
proposition d’ Raponda-Walker. Les conditions et les modalités de confection de
cet alphabet sont à lire dans ce volume dans l’article de Jacques Hubert. Les
nombreux reproches faits à ce système par les linguistes gabonais – notamment sur
la notation des tons – ont amené ses auteurs à réaménager leur système en tenant
compte des signes recommandés dans l’orthographe des langues gabonaises issue
de la Session de concertation évoquée plus haut.
Ainsi le système actuel de la méthode Rapidolangue, dont il faut lire les détails et
la présentation dans l’article sus-cité de Jacques Hubert, est finalement une
synthèse de la proposition de Raponda-Walker et de l’alphabet issu de la Session
de concertation d’avril 1999. C’est un système qui maintient 9 voyelles, ë et e pour
l’écriture respective du schwa et de la voyelle ouverte []. Les sons vocaliques [] et
[y] sont respectivement orthographiés o et u comme dans l’orthographe
recommandée par la Session de concertation. La longueur vocalique est marquée
par la voyelle redoublée, et la consonne n marque comme en français la
nasalisation de la voyelle qui la précède.
Le nouvel alphabet de Rapidolangue est constitué de 24 consonnes. En dehors des
consonnes simples et similaires à celles de l’alphabet latin, l’on note les digraphes
dy (assurément pour le son interdental []), dj (pour le son plosif palatal [d]) et les
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 63

mi-nasales mb, mp, nd et ng (ce dernier pour la nasale vélaire []). La nasale
palatale [] est alternativement notée ny ou gn sans tout autre forme de rigueur. La
lettre j à défaut d’être un symbole pour [d] est prononcé simplement comme en
français []. Le signe y et le son qu’il peut représenter ne sont pas pris en compte
dans l’alphabet, mais ils s’orthographient dans des mots comme omyene ou yipunu
pour le y qui sert déjà dans certains digraphes. Les sons [] et [t] comme en
français ne sont pas envisagés dans l’alphabet, mais dans les mots où ils
apparaissent, ils s’écrivent respectivement par sh et tsh comme en anglais : on a les
mots comme shela (la chose en yinzebi), tshikë et tshivili (le banc et la langue vili en
civili).
A la lecture des textes compris dans les manuels de Rapidolangue, l’on voit que les
majuscules et la ponctuation sont également envisagées mais ne sont pas
spécifiquement définis. La tendance est à les reproduire comme dans le système de
l’orthographe latine.
Les tons sont désormais pris en compte dans l’écriture, mais dans la seule
condition qu’ils soient indispensables dans le mot à écrire.
Une autre remarque importante qui se dégage de ce système d’orthographe est
qu’il se rapproche énormément de l’alphabet latin. Ce qui lui donne un caractère
très accessible pour des populations habituées à l’orthographe française et profanes
aux sciences du langage. Ce rapprochement est assurément dû au fait que la
méthode Rapidolangue a été initialement conçue pour les élèves du premier cycle
des lycées et collèges qui ont pour la plupart le français comme première langue
d’acquisition, et donc qu’ils parlent mieux que les langues locales et maîtrisent
relativement le système d’écriture.

PONCTUATION ET DIVISION DU MOT DANS LES LANGUES GABONAISES


Aucun des alphabets ci-dessus présentés ne relève clairement sa position sur la
ponctuation et la division du mot. Toutefois, l’observation des textes esquissés à
partir de chaque système permet certaines suppositions. En ce qui concerne la
ponctuation, il semble que tous les alphabets adoptent sans réserve le système de
ponctuation des langues européennes. Ils semblent par contre divergents quant à la
division du mot.
Les auteurs des différentes propositions alphabétiques n’ont peut-être pas perçu
que le choix entre une écriture disjonctive par opposition à une écriture conjonctive
est également fondamental. Raponda-Walker à la lecture de ses textes semble opter
pour une écriture conjonctive, tandis que le Rapidolangue semble faire le choix
d’une écriture disjonctive comme l’ASG au regard des extraits de contes présentés
dans les ateliers du séminaire des experts. Mais dans Rapidolangue comme dans
64 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

l’ASG les préfixes (nominaux et verbaux) et certains formatifs (particulièrement les


formatifs de temps) sont écrits conjonctivement.
Pour l’écriture des langues gabonaises, il y a nécessité d’une harmonisation du
système d’écriture conforme aux réalités morphosyntaxiques et phonologiques de
ces langues. Je renvoie à Paul Achille Mavoungou (dans ce volume) pour des
propositions en vue de la standardisation de l’écriture conjonctive ou disjonctive
des langues du Gabon. J’ai également présenté plus haut que le choix du
conjonctivisme ou du disjonctivisme était tout simplement une question de
convention.

ALPHABET ET CONSIDERATIONS TECHNOLOGIQUES


De nombreuses langues africaines ont des systèmes phonologiques relativement
complexes. C’est le cas de certaines langues du Gabon tels que le fang, le benga et
bien d’autres langues de la zone B. C’est la raison pour laquelle dans la confection
d’un alphabet orthographique, aux 26 lettres de l’alphabet latin bon nombre de
symboles sont ajoutés. Cependant l’absence des symboles trop particuliers des
claviers des machines à écrire (en particulier des ordinateurs) peut constituer une
raison majeur pour laquelle un alphabet particulier de langue, en dépit d’être très
bien accueilli par les professionnels des sciences linguistiques, peut échouer dans
l’obtention d’une approbation générale.
Il faut également observer que l’alphabet est en lui-même une technologie
(O’Connor 1996 : 787) qui nécessite un apprentissage aussi bien pour la lecture que
pour l’écriture. Moins sont les difficultés de lecture et d’écriture plus accessibles et
acceptables sont les éléments du système d’orthographe.
En ce qui concerne l’écriture au moyen des technologies modernes (ordinateurs et
autres appareils électroniques), il nécessite que pour des alphabets tels que l’ASG,
l’alphabet africain de référence, tout comme d’une certaine manière le nouvel
alphabet des langues gabonaises issu de la Session de concertation, la création des
logiciels et polices de caractères parfois particuliers pour pouvoir les adapter aux
différents claviers. Autrement, leur usage aux niveaux technologiques élevés ne
serait pas des plus faciles. Mais l’option des logiciels et polices particuliers
implique de recherches interdisciplinaires (linguistique, sciences phonétiques et
sciences informatiques) qui elles aussi exigent de moyens matériels et financiers
assez importants que bon nombre de pays en voie de développement ne sont pas
prêts de fournir.
Ainsi la création du système orthographique d’une langue peut faire appel à des
efforts d’un niveau que l’on n’imagine pas de prime abord.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Alphabet et Ecriture 65

CONCLUSION
Je viens de faire dans la présente contribution un bref historique du
développement des alphabets des langues de manière générale. Je suis également
revenu sur l’écriture des langues africaines telle que présentée par Touré (1990)
tout en faisant certains rapprochements entre et avec les langues africaines ayant
déjà ce que l’on peut appeler une tradition de l’écriture.
L’analyse de ces orthographes africaines est plus ou moins une source assez
importante d’enrichissement dont peut s’inspirer un système d’orthographe
standard des langues du Gabon. L’état des lieux sur l’écriture des langues
gabonaises qui précède une analyse des alphabets existants montre le degré de
retard du Gabon en ce qui concerne le développement concret des langues locales.
Les langues héritées de l’ère coloniale continuent de jouer un rôle important dans
une Afrique post-coloniale en général, et au Gabon en particulier. La mise en place
d’une écriture sur la base d’une orthographe inspirée de l’alphabet latin nécessite
des conventions particulières qui soient accessibles et assimilables par des
populations africaines qui, pour la plupart, sont habituées à l’alphabet latin par
l’emploi des langues européennes.
En vue de faciliter la transition aux populations d’un système (celui des langues
européennes) à un autre (celui d’une ou des langues africaines), les orthographes
africaines ont un intérêt pratique (sur le plan technologique et sur le plan
international) dans leur similarité aux orthographes des langues européennes. Ce
précepte, cependant, interfère avec des principes analytiques que produiraient des
orthographes scientifiquement motivées.
Il me convient de conclure avec Ndinga-Koumba-Binza & Roux (2009 : 100-104)
qui, dans la prospection d’une proposition adéquate d’une orthographe des
langues gabonaises, proposent de formuler préalablement un ensemble de
principes en vue d’une forme standardisée. Celle-ci doit satisfaire non seulement à
une expérimentation, mais aussi aux principes d’acceptabilité par la communauté
qui aura à l’utiliser.

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ALPHABET ET ORTHOGRAPHE:
CRITERES, QUALITES, CONDITIONS ET
VULGARISATION DANS LE CAS DU
GABON

THIERRY AFANE OTSAGA


DEPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE
UNIVERSITE OMAR BONGO, LIBREVILLE
(afanotsaga@[Link])

INTRODUCTION
Alphabet et orthographe, voilà deux notions qui font jusque là l’objet d’un débat
controversé dans le milieu de la recherche linguistique au Gabon. Ce débat, qui à
mon sens n’est pas superfétatoire et ne saurait être confondu à une polémique1, ne
sera véritablement clos que lorsqu’un consensus aura été trouvé sur la question. Il
faut dire que vu la situation actuelle des langues gabonaises, c’est plutôt l’absence
d’un débat, sur la manière d’écrire ces langues, qui serait un fait étonnant et
déplorable. En effet, personne ne peut nier l’évidence selon laquelle les langues
gabonaises cherchent encore leurs marques au sein du concert linguistique
moderne. Elles se débattent non seulement pour être préservées et ne pas devenir
dans quelques années des langues mortes, mais aussi pour être utilisées de façon
active dans tous les domaines de la vie moderne où leurs locuteurs exercent leurs
activités. Pour que cet objectif soit atteint, les langues gabonaises se doivent
nécessairement de passer par le même processus que celui emprunté par les
langues qualifiées aujourd’hui de modernes et d’internationales (anglais, français,
espagnol, etc.).
A mon avis, ce processus commence par l’adoption d’un mode ou système
d’écriture unique reconnu et utilisé par tout le monde, c’est-à-dire un alphabet
standard sans lequel toute tentative de développement des langues gabonaises

1 La différence entre débat et polémique est importante à faire dans le présent contexte. Le débat est un
examen et une discussion au sujet d’une question ou d’un problème par des personnes d’avis
différents. Sa finalité est de trouver un consensus ou une solution au problème qui se pose. Quant à
la polémique, elle est beaucoup plus du domaine de la dispute. Chaque pôle ou camp n’a d’autre
objectif que d’essayer de montrer que la raison est de son côté.

69
70 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

resterait vaine. Le débat actuel sur le développement des langues gabonaises ne


peut donc éviter le crucial problème de l’alphabet. Bien que d’aucuns estiment que
les systèmes d’écriture qui existent actuellement sont en mesure de reproduire
avec plus ou moins d’objectivité les besoins énonciatifs et scripturaux des langues
gabonaises, encore faut-il tomber d’accord sur l’utilisation d’un système unique
parmi ceux qui existent.
Mon objectif à travers cet article est donc d’apporter ma pierre à l’édification des
langues gabonaises, particulièrement en ce qui concerne leur écriture. Il s’agit plus
précisément de faire le tour de la question des systèmes alphabétiques. L’accent
sera particulièrement mis sur les critères, les qualités, les conditions et la
vulgarisation d’un alphabet. Ensuite quelques propositions seront faites en vue
d’aider à avancer dans le processus de développement des langues gabonaises.

1. APERÇU HISTORIQUE

1.1. PRELIMINAIRES
L’histoire du monde a prouvé qu’il a souvent été judicieux pour les sociétés
humaines de s’inspirer des exemples des autres pour résoudre les problèmes
auxquelles elles sont confrontées, et le développement des langues n’échappe pas à
ce fait. Pour réussir le processus de développement de ses langues, le Gabon ferait
acte honorable en s’inspirant des exemples des pays qui sont plus avancés dans le
domaine linguistique. Pour ce qui est de l’alphabet orthographique, puisque c’est
de cela dont il est question ici, une telle démarche implique une rétrospective
succincte de l’histoire du développement des alphabets dans les pays dont l’avancé
dans ce domaine est avérée. Cette rétrospective nous permettra de mettre en
évidence un certain nombre de suggestions qui pourraient aider au choix et à la
fixation d’un système alphabétique unique pour les langues gabonaises.

1.2. LES ORIGINES DE L’ALPHABET


Les premiers systèmes d’écritures sont nés sous des formes diverses à des époques
distinctes dans de nombreux endroits du globe (Mésopotamie, Egypte, Chine,
Amérique Centrale, etc.). En revanche, il semble bien que la naissance de l’écriture
alphabétique soit géographiquement localisée en terre de Canaan, vers le 2ième
millénaire avant Jésus-Christ, dans une région qui correspond aujourd’hui au
Proche-Orient (Liban, Israël, Syrie, Jordanie et Sinaï). C’est donc plutôt du côté du
Levant qu’il faut chercher l’origine de l’alphabet. L’ancien alphabet sémitique est

 L’essentiel des informations présentées dans cet aperçu historique est tiré du site web
[Link] Lire la première contribution de Ndinga-Koumba-Binza
(dans ce volume) pour des informations complémentaires sur les origines des alphabets.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 71

d’abord un emprunt à la civilisation égyptienne. Cette écriture pseudo-


hiéroglyphique fonctionnait selon le principe de l’acrophonie : chaque
pictogramme symbolisait le tout premier son du mot représenté. Ainsi le signe de
la maison, baytu représentait la « lettre » ‘B’. Dans la mesure où dans les langues
sémitiques, tout mot commence par une consonne, l’alphabet pseudo-
hiéroglyphique était consonantique.
Parallèlement, était inventé à Ugarit, sur la côte phénicienne, aux alentours du
14ième siècle avant notre ère, une écriture alphabétique consonantique de 30 signes
utilisant le système graphique cunéiforme en usage dans l’ancienne Akkadie. Le
cunéiforme disparu, l’alphabet linéaire poursuivit son évolution. Avant la fin du
12ième siècle avant J-C, l’alphabet classique de 22 lettres arrivait à maturité après un
millénaire d’évolution depuis l’invention des hiéroglyphes. La graphie des lettres
se stabilisait de même que le sens de la lecture qui se faisait désormais de droite à
gauche. L’alphabet phénicien découpait la syllabe en unités simples, les consonnes,
et négligeait les voyelles qui servaient à les prononcer. L’acquis décisif demeurait:
l’utilisation d’un ensemble réduit de signes graphiques pour symboliser la langue articulée.

1.3. LA NAISSANCE DES VOYELLES


La langue grecque, qui appartient au groupe indo-européen comme le persan, le
sanscrit et la plupart des langues européennes, offrait des particularités qui en
rendaient la notation difficile par l’écriture alphabétique consonantique
phénicienne. La difficulté inhérente à toute écriture syllabique est d’isoler la
consonne, non suivie d’une voyelle. Or les groupes de deux ou trois consonnes
sont monnaie courante en grec: un texte grec dont les voyelles ne sont pas notées
est ainsi complètement inintelligible. Pragmatiques, les Grecs transformèrent
l’alphabet phénicien en l’adaptant à leur langue. Dans un premier temps, ils
affectèrent à certaines consonnes phéniciennes, des valeurs à peu près similaires
dans leur langue.
Ainsi, le signe du samek phénicien fut affecté à la consonne grecque de
prononciation voisine du ‘s’. Après de nombreuses modifications d’orientation, ce
caractère se stabilisa sous la forme du sigma, ‘S’, tandis que le têt fut affecté à la
notation du son th sous la forme du ‘Q’ et que le qof, q, servit à noter le k et reçut le
nom de koppa (‘K’). Le zain sémitique, servit à noter le son grec dz sous la forme ‘Z’.
Mais l’invention la plus significative des Grecs consistera à attribuer à certaines
lettres phéniciennes, dont ils n’avaient pas l’usage, la valeur de voyelle. C’est ainsi
que naquirent le alpha (‘A’), l’epsilon (‘E’), l’omicron (‘O’) et l’upsilon (‘Y’). Pour la
sonorité ‘I’, ils inventèrent ex nihilo une lettre, le iota. Cette «lumière des voyelles»
pour reprendre l’expression d’Etiemble, c’est l’apport décisif que vont faire les
Grecs à l’histoire de notre civilisation. Le problème pour les Grecs n’était pas
seulement de trouver un emploi pour les lettres sémitiques qui ne correspondaient
72 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

pas à des consonnes de leur langue mais également d’arriver à noter tous les sons
de cette dernière. C’est ainsi que le son ph, fut d’abord noté ‘PH’ avant de se
stabiliser sous la forme ‘F’. Le son kh fut attribué à l’ancien taw sémitique, C, resté
sans emploi en grec. Le groupe consonantique ps, fut d’abord noté ‘PS’, mais les
Ioniens recoururent rapidement au signe ‘Y’ pour le représenter.
Ainsi, progressivement, son par son, signe par signe, s’élabora l’alphabet grec avec
des différences notables selon les régions, mais suivant toujours le même
processus: celui de l’adaptation du vieil alphabet sémitique à la langue grecque. Ceci
explique d’ailleurs que les Grecs aient dans l’ensemble hérité des Phéniciens à la
fois l’ordre dans lequel sont rangées les lettres et les noms de ces lettres. L’alpha
rappelle indubitablement l’aleph phénicien, le bêta, le beth phénicien, etc. Au début
les mots étaient écrits sans séparation; plus tard on les sépara les uns des autres.
Dans le même ordre d’idée, les accents apparurent progressivement dans
l’alphabet grec. Les Grecs écrivirent également dans un premier temps en
boustrophédon2. Le boustrophédon constitue peut-être l’intermédiaire entre le sens
phénicien, de droite à gauche, que les Grecs adoptèrent dans un premier temps et
le sens ionien de gauche à droite. L’année -403 marque un tournant décisif dans
l’histoire de l’alphabet grec. En effet, sous l’archontat d’Euclide, Archinos fit
adopter à Athènes une disposition stipulant que les textes des lois, consignés
jusqu’alors dans l’alphabet local, seraient réédités dans l’alphabet ionien. Les
autres villes grecques, suivirent progressivement cet exemple, reconnaissant
officiellement la supériorité de cet alphabet.

1.4. L’INFLUENCE DE L’ALPHABET GREC DANS LE RESTE DU MONDE


L’alphabet grec inspira les civilisations voisines. C’est ainsi que les Etrusques dont
la civilisation apparue dans l’actuelle Toscane au 7ième siècle avant J.-C. reprirent
l’alphabet grec pour transcrire leur langue. Des rois étrusques régnèrent sur Rome
jusqu’au 4ième siècle avant J.-C. date à laquelle les peuplades originaires du Latium
les chassèrent. Ces Latins, les futurs Romains, empruntèrent l’alphabet étrusque
pour transcrire leur langue. C’est ainsi que vers le 3ième siècle avant J.-C., fut établi
un alphabet de dix-neuf lettres, le ‘X’, le ‘Y’ et le ‘Z’ ayant dû être réintroduits dans
l’alphabet3 vers le 1er siècle avant J.-C. à l’époque de Cicéron. C’est de cet alphabet,
dit alphabet latin, dont vont s’inspirer la plupart des civilisations latines (dont la
France) pour créer les différents systèmes qui leur servent aujourd’hui d’alphabet.

2 Le boustrophédon est un système dans lequel le sens de lecture progressait à l’horizontale,


alternativement dans un sens et dans le sens opposé, à la manière des bœufs au labour, revenant sur
leurs pas à la fin de chaque sillon.
3 Les Etrusques avaient renoncés à ces lettres qui ne correspondaient à aucun son dans leur langue.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 73

2. ALPHABET OU ORTHOGRAPHE / ALPHABET ET ORTHOGRAPHE

2.1. DEFINITIONS
Avant d’engager toute discussion au sujet de l’alphabet et de l’orthographe des
langues gabonaises, il est important de faire une analyse succincte des deux termes
et de voir s’il s’agit de deux aspects qui renvoient à une même réalité ou s’il s’agit
simplement de deux notions complètement différentes. Pour rappel notons que le
terme alphabet est issu de la combinaison de alpha et beta, qui sont les deux
premières lettres de l’alphabet Grec (qui correspondraient aux lettres a et b de
l’alphabet français). Aujourd’hui ce terme est utilisé dans un grand nombre de
langues pour désigner une même réalité que certains dictionnaires et
encyclopédies peuvent nous permettre de mieux cerner.
Le Nouveau Petit Larousse (1971) décrit l’alphabet comme une liste de toutes les
lettres d’une langue. Le Dictionnaire Universel (1995, 2ième édition) complète cette
définition en décrivant l’alphabet comme l’ensemble des lettres servant à transcrire les
sons d’une langue. Le Cambridge International Dictionary of English (1995) ne
donne pas une définition très différente des deux premiers puisque l’alphabet y est
décrit comme a set of letters arranged in a fixed order which is used for writing a
language4. Microsoft Encarta Encyclopedia Standard (2001) est plus précis dans la
définition de l’alphabet qu’il décrit comme set of written symbols, each representing a
given sound or sounds, which can be variously combined to form all the words of a
language. An alphabet attempts ideally to indicate each separate sound by a separate
5
symbol .
Comme nous pouvons le constater, toutes les définitions du terme alphabet, quel
que soit la langue, se résument au fait qu’il s’agit d’un "ensemble de lettres ou de
symboles servant à l’écriture d’une langue donnée". Le Tableau 1 nous présente
quelques exemples d’alphabets de 4 langues non latines: l’Hébreu, le Cyrillique,
l’Arabe et le Grec.

4 Une série de lettres arrangée dans un ordre fixe qui est utilisé pour écrire une langue.
5
Ensemble de symboles écrits, dont chacun représente un ou plusieurs sons donnés qui peuvent être
variablement combinés pour former tous les mots d’une langue. Un alphabet essaye d’indiquer de
manière précise chaque différent son par un symbole différent.
74 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Tableau 1: Source tableau: Dictionnaire Universel (1995, 2ième édition)

Ce tableau nous donne trois types d’informations concernant les différents


alphabets:
∙ Le caractère ou la typographie de chaque lettre, c’est-à-dire la manière dont
chaque lettre est représentée ou transcrite dans la langue. Dans certains cas
(Cyrillique et Grec) les transcriptions minuscules et majuscules sont données.
∙ Le nom de la lettre ou plus précisément la manière dont la lettre est prononcée.
∙ La translittération usuelle de chaque lettre, c’est-à-dire ce à quoi chaque lettre
renvoi en alphabet latin.
∙ Dans le cas de l’arabe, des indications sont aussi données sur la valeur
approximative de chaque lettre. Ces valeurs ont pour objectif de donner des
précisions quant à la manière dont les lettres doivent être prononcées.

2.2. ALPHABET PHONETIQUE ET ALPHABET ORTHOGRAPHIQUE


Il est important de rappeler que le terme alphabet peut recouvrir deux aspects
distincts de la transcription d’une langue: l’aspect orthographique (alphabet
orthographique) et l‘aspect phonétique (alphabet phonétique).On parle d’alphabet
orthographique lorsque les lettres ou symboles servent à l’écriture des mots d’une
langue. L’alphabet orthographique n’est donc pas à confondre avec l’orthographe, qui
est, selon le Dictionnaire Universel, un ensemble des règles régissant l’écriture des mots
d’une langue. En d’autres termes, l’orthographe est un système (réglementé) dans
lequel les lettres de l’alphabet sont combinées pour former des mots (et par
conséquent des phrases) d’une langue. L’orthographe peut donc être comparée à
un système organisé dans lequel l’alphabet sert d’outil.
En français par exemple le terme empereur devrait s’écrire ‘‘enpereur’’ selon la
manière dont il est prononcé. Mais, en tenant compte des règles orthographiques
du français qui veut que N devant P devienne M, c’est donc la lettre M qu’il faut
utiliser pour écrire empereur. Les lettres utiliser pour écrire ‘‘empereur’’ viennent
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 75

de l’alphabet du français, mais leur combinaison pour former ce mot s’est faite
selon les règles qui régissent l’orthographe de cette langue. On parle donc
d’alphabet orthographique pour désigner les lettres ou symboles qui sont utilisés
pour former les mots d’une langue selon les règles orthographiques de cette
dernière.
La situation n’est pas du tout la même en ce qui concerne l’alphabet phonétique. En
effet, la phonétique a trait aux sons du langage. Elle permet de transcrire les sons
de la parole exactement de la manière dont ils sont prononcés6. L’alphabet phonétique
est donc constitué d’un ensemble de symboles, différents de ceux de l’alphabet
orthographique, qui permettent de transcrire les sons de la parole quel que soit la
langue utilisée. L’alphabet phonétique a pour objectif premier de permettre la
transcription des sons d’une langue, même lorsqu’on n’en connaît ni l’alphabet, ni
l’orthographe. C’est donc à juste titre que le Dictionnaire Universel considère
l’alphabet phonétique comme moyen avec lequel on peut transcrire les sons de la
plupart des langues. Cela explique donc la mise en place des symboles phonétiques
internationaux tels que l’Alphabet Phonétique International (API) ou encore
l’Alphabet Africa (IAI) 7 . Par conséquent, la plupart des langues du monde
détiennent chacune un alphabet (orthographique), ainsi qu’un système
orthographique particulier, beaucoup d’entre elles utilisent les mêmes symboles
phonétiques8.
Dans le cas du Gabon, une grande confusion persiste en ce qui concerne la
distinction alphabet phonétique et alphabet orthographique. En effet, la question
de l’écriture des langues gabonaises ne se pose pas en termes d’alphabet
phonétique, puisqu’en dehors de l’API et de l’IAI, il existe aussi l’Alphabet
Scientifique des Langues du Gabon (ASG) qui permet de rendre compte, de façon
plus ou moins convenable, des sons dans les langues gabonaises. Le problème que
rencontre les langues gabonaises est celui de l’alphabet orthographique. Il ne s’agit
pas, en réalité, d’un débat sur la qualité des alphabets existants 9 , mais sur la
nécessité de choisir définitivement l’un d’entre eux et que seul ce dernier soit
utilisé par tout le monde. C’est l’occasion ici de préciser qu’on ne peut faire
référence à l’ASG lorsqu’il s’agit de transcrire les langues gabonaises

6 Cette définition de la phonétique est purement endogène. Elle ne tient pas compte des définitions
usuelles de cette science qui est un domaine de la recherche linguistique. Ce domaine a pour objet la
description physique des sons de la parole (Dictionnaire Universel, 1995).
7 l’IAI est né à cause du constat selon lequel l’API est plus adapté aux langues indo-européennes. Il
ne permet pas de rendre fidèlement compte des particularités articulatoires et acoustiques de
beaucoup de langues africaines.
8 L’anglais et le français par exemple sont deux langues différentes dans leurs systèmes phonétiques
respectifs. Mais ils utilisent les mêmes symboles alphabétiques en ce qui concerne leur forme et de
leur nombre.
9 Il est difficile de dire que tel alphabet est meilleur que tel autre puisque les critères utilisés par leurs
auteurs étaient différents les uns des autres. Leur existence se justifie donc.
76 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

orthographiquement. Les symboles retenus dans l’ASG sont trop proches des
symboles phonétiques de l’API et de l’IAI. Il s’agit donc plus de symboles
phonétiques qu’orthographiques comme nous pouvons le constater dans le
Tableau 2 des correspondances ci-dessous.

Alphabet Scientifique des Alphabet Phonétique Alphabet Africa (IAI)


Langues du Gabon (ASG) International (API)

C b c d  f   y      k y   b t  d  f  j    d  c   b c d  f  j    -  - - 
O m n n y  g r r s     x y z mnrRxjz mn-rr sw-xz
N
S
O
N
N
E
s

V a a a
O   
Y   
  
E   
L
u u u
L
u y y
E
s

Tableau 2: Notes: Seuls les symboles de l’API et de l’IAI ayant des


correspondants dans l’ASG ont été présentés dans le tableau.

Il est vrai qu’un alphabet est avant tout une convention, par conséquent l’ASG peut
être adoptée comme alphabet orthographique des langues gabonaises si toutes les
parties décideuses (chercheurs et autorités politiques) s’accordent sur ce point.
Mais personnellement j’estime que cela ne sera pas une très bonne idée,
puisqu’une confusion risque de naître entre la transcription phonétique des
langues gabonaises (rôle que remplit parfaitement l’ASG) et leur transcription
orthographique. En d’autres termes, si l’ASG convient pour la transcription
phonétique des langues gabonaises, il ne peut pas, en même temps, jouer le rôle
d’alphabet orthographique pour ces mêmes langues. Tous les autres systèmes
d’écriture proches de l’API, ASG ou l’IAI (c’est-à-dire dont les symboles sont
proches ou identiques aux symboles phonétiques) sont donc aussi
automatiquement exclus comme potentiels systèmes d’écriture orthographique des
langues gabonaises.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 77

3. CRITERES ET QUALITES DE L’ALPHABET

3.1. LE FRANÇAIS ET LE CHOIX DE L’ALPHABET DES LANGUES GABONAISES


Beaucoup de chercheurs estiment que la plupart des systèmes alphabétiques
utilisés par les missionnaires pour la transcription des langues étaient calqués sur
celui du français, et ils estiment que pour cela les symboles de ces alphabets ne
rendent pas fidèlement compte des réalités des langues gabonaises. Cette vision est
assez restreinte à mon avis, car avant de prendre une telle position, il convient de
faire un certain nombre de remarques:
∙ Pour des raisons historiques, l’alphabet français est le système d’écriture avec
lequel la population gabonaise alphabétisée est entrée en contact en premier.
C’est aussi le système le mieux connu et le plus utilisé au Gabon, à cause du
statut du français comme unique langue officielle dans ce pays. C’est donc le
système d’écriture dont les populations gabonaises sont le plus accoutumées. Il
est donc difficile de parler du problème d’alphabet au Gabon en faisant fi de cet
aspect.
∙ La majorité des travaux pratiques (c’est-à-dire qui sont utilisables dans les
milieux académiques ou religieux) qui existent aujourd’hui sur les langues ont
été réalisés à base de ces alphabets dits calqués sur le français. Mais l’expérience
montre que ces travaux ont eu un impact plus important sur la lecture et
l’écriture des langues gabonaises, comparées à ceux réalisés à base des systèmes
dits plus scientifiques ou plus en rapport avec les langues gabonaises. A titre
illustratif, on peut aisément reconnaître que les Bibles et autres livres religieux,
les dictionnaires, les lexiques, les glossaires, les syllabaires, etc. confectionnés
dans les langues gabonaises avec un alphabet calqué sur le français ont permis à
nos parents et grands-parents de pouvoir lire et écrire aisément en Fang,
Yipunu, Omiénè, Yinzébi, etc.
∙ Comme nous l’avons vu dans l’aperçu historique, la plupart des alphabets qui
existent aujourd’hui dans les langues du monde (surtout dans les langues Indo-
européennes) sont en réalité le résultat des transformations séculaires de
l’écriture égyptienne. Chaque pays, culture, civilisation ou peuple a adapté les
symboles en fonction de ses besoins et de son contexte. Cela veut donc dire que
ce n’est pas tant l’origine des symboles qui est importante, mais plutôt
l’utilisation ou l’adaptation qu’on en fait.
∙ Enfin, nous ne devons pas oublier qu’un système alphabétique est améliorable
et adaptable. Il n’est donc pas nécessaire qu’il soit unanimement satisfaisant dès
sa mise en place. C’est au fur et à mesure qu’on l’utilise qu’on décèle ses
lacunes. Celles-ci peuvent être quantitative (absence de symboles pour
transcrire certains sons) ou qualitative (difficulté à rapprocher la transcription
de la prononciation).
78 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Ces différentes remarques me permettent de faire les déductions suivantes:


∙ Il n’y a pas de critères particuliers pour le choix des symboles d’un alphabet.
Celui-ci étant conventionnel, on peut prendre des représentions de tout genre
(dessins, images, icônes, signes, graphiques, etc) pour en faire des symboles
alphabétiques, à condition qu’à chaque son de la langue on fasse correspondre
un symbole particulier. En plus de cela, il faut s’assurer que tous les sons
pertinents de la langue sont bien représentés.
∙ Ce qui fait la force d’un système alphabétique, c’est son acceptation, son
enseignement, son utilisation et surtout son adaptation. Toutes les langues,
aujourd’hui à longue tradition écrite ont mis, des centaines, voire des milliers
d’années avant d’arriver aux versions finales actuelles de leurs systèmes
alphabétiques. Il est donc utopique de penser qu’une quelconque réflexion,
aussi poussée soit-elle, permettra de générer un alphabet orthographique
automatiquement compatible avec l’ensemble des langues gabonaises. Toutes
les propositions passées, actuelles ou futures des alphabets sont donc forcément
susceptible de changements, de réaménagements, en termes plus clairs de
réadaptations.
∙ Le choix ou la confection des alphabets, dans la plupart des langues dites
développées, s’est toujours fait en tenant compte de ce qui existait déjà, même
s’il s’agissait d’influence extérieure. L’ancien alphabet sémitique, par exemple,
est d’abord un emprunt à la civilisation égyptienne, alors que les Grecs
transformèrent l’alphabet phénicien en l’adaptant à leur langue. Choisir un
alphabet orthographique basé sur le français, n’est donc pas un «crime de lèse
acoustique et/ou phonatoire»10 vis à vis des langues gabonaises, à condition que
celui-ci soit réadapté en tenant compte de ces langues. Bien au contraire,
l’accoutumance des gabonais au système graphique du français peut faire en
sorte que, si l’alphabet choisi est proche de celui du français, la population
l’apprendra et le comprendra plus facilement.

3.2. L’UTILISATION D’UN ALPHABET ORTHOGRAPHIQUE UNIQUE


Il est important de noter que, s’il est scientifiquement possible d’obtenir un alphabet
orthographique unique pour l’ensemble des langues gabonaises, il est par contre
impossible d’obtenir un système orthographe unique pour l’ensemble de ces langues.
En effet, n’oublions pas que l’alphabet orthographique est un ensemble de lettres ou
de symboles utilisés pour l’écriture d’une langue, alors que le système
orthographique est un ensemble de règles régissant le fonctionnement de chaque
langue. Par conséquent, toutes les langues gabonaises ne fonctionnant pas de la

10 Beaucoup de gens pensent que les symboles du français ne traduisent pas de manière assez fiable
les sons des langues gabonaises.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 79

même manière, elles ne peuvent pas avoir le même système orthographique11 .


Parler donc d’orthographe (en tant qu’ensemble de règles) des langues gabonaises
est une hérésie. Par contre on peut parler d’une orthographe du Fang, du Yipunu,
du Yinzébi, du Téké, etc. Il est à signaler que dans la plupart des littératures sur les
langues gabonaises le terme orthographe est utilisé, non pas pour faire référence
aux règles régissant l’écriture des mots de ces langues, mais pour parler des
symboles utilisés pour la transcription des mots de ces langues. Vue dans cet
esprit, le qualificatif ‘‘orthographe des langues gabonaises’’, pour parler de
l’alphabet orthographique des langues gabonaises, peut donc avoir son sens. En ce
qui me concerne et pour éviter toute confusion, dans cet article, j’utiliserai
uniquement les attributs ‘‘alphabet orthographique’’ lorsque je parlerai des
symboles orthographiques, ‘‘alphabet phonétique’’ pour parler des symboles
phonétiques et ‘‘système orthographique’’ pour désigner les règles de
fonctionnement de la langue.
Jusque là, plusieurs systèmes graphiques ont été utilisés pour la transcription des
langues gabonaises. Cette situation n’est pas faite pour favoriser l’émergence de
ces langues. Sans un système d’écriture unique aucune langue au monde n’a pu se
développer. Pour aboutir à une avancée significative dans la résolution du
problème de l’alphabet orthographique des langues gabonaises, il serait important
qu’un consensus naisse enfin sur l’utilisation d’un système unique parmi les
systèmes graphiques existants 12 . Parmi ces derniers, seuls trois d’entre eux
semblent être à même de jouer le rôle assigné à un alphabet orthographique.
Le premier de ces systèmes est l’Alphabet des Idiomes Gabonais proposé par le
premier scientifique Gabonais, Raponda-Walker et présenté dans Les langues du
Gabon réédité en 1998 par la Fondation Raponda-Walker. Le chercheur propose
pour la transcription des langues gabonaises 8 symboles vocaliques et 27 symboles
consonantiques, recensés à partir de ses différents travaux (l’Alphabet des Idiomes
Gabonais est disponible dans la première contribution de Ndinga-Koumba-Binza
dans cet ouvrage).
La comparaison des différents symboles nous permet de confirmer que l’Alphabet
des idiomes du Gabon s’inspire à la fois de l’API et de l’IAI (Ahmadou Touré,
1990:55). Ahmadou Touré (1990) ajoute que malgré les lacunes qu’il présente, cette
orthographe (alphabet orthographique?) peut encore servir de base à l’élaboration
d’un véritable alphabet scientifique des langues du Gabon. Idiata (2002:50) quant à

11 Le système orthographique de chaque langue gabonaise peut être obtenu à partir des différents
travaux de description réalisés sur ces langues au département des sciences du langage de
l’Université Omar Bongo. Il suffira pour cela de se baser sur les règles phonologiques,
morphologiques et syntaxiques mises en évidence dans ces travaux.
12 A mon avis, il n’est pas utile de créer un nouvel alphabet. Ceux qui existent déjà peuvent faire
l’affaire, il suffira de choisir l’un d’eux.
80 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

lui estime que les propositions (les symboles) de Raponda-Walker s’appuient sur
l’alphabet des langues latines.
Le second système qui semble répondre aux critères recherchés, c’est le Nouvel
Alphabet des Langues gabonaises (ALG) proposé à Libreville en Avril 1999 au
cours d’une session de concertation d’experts initiée par l’éducation nationale. Le
choix des symboles de cet alphabet, qui comporte 9 voyelles et 26 consonnes, s’est
fondé, selon les experts, sur leur simplicité et leur fonctionnalité (le Nouvel
Alphabet des Langues du Gabon est disponible dans la première contribution de
Ndinga Koumba-Binza dans cet ouvrage).
Le nouvel alphabet des langues gabonaises (ALG) a l’avantage d’être né d’une
initiative du Ministère de l’Education Nationale et d’être issu d’une concertation
d’experts. Il est donc le résultat d’une réflexion d’ensemble et mérite, par
conséquent, une meilleure considération que celle qu’on lui a donnée jusque là.
L’un des reproches qui pourrait être fait à cette proposition concerne le symbole 
qui est identique à celui de l’alphabet phonétique. Il est important qu’une
distinction soit faite entre les symboles orthographiques des langues gabonaises et
leurs correspondants phonétiques pour que la prononciation soit à la portée de
ceux qui désirent apprendre ces langues par le truchement de la phonétique. Il est
reconnu que dans la plupart des langues gabonaises, le  est la réalisation de
surface du a qui en est la réalisation sous-jacente. Pour éviter une confusion entre
le  orthographique et celui phonétique dans l’écriture des langues gabonaises, le a
pourrait être utilisé à la place du  sans que cela change fondamentalement le sens
d’un terme13 à condition de présenter des règles de lecture pour les occurrences
faisant apparaître le  au niveau phonétique. Mais dans le cas où la notation du 
s’avèrerait indispensable, il pourrait par exemple être orthographiquement noté
par un a souligné (a) qui permettra de le distinguer non seulement du , mais aussi
du a habituel.
Le troisième et dernier système qui pourrait, a mon avis, remplir le rôle d’Alphabet
orthographique des langues gabonaises est celui utilisé par la Fondation Raponda-
Walker pour la transcription des langues gabonaises dans les ouvrages
Rapidolangue. Les symboles proposés dans cet alphabet sont d’après Idiata (2002:57)
une synthèse de la proposition de Raponda-Walker et celle du nouvel alphabet des
langues gabonaises (l’alphabet de la méthode Rapidolangue est disponible dans la
contribution de Jacques Hubert dans cet ouvrage).
Du fait qu’ils soient une synthèse des deux premières propositions, les symboles de
la méthode Rapidolangue ont l’avantage d’avoir tenu compte des insuffisances des
premiers systèmes. Il a aussi l’avantage de s’écarter assez distinctement des
symboles phonétiques.

13 Communication personnelle de Paul Achille Mavoungou.


Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 81

Des trois systèmes que je viens de présenter, seuls les deux derniers (à savoir le
nouvel alphabet des langues Gabonaises et les symboles de la méthode
Rapidolangue) ont vu leur mise en place certainement tenir compte des spécificités
des langues gabonaises. Une fois encore la question ici n’est pas de plaider pour ou
contre un système, mais de démontrer que le problème de l’écriture des langues
gabonaises ne réside plus au niveau de la création d’un alphabet, cette étape ayant
déjà été franchie grâce à la mise en place des systèmes (présentés en sus) aussi
proches que possible des réalités14 des langues gabonaises. Au lieu de chercher a
créer un nouveau système d’écriture, pourquoi ne pas s’appuyer sur ceux qui
existent déjà, et les améliorer, si nécessaire. La tendance, au Gabon, à toujours
vouloir remettre en cause les acquis du passé est un des freins au développement
des langues gabonaises. Cette tradition du recommencement perpétuel ne nous
mène à aucune avancée significative. L’idéal est de s’appuyer sur les propositions
du passé et de les adapter en tenant compte des réalités nouvelles.
Beaucoup estiment que la résolution du problème de l’écriture des langues
gabonaises se fera lorsque ces dernières auront été standardisées. Personnellement
je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce point de vue. A mon avis la
standardisation d’une langue ne précède pas toujours celle de son alphabet
orthographique, les deux peuvent (pour ne pas dire devrait) aller de paire.

4. ALPHABET ET STANDARDISATION

4.1. GENERALITES
La standardisation d’une langue se fonde sur deux étapes principales:
∙ La création d’un modèle d’imitation.
∙ La promotion de ce modèle au détriment des modèles rivaux (Ray cité par
James S. Mdee, 1999:120).

Le processus de standardisation d’une langue amène forcément à choisir une des


formes ou variantes de la langue comme forme standard. C’est cette forme qui va
donc servir de référence pour toute utilisation officielle et académique de celle-ci.
Pour que le modèle choisi soit promu, particulièrement dans les écoles et les
institutions académiques, il doit avoir une forme écrite. La forme standard d’une
langue se fixe non pas oralement, mais à l’écrit, d’où la nécessité d’avoir un
alphabet standard qui va permettre la vulgarisation du modèle de référence. En

14 Il n’y a pas de système orthographique parfait capable de rendre compte de toutes les spécificités
d’une langue. Même dans le cas des langues Indo-européennes, les systèmes qui sont utilisés
aujourd’hui pour leur écriture ont fait l’objet de nombreux débats et ne furent pas acceptés de prime
abord lorsqu’ils furent proposés.
82 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

faisant la promotion de la variante standard, on promeut aussi automatiquement la


forme écrite sous laquelle elle est présentée.
L’illustration la plus évidente à ce sujet nous est donnée par le dictionnaire. En
effet, à cause de l’autorité historique dont jouit cet ouvrage auprès des usagers
(Afane Otsaga, 2002), la forme ou l’orthographe d’un terme serait difficilement
remise en cause lorsqu’elle est présentée dans un dictionnaire. Car, pour la
majorité des locuteurs natifs d’une langue donnée tout élément présenté dans un
dictionnaire suffit à prouver sa véracité (Gouws, 2000a).
La standardisation des langues gabonaises va donc automatiquement entraîner
celle de l’alphabet et de l’orthographe. Pour que cette standardisation connaisse
une avancée significative et soit réussie, il est important que les chercheurs, les
décideurs et la population s’entendent le plus rapidement possible, non seulement
sur le choix des dialectes de référence, mais aussi sur la manière de les écrire.

4.2. LE ROLE DES DECIDEURS DANS LE CHOIX D’UN ALPHABET


Le fait que le Gabon, comparé aux autres pays africains, soit en retard par rapport
au processus de développement de ses langues, peut, d’une certaine manière, être
considéré comme un avantage. En effet, le Gabon pourrait (au mieux devrait)
s’inspirer des exemples des autres pays pour gagner en temps et en argent15. Dans
la plupart des pays (autant africains, européens qu’américains), le choix d’un
dialecte ou d’un alphabet standard a souvent été la conséquence d’une influence
intellectuelle ou politique.
En France par exemple une double évolution a caractérisé l’histoire du français au
moyen âge. La première évolution s’est faite avec l’influence active de l’élite sociale
et culturelle qui avait fait de leur usage du français la norme officielle au niveau
administratif, diplomatique et littéraire. La deuxième évolution, toujours sous
l’influence de cette même élite sociale et intellectuelle, s’est faite avec la
marginalisation des autres dialectes du français qui furent confinés à n’être utilisés
que dans les milieux populaires des provinces et dans les milieux strictement
ruraux16.
En Afrique, plusieurs pays tels que la Côté d’Ivoire (alphabet national de Côte
d’Ivoire), le Nigeria (pan-nigérian), la Guinée, etc. ont élaboré des alphabets
nationaux adaptés à la transcription de l’ensemble de leurs langues. L’adoption de
ces alphabets a souvent été faite par le truchement de décisions politiques comme
ce fut le cas en Guinée à travers l’ordonnance qui suit.

15 Les recherches linguistiques, pour des résultats efficients, nécessitent parfois des investissements
financiers énormes. Pour les enquêtes de terrain par exemple le chercheur a besoin non seulement
d’un matériel de pointe (enregistreurs, caméras, appareils photos, ordinateurs, logiciels, etc.) mais
aussi de moyens de déplacement fiables (voitures tous terrains).
16 Ces informations sont tirées du Dictionnaire Universel, 1995, 2ième édition.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 83

REPUBLIQUE DE GUINEE TRAVAIL-JUSTICE-SOLIDARITE


PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
SECRETARIAT GENERAL DU GOUVERNEMENT
Ordonnance N0 069 /PRG/SGG/89
Portant Réforme du Système de Transcription
Des Langues Guinéennes
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
Vu la déclaration de prise effective du pouvoir par l’Armée en date du 3 avril 1984 ;
Vu la proclamation de la 2ème République;
Vu l’ordonnace N 304/PRG/85 du 18 avril 1984, prorogeant la validité des lois et
règlements en vigueur au 3 avril 1984;
Vu l’ordonnance n 304/PRG/SGG/85 du 12 décembre 1985, portant création de l’Institut de
Recherche Linguistique Appliquée;
Le conseil des Ministres entendu;
Ordonne
Article 1er : Il est institué sur toute l’étendue du Territoire National un nouvel Alphabet des
Langues Guinéennes.
Article 2: Le nouvel Alphabet compte 8 voyelles et 47 consonnes classées dans l’ordre
suivant:
a b b c d d  e  f g gb g gw h hn hw I j j k kp kw l m n nb nc nd ng ngw nj nk nkw np nw    o p r sh
stuvvwxyyz
Article 3: les signes diacritiques retenus sont:
la barre oblique montante (  ) indique un ton haut;
la barre oblique descendante ( ` ) indique un ton bas.
Article 4: La valeur phonétique de chaque signe retenu, ainsi que toutes autres propositions de “nouvelle terre”
conformes à une transcription normalisée des langues guinéennes, feront l’objet d’arrêtés du Secrétariat d’Etat à
la Recherche Scientifique.
Article 5: La présente Ordonnance qui abroge toutes dispositions antérieures contraires prend effet pour compter
de sa date de signature et sera enregistrée, publié au Journal Officiel de la République

Conakry, le 10 Mars 1989


Signé: GENERAL LANSANA CONTE

Extrait de la Revue Gabonaise des Sciences de l’Homme N 2, 1990.

Au Gabon, si on peut comprendre les hésitations du gouvernement à se prononcer


sur le problème du choix des dialectes de référence17, il est par contre important,
voire urgent, que celui-ci intervienne dans le choix d’un alphabet unique pour la
transcription des langues gabonaises. Si l’alphabet choisi tient compte de
l’ensemble des langues gabonaises, ainsi que leurs variantes, il pourrait donc être
utilisé pour la transcription orthographique de n’importe quel dialecte de
référence. Le choix de l’alphabet orthographique peut être fait avant celui des
dialectes de référence.
La recherche d’un consensus entre experts est, bien sûr, importante pour le choix
d’un alphabet. Mais puisque les uns et les autres n’arrivent pas à s’accorder sur la
question, il revient donc au gouvernement de trancher au terme d’une concertation
élargie (experts, populations, politiques). C’est à mon avis ce qui aurait dû être le
cas au sortir de l’atelier d’Avril 1999 dont est issu le nouvel alphabet des langues
gabonaises (ALG). Pour éviter les atermoiements actuels, le gouvernement,
initiateur de cet atelier, aurait dû prendre un décret faisant de cet alphabet, le seul
et unique système à utiliser pour la transcription des langues gabonaises18. Il est
important de signaler que les cas où le gouvernement décide d’un l’alphabet, le
choix n’est pas toujours unanimement accepté au départ, mais tout le monde finit
par s’en accommoder. Il est également à indiquer que dans ce genre de cas, la

17 Ce choix implique beaucoup de facteurs sociaux, culturels et politiques dont il faut tenir compte.
18 Il n’est d’ailleurs pas trop tard pour que cela soit fait.
84 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

fixation de l’orthographe est allée plus vite en comparaison avec les pays où elle
s’est faite autrement.
Il est important de garder en esprit que le fait de choisir un alphabet ne résout pas
automatiquement tous les problèmes de transcription dans une langue. Il n’y a pas
de système parfait. Cela veut dire que celui qui est choisi doit être susceptible
d’amélioration pour qu’il s’adapte aux nouvelles donnes. Il est par exemple
possible qu’on se rende compte plus tard que l’alphabet choisi ne rend pas
convenablement compte de toutes les spécificités des langues gabonaises ou que
les sons de certaines langues ne sont pas transcriptibles avec ce système. Pour
résoudre ces difficultés, l’alphabet choisi peut faire l’objet d’amélioration et
d’adaptation19. Mais pour savoir si le système choisi fonctionne ou non, il doit être
expérimenté sur le terrain et seule cette expérience dictera la conduite à tenir pour
l’avenir.
A mon avis, il n’est donc pas nécessaire d’être certain de la fiabilité d’un alphabet
pour commencer à l’utiliser. C’est par son usage et son application qu’on
découvrira ses faiblesses, qui sont susceptibles d’être améliorées. Le plus important
étant de commencer. Il n’y a donc pas de raison d’hésiter de choisir et d’utiliser un
alphabet sous prétexte qu’il ne rend pas entièrement et convenablement compte
des spécificités de la langue. La recherche d’un alphabet idéal peut prendre des
années, voire des décennies sans pour autant atteindre l’objectif escompté, surtout
dans le cas du Gabon où l’inventaire, la classification et la description des langues
locales restent une œuvre de longue haleine.

5. UN MOT SUR L’ALPHABET ET LES TONS


Il est difficile d’aborder le débat relatif à l’écriture des langues gabonaises sans
aborder l’aspect lié à la notation des tons. En effet, le problème de l’écriture des
langues gabonaises n’est pas seulement lié au choix du système alphabétique, mais
aussi au dilemme de la notation ou non des suprasegments20.
Il faut noter que souvent deux points de vue au sujet de la notation s’opposent au
sein de la communauté scientifique travaillant sur les langues gabonaises:

∙ Le premier point de vue est celui de ceux qui estiment que noter les tons lors de
l’écriture des langues gabonaises est indispensable voire obligatoire puisque ces
derniers jouent un rôle pertinent pour ne pas dire déterminant dans le
fonctionnant de ces langues. Les partisans de ce point de vue argumentent

19 L’API n’est-il pas régulièrement actualisé pour faire face au caractère dynamique des langues du
monde? La version actuelle de l’API a été dernièrement révisée en 2005.
20 Cet aspect est abordé plus en détails dans ce volume par L.S. Soami dans cet ouvrage.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 85

souvent que puisque les accents sont bien notés en français, il n’y aucune raison
de ne pas noter les tons dans les langues gabonaises.
∙ Le deuxième point de vue est celui de ceux qui pensent que noter les tons est
répulsif pour les lecteurs. De plus la bonne lecture des tons (leur prononciation)
n’est accessible que pour les initiés de linguistique et pas au commun des
lecteurs.

Quelques remarques s’imposent par rapport à ces deux points de vue. Il est un peu
maladroit de comparer la notation des accents en français avec ceux des tons dans
les langues gabonaises. Les deux types de suprasegments (accents et tons) ne
fonctionnent pas de la même manière dans les langues en question. En français les
accents font parties intégrantes des symboles alphabétiques (par exemple é, è, ê).
Ces symboles sont donc toujours accompagnés de leurs éléments suprasegmentaux
quel que soit leur situation ou leur contexte. Quant aux tons dans les langues
gabonaises (comme dans toutes langues à tons), ils ne sont pas liés à un segment
particulier. Ils peuvent donc apparaître au-dessus de tout type de segment
syllabique en fonction de la hauteur mélodique du mot prononcé. Il est ainsi
difficile d’associer un segment particulier à un suprasegment fixe. J’en déduis donc
que la comparaison entre les accents en français et les tons dans les langues
gabonaises n’est pas pertinente.

6. VULGARISATION DE L’ALPHABET ORTHOGRAPHIQUE


Le choix d’un alphabet orthographique pour la transcription des langues
gabonaises ne suffira pas seul pour que le développement de ces langues devienne
effectif. Il y a un certain nombre de mesures d’accompagnement nécessaires pour
que le processus puisse véritablement aller à son terme et avoir les retombées
escomptées. L’un des préalables à la fixation d’un alphabet c’est sa vulgarisation.
La vulgarisation d’un système alphabétique n’est pas différente de ce qui se fait
dans une société qui s’investit dans l’éducation populaire en vue de faire habituer
aux populations une nouvelle initiative ayant la caution des plus hautes autorités
du pays. Il va donc sans dire que les médias et les institutions académiques et
politiques doivent être mis à contribution pour que l’objectif soit atteint. Ainsi des
programmes télévisés en rapport avec l’écriture des langues gabonaises en utilisant
l’alphabet choisi pourront régulièrement être diffusés21.

21 Pour un tel objectif la télévision est le support médiatique le mieux indiqué parce qu’il a l’avantage
d’être audiovisuel. En présentant l’alphabet ou en écrivant les langues gabonaises dans l’alphabet
choisi à la télévision, cela fera en sorte que les populations s’y accoutument et commencent à
l’intégrer dans leurs habitudes scripturelles. Il est plus facile de retenir ou de se rappeler quelque
chose lorsqu’on le voit.
86 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Des émissions telles que le Polyglotte (RTG1) ou l’Académie des langues 22 (Radio
Soleil) devraient être organisées à la télévision et non plus seulement à la radio.
D’autres types d’émissions à l’instar de Question Pour un Champion (TV5, France)
pourraient également être introduits dans les programmes de télévision. L’objectif
est que les langues gabonaises soient utilisées non seulement comme supports
discursifs, mais surtout que des ‘’gros plans’’ soient régulièrement faits au cour des
émissions pour montrer comment les termes utilisés doivent s’écrire. Lors d’une
émission telle que le Polyglotte par exemple, les termes équivalents proposés par
les participants devraient être présentés en gros plan sur l’écran pendant
l’émission.
Les lieux d’acquisition du savoir (de la maternelle à l’université, en passant par les
lycées, collèges et autres instituts d’alphabétisation), quant à eux, auront le rôle
d’enseigner l’alphabet choisi aux apprenants. L’enseignement de l’alphabet des
langues gabonaises devra donc être introduit dans les programmes scolaires. Pour
que cela soit effectif, une décision gouvernementale obligeant tous les
établissements scolaires (surtout maternels et primaires) à enseigner cet alphabet
sera d’une importance capitale.
En ce qui concerne les chercheurs et les hommes de sciences, ils devraient utiliser
l’alphabet choisi pour toute forme d’écriture et/ou de recherche impliquant les
langues gabonaises. Les lexicographes et les linguistes, par exemple, devraient
utiliser uniquement cet alphabet lors de la confection d’ouvrages en langues
gabonaises. Les spécialistes des questions linguistiques et sociales (linguistes,
lexicographes, pédagogues, sociologues, psychologues, etc.), auront aussi le rôle de
veiller à ce que l’alphabet soit régulièrement adapté en fonction des nouvelles
réalités (lorsque la description23 d’une langue, par exemple, permet de constater
que certains sons de ces langues n’ont pas de symboles représentatifs dans
l’alphabet), grâce l’organisation régulière de séminaires et conférences impliquant
toutes les parties concernées.
Les opérateurs économiques ne resteront pas en marge du processus de
vulgarisation de l’alphabet des langues gabonaises. En effet, ces derniers pourront,
à travers la publicité de leurs produits ou services, concevoir des spots publicitaires
en langues gabonaises. Ces spots, qu’ils s’agissent d’affiches à travers les rues des
villes du Gabon, ou de slogans à la télévision, devraient être faits avec pour

22 Le Polyglotte et l’Académie de Langues étaient deux émissions de radio très populaires au Gabon.
Dans celles-ci des termes étaient proposés en français par les présentateurs et les auditeurs-
participants (par téléphone) avaient pour rôle de trouver et proposer les équivalents de ces termes
français dans les langues gabonaises. Un même auditeur-participant a la possibilité de jouer dans
plusieurs langues.
23 A ce sujet, l’apport des enseignants et étudiants du Département des Sciences du Langage (UOB)
sera fort intéressant. Les descriptions linguistiques vont permettre la découverte des sons dont on
n’a pas tenu compte dans l’alphabet choisi.
Thierry Afane Otsaga: Alphabet et orthographe 87

support l’alphabet des langues gabonaises. La publicité se cristallise dans l’esprit


des gens, dans le subconscient des individus, elle va aider à fixer l’alphabet dans
les mémoires des populations.
Le Gabon n’étant pas en marge de la de communication moderne, l’alphabet des
langues gabonaises pourrait, pourquoi pas, être publié sur Internet de sorte qu’il
soit disponible pour un maximum d’usagers. De même les travaux réalisés dans les
langues gabonaises, et ayant utilisés l’alphabet choisi, pourraient faire l’objet de
publication sur le Web. Beaucoup d’internautes, qui sont aujourd’hui d’un nombre
non négligeable au Gabon, ne manqueront certainement pas de chercher des
informations sur les langues gabonaises. Ils vont ainsi s’habituer à lire ces travaux
et s’accommoder au mode d’écriture utilisé.

CONCLUSION
L’écriture de langues gabonaises demeure un problème sur lequel toute personne
soucieuse du développement de ces langues ne peut rester insensible. En effet, ce
problème tient une place importante dans le retard que connaissent les langues
gabonaises aujourd’hui.
A mon avis, les débats autour de ce problème ne sont pas inutiles tant que des
avancées significatives n’auront pas été observées sur la question. Pour ce faire, le
débat ne doit donc pas se résumer au constat du problème, mais il doit aboutir à
des propositions susceptibles d’aider à apporter des solutions pratiques. De même,
il est important de circonscrire aujourd’hui le niveau de la réflexion. Pour moi, il se
situe en termes de choix d’un des systèmes alphabétiques existants, et non pas en
termes de qualité du système à choisir.
Ma proposition se justifie par le fait que la plupart des systèmes alphabétiques
existants dans les langues gabonaises sont à même de transcrire la majorité de ces
langues, mais surtout à cause du fait qu’un système alphabétique, résultat de la
décision des hommes, est susceptible de correction et d’amélioration. L’expérience
des pays avancés dans ce domaine montre qu’un système alphabétique n’a jamais
été parfait dès le départ, mais celui-ci acquiert ses lettres de noblesse avec la
pratique (utilisation) et le temps. Le plus important est donc de commencer à
l’utiliser et de le vulgariser, c’est cette étape que doivent franchir les langues
gabonaises aujourd’hui. Si cet article (et les autres qui se trouvent dans cet
ouvrage) peut servir à proposer des voies qui permettront de faire franchir cette
nouvelle et importante étape aux langues gabonaises, alors il aura atteint son
objectif.
88 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

REFERENCE
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Lexikos 11. 139 -159. Stellenbosch. WAT.
ORTHOGRAPHE, STANDARDISATION ET
CONFECTION DES DICTIONNAIRES EN
YILUMBU, YIPUNU ET CIVILI

PAUL ACHILLE MAVOUNGOU


DEPARTMENT OF AFRIKAANS AND DUTCH, STELLENBOSCH UNIVERSITY
DEPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE, UNIVERSITE OMAR BONGO
(moudika2@[Link])

0. INTRODUCTION
Sur la base des travaux de Guthrie (1953), le yilumbu (B44) et le yipunu (B43),
langues bantu, sont classés en zone B40, plus précisément dans le groupe Sira-
Punu avec deux autres parlers: le ghisira (B41) et le yisangu (B42). Le civili, langue
bantu également, est pour sa part classé en zone H avec le sigle H12a.

1. DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE
Le yilumbu est parlé au Gabon, en République du Congo et en République
Démocratique du Congo. Au Gabon, le yilumbu est principalement parlé à
Mayumba, Gamba et Setté Cama. Cette distribution géographique a donné lieu à
l’existence de deux principaux dialectes: le yilŭmbu yi ghângu (la variante de la
province de la Nyanga, en abrégée Ghâng.) et le yilŭmbu yí menaáne (la variante de
la province de l’Ogooué-Maritime, en abrégée Men.). Bien que le niveau
d’intelligibilité entre ces dialectes soit élevé, il y a un certain nombre de différences
au niveau de la prononciation, de la grammaire et du vocabulaire.
Comme le yilumbu, le yipunu est également une langue dite transfrontalière en ce
sens qu’il est parlé au Gabon, en République du Congo et en République
Démocratique du Congo. Au Gabon, le yipunu est parlé principalement dans deux
des neuf provinces que compte ce pays : la Ngounié et la Nyanga. Plus
précisément à Mouila, Tchibanga, Ndéndé, Mabanda et Moabi (Kwenzi-Mikala,
1998a, 1998b et Nyangone Assam et Mavoungou, 2000). Il convient également de
signaler la présence des Bapunu à Port-Gentil et à Lambaréné (On dit souvent
qu’un tel est Mupunu de Lambaréné ou de Port-gentil, cf. Kwenzi-Mikala, 1980: 4).

97
98 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

L’aire géographique du civili pour sa part s’étend aussi sur plusieurs pays à cause
des frontières héritées de la colonisation.
Le civili est parlé au Gabon (particulièrement à Mayumba et Ndindi), en
République du Congo (à Pointe Noire en particulier) et en Angola (dans l’enclave
du Cabinda en particulier). Les lexicographes travaillant sur des langues ayant des
variantes régionales sont généralement confrontés aux problèmes orthographiques
et ils savent trop bien combien délicats sont ces problèmes.

2. INTERET DU SUJET
Comme mentionné ci-dessus, les problèmes liés à l’existence de variantes
dialectales sont très complexes et la situation est pire lorsqu’une langue n’a pas
encore été standardisée. Par rapport à ce point, le yilumbu, le yipunu et le civili
restent à standardiser. Jusqu’à ce jour, le yilumbu ne dispose d’aucun ouvrage de
référence ou dictionnaire. A l’opposé, le yipunu ne dispose à ce jour que de
lexiques présentant des lemmes et leurs équivalents ou traductions.
Ces travaux produits par les missionnaires catholiques et protestants ou par les
administrateurs coloniaux présentent difficilement des paraphrases du sens des
lemmes traités (Nyangone Assam et Mavoungou, 2000; Mavoungou, 2001a; 2001b;
2002a et Mavoungou, Afane Otsaga et Mihindou, 2002c).
L’ouvrage de référence majeur disponible en civili est le Dictionnaire français-vili
qui est une contribution du révérend-père Marichelle publié en 1902 sous les
auspices de la Mission Catholique de Loango. Dans la majorité des langues du
monde à grande distribution démographique, et disposant par conséquent de
plusieurs variantes régionales, les techniciens de la planification linguistique
sélectionnent généralement un dialecte susceptible de servir de variété standard.
Les critères traditionnellement proposés pour le choix dudit dialecte standard sont
les suivants: l’importance numérique des locuteurs du dialecte en question,
l’importance socio-économique dudit dialecte, la disponibilité de documents écrits
dans le dialecte en question, etc., cf. Sadembouo (1980, cité dans Emejulu et Nzang-
Bié, 1999:39. Voir également Ndinga-Koumba-Binza dans ce volume.). Il est attesté
que le choix du dialecte ou de la langue devant servir comme la norme ou forme
standard est un problème très sensible dans les sociétés africaines en particulier.
Par rapport au concept d’attitudes linguistiques, les gens tendent inévitablement à
comparer les variétés d’une même langue entre elles.
Les locuteurs natifs vont généralement aimer, et c’est de bonne guerre, leur propre
variété de la langue et rejeter ou critiquer les autres variétés. En ce qui concerne le
yilumbu, ces idées préconçues se rencontrent souvent parmi certains locuteurs
natifs du yilŭmbu yí menaáne qui considèrent souvent leur dialecte comme étant
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 99

"pure" comparé au yilŭmbu yi ghângu. La "pureté" linguistique est tellement forte


aux yeux desdits locuteurs natifs qu’ils se disent eux-mêmes Balumbu et parlent
des locuteurs du yilŭmbu yi ghângu en termes de Bavili. Cet argument sur la
"pureté" linguistique est relativement vrai si on garde à l’esprit les conclusions de
l’étude comparative conduite par Blanchon (1989) sur le yilumbu, le civili et le
yipunu. Blanchon (1984:33) écrit qu’approximativement 25% du vocabulaire du
yilumbu (la variante de la province de la Nyanga, spécialement celle parlée dans la
région de Mayumba) est d’origine civili. Blanchon (1989: 32) mentionne également
que le yilumbu, le yipunu et le civili ont environ 40% de vocabulaire commun.
Dans le même sens, il estime à 65% le vocabulaire commun entre le yilumbu et le
yipunu. Sur la base de données collectées jusqu’à ce jour, mon corpus montre que
le yilŭmbu yí menaáne a plus d’affinité avec le yipunu. Par contre, dans le yilŭmbu yi
ghângu les affinités linguistiques sont le plus élevées avec le civili. Il va sans dire
que les décideurs, les techniciens chargés des questions de planification
linguistique et les lexicographes devraient se départir de toutes ses affirmations
basées sur le critère controversé de "pureté". Blanchon lui-même met en garde les
chercheurs travaillant sur le yilumbu, le yipunu et le civili contre des conclusions
hâtives:
Mais ce serait une erreur d'en conclure que le yilumbu est équidistant des deux
autres parlers [yipunu et civili]. La phonologie et la tonologie du civili sont très
différentes de celles du yipunu/yilumbu, et d'autre part les trois parlers ont de
toute façon environ 40% de vocabulaire commun (si l'on tient compte des
correspondances phonologiques systématiques). Le yi-lumbu est donc en fait un
parler du même groupe que le yipunu, mais au contact du civili il semble avoir
emprunté à ce dernier environ 25% (65%-40%) de son vocabulaire. Ce chiffre est
une moyenne car, comme le montre le conte que nous venons de présenter, la
proportion d'emprunts présumés au civili peut s'élever, pour les verbes courants,
jusqu'à plus de 40% (Blanchon, 1984:32-33).
Par rapport au critère controversé de "pureté", le yipunu parlé à Moabi et à
Moukaba est souvent considéré comme la forme prestigieuse ou standard de la
langue1. Dans le même ordre d’idées, le civili de Pointe Noire (cívíli cí njinji) est
souvent présenté comme la forme standard de la langue.
D’un point de vue purement linguistique, il n’y a aucun doute que le yilumbu, le
yipunu et dans une certaine mesure le civili sont des variétés d’une même langue.
D’un point de vue sociolinguistique, les Balumbu, les Bapunu et les Bavili, entre
autres choses, partagent le même préréquis culturel. Par conséquent, certains

1 On dit souvent qu’un tel n’est pas un vrai Mupunu tant qu’il n’a pas encore fait apparaître dans son
discours des mots tels que "túmba" (mais), "bwéndíri" (que), etc.
100 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Balumbu parlent le yipunu et le civili et vice-versa, et ils se marient fréquemment


entre eux.
Par rapport au concept de changements linguistiques, j’ai implicitement montré
que dans une certaine mesure, d’autres langues bantu (en particulier le civili et le
yipunu), et les langues européennes (le portugais, le français et l’anglais en
particulier) ont influencé le yilŭmbu yi ghângu (Mavoungou 2002b). J’ai également
souligné le fait que les locuteurs du yilŭmbu yí menaáne ont emprunté un nombre
significatif de mots d’origine française et myene. Par rapport à ces faits, on peut
arguer que les locuteurs à la fois des deux principaux dialectes ont eu recours à
l’emprunt pour faire face à la demande croissante dans les domaines des sciences
et technologies, le gouvernement, l’éducation, et le commerce.
Quand un dialecte est sélectionné pour servir de forme standard, il devient la
forme pour l’écriture de cette langue ainsi que celle de l’administration et des
médias. Tandis que, les autres dialectes sont confinés au domaine de la
communication parlée ou informelle. Le choix du dialecte standard entre le
yilŭmbu yi ghângu et le yilŭmbu yí menaáne va de toute évidence favoriser
ceux/celles qui utilisent déjà la variante choisie et défavoriser ceux/celles qui ne
l’utilisent pas. Pour éviter tout antagonisme au niveau social, une solution de
compromis est à préférer au choix d’une seule et unique variante. Drame
(2000:235-236) a fait remarquer que le développement d’un système d’écriture pour
l’isiXhosa par John Bennie en 1824 était basé sur deux dialectes, notamment: le
ngqika et le gcaleka.
Le même principe est applicable au yilumbu si l’on tient compte du fait que ses
deux principaux dialectes sont largement inter-compréhensibles malgré quelques
variations susceptibles d’apparaître au niveau de leur lexique. Le même
raisonnement est valable pour le yipunu et le civili ainsi que pour d’autres langues
gabonaises ayant des variantes régionales ou dialectes. En outre, il est important de
mentionner que, la standardisation d’une langue ou d’un dialecte est très souvent
initiée au niveau gouvernemental (par les planificateurs ou techniciens chargés de
mener des programmes de planification linguistique) et non au niveau des
communautés linguistiques.
Emejulu 2 a fait remarqué qu’en éditant un manuel de lecture et un coffret de
cassettes audio sur la méthode et l’enseignement du mpongwe (l’un des six
dialectes de la langue omyene), AYILE (organisation non gouvernementale dont le
principal objectif est la promotion de la langue omyene et de la culture qu’elle
véhicule) a implicitement choisi le mpongwe comme la norme ou forme standard
pour l’omyene (voir aussi Nzang-Bie, 2001:21). Cette prise de position implicite
pourrait s’avérer problématique parce que ce sont en définitive les populations

2 Communication personnelle, juillet 2001.


Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 101

Ngwe-Myene (la mère-myene) qui devront décider si oui ou non elles veulent du
mpongwe comme forme standard.
Par rapport à ce qui précède, il est opportun de clarifier que ce n’est pas l’objectif
de cette contribution d’appliquer les critères mentionner plus haut afin de choisir
le dialecte standard pour le yilumbu, le yipunu ou encore le civili. Certains des
problèmes soulevés ici découlent de la reconnaissance du fait que les dictionnaires
jouent un rôle prépondérant dans la standardisation des langues. Cet aspect
important est mieux résumé dans les propos de Mini (1995):
L’idée qu’a le public en général du dictionnaire comme source "exacte" du langage
et par conséquent comme facteur significatif dans la standardisation du langage, le
fait que le dictionnaire ait une influence sur l’usage du langage par les
locuteurs…ainsi que le fait les lexicographes du isixhosa perçoivent leur travail
comme une préservation de la langue isixhosa, placent une responsabilité lourde
sur les lexicographes en ce sens qu’ils doivent s’assurer de maintenir un standard
très élevé en termes de précision dans tous les aspects de leur travail (Mini,
1995:52, traduit par l’auteur).
C’est là un point très important et les lexicographes gagneraient à prendre en
compte cette observation de Mini. Comme partie intégrante du processus
lexicographique secondaire et intégral (Wiegand, 1998), un lexicographe gagnerait
à s’assurer que son plan du dictionnaire n’est pas seulement une description
sémantique d’une langue donnée mais aussi un guide pour d’autres aspects de
l’étude du langage, les problèmes orthographiques en particulier. Après tout, le
dictionnaire n’est-il pas le livre le plus influent à propos du langage [Ilson (1985:2)
utilise le terme successful]?
Résumons-nous, la présente discussion se garde d’être la formulation d’un modèle
théorique pour un dictionnaire standard du yilumbu, du yipunu ou encore du
civili3. Il est largement attesté que la confection d’un dictionnaire standard peut
jouer un rôle important dans le processus de standardisation d’une langue
particulière. Selon Gouws (2001a), les dictionnaires standards doivent adhérer à un
certain nombre de critères:

∙ Les dictionnaires standards peuvent être considérés comme des produits


résultant d’un environnement lexicographique bien établi. Ces dictionnaires
sont les instruments lexicographiques monolingues les plus utilisés et ils
présentent un éventail large de lemmes et de catégories microstructurelles.
∙ Les dictionnaires standards sont généralement des produits à volume unique
dominés par une approche normative. Bien qu’incluant un certain nombre de
termes à fréquence d’usage élevée provenant des formes non standard, la

3 Afane Otsaga (2004) a formulé un modèle théorique pour la compilation d’un dictionnaire standard
du fang à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud.
102 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

macrostructure des dictionnaires standards représente la variété standard de la


langue traitée. Les items provenant des formes non standards seront marqués
comme tel à l’aide d’étiquettes lexicographiques indiquant leur statut
stylistique, chronolitique, régional ou encore au moyen d’autres déviations par
rapport à la variété standard.
∙ Les dictionnaires standards incluent une sélection représentative des items
macrostructuraux ainsi qu’un traitement extensif de ces items. Lesdits
dictionnaires ont donc une densité élevée de données (Gouws, 2001a:76, traduit
par l’auteur).

La présente contribution a uniquement pour but d’indiquer les différents moyens


par lesquels, les dictionnaires peuvent être utilisés comme instrument dans la
standardisation du yilumbu, yipunu et civili en particulier. Avant d’examiner les
problèmes orthographiques en yilumbu, yipunu et civili, il est important de
présenter des aspects essentiels liés aux efforts réalisés pour établir les conventions
orthographiques pour les langues africaines en générale et pour les langues
gabonaises en particulier (lire également Afane Otsaga et Ndinga-Koumba-Binza
dans ce volume).

3. EFFORTS PRODUITS POUR ETABLIR LES CONVENTIONS


ORTHOGRAPHIQUES POUR LES LANGUES AFRICAINES

C’est un fait bien attesté que comparé aux langues européennes par exemple, les
langues africaines n’ont pas une riche tradition écrite. Autrefois, les langues et les
cultures qu’elles véhiculent étaient exclusivement transmises oralement, excepté
pour quelques langues comme le bamum (au Cameroun). Pour la majorité des
langues africaines, la tradition écrite a débuté avec l’arrivée de l’évangélisation
chrétienne et la colonisation sur le continent. La nécessité de traduire la Bible dans
les langues à tradition orale ainsi que la production de matériaux didactiques dans
lesdites langues pour les administrations coloniales qui ne souhaitaient plus
dépendre des interprètes constituent les raisons souvent avancées pour transcrire
ces textes oraux en langues africaines, et en langues gabonaises en particulier
(Raponda-Walker, Busane, 1990 et Mavoungou, 2001a).
Même s’il faut accorder un crédit à ces travaux de la première heure, il n’en
demeure pas moins qu’ils présentent quelques lacunes dans le domaine de la
phonologie suprasegmentale (indications tonales) et de l’orthographe. En
concevant des systèmes orthographiques pour les langues africaines, les
chercheurs, les missionnaires et les administrateurs coloniaux ont généralement
proposé un alphabet reflétant les réalités de leur langue maternelle. Les Anglais et
les Américains  influencés par leur langue maternelle ont produit des textes dans
les langues africaines en fonction des conventions orthographiques de l’anglais et
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 103

de l’américain respectivement, tandis que, les Français restaient "collés" aux


traditions orthographiques du français.
Ce qui a abouti à des transcriptions approximatives à cause de la distance entre les
systèmes phonétiques des langues africaines et ceux des langues européennes
(Raponda-Walker, 1932:139-146; Kwenzi-Mikala, 1988:207 et Bendor-Samuel,
1996:689). Toutefois, il faut noter que ces travaux pionniers auraient gagné à être
améliorés et par conséquent à servir de base aux travaux actuels. Dans la zone
francophone, et au Gabon en particulier, la langue la plus connue pour ses
problèmes orthographiques est le fang dont Alexandre (1961, cité par Kidda Awak
1990) dit qu’il a acquis:
...trois transcriptions [catholiques] et deux [protestants] pour environ
un million de locuteurs, sans parler des différences morphologiques
dues à des calques catholiques sur l’allemand, le français et
l’espagnol, et protestants, sur l’américain (Kidda Awak 1990:11).

La citation ci-dessus montre clairement combien complexes sont les problèmes


orthographiques. En effet, le fang souffre de la co-existence de deux principales
formes standard (l’une dans la tradition établie par les missionnaires catholiques
Français et une autre dans la tradition des missionnaires protestants Américains en
particulier) ainsi que quelques variétés sous standard en provenance de l’espagnol
et de l’allemand.
En jetant les bases de la standardisation des orthographes des langues gabonaises,
en 1932, Raponda-Walker publie dans le Journal de la société des Africanistes l’article
“Alphabet des idiomes gabonais” dans lequel il propose un ensemble de symboles
susceptibles d’être utilisés pour la transcription des langues gabonaises. Par
rapport à cet alphabet, il convient de noter qu’il repose sur le principe de bi-
univocité: un symbole pour un son. Cet alphabet est inspiré de l’ouvrage Essai de
phonétique rédigé par Sacleux (1905). Il rejoint également dans ses grandes lignes
The Practical Orthography of African Languages publié en 1928 par l’International
African Institute [voir également, Ahmadou Touré (1990:55-63) et Kwenzi-Mikala
(1998:219-220) pour des informations détaillées sur cet aspect].
Cinquante huit ans plus tard, l’Alphabet Scientifique des langues du Gabon (ASG, voir
Carpentier de Changy et Voltz, 1990.) sera créé lors du Séminaire des Experts sur
l’établissement d’un Alphabet Scientifique des langues du Gabon organisé par le
LUTO (Laboratoire Universitaire de la tradition Orale, aujourd’hui Laboratoire
Universitaire de la Tradition Orale et des Dynamiques Contemporaines, LUTO-
DC) à Libreville. Ce séminaire s’est déroulé du 20 au 24 février 1989, et a vu la
participation des délégations en provenance de trois pays: le Gabon, la Belgique
(représentée par l’Université Libre de Bruxelles ainsi que par le Musée Royal de
Tervuren), la France (représentée par l’Université Lumière Lyon 2) ainsi que par
104 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

quelques experts en provenance de deux institutions internationales, le CICIBA


(Centre International des Civilisations Bantu) et l’ACCT (aujourd’hui Agence
Internationale de la Francophonie). Le séminaire avait pour objectif de concevoir
un alphabet scientifique susceptible d’être utilisé pour la transcription des langues
gabonaises.
La conception dudit alphabet a été suivie par une phase de mise en application au
cours de laquelle, les différentes délégations travaillèrent en commissions afin
d’évaluer l’utilisation pratique de l’alphabet proposé. L’Alphabet Scientifique des
langues du Gabon (ASG) actualise également l’ensemble des symboles proposés par
Raponda-Walker (1932). Il est basé à la fois sur les symboles de l’Alphabet
International de Phonétique (API, révisé en 1993 et actualisé en 1996), et l’"Alphabet
Africa" publié par l’International African Institute (IAI) très tôt après sa création en
1926. En sus, il met en application les conclusions de quelques conférences sur la
standardisation des systèmes d’écriture pour les langues africaines organisées par
l’UNESCO, à savoir: les conférences de Bamako (1966), Yaoundé (1970) et Niamey
(1978). Enfin, les actes du colloque sont publiés dans la Revue Gabonaise des Sciences
de l’Homme 2 (1990).

4. LES SYSTEMES D’ECRITURE DU YILUMBU, YIPUNU ET CIVILI &


QUELQUES TENTATIVES VERS LEUR STANDARDISATION

Cette section a pour objectif de rendre compte des systèmes d’écriture ainsi que
des aspects liés à la standardisation. L’idée ici est de mettre en relief les variantes
orthographiques répertoriées par un certain nombre d’auteurs, d’en faire un
commentaire, et proposer de possibles améliorations.

4.1. EFFORTS ENTREPRIS POUR ETABLIR LES CONVENTIONS D’ECRITURE


POUR LE YILUMBU, YIPUNU ET CIVILI AINSI QUE LEUR EVALUATION
CRITIQUE
Comme cela apparaît clairement dans la section précédente, à l’exception du
Bamum, très peu de langues africaines ont développé de systèmes d’écriture. Les
explorateurs, les missionnaires et les administrateurs coloniaux ont développé des
systèmes d’écriture en suivant les conventions des langues coloniales ou de
colonisation.
S’agissant du yilumbu, des travaux précurseurs comme ceux de Garnier (1897,
1900, & 1904) et Murard (1903) ont établi le système d’écriture de cette langue à
partir des conventions orthographiques du français. Plus tard, Blanchon (1984) a
rédigé un conte traditionnel en yilumbu en utilisant l’"Alphabet Africa". Emejulu et
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 105

Pambo-Loueya (1990) ont proposé les symboles suivants pour le yilumbu: a, b, d, e,


, , f, , w, l, k, kw, l, m, mb, n, nd, ndz, ng, , o, , p, r, s, t, ts, u, , w, y.

Comparé au yilumbu et au civili, le yipunu offre une littérature non négligeable.


Mis à part de nombreuses productions religieuses, le premier travail qu’il convient
de mentionner pour cette langue est la Grammaire pounoue et lexique pounoue-français
par le révérend-père Bonneau (1956). Cet ouvrage pionnier est basé sur une série
d’articles rédigés par l’auteur de 1940 à 1952 dans le Journal de la Société des
Africanistes (JSA). La prochaine contribution qui mérite une mention spéciale est
intitulée Éléments de description du Punu et a été éditée par Nsuka- Nkutsi (1980).
L’ouvrage en question est intéressant à plus d’un titre parce qu’il est à la fois un
traité de grammaire et examine aussi le lexique du yipunu. En ce qui concerne le
yipunu, les contributions de Kwenzi-Mikala (1980, 1989, 1990, 1998a, et 1998b, pour
ne citer que celles-là) constituent un travail qui reste de premier plan. Tout
chercheur intéressé par les langues africaines en générale et par le yipunu en
particulier pourra consulter ces travaux avec profit (lire Nyangone Assam et
Mavoungou pour des informations plus détaillées sur lesdites contributions). Il
n’est pas sans intérêt de signaler que le yipunu est également l’une des neuf
langues gabonaises enseignées, à titre expérimental, dans les lycées et collèges4 de
Libreville grâce à la Méthode Rapidolangues initiée par la Fondation Raponda-
Walker (voir Jacques Hubert dans ce volume).
Comparé au yilumbu, le civili a une littérature non négligeable. Il s’agit surtout de
textes religieux, tant bibliques que liturgiques. Sur un plan ethno-historique, de
nombreux travaux existent. Citons par exemple, Le Testu (1918) et Meyer (1960).
Cependant, l’ouvrage qui fait autorité depuis sa parution en 1991 est Autour du
Loango par Merlet. Sur un plan purement linguistique, il convient de mentionner
les contributions de Ndamba (1977), Blanchon (1984), Blanchon et Nsuka-Nkutsi
(1984), Mabika Mbokou (1999) et Ndinga-Koumba-Binza (2000). Blanchon (1990) a
proposé les symboles suivants pour le civili: a, b, c, d, e, f, j, k, l, m, mp, mb, n, nd,
nt, nc, nj, nz, o, p, s, t, v, u, w, y, z. Enfin, le civili est l’une des neuf langues
gabonaises enseignées, à titre expérimental, dans les lycées et collèges de Libreville
avec comme support didactique les manuels d’apprentissage Rapidolangue de la
Fondation Raponda-Walker.
Par rapport aux systèmes d’écriture, l’ouvrage de Le Testu (1918) contient une
mine d’informations en ce sens qu’il répertorie les mots et expressions se
rapportant à divers aspects culturels, les noms de lieux et des personnes. Un fait
intéressant à mentionner concerne le titre de l’ouvrage en question. Bien que cette
publication s’intitule Notes sur les Coutumes Bapounou dans la Circonscription de la

4 Institut Immaculée Conception, Collège Notre Dame de Quaben, Collège Bessieux, Collège Sainte
Marie, Lycée d’Application Nelson Mandela.
106 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Nyanga, il s’agit en réalité d’un traité minutieux sur un certain nombre d’aspects
culturels de la vie des Bapunu, Balumbu et Bavili vivant dans la province de la
Nyanga. Le tableau suivant donne une illustration d’une variété d’items lexicaux
représentant différents phénomènes culturels en yilumbu (abrégé Yil.), yipunu
(abrégé Yip.) et civili (abrégé Civ.):

Le Testu (1914) Graphie actuelle Langues sources Transcriptions Significations


des mêmes mots phonétiques
bifoula bifula Civ. et Yil. [bìfúl]5 esclave

mwana mwana Yil., Yip. & Civ. [mwân] enfant

tchifoumba cifuumba Civ. [cífùmb] famille

ibadou yibandu Yil., Yip. & Civ. [yìbândù] clan

boukali bukali Yil., Yip. & Civ. [bùkălì] amende


mwa foumou mwa fumu Yil., Yip. & Civ. [mwáfùmù] personne noble

ntekolo n’tekula6 Civ. [ńtékùl] petit-fils/petite-fille

foumou fumu Yil., Yip. & Civ. [fùmù] chef; roi

cama na combo kama na kômbu Yil., Yip. & Civ. [kámnàkómbù] amende

mboundou mbundu Yil., Yip. & Civ. [mbûndù] ordalie ou épreuve


du poison

nganga kossi nganga kosi Yil., Yip. & Civ. [gâg] devin-guérisseur

Table 1: Liste des termes culturels tirés de Le Testu (1918)

Les items lexicaux dans le Tableau 1 ci-dessus présentent des lacunes à la fois sur le
plan segmental et suprasegmental. Pour tous les travaux précurseurs, j’ai déjà émis
une réserve par rapport à l’absence des tons dans la graphie des mots7. Un autre
problème lié à celui qui vient juste d’être souligné est que la longueur vocalique
n’est pas reconnue (par rapport à ce point, la convention la plus utilisée consiste au
redoublement de la voyelle concernée).

5 Les symboles phonétiques utilisés dans cet article proviennent de l’Alphabet Scientifique des
Langues du Gabon (ASG).
6 J’ai choisi de représenter orthographiquement la nasale syllabique [ń] par le symbole "n’" pour les
raisons suivantes:(i) c’est une syllabe à part entière et (ii) elle se distingue de la nasale qui fait partie
d’une consonne prénasale, cf. Ndinga-Koumba-Binza (communication personnelle).
7 D’un point de vue purement linguistique, il est important de donner des indications tonales aux
lecteurs. Sans celles-ci, il est difficile de demander à ce dernier de reproduire correctement les sons
du yilumbu, yipunu ou civili.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 107

Par rapport à ce qui précède, il est important de souligner que dans le Tableau 1 ci-
dessus l’orthographe de la plupart des mots tirés de Le Testu (1918) diffère de la
graphie actuelle des mêmes mots parce que l’auteur a utilisé les conventions
orthographiques du français. D’un point de vue phonologique, le français ou qui
est prononcé [u] est utilisé pour représenter la voyelle yilumbu u comme cela
apparaît dans la liste de Le Testu, par exemple foumou, boukali, bifoula, etc.
Un autre fait à mentionner est que la consonne du français c est utilisée pour
représenter la consonne yilumbu k, par exemple cama et combo. Le système
orthographique du français a des signes pour la gémination ou redoublement
consonantique, cependant ce n’est pas le cas des langues gabonaises en particulier.
Sous l’influence de sa langue maternelle, Le Testu a écrit le s du yilumbu, yipunu
ou civili comme le français ss qui est prononcé [s], par exemple kossi (au lieu de
kosi).
Des informations supplémentaires sur les conventions orthographiques
apparaissent également dans les Tableaux 2, 3 et 4 ci-dessous. L’espace blanc
signifie que la forme n’existe pas ou n’est pas connue de l’auteur. Le trait d’union
() signifie que Le Testu n’a pas répertorié la forme en question:

Noms des clans Noms des clans Bapunu Noms des clans Balumbu (formes du singulier
dans la liste de Le (Kwenzi-Mikala 1998: 3) tirées du corpus du yilumbu)
Testu (1918)
Transcription Transcription Transcription Transcription phonétique
orthographiq phonétique orthographique
ue

Badoumbi Badoumbi [bàdûmbì] Mudumbi [mùdûmbì]

Bassoumba Musuumba [músùmb]

 Muyema [mùym]

Bayengé Badjengui [bàjêgì] Muyengi [mùyĕgì]


N’yenji [ńyĕndì]

 Dikanda [dìkând] Mwisi Dikanda [mwísìdìkând]


Mwisi Likanda [mwísìlìkând]

 Boumouéli [búmwèlì] Mwisi Imondu [mwísìímndù]


Mwisi Imondu [mwísìímndù]

Coucongo Minzoumba [mínzûmb] Mwisi Kongu [mwísìkgù]


Mwisi uKongu [mwísìùkgù]

Boudjiala [bùjyăl]

Dibamba- [dìbâmb-
Kadi kádì]
108 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Didjiaba [dìjyăb] Mwisi Diyaba [mwísìdìyăb]


Mwisa Liyaba [mwísìlìyăb]

Ndingui [ndîgì] Ndingi [ndîgì]

Mughambu [mùâmbù]

Civacilwangu [cívácìlwâgù]

Noms des clans Balumbu/Bavili Variantes des clans Noms des sous-clans des
(formes du pluriel, tirées du corpus Balumbu/Bavili, (tirés du Balumbu8et leurs sobriquets (tirés
du yilumbu) corpus du yilumbu Corpus) du corpus du yilumbu)

Trans. ortho. Trans. Phon. Trans. Trans. phon. Trans. Trans. phon.
ortho. Ortho.

Badumbi bàdûmbì

Basuumba bàsùmb Ibebi [ìbébì,


(Fumu), mùntsì, kărì,
Mughontsi, nzútsì]
Kaari et
Nzutsi

Bayema bàym

Bayengi bàyĕgì Kusu [kúsù, pílì]


Bayenji bàyĕndì (Fumu), Pili

Bisi Dikanda bísìdìkând Musi [músìdìkând


Basi Likanda básìlìkând Dikanda ]

Bisi Imondu bísìímndù Musi [músiímnd Ibaasa [ìbás]


Basi Imondu básìímndù Imondu ù] (sobriquet)

Bisi Kongu bísìkgù Musi [músìkgù]


Basi uKongu básìùkgù Kongu

Bisi Diyaba bísìdìyăb Musi [músìdìyăb]


Basi Liyaba básìlìyăb Diyaba

Ndingi ndîgì

Baghambu bàâmbù

8 Selon Kwenzi-Mikala (1998:3) Les noms des sous-tribus Bapunu sont: Djoundou ou Bagodjou
[bàoj ù], Simbou [sĭmbù], Polou [pôlù], Ibassa [ìbâs ] et [tăb].
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 109

Bivabilwangu bívábìlwâgù

Tableaux 2 et 3: Noms des clans Balumbu, Bapunu et Bavili

Dans la liste ci-dessus comme dans le tableau précédant, la consonne du français c


est utilisée pour représenter la consonne yilumbu k, par exemple Coucongo (au lieu
de Kukongu ou Mwisi uKongu) est la forme civili du yilumbu Mwisi Kongu. Le
tableau suivant est une liste des noms de lieux dans Le Testu (1918) et Kwenzi-
Mikala (1980). Le trait d’union () signifie que la forme n’a pas été répertoriée:

Noms de lieux Noms de lieux Graphies actuelles des Transcriptions phonétiques


dans dans mêmes mots dans le
Le Testu (1918) Kwenzi-Mikala corpus du yilumbu
(1980)

Loango9 Lwango Lwangu [lwâgù]

Loubinda Doubinda Dubiinda ou Lubiinda [dùbĭnd/ lùbĭnd]

Tchibanga Tchibanga Tshibanga [cíbàg]

Dicoundou  Dikundu [dìkúndù]

Penignioudou  Peninyundu [pènìûndù]

 Massanga Masaanga [másàg]

Penibatu  Penibatu [pènìbátù]

 Moabi Mwabi [mwâbì]

Moussitou  Musiitu [mùsĭtù]

 Mouila Mwila [mwíl]

Tableau 4: Noms des lieux dans Le Testu (1918) et Kwenzi-Mikala (1980)

Comparé au tableau précédant, la donnée qu’il convient de mentionner dans le


Tableau 3 est l’usage des digraphes gn et ch. Avec le système orthographique du
français comme point de référence, Le Testu a utilisé gn pour [], par exemple
Penignioudou (au lieu de Peninyundu) et ch pour [], par exemple Tchibanga (au lieu
de Tshibanga). Par rapport à ce qui précède, Il faut noter que dans le Rapport Final
de la Session de Concertation sur l’Orthographe des Langues Gabonaises (1999), gh a été
retenu pour [], par exemple le mot signifiant "femme" est orthographiquement
représenté comme mughetu en yilumbu et yipunu.

9 Loango, Loubinda, Doubinda, Tchibanga, Moussitou sont jusqu’à ce jour les dénominations
officielles au niveau administratif.
110 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Loubinda et Doubinda sont tous les deux les représentations orthographiques d’un
même toponyme en civili et yilumbu respectivement. Tous deux apparaissent en
classe 14 avec le préfixe lu- en civili et du- en yilumbu et yipunu. Par conséquent,
ce ne sont pas des variantes morphologiques.
Avec le système orthographique du français comme point de référence, les travaux
des précurseurs distinguent difficilement certaines voyelles entre elles-mêmes si
ces dernières sont phonologiquement distinctives, par exemple [e] et [] sont toutes
les deux représentées par e, et [o] et [] sont toutes les deux représentées par o. Le
Rapport Final de la Session de Concertation sur l’Orthographe des Langues Gabonaises
(1999) s’est éloigné de cette approche en proposant l’usage de signes diacritiques.
Dans ledit rapport, le e souligné et le o souligné sont utilisés pour transcrire [] et
[] respectivement.

Comme partie intégrante de la planification de la macro- et microstructure d’un


dictionnaire, un lexicographe devrait non seulement rendre compte des critères de
sélection pour les nombreuses variantes de mots à travers les différents dialectes
d’une langue particulière, mais également les nouvelles formes qui ont été
incorporées au fonds lexical d’une langue comme résultat du contact de langues,
principalement par le truchement de l’emprunt. Watch (1993) et Raponda-Walker
(1933) contiennent des informations pertinentes dans ce sens comme cela apparaît
dans les tableaux suivants. L’espace blanc signifie que la forme en question n’existe
pas dans mon corpus:

Liste deWatch Graphies actuelles dans le Transcriptions phonétiques


(1993) corpus du yilumbu

Santu santu [sântù]

Krusu krúúsu [krúsù]

Ekaristi

Kommunion kominyi [kómìì]

Santa Kommunion

Paradi

Kretien kréti [krétì]

Jezu Yeesu, Fumu [yésù, fùmù]

Batema bateema [bátm]

Lekaristi

Penitansi

Noela Noweela [nówlà]

Egliza Inganga, nzubu Nzâmbi [ìgág, ntsùbùnzâmbì]


Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 111

Tableau 5: Termes religieux empruntés dans Watch (1993)

Liste de Raponda-Walker (1933) Graphies actuelles des mêmes mots Prononciation


dans le corpus du yilumbu

kabala kuvhaalu, kavhaala [káàlù], [káàl]

salu saalu [sálù]

mensa meetsa [mts]

cadella

karesa kárasa [kárs]

saku saaku [sákù]

nsabaku nzabaaku [nzábàkù/ ntsábàkù]

sabela Sabala [sábl]

lumingu Dumiingu [dùmĭgù]

Tableau 6: Termes divers empruntés dans Raponda-Walker (1933)

Le fait à souligner dans les tableaux ci-dessus est que les conventions
orthographiques des langues d’origine (le français pour la liste de Watch et le
portugais pour la liste de Raponda-Walker) ont été retenues lors du processus de
l’emprunt, par exemple la gémination (redoublement consonantique) apparaît, la
quantité vocalique n’est pas reconnue et la notation du schwa est omise. La prise
en compte des particularités phonétiques des langues gabonaises se serait traduite
par la suppression des lettres en trop dans des termes empruntés comme
Kommunion et Santa Kommunion. À cause de tout cela, des exemples tels que Jezu
(au lieu de Yeesu) et Egliza (au lieu de inganga)  dans la liste de Watch 
semblent être plus des cas d’emprunts forcés que de termes résultant d’un
véritable processus d’emprunt.
Par contre, dans la liste de Raponda-Walker un son distinctif correspond plus au
moins à un seul symbole et réciproquement (principe de bi-univocité). Ceci est
important parce qu’un alphabet est sensé refléter la prononciation des mots d’une
langue. En dépit de l’absence de tons dans la graphie des mots, presque tous les
termes empruntés apparaissant dans la liste de Raponda-Walker sont connus des
Balumbu. Mis à part ces problèmes liés à la graphie des emprunts linguistiques, le
choix entre une écriture conjonctive par opposition à une écriture disjonctive est
également fondamental. Raponda-Walker a opté pour une écriture conjonctive,
tandis que Watch a fait le choix d’une écriture disjonctive. Les données de la liste
suivante sont extraites de Watch (1993):
112 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Mots Significations

ma ngolo La force

ma sumu Les péchés

ba kallanga Ils habitaient

bi lumbu Les jours

Lu Mingu dimanche

Tchi lunzi L’esprit

Tableau 7: Exemples d’écriture disjonctive dans Watch (1993)

Une question importante se pose ici: Où mettre les lettres majuscules? De manière
générale pour honorer Dieu, tous les termes se rapportant à lui ou à quelque chose
ayant un lien avec lui devraient être orthographiés avec l’initiale en majuscule et ce
même dans le discours ordinaire. Par rapport à ce point, dans la liste de Watch Jezu
(Jésus- Christ) est écrit avec un "J" majuscule.
Toutefois, l’entrée Lu Mingu (dimanche) est un exemple intéressant parce que
commençant avec un "L" majuscule et ayant également la première lettre du thème
écrite avec une lettre majuscule.
Le fait que Lu Mingu s’écrive avec un "L" n’est pas surprenant lorsqu’on sait qu’en
anglais par exemple, les jours de la semaine commencent avec une lettre majuscule.
Par contre, le fait que la première lettre du thème commence également avec une
lettre majuscule peut soulever des interrogations. Un certain nombre d’exemples
peuvent être cités par rapport au problème. Ceci peut être acceptable si l’auteur
utilise cette notation à des fins stylistiques. Toutefois si cette notation doit être
utilisée dans un dictionnaire par exemple, à coût sûr cela ne simplifiera pas la tâche
aux usagers de ce système.

POUR CONCLURE
Les faiblesses observées au niveau orthographique sont problématiques pour
l’usager. Comme cela apparaît plus haut, dans la littérature écrite sur le yipunu, le
yilumbu et le civili il y a nombre de problèmes orthographiques qui doivent être
résolus en prenant en compte les besoins et les aptitudes des usagers. C’est ce à
quoi s’atèle la section suivante.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 113

4.2. CONTRIBUTION DU PRESENT ARTICLE VERS UNE STANDARDISATION DE


L’ORTHOGRAPHE DU YILUMBU, YIPUNU ET CIVILI

4.2.1. INTRODUCTION
Les problèmes d’ordre orthographique sont nombreux, mais ceux liés à la division
des mots, tradition du thème versus tradition du mot, mots composés avec trait
d’union versus mots composés sans trait d’union, ainsi que l’écriture des variantes
sont fondamentaux et par conséquent mérite un traitement spécial. Il convient
également de mentionner que les propositions qui seront faites ici sont en accord
avec les décisions du Rapport Final de la Session de Concertation sur l’Orthographe des
Langues Gabonaises (1999).

4.2.2. LE PROBLEME DES TONS


Faut-il transcrire les tons? À cette question, Kwenzi-Mikala (1988) écrit ce qui suit:
C’est un peu comme si l’on se demandait s’il faut écrire les voyelles,
ou les consonnes! Si l’on veut doter les langues gabonaises d’une
graphie déchiffrable par tout un chacun, il est essentiel de noter les
tons (Kwenzi-Mikala, 1988:209).

Cette citation de Kwenzi-Mikala confirme si besoin était l’importance de la


transcription des tons dans les langues africaines et gabonaises en particulier. En
outre, il existe une littérature abondante et variée sur l’importance capitale des faits
suprasegmentaux 10 (l’accent, l’intonation, les tons, etc.) dans la plupart des
recherches linguistiques et lexicographiques.
Pour ma part, je dirai que d’un point de vue purement linguistique la prise en
compte des phénomènes suprasegmentaux pour le yilumbu, le yipunu et le civili
s’avère plus que nécessaire compte tenu du fait que ces parlers sont des langues à
types tonales. En d’autres termes, le schème tonal d’un terme donné en isolation
est susceptible de varier en fonction de sa position à l’intérieur d’une phrase.
Concrètement sept classes tonales étiquetées A, B, B’, C, C’, D, et D’ ont été
identifiées par Puech (1980) pour le yipunu. À partir d’items lexicaux en isolation,
Blanchon et Nsuka Nkutsi (1984) ont identifié deux types tonals [H – H (B) et H – B
(B)] pour le civili. Pour sa part, Mavoungou (2002c) a identifié deux catégories de
substantifs en yilumbu, à savoir:
∙ Les substantifs qui subissent des perturbations tonales (Groupe 1).
∙ Les substantifs pour qui le schème tonal ne change pas quelque soit le contexte
(Groupe 2).

10 Afane Otsaga (2002) propose quelques remarques sur la transcription suprasegmentale des textes
oraux en langues africaines et gabonaises en particulier. Pour des informations plus
complémentaires sur cet aspect, voir également Soami dans ce volume.
114 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Dans le Groupe 1, il convient également de faire la distinction entre les substantifs


ayant un ton haut sur la première voyelle du thème en isolation et qui font surface
avec un préfixe à ton haut dans d’autres contextes (Groupe 1a) et les substantifs
ayant un ton bas sur la première voyelle du thème en isolation et qui font surface
avec un préfixe à ton haut dans d’autres contextes (Groupe 1b). Les groupes 1 et 2
permettent donc d’identifier trois classes tonales pour le yilumbu:
Type 1: H – H
Type 2: H – B
Type 3: B – B

Pour ce qui est de l’écriture orthographique des langues gabonaises, il est


préférable de ne point noter les tons parce que le grand public n’est pas familier
avec ces phénomènes suprasegmentaux. Pour ce qui est de la confection de
dictionnaires en langues gabonaises, il est nécessaire que le traitement
lexicographique de chaque article fasse ressortir la transcription phonétique des
lemmes. Les différentes notations suivantes pourraient être utilisées:
Un ton très haut (TH) est noté par deux accents aigus: [v]
Un ton haut (H) est noté par un accent aigu: [v]
Un ton bas (B) est noté par un accent grave: [v]
Un ton descendant (HB) est noté par un accent circonflexe: [v]
Un ton montant (BH) est noté par l’inflexe: [v]

4.2.3 LE PROBLEME DE LA DIVISION DES MOTS


Pour ce qui est de la division des mots, les langues africaines ont deux traditions
d’écriture distincte, à savoir: une écriture conjonctive et une écriture disjonctive.
Dans une écriture conjonctive, les mots présentent une structure interne complexe
(par exemple les préfixes verbaux, les formatifs, les radicaux et leurs extensions
forment un tout). Par contre, une écriture disjonctive présente une structure interne
plus simple: les affixes (préfixes, infixes et suffixes) des items lexicaux apparaissent
séparément (pour des informations plus détaillées lire Kwenzi-Mikala, 1988). Par
rapport à ce point, Van Wyk (1995) a souligné que:
L’écriture conjonctive a eu l’avantage d’être vulgarisée par C.M. Doke
qui a tenté de la justifier sur un plan phonologique. Par contre, aucun
auteur n’a essayé de donner une assise théorique au disjonctivisme.
Par conséquent, le conjonctivisme a été accepté de manière non
critique par nombre de linguistes africains comme la seule méthode
correcte sur le postulat non justifiée de l’existence d’une
correspondance univoque entre l’écriture conjonctive et le "mot"
défini de façon phonologique d’une part et les mots grammaticaux
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 115

d’autre part. Il a été prouvé de façon conclusive que qu’il s’agisse du


conjonctivisme ou du disjonctivisme, on a affaire à des conventions
orthographiques …L’écriture conjonctive a donnée naissance à la
tradition du thème dans les langues du groupe Nguni et la tradition
du mot dans les autres langues sud-africaines (Van Wyk, 1995:84,
traduit par l’auteur).

L’analyse critique des dictionnaires disponibles dans les langues gabonaises révèle
que les premiers travaux à caractère lexicographique ont adopté dans leur
ensemble une écriture disjonctive. Les lexicographes travaillant à la confection de
futurs dictionnaires dans les langues gabonaises gagneraient à perpétrer cette
tradition. Pour le sujet qui m’occupe en particulier, je propose comme règle
générale l’utilisation d’une écriture disjonctive pour le yilumbu, le yipunu et le
civili en tenant compte des exceptions suivantes:
(a) Les préfixes (nominaux, verbaux, etc.) et les thèmes des items lexicaux doivent
s’écrire conjointement.
Exemples:
(2)

yipunu yilumbu civili Signification


en français
Transcription Transcription Transcription Transcription Transcription Transcriptions
orthographique phonétique orthographique phonétique orthographique phonétiques

uji [údì] uyi [úyì] kulya [Kúlyà] ‘manger’

bangebi [bágèbì] babaana [bábân] babaana [bábân] ‘petits


enfants’

bataata [bàtát] bataata [bàtát] mataata [mt át] ‘pères’

bamaama [bàmám] bamaama [bàmám] bamaama [bmám] ‘mères’

mwana [mwân] mwana [mwân] mwana [mwân] ‘enfant’

(b) Les préfixes verbaux, les formatifs, les radicaux et leurs extensions devraient
s’écrire de façon conjonctive:
116 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Exemples:
(3)

yipunu yilumbu Civili significations

Orth. Phon. Orth. Phon. Orth. Pohn.

Amabokisa [àmábókìsmw Amabokisa [àmábókìsmw Avhondisa [àndìsmw Elle a perdu un


mwana. ân] mwana. ân] mwana. ân] enfant.

Jibokyaanu! [dìbókyánù Mubokyaanu! [mùbókyànù N’vhondyaa [ńndyànù] Tuez-le!(le singe)


(kaari) (karì)] (kaari) (kărì)] nu! (n’cima)

Twendyaanu [twendyánù] Ndokwáánu! [ndòkwánù] Ndokwaanu! [ndòkwánù] Allons-nous-en!


!

Amasyaala o [ámásyálònzí Anasyaala o [ámásyálómb Asyáála kú [ásyálkúmb Il est resté


nzima. m] mbusa. ùs] mbusa. ùs] derrière.

(c) Les préfixes locatifs cl. 16 vha-et cl. 17 ku- avec noms devraient s’écrire
conjointement:
Exemples:
(4)

civili yilumbu yipunu signification

Orth. Phon. Orth. Phon. Orth. Phon.

Classe kuyulu/kuyil [kìyŭlù/kùyĭlù vhoyĭlu/ [òyĭlù/ ojĭlu/ojŭ [òdĭlù/ ‘sur, au dessus


16 et u ou encore fàyŭlù/fàyĭlù] vhayĭlu àyĭlù] lu òdŭlù] de; au ciel’
Classe fayulu/fayilu
17
kusi/fasi [kúsì/fsì] vhótsi/ [ótsì/ otsi [ótsì] ‘sur le sol, au sol;
vhátsi/ótsi átsì/ótsì en bas’
]

Classe kukati/fakati [kùkátì/fàkátì] vhokáti [òkátì] oghari [ógharì] ‘dans, dedans, à


16 l’intérieur de’

kunganda [kùgând] vhongând [ògâ okana [ókàn] ‘dehors’


a nd]

(d) Les pronoms possessifs utilisés avec des termes de parenté devraient s’écrire de
manière conjonctive.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 117

Exemples:
(5)

yilumbu yipunu civili significations

Orth. Phon. Orth. Phon. Orth. Phon.

tayaami [tàyámì] tajaami [tàdámì] lisyalyaami [lísyályámì] ‘mon père’

nguyaami [gùyámì] ngujaami [gùdámì] ngulyaami [gùlyámì] ‘ma mère’

nguyandi [gùyândì] ngujandi [gùdândì] ngulyandi [gùlyândì] ‘sa mère’

(e) Les pronoms démonstratifs utilisés avec des noms devraient s’écrire de façon
conjonctive:
Exemples:
(6)

yipunu yilumbu civili signification

Orth. Phon. Orth. Phon. Orth. Phon.

mutwaghughu [mútwáù] mutwaghu [mútwáù] mutwaghu [mútwáù] ‘cet homme’

mwanaghugh [mwánú mwanaagh [mwánáù] mwanaagh [mwánáù] ‘cet enfant’


u ù] u u

ndaghaaji [ndâádì] nzubwaayi [nzùbwáyì] nzwayi [nzwâyì] ‘cette maison’

N.B. Bien qu’il ait été suggéré que le préfixe locatif de classe 16 vha- ou fa- avec
noms s’écrive conjointement, les préfixes pronominaux o- ou encore ku-(classe 17)
et mu- (classe 17) utilisés avec les noms ayant une valeur locative devraient s’écrire
de façon disjonctive et non conjonctive.
118 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Exemples:
(7)

civili yilumbu yipunu signification

Orth. Phon. Orth. Phon. Orth. Phon.

ku [Kùlízàndù/k o yitanda [òyìtánd] o dikasa [òdikás] ‘au marché’


lizandu/kuzand úzàndù]
u

ku n’situ [kúńsìtù] o musiru [òmúsìrù] o musiru [òmúsìrù] ‘dans la forêt’

ku [kùmsù] o meesu [òmsù] o wuusu [òwúsù] ‘devant’


meesu/kuntwaal
a

ku mbusa [kúmbùs] o mbusa [ómbùs] o nzima [ònzîm] ‘derrière’

mu nzila [mùnzíl] mu nzila [mùnzíl] mu nzila [mùnzíl] ‘sur le


chemin’

POUR CONCLURE
A partir de la discussion ci-dessus et par rapport aux règles de division de mots, la
confection de tout dictionnaire en yilumbu, yipunu et civili devrait adopter de
préférence une écriture disjonctive. Le choix entre une écriture disjonctive ou
conjonctive est purement conventionnel. Pour clore la discussion sur ce concept de
conjonctivisme versus disjonctivisme, Nida11(1964) a fait remarquer que:
La longueur que peut atteindre nos verbes est alarmante. À cause du
système des préfixes et des suffixes (du moins, ils sont considérés
comme tels) nous combinons en de mots longs ce qui forme en anglais
des phrases entières. Par exemple dans les Actes 10:7, on retrouve le
terme abamamusalilanga ‘ceux qui ont travaillé pour lui’. Il contient
au moins trois préfixes et deux suffixes. (Le nombre dépend quelque
peu du système d’analyse utilisé). Un tel terme semble extrêmement
long, et on peut s’autoriser à penser que le système d’écriture utilisé
gagnerait à introduire le plus de simplicité possible dans les graphies
des mots. Pour nous qui ne sommes pas habitués à lire de longues
unités linguistiques telles qu’on en trouve beaucoup dans les langues
bantoues, de tels termes semblent être inutilement longs. Compte tenu
du fait que nous en tant qu’analystes pouvons reconnaître les parties
constituantes d’un mot et compte tenu du fait que certaines parties
constituantes, les préfixes en particulier, correspondent à des mots

11 La contribution de Nida s’appuie sur le travail accompli par le Language and Literature Committee
of the Christian and Missionary Alliance (CMA) sur le yipunu.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 119

entiers en anglais, il est naturel pour nous de chercher à segmenter


des mots longs dans les langues bantoues. Toutefois, les préfixes: ba-
marquant le pluriel, ma- indiquant le temps passé et mu- troisième
personne n’existent pas en isolation comme des mots complets. Ils
sont à la fois phonologiquement et structurellement liés au radical
verbal avec lequel ils apparaissent. Certains mots bantous semblent
étonnement longs. Cependant, nombre de mots en Quechua et en
Aymará, langues d’Amérique du Sud, sont de longueur analogue. Il
n’est pas inhabituel de trouver en Quechua et en Aymará des mots de
huit et dix syllabes sinon plus. En Aymará en particulier, il y a des
mots longs avec combinaisons complexes de consonnes, mais malgré
ce fait les locuteurs Aymará éprouvent relativement peu de difficulté
à lire lesdits termes (Nida, 1964:154, traduit par l’auteur).

La section qui va suivre aborde quelques aspects de la tradition du mot par


opposition à la tradition du thème.

4.2.4. TRADITION DU MOT VERSUS TRADITION DU THEME


La tradition du thème est souvent présentée comme étant plus scientifique et plus
adaptée aux besoins des usagers que la tradition du mot pour essentiellement deux
raisons:
∙ Cette méthode permet de regrouper les items lexicaux par affinités
sémantiques,
∙ Elle évite certains secteurs de la nomenclature d’être surchargés pendant que
d’autres sont presque vides.

Je pense, toutefois, que toutes ces explications ne sont pas des arguments suffisants
pour arriver à confectionner un dictionnaire facile à consulter. Le fait que la
majorité des dictionnaires disponibles dans les langues gabonaises ait adopté la
tradition du mot pourrait placer les usagers dans une situation problématique si
les items lexicaux sont lemmatisés sous la forme de leurs thèmes.
Emejulu et Nzang-Bie (1999b:12) ont souligné que dans les futurs dictionnaires
confectionnés dans les langues gabonaises, les items lexicaux devraient être
lemmatisés sous la forme de leurs thèmes. Toutefois, ils ne proposent aucune
explication pour justifier un tel choix. Un bref aperçu des dictionnaires disponibles
dans les langues gabonaises révèle que la tradition du mot est de loin la plus
utilisée. Nyangone Assam et Mavoungou (2000) ont montré que de tous les
premiers travaux à caractère lexicographique disponibles, seule la contribution de
Rittaud-Hutinet (1980) lemmatise les items lexicaux du yipunu sous la forme du
thème.
120 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Les dictionnaires confectionnés selon la tradition du thème sont souvent présentés


comme étant plus facile à utiliser que les dictionnaires confectionnés selon la
tradition du mot. Toutefois, l’adoption du système du thème pour les langues
gabonaises pourrait créer une situation de confusion chez les usagers à cause de la
tradition du mot qui existe déjà dans lesdites langues. Les dictionnaires
confectionnés selon la tradition du thème pourraient même devenir impopulaire
auprès des usagers en général (Van Wyk, 1995: 93).
De tels dictionnaires perdront assurément en accessibilité parce que requérant des
acquis linguistiques non négligeables chez les utilisateurs des dictionnaires. Or l’on
sait pertinemment que les usagers en général ont peu ou pas du tout d’expérience
en linguistique (africaine). Ils ont encore moins une expérience dans la consultation
des dictionnaires. Par conséquent, la consultation des dictionnaires confectionnés
selon la tradition du thème risque de prendre beaucoup de temps parce que dans
leur majorité lesdits usagers ne seront pas familiers avec la manière dont les
données y seront présentées.
En sus, les usagers sont connus pour accorder peu ou pas du tout une attention à la
lecture des pré-textes des dictionnaires (Busane, 1990: 28). Le guide à l’endroit des
utilisateurs, en tant que seul type de texte obligatoire dans les pré-textes, devrait
normalement renfermer le choix du/des lexicographe(s) pour l’adoption de la
tradition du thème ainsi que sa justification. D’aucuns pourraient arguer que les
lacunes des usagers consultant des dictionnaires confectionnés selon la tradition
du thème pourraient être comblées par les mini-grammaires qu’ils contiennent.
Certes les mini-grammaires des dictionnaires donnent généralement un aperçu des
règles morphophonologiques ainsi que des structures morphologiques de la
langue décrite, mais encore faut-il que l’usager daigne les consulter. Or la tendance
générale observée est que l’usager est beaucoup plus préoccupé d’aller vers la
nomenclature que vers les pré-textes ou encore les posttextes du dictionnaire afin
de trouver la réponse au problème qui a motivé le processus de consultation.
Si par contre, un lexicographe choisi d’adopter la tradition du mot, l’un des
moyens pour arriver à produire un dictionnaire qui réponde aux besoins des
spécialistes est d’utiliser la distinction entre texte externe intégré et texte externe
non intégré développée par Bergenholtz, Tarp et Wiegand (1999). Cette distinction
donne la possibilité au lexicographe de proposer un ensemble de types textuels
ayant ou non un lien direct avec la nomenclature d’un dictionnaire spécifique. On
peut par exemple dire que la ‘Liste des contributeurs’, ‘La situation linguistique et
sociolinguistique de la langue’ décrite dans un dictionnaire particulier, ‘Les
tableaux des unités de mesure’, etc. constituent des exemples typiques de textes
externes non intégrés.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 121

A l’opposé, si au lieu d’inclure tous les mots présentant des difficultés


orthographiques majeures pour les usagers, le lexicographe choisit de les traiter
dans des posttextes, un tel type de texte sera un exemple de texte externe intégré.
L’inclusion dudit texte dans les posttextes d’un dictionnaire particulier donnera à
l’ouvrage un caractère poly-accessible. En fonction des besoins des usagers et la
situation de communication, le processus de consultation pourrait être entamé à
partir de la nomenclature ou alors à partir des posttextes. Si par exemple, un
usager est confronté à l’orthographe d’un mot difficile mais n’a pas l’habitude de
consulter des ouvrages de référence, l’inclusion de la liste orthographique des mots
difficiles lui donne la possibilité d’aller directement vers les posttextes pour
trouver une solution à son problème.
Cette distinction entre textes externes intégrés et textes externes non intégrés peut
être mise à profit par le lexicographe confronté au problème du choix entre la
tradition du thème et celle du mot. Il/elle peut par exemple adopter la tradition du
mot tout en proposant aux usagers la liste de tous les thèmes des lemmes figurant
dans la nomenclature. Toutefois, cette méthode a un inconvénient majeur : les
usagers qui n’ont pas une connaissance des catégories grammaticales avant
d’ouvrir le dictionnaire devront passer en revue l’ensemble des thèmes, l’un après
l’autre, de ladite liste avant de trouver le thème qui les intéresse.
Par rapport à ce point la solution du dilemme tradition du mot/tradition du thème
(auquel sont confrontés les lexicographes travaillant sur les langues africaines)
réside dans la combinaison des aptitudes et des besoins à la fois des profanes et des
spécialistes. En d’autres termes, la valeur du thème sera apparente pour le
spécialiste mais d’une utilité très limitée pour l’usager ordinaire. Par conséquent, le
meilleur moyen d’arriver à produire un dictionnaire facile à consulter est
d’adopter la tradition du mot tout en présentant, entre parenthèses, aux usagers les
thèmes des lemmes traités comme présenté ci-dessous en (8):
(8)
mwana (-ana)...

Une telle approche ne doit pas être perçue comme une méthode destinée à donner
aux usagers une connaissance des catégories grammaticales (parties du discours).
C’est aux grammaires qu’il revient d’inculquer cette connaissance aux usagers, ce
n’est pas le rôle du dictionnaire (Van Wyk, 1995:86). Kromann et al. (1991)
partagent le même point de vue lorsqu’ils déclarent:
Il y a une division naturelle des tâches entre la grammaire et le
dictionnaire. La grammaire a généralement pour tâche de formuler les
règles générales régissant une catégorie grammaticale particulière,
122 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

tandis que le dictionnaire s’occupe du mot (Kromann et al. 1991:2773,


traduit par l’auteur).

Les données liées à la structure morphologique des items lexicaux sont utiles aux
spécialistes, mais en cherchant un mot dans le dictionnaire l’usager ordinaire a
principalement besoin de trouver des informations sur l’orthographe et le sens du
terme consulté. Par conséquent, le thème donné entre parenthèses correspond à
une méthode centrée sur l’usager. Elle est susceptible d’améliorer les connaissances
linguistiques de l’usager aussi bien sur le plan de la réception que de la production
sans être pour autant une clé pour la consultation dictionnairique.
Le fait que la tradition du thème est souvent présentée comme étant plus
scientifique que la tradition du mot n’est pas dénué de tout fondement. En effet,
Gouws (1990) souligne à ce propos que:
En limitant la portée linguistique du dictionnaire, le lexicographe
restreint également sa valeur comme outil linguistique en ce sens qu’il
y a peu de données exploitables par l’usager (Gouws, 1990: 55, traduit
par l’auteur).

Il convient également de donner la position de Bennett (1986) sur la question:


Si les items sont alphabétisés par préfixes, certaines sections (de la
nomenclature) sont surchargées pendant que d’autres sont presque
vides, et un verbe sera inclus loin de ses dérivés nominaux et ce aussi
transparents qu’ils soient. S’agissant des noms, L’opposition singulier-
pluriel est dans la majorité des cas marquée par l’emploi de préfixes
distincts. Le degré de prédictibilité de la forme du singulier étant
donnée la forme du pluriel et vice versa varie. Toutefois, il n’y a nulle
part aucune prédictibilité totale (Bennett, 1986: 3-4, traduit par
l’auteur).

Comme cela apparaît clairement dans la citation ci-dessus, si le lexicographe choisi


seulement de présenter le singulier ou le pluriel pour chaque lemme du
dictionnaire, il n’y a aucune garantie que l’usager sera en mesure de reconstruire la
forme du pluriel étant donnée la forme du singulier et vice versa. Il est donc
souhaitable de supprimer le préfixe pour ne garder que le thème et ce à cause des
nombreux problèmes morphophonologiques qui en découleraient. Compte tenu
du fait que la majorité des données morphologiques seront d’une utilité directe
pour le spécialiste, la proposition d’alphabétiser les substantifs sous leur forme
complète suivie du thème entre parenthèses résulte de la volonté du lexicographe
de présenter une description morphologique rigoureuse de la langue.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 123

POUR CONCLURE
Par rapport au problème lié au thème et au numéro de classe, peut-être que la
meilleure solution pour aboutir à un dictionnaire facile à consulter par le plus
grand nombre est d’inclure ces catégories de données entre parenthèses. Ceci est
pertinent en ce sens que, les parenthèses seront utilisées pour indiquer la partie
facultative des données au niveau du commentaire sur la forme.

4.2.5. LEMMATISATION DES VERBES ET DES ADJECTIFS (POSSESSIFS, DEMONSTRATIFS, ETC.)


L’un des arguments contre la tradition du mot est que son adoption aboutit
généralement à une surcharge de certaines sections de la nomenclature pendant
que d’autres sont presque vides. Ceci est particulièrement vrai pour des catégories
lexicales telles que les verbes, les adjectifs possessifs, les adjectifs démonstratifs,
etc.
La solution à ce problème se situe dans la combinaison des caractéristiques à la fois
de la tradition du mot et de celle du thème. Par exemple, De Schryver et Prinsloo
(2000 : 9) ont souligné que dans le Lexicon Cilubà-Nederlands (1997, abrégé LNC), les
verbes sont lemmatisés sous la forme de l’impératif comme cela apparaît
clairement dans l’exemple qui suit:
(9)
-dyà [tww; cf spw3, 5] eten; ~ kuukuta [ud] eten en verzadigdz  bidyà;
cidìlu; cyàkudyà; -dììka; -dììkiibwa; -dììla; -dììsha; mudì; Mudììla-
mpiku

Exemple 9 Article –dya (extrait de LCN tel que cité par De Schryver et Prinsloo,
2000: 9).

Selon De Schryver et Prinsloo (2000: 9) «l’approche traditionnelle qui consiste à ramener


tous les verbes sous ku/kw n’aboutit qu’à une surcharge artificielle d’une section du lexique
en particulier». A la suite de LNC mais de façon quelque peu différente, dans le
Pukuntšulhaloši sa Leboa 1.0 (PyaSsaL’s First Parallel Dictionary, 2001) les verbes sont
lemmatisés sous leur forme complète, tandis que les adverbes sont alphabétisés
selon la tradition du thème. Comparez l’exemple suivant en guise d’illustration:
(10)
-nanalana lehlaodi BONA -nalana
Exemple 10: article –nanalana (extrait de PyaSsaL, 2001: 37)

Dans l’article ci-dessus, le traitement lexicographique fournit à l’usager les données


suivantes, à savoir: le lemme (–nanala, sans son classificateur ku-), sa catégorie
grammaticale ou partie du discours (lehlaodi = adverbe) ainsi que le renvoi (BONA –
124 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

nalana). Les entrées (BONA = voir) et (–nalana) constituent deux segments de texte
distincts. Le premier segment de texte est appelé le marquer de référence parce que
son rôle est d’indiquer la relation de référence. Le second segment de texte est
connu sous la dénomination d’entrée marquant l’adresse de référence.

POUR CONCLURE
La discussion ci-dessus a révélé que l’arrangement des lemmes demeure un sujet à
controverse parmi les lexicographes bantouistes. L’analyse critique des
dictionnaires disponibles dans les langues gabonaises révèle que les travaux
précurseurs à caractère lexicographique ont adopté dans leur ensemble la tradition
du mot. Les lexicographes travaillant à la confection de futurs dictionnaires dans
les langues gabonaises gagneraient à perpétrer cette tradition.

4.2.6. L’ORTHOGRAPHE DES MOTS COMPOSES


La présentation des mots composés dans les dictionnaires souffre généralement
d’inconsistance sur le plan orthographique. Faut-il écrire les mots composés avec
un trait d’union ou sans trait d’union? Faut-il écrire les mots composés en deux
mots ou en un seul mot?
Pour répondre à ces questions, des données supplémentaires sur la structure des
mots composés méritent d’être présentées. D’un point de vue morphologique, les
mots composés en yilumbu, yipunu et civili peuvent être classifiés en trois
catégories, à savoir:

∙ les mots composés ayant la structure: nom + nom,


∙ les mots composés ayant la structure: dérivé + nom,
∙ les mots composés ayant la structure: nom + connectif + nom.

En anglais par exemple, d’un auteur à un autre un mot composé particulier s’écrira
avec un trait d’union, en deux mots ou encore en un seul mot. Pour tous les mots
composés appartenant aux trois catégories sus-mentionnées, je propose de les
écrire en deux mots sans trait d’union.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 125

Exemples:
(11)

yilumbu et yipunu mwaana dibaala/dibaghala ‘garçon’ (structure: nom + nom)

yibura maambu ‘provocateur, trouble-fête’ (structure: dérivé + nom)

dikuumbi di maamba ‘hydravion; bateau’ (structure: nom + connectif +


nom)

Transcriptions [mwândìbăl/ dìbál]


phonétiques
[yìbúrmâmbù]

[dìkûmbìdìmâmb]

civili mwaana libakala ‘garçon’ (structure: nom + nom)

cibuta maambu ‘provocateur, taquin’ (structure: dérivé + nom)

likuumbi li masi ‘hydravion; bateau’ (structure: nom + connectif + nom)

Transcriptions [mwânlíbákl]
phonétiques
[cìbútmâmbù]

[lìkûmbìlìmásì]

Toutefois, à cette règle, je propose également les exceptions suivantes:


(a) Je propose d’écrire en un seul mot tous les mots composés que les locuteurs
natifs par intuition se représentent comme un bloc12.
Exemples:
(12)

yipunu yilumbu civili signification

Ortho. Phon. Orth. Phon. Orth. Phon.

kumbukuku [kùmbúkùk kumbukuk [kùmbúkùk kumbúkuk [kùmbúk ‘type de fourmi’


ù] u ù] u ùkù]

dighaghalab [dìálb dighaghala [dìálb lighághalab [lìá lb ‘varan’


onga g] bonga g] ônga g]

pwangapun [pwâgp pungapunyi [púgpú pwenginipu [pwg ‘ogre’


yi úì] ì] nyi púì]

(b) Je propose d’écrire les noms composés dénotant des anthroponymes avec un
trait d’union.

12 Cette proposition, bien que plausible, présente également quelques insuffisances parce que basée
sur l’intuition du lexicographe ou du linguiste. En effet, ce qu’un locuteur natif considère comme un
bloc unique pourrait bien constituer deux blocs pour un autre.
126 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Exemples:
(13)

Graphies selon le Rapport Final de la Transcriptions phonétiques Graphies administratives


Session de Concertation sur l’Orthographe
des Langues Gabonaises (1999)

Udighu-Ibinda [ùdíùibînd] Odigo Ibinda

Miyindu-Mi-Nzamba [mìyĭndùmìnzâmb] Mihindou Mi Nzamba

Buro-Bu-Mbumba (forme abrégée de [bùróbùmbûmb/ Bourobou Bu Mboumba


Burobu-Bu-Mbumba) bùrŏbùbùmbûmb]

Tshingombi-Kwima [cìgmbìkwĭm] Tchingombi Kuima

POUR CONCLURE
La discussion ci-dessus présentée découle de la reconnaissance du fait que le
problème de l’orthographe des mots composés doit être résolu longtemps à
l’avance si on veut éviter des problèmes au niveau macro- et microstructurel par
exemple.

4.2.7. INDICATION DE LA QUANTITE VOCALIQUE


En yilumbu, yipunu et civili, la quantité vocalique est phonologique. Elle est par
conséquente marquée par le redoublement de la voyelle dans la majorité des cas.
Toutefois, la longueur vocalique apparaissant dans le contexte VNC (position
appuyée) n’est généralement pas indiquée orthographiquement. Hormis des
exemples de resyllabification, la longueur vocalique se produisant dans le contexte
CGV (la règle de MEEUSSEN) n’est pas reconnue.
Contexte VNC
(14)

yilumbu/yipunu significations civili

piinda [pînd] ‘arachide’ piinda [phînd]

ditaambi [dítàmbì] ‘pied’ lutaambi [lútàmbì]

dileengi [dìlĕgì] ‘citrouille’ lileenji [lìlĕjì]

Contexte CGV
(15)

yilumbu/civili significations yipunu

mwaana [mwân] ‘enfant’ mwana [mwân]


Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 127

cimweeka [cìmwk] ‘un’ moosi [môsì]

myaami [myâmì] ‘mon, ma’ (cl.4) myaami [myâmì]

A partir des données sus-mentionnées, il convient de noter que malgré le fait que
la longueur vocalique apparaissant dans le contexte de la position appuyée (VNC)
n’est généralement pas marquée orthographiquement une exception s’impose pour
les cas d’allongements vocaliques prolongés. En sus, l’allongement vocalique se
produisant lorsqu’une voyelle est redoublée ou triplée, etc. pour attirer l’attention
du lecteur doit être prise en compte car elle a valeur d’effet de style ou de
rhétorique.

POUR CONCLURE
La discussion ci-dessus résulte simplement de la reconnaissance de l’importance
de l’allongement vocalique en yilumbu, yipunu et civili. En effet, la longueur
vocalique étant phonologique dans les langues sus-mentionnées, elle doit être
indiquée au niveau orthographique.

4.2.8. LE PROBLEME DES VARIANTES


Les sociolinguistes reconnaissent que généralement à l’intérieur d’un même
dialecte il y a autant de d’idiolectes qu’il y a de locuteurs dudit dialecte. En outre,
chaque acte de parole implique l’utilisation de différents codes ou registres en
fonction de la compétence linguistique du locuteur ainsi que le contexte et la
situation de communication (Crystal, 1992:69). Ce truisme est rappelé ici pour
souligner l’importance de la prise en compte de toutes les variantes dans un
dialecte particulier.

[Link]. LA PRISE EN COMPTE DES SONS [NZ] VERSUS [NTS] AU NIVEAU DE


L’ORTHOGRAPHE

Les sons [nz] et [nts] sont en variation libre 13 dans nombre d’occurrences en
yilumbu et yipunu. C’est devenu presque une norme d’écrire "nz" pour représenter
les deux sons, et cela se produit principalement dans la littérature écrite du
yilumbu, yipunu et civili. Le Dictionnaire français-yipounou, yipounou-français (1966)
est une exception notable par rapport à ce point. En effet, dans ledit dictionnaire
(lexique?), les membres du Language and Literature Committee of the Christian and
Missionary Alliance (CMA) travaillant sur le yipunu ont choisi de représenter
orthographiquement les sons [nz] et [nts] par le digraphe ns comme cela apparaît
clairement dans le Tableau suivant:

13 En civili, les sons [nz] et [n] sont en variation libre: mbenza versus mbena "blessure". Les sons [nj]
versus [n] et [s] versus [] sont également en variation libre: n’lenji versus n’leni"cheveu"et mbisi
versus mbii "viande" respectivement, cf. Ndinga-Koumba-Binza (communication personnelle).
128 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Orthographe des items lexicaux Graphies actuelles Transcriptions Significations


dans lesquels [nz] et [nts] sont des mêmes termes phonétiques
en variation libre comme ils
apparaissent dans CMA (1966)

ngensa (mes caractères gras) ngênza [gnz] ‘vrai; vérité’

Nsala nzála [nzál/ntsál] ‘faim; famine’

Nsambi Nzâmbi [nzâmbì/ntsâmbì] ‘Dieu’

Nsanda nzanda [nzànd] ‘toile d’araignée’

Nsila nzíla [nzíl/ntsíl] ‘chemin; piste’

Nsima nzíma [nzím/ntsím] ‘dos; après’

Nsitu nzíítu [nzítù] ‘fin’

nsonsi nzônzi [nznzì/nzntsì] ‘juge’

nsungi nzûngi [nzûgì] ‘bile’

nsungu Nzûngu [nzûgù/ntsûgù]] ‘douleur; blessure’

Table 8: Orthographe items lexicaux dans lesquels [nz] and [nts] sont en
variation libre

Dans le Tableau 8 ci-dessus, il faut souligner que l’orthographe de la majorité des


termes extraits de CMA (1966) diffère de la graphie actuelle des mêmes mots parce
que les auteurs ont choisi de représenter orthographiquement les sons [nz] et [nts]
par le digraphe ns. C’est pour cette raison que certaines découvertes de Nsuka
Nkutsi14 (1980) ont été prises en compte dans la présente contribution pour aider le
processus de standardisation et éviter la duplication d’efforts. Il n’est pas sans
intérêt de mentionner l’existence de deux variantes pour le terme signifiant "Dieu".
Nsambi ou Nzâmbi (graphie actuelle) est la variante utilisée en yilŭmbu yi ghângu
(la variété de la province de la Nyanga) ainsi que dans le yipunu parlé dans la
province de la Nyanga, spécialement à Tchibanga. Nzâmbi est également utilisé de
manière proéminente dans les travaux liturgiques et bibliques en yipunu, yilumbu
et Civili. À l’opposé, Nyămbi est la variante utilisée en yilŭmbu yí menaáne (la
variété de la province de l’Ogooué-Maritime) ainsi qu’en yipunu (à l’exception de
la variété parlée dans la province de la Nyanga).
Je propose donc d’utiliser le digraphe "nz" (représentant à la fois les sons [nz] et
[nts]). Toutefois pour préserver et maintenir l’authenticité des formes dialectales

14 L’ouvrage Éléments de description du Punu édité par Nsuka Nkutsi est une série d’articles
linguistiques et lexicographiques sur le yipunu.
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 129

voire idiolectales, je propose de faire également apparaître la forme "nts" dans le


traitement lexicographique. Ce point est illustré par ce qui suit15:
Items lexicaux dans lesquels [nz] et [nts] sont en variation libre
(16)
nzala (+ zala) aussi ntsala [nzál/ntsál] n. (cl.9)....
-banza (+ bánza) aussi -bantsa [ùbánz/ùbánts] n. (cl. 15)...
Exemple textuel 16: article nzala et -banza

POUR CONCLURE
Comme cela apparaît dans la section ci-dessus, les sons [nz] et [nts] sont en
variation libre dans nombre d’occurrences en yilumbu, yipunu et civili. La décision
d’écrire le digraphe "nz" pour représenter les deux sons est importante pour des
raisons de standardisation. Cette approche centrée sur l’usager est susceptible
d’améliorer le processus de consultation dictionnairique.

[Link]. LA PRISE EN COMPTE DES SONS [MV] VERSUS [MF] AU NIVEAU DE L’ORTHOGRAPHE
Les sons [mv] et [mf] sont en variation libre dans nombre d’occurrences en
yilumbu et yipunu. La forme en "mv" est la plus répandue dans les descriptions
linguistiques et les travaux en ethno-histoire. Pour des raisons de standardisation,
il conviendrait d’utiliser le digraphe "mv" pour représenter les deux sons.
Toutefois, le traitement lexicographique gagnerait aussi à faire ressortir la forme en
"mf".
Items lexicaux dans lesquels [mv] et [mf] sont en variation libre
(17)

yilumbu/yipunu

mvula (+ vula) [mvúl/mfúl] aussi mfula n. (cl.9)....pluie…


mvumbi (+ vumbi) [mvûmbì/mfûmbì] aussi mfumbi n. (cl.9)...cadavre…
mvubu (+ vubu) [mvúbù/mfúbù] aussi mfubu n. (cl. 9)… hippopotame…

Exemple textuel 17: article mvula, mvumbi et mvubu

15 Cette proposition n’est valable que dans le cadre de la confection du dictionnaire. Par rapport au
concept de bi-univocité, pour tous les cas où les deux formes sont en variation libre le graphème
standard est la forme [nz].
130 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

5. EN GUISE DE CONCLUSION
Cette contribution a essayé de faire l’exégèse de quelques travaux religieux et
scientifiques disponibles en yilumbu, yipunu et civili avec en toile de fond des
problèmes orthographiques. Conscient de l’influence normative des dictionnaires,
cette contribution présente également un ensemble de propositions concrètes allant
dans le sens de la standardisation du yilumbu, yipunu et civili. En d’autres termes,
la présente contribution aborde divers aspects liés à l’alphabétisation des mots
dans le dictionnaire (adoption de la tradition du mot par opposition à celle du
thème), le problème des emprunts linguistiques, le choix entre une écriture
conjonctive et une écriture disjonctive, le problème des tons, l’orthographe des
mots composés et des termes dérivés, le problème des catégories lexicales (noms,
verbes, adjectifs…) à lemmatiser, le problème des variantes, etc.
Par rapport à ce dernier point, le lexicographe devrait assister l’usager par rapport
aux items lexicaux ayant des variantes concurrentes. Le choix d’une graphie à
l’exclusion des variantes concurrentes a déjà d’importantes implications en termes
de standardisation. Il est de la responsabilité du lexicographe de s’assurer que
toutes les variantes sont correctement orthographiées dans le dictionnaire. Une
ligne éditoriale consistante par rapport à ce point aidera non seulement l’usager
mais également le processus de standardisation. Il n’est pas sans intérêt de préciser
que la présente contribution n’avait pas pour objet de proposer un ensemble de
critères devant aboutir au choix d’un dialecte standard pour le yilumbu, le yipunu
ou encore le civili. Les dites formes standard restent à établir et elles seront en
usage dans le système éducatif, les administrations et d’autres secteurs d’activité.
Bien que les exemples d’illustration dans cet article proviennent essentiellement du
yilumbu, yipunu et civili, les différentes propositions linguistiques et
métalexicographiques faites sont applicables à l’ensemble des langues gabonaises.
En effet, l’objectif majeur de ce travail est que les linguistes, les lexicographes et le
public en général arrivent à utiliser une orthographe unifiée. Pour ce qui est des
transcriptions phonétiques, notre pays possède déjà l’Alphabet Scientifique des
Langues du Gabon (ASG). La Fondation Raponda-Walker nous a montré la voie à
suivre en 1995 lors de son S.O.S en faveur du lancement de l’apprentissage des
langues gabonaises dans plusieurs établissements de la capitale et de l’intérieur du
pays dès la rentrée 1996-1997.
Avec l’arrivée d’une nouvelle gamme d’outils didactiques (RAPIDOMATER,
RAPIDOPREPA, RAPIDELEM et RAPIDOMOYEN), la Méthode RapidoLangue, a prouvée à
suffisance qu’elle pouvait s’adapter aux réalités linguistiques du pays notamment
par la reconnaissance de la quantité vocalique (marquée par le redoublement de la
voyelle) et l’adoption du digraphe gh pour noter le son [x] telle que préconisée par
le Rapport Final de la Session de Concertation sur l’Orthographe des langues Gabonaises
(1999).
Paul Achille Mavoungou: Orthographe, standardisation et confection des dictionnaires 131

Ce qui reste à faire c’est d’amener ceux et celles qui s’intéressent aux langues
gabonaises à utiliser les symboles contenus dans le document sus-mentionné tout
en leur laissant la latitude de la formulation de règles (d’écriture et de lecture)
spécifiques à leur langue.

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LA PLACE DES TONS DANS
L’ORTHOGRAPHE DES LANGUES
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LEANDRE SERGE SOAMI


INSTITUT DE RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES (IRSH)
CENTRE NATIONAL DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE (CENAREST), LIBREVILLE
(sergesoami@[Link])

INTRODUCTION
Les tons jouent un rôle important dans le fonctionnement des langues bantu en
général et dans les langues gabonaises 1 en particulier. Pour les besoins de
l’enseignement et du développement général de ses langues locales, le Gabon a
amorcé depuis 1989, avec le Séminaire pour un alphabet scientifique des langues
nationales, la mise en place d’un système d’écriture de ces langues. Ledit séminaire
avait établi l’Alphabet Scientifique des Langues du Gabon : (ASG).
Mais à la différence des autres phénomènes suprasegmentaux, les tons sont très
problématiques dans la confection d’un système orthographique des langues
gabonaises. Le débat porte sur la question de savoir si l’on doit noter les tons dans
l’orthographe des langues gabonaises. Ce débat n’est pas encore arrivé à ses
conclusions dès lors que l’alphabet des langues gabonaises n’est pas encore adopté
par les pouvoirs publics, et que le système orthographique de ces langues n’est pas
encore rigoureusement établi2.
Il faut tout de même rappeler que le ton est l’élévation ou la diminution de la voix
sur une syllabe. C’est une phase de la hauteur de la voix qui peut être pertinente
sur le plan sémantique.
L’objectif de ce travail est d’apporter une contribution à la solution de ce problème
et de faire le point du traitement de la tonalité dans le système orthographique des
langues gabonaises. Pour ce faire, il est important de revenir de manière générale
sur les systèmes tonals de nos langues et sur la problématique que pose leur

1 L'abréviation LG est mise en certains endroits pour Langues Gabonaises ou Langues du Gabon.
2 Voir Afane Otsaga (dans cet ouvrage) pour la distinction entre alphabet et système d’orthographe.

135
136 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

graphie. Ceci permettra d’observer s’il est nécessaire ou non d’orthographier les
tons des langues gabonaises.

GENERALITE SUR LES SYSTEMES TONALS DES LANGUES GABONAISES


C’est un truisme que de dire que les langues gabonaises sont des langues à tons,
c'est-à-dire des langues "où une commutation phonologiquement limitée à la
hauteur ou à la mélodie d'une syllabe unique est susceptible de constituer la seule
trace d'une commutation entre deux unités significatives minimales dans une
construction inchangée" (Creissels 1994: 175). Autrement dit, l'opposition de deux
ou trois tons distinctifs engendre un changement de sens. On note les exemples ci-
après:

(9) OPPOSITIONS DISTINCTIVES DE QUELQUES TONS EN LG.


/gulì/ «bâton»3 vs /gulì/ «mère» (civili)
/bwámú/ «bon» vs /bwámu/ «le bien» (benga)
/gujì/ "potamochère" vs /gujì/ "mère" (yipunu)

Ainsi, le ton a dans chaque langue gabonaise une fonction distinctive. En effet,
chaque syllabe des termes de ces langues est caractérisée sur le plan phonologique
par un ton ou une séquence de tons distincts (Matthews, 1997: 379). Les experts du
séminaire sur l’ASG ont identifié les neuf tons, présentés ci-dessous, comme
pertinents dans l’ensemble des langues gabonaises (Carpentier de Changy et Voltz
1990 : 114).

(10) LES NEUF TONS DES LANGUES GABONAISES SELON L'ASG.


1. Ton bas v comme dans s «cour» en ake
2. Ton moyen v comme dans íyl «pouvoir» en benga
3. Ton haut v comme dans dólì «argent» en yipunu
4. Ton descendant v comme dans mb «bras» en sake
5. Ton montant v comme dans dík «lance» en seki
6. Ton très haut v comme dans guyì «sanglier» en gisira
7. Ton très bas v comme dans wulu «pied» en lendumu
8. Ton haut abaissé v comme dans muti «arbre» en liduma
9. Ton très haut descendant v comme dans gaanzì «racines» en yipunu

3 D'après Ndinga-Koumba-Binza (communication personnelle), ce mot semble être l'un des rares
mots en civili portant un ton supra haut.
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 137

La plupart de ces tons ont dans l’ensemble des langues gabonaises des fonctions
distinctives significatives, aussi bien dans le système phonologique que dans le
vocabulaire.
D’une manière générale, les tons sont regroupés en deux catégories distinctes : les
tons ponctuels et les tons modulés. Un ton ponctuel est celui qui,
systématiquement fixé sur une unité syllabique, s’identifie par un seul aspect de la
courbe mélodique : haut ou bas. Le ton modulé par contre se distingue par des
changements successifs de la courbe mélodique dans la réalisation d’une syllabe.
Les tons ponctuels sont les plus récurrents dans les langues gabonaises.
Dans certaines langues tel que le benga, on retrouve pour l’essentiel des tons
ponctuels. Essono (1990 : 138-139) identifie pour le benga trois tons ponctuels
phonologiques récurrents (le ton bas, le ton moyen et le ton haut) et un seul ton
modulé, le ton montant, extrêmement rare que l’auteur trouve dans le terme ínonì.
D’autres langues à l’instar du civili (Blanchon & Nsuka Nkutsi 1984, Blanchon
1990, Ndinga-Koumba-Binza 2000) connaissent une variation complémentaire
entre les tons ponctuels et les tons modulés. Ndinga-Koumba-Binza (2002: 115-116,
2002) indique pour le civili que l’allongement vocalique produit comme corrélat au
niveau du système tonal une modulation de la courbe mélodique par l’adjonction
d’un ton laissé libre sur une voyelle résiduelle. Ce qui montre que dans certaines
langues gabonaises les tons modulés sont dus à des processus à la fois
phonologiques et tonologiques.
Comme le dit Afane Otsaga (2002:77), «les différentes descriptions réalisées jusqu’à ce
jour sur les langues gabonaises ont identifié dans celles-ci l’existence de trois catégories de
tons». Il s’agit des tons principaux, des tons intermédiaires et des tons secondaires.
Les tons principaux sont les tons les plus récurrents, ce sont essentiellement les
tons ponctuels haut et bas et les tons modulés montant et descendant. Ils ont une
large diffusion dans les langues gabonaises.
Le ton haut, représenté par un accent aigu sur la voyelle (v), est le point le plus
haut de la courbe mélodique, tandis que le ton bas (v) est le plus bas de la courbe.

(11) EXEMPLES ET OPPOSITIONS TON HAUT VS TON BAS


/díkó/ «source» vs /díkò/ «sud» (benga)
/mvám/ «grand-père» vs /mvàm/ «générosité» (fang-ntumu)
/góré/ «il y a» vs /górè/ «chez» (myenè-nkomi)

Dans la réalisation du ton montant, la courbe descend d’abord au point le plus bas,
puis remonte au point le plus haut sur une même syllabe qui peut être longue
ou non.
138 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

(12) EXEMPLES DU TON MONTANT


/íâsì/ «ils acceptèrent» (lekaningi)
/jwa/ «être trempé de sueur» (lembaama-lempiini)
/mwôsì/ «tous» (lendumu)

Le ton modulé descendant est par contre le mouvement de la courbe mélodique


qui monte vers le point le plus haut, puis redescend vers le point le plus bas sur
une même syllabe brève ou longue.

(13) EXEMPLES DU TON DESCENDANT


/ìpíkîlyà/ «les pensées» (myenè-mpongwè)
/mâ:kò/ «vin» (benga)
/tâ/ «lire» (seki)

Les tons intermédiaires sont «les tons les moins récurrents et les moins répartis dans les
langues gabonaises que les tons principaux, mais dont la présence dans ces langues n’est
pas négligeable puisque facilement remarquable» (Afane Otsaga 2002:78). Parmi ces
tons intermédiaires, l’on note le ton ponctuel moyen, le ton haut-abaissé et le ton
supra-haut. Le ton moyen se présente au milieu de la courbe mélodique, entre le
point le plus bas et le point le plus haut. On le retrouve dans les mots de la langue
fang (variante nzaman de Makokou4) comme:

(14) EXEMPLES DU TON MOYEN


/nl/ «mouche»
/u/ «gros bois de chauffage»
/nzn/ «chemin, piste»

Le ton haut-abaissé est le résultat du phénomène de faille tonale. Hombert (1990:


102) explique que ce type de ton est réalisé « phonétiquement à un niveau qui peut être
assimilable au ton». Ce qui le distingue du ‘véritable’ ton moyen est le fait que le ton
haut-abaissé ne puisse être suivi par un ton plus haut. Constituant ainsi un plafond
pour tous les tons suivants du mot ou du syntagme, il est suivi par un terrassement
tonal, « c’est-à-dire que la série des tons hauts qui suit la faille tonale est réalisée au même
niveau que le ton haut abaissé» (Afane Otsaga, 2002:78). D’après Hombert (1990: 103),
«la plupart des langues du Gabon connaissent ce phénomène de faille tonale». L'on note
les exemples suivants en lembaama et en ngubi.

4 Ces exemples sont extraits de Cinnamon (1990: 181).


Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 139

(15) EXEMPLES DU TON HAUT-ABAISSE


[mèmaáta] «J’ai tiré» (lembaama)
[íguyì] «mère» (ngubi)

Parmi les tons intermédiaires il y a également le ton supra-haut ou très haut que
l'on retrouve dans les langues comme le yipunu et le lekaningi. C'est un ton
ponctuel qui sur le plan phonétique «a comme point de départ une valeur plus élevée
qu'un ton haut et qui ensuite chute très rapidement » (Hombert 1990: 03). L'on observe
le ton très haut dans les exemples ci-après.

(16) EXEMPLES DU TON TRES HAUT


[ùlab] «voir» (yipunu)
[sasì] «appât» (lekaningi)

Les tons secondaires sont « les tons assez rares dans les langues gabonaises et dont la
répartition entre ces dernières est véritablement infime ». Dans ce groupe on note les
tons infra-bas ou très bas et le ton très haut descendant. Le ton très bas est l'opposé
du ton très haut dans la courbe mélodique. Sa courbe est descendante. « Il s'agit
donc d'un ton bas réalisé plus bas que le ton bas normal » (Afane Otsaga 2002: 79).
Hombert (1990: 102) précise qu'il existe parfois un contraste entre un ton bas
ponctuel et un infra-bas. Mais il est fréquent que cette distinction ne se produise
que dans certains contextes, par exemple avant la pause.

(17) EXEMPLES DU TON INFRA-BAS


[wulu] «pied» (lendumu)
[wuma] «combattre» (meka)

Le ton très haut descendant est également très rare dans les langues gabonaises. Sa
définition est encore imprécise. Il semble être un ton supra-haut suivi d'un ton bas
sur une même syllabe. L'exemple unique qui est cité de ce ton vient du yipunu.

(18) EXEMPLE DU TON TRES HAUT DESCENDANT


ngaanzi «racines» (yipunu)

A ce jour, le recensement des particularités tonales dans les langues gabonaises est
loin d'être exhaustif. Ceci pour deux raisons. D'abord, toutes les langues
gabonaises n'ont pas encore été décrites. De plus, des études spécifiques des
langues gabonaises tenant compte à la fois des faits tonétiques et des processus
tonologiques sont rarement abordées. Ce qui fait qu'on n’a pas une vue minutieuse
et spécifique de chaque système tonal des langues gabonaises.
140 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Toutefois, cet examen général donne un certain aperçu des réalités tonales dans les
langues gabonaises. Le nombre assez important des tons observés implique pour
certains auteurs, que «leur influence dans le fonctionnement de ces langues est sans
conteste à prendre en compte» (Afane Otsaga, 2002:79). La prise en compte de la
tonalité dans le système orthographique des langues gabonaises fait l'objet d'une
problématique dans les cercles linguistiques au Gabon.

LA PROBLEMATIQUE DE LA NOTATION DES TONS DANS LES LANGUES DU GABON


Dans le cadre d’une écriture spécifique aux langues gabonaises en fonction de leurs
spécificités structurelles, certains auteurs soutiennent la transcription des tons dans
le système d’orthographe de ces langues. Mais des réserves par rapport à cette
position sont souvent formulées. Par exemple, la notation des tons surchargerait
les textes d’accents.

LES RAISONS DE LA NOTATION DES TONS


Pour Kwenzi Mikala (1988: 209), par exemple, «si l’on veut doter les langues
gabonaises d’une graphie déchiffrable par tout un chacun, il est essentiel de noter les tons».
Pour Daniel F. Idiata (2002: 61), le problème de la notation des tons ne se pose pas
quand il écrit : «les tons doivent être transcrits, parce qu’ils jouent un rôle aussi
important que les consonnes ou les voyelles». Car, ainsi que le précisent d’autres
auteurs, transcrits seulement sur le plan segmental, les textes en langues
gabonaises sont difficiles à lire même pour les locuteurs dont c’est la langue
maternelle. Kwenzi Mikala (1988: 209) suggère de contourner la difficulté, dans
une certaine mesure, «en ne notant rien que le ton le plus fréquent (en général le ton
bas)».
La vraie question de la notation des tons, selon Idiata (2002: 61), est « comment faire
pour arriver à transcrire les tons d’une manière qui soit la plus économique et la plus
fonctionnelle possible ? ». Pour l’auteur, la réponse à cette question dépend non
seulement de la spécificité de la langue mais aussi du destinataire du texte. Idiata
(2002: 62) recommande que le problème de la notation des tons soit traité au cas par
cas. C’est-à-dire que chaque langue devra être dotée d’un système particulier quant
à la notation des tons, compte tenu du fait qu’il y a « des systèmes plus complexes que
d’autres, comme il y a des systèmes plus faciles que d’autres». Finalement, au lieu d’une
dynamique d’ensemble des langues gabonaises comme pour les graphèmes
consonantiques et vocaliques, la notation des tons devra se constituer en un
système diversifié selon les langues.
Par ailleurs, la Session de Concertation sur l’Orthographe des Langues Gabonaises
d’avril 1999 a admis le principe de la notation des tons. Cependant, les experts de
cette Session ont recommandé, pour l’écriture de ces tons, la mise en place des
commissions d’étude et d’harmonisation des différents systèmes linguistiques
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 141

existants. L’application effective de cette recommandation se fait toujours attendre.


Néanmoins, pour l’assignation tonale les cinq diacritiques (suscrits) ci-dessous
furent retenus par les experts.

(19) DIACRITIQUES POUR L’ASSIGNATION TONALE (AVRIL 1999)


le ton haut est indiqué par le signe de l’accent aigu ( )
le ton bas est indiqué par le signe de l’accent grave ( ` )
le ton moyen est indiqué par la barre horizontale ( )
le ton modulé descendant est indiqué par le signe de l’accent
circonflexe (^)
le ton modulé montant est indiqué par le signe de l’accent circonflexe
renversé ( ).

L’on peut conclure cette section par la remarque selon laquelle la Session de
Concertation a finalement admis la notation, en général, de cinq tons des systèmes
tonals des langues gabonaises. Il s’agit du ton haut, du ton bas, du ton montant et
du ton descendant.

DES PREOCCUPATIONS QUANT A LA NOTATION DES TONS


Au-delà de la simple surcharge des textes, il y a bien d’autres raisons sur
lesquelles, la notation des tons achoppe.

EST-IL UTILE DE NOTER LES TONS RARES?


J’ai déjà souligné qu’il existe une diversité de tons rares d’une langue à l’autre. Je
pense que dans le cadre de la notation des tons, il n’est pas sans intérêt de prendre
en compte les tons rares. C’est-à-dire, des tons auxquels les locuteurs eux-mêmes
ne prêtent pas forcément attention. A ce sujet, le nouvel alphabet des langues
gabonaises adopté à la Session de Concertation évoquée plus haut est d’une
avancée très significative.
De plus, il faut noter que la majorité de ces tons rares (aussi bien intermédiaires
que secondaires) sont en variation avec des tons ponctuels ou sont tout simplement
une succession de ces tons ponctuels. En liwanzi (Mwélé 1990: 253) et en yisangu
(Ondo-Mebiame 1988, 1990) par exemple tous les tons modulés sont une séquence
des tons ponctuels haut et bas (ou bas et haut) sur une même voyelle longue ou
brève ou sur une séquence de voyelles. Ainsi des tons tels que le ton très bas
descendant du yipunu et le ton infra-bas sont automatiquement écartés de toute
possibilité de transcription orthographique.
142 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

A-T-ON PEUR DES HOMONYMES?


Les arguments en faveur de la notation des tons reposent en gros sur le fait que les
tons jouent un rôle distinctif dans le vocabulaire des langues gabonaises, comme
d’ailleurs dans toutes les langues à tons. Ceux-ci réfutent l’idée qui préconise
qu’avec l’absence des tons l’on peut s’appuyer sur le contexte pour identifier le
contour tonal du mot. En effet, lorsqu’on prend en compte les paires minimales des
tons on peut conclure à des situations homophoniques si le pallier suprasegmental
n’est pas considéré5. Retenir le principe d’homophonie impliquerait que le sens
d’un mot peut être identifié selon le contexte dans lequel le mot est employé.
La qualification des paires minimales suprasegmentales est difficile pour bon
nombre de chercheurs impliqués dans la sémantique, la confection des
dictionnaires et la linguistique appliquée (Nzang-Bie 2000: 136, Sanogo 2001: 115,
Afane Otsaga 2001). Pour Denis Creissels (1994:173), «Il s’agit là d’une organisation
de la courbe mélodique qu’il est impossible de réduire à des choix entre unités discrètes,
avec des variations qui dépendent directement de la structure communicative du message et
non pas des unités significatives minimales sélectionnées pour en assurer la formulation.
L’importance de ce phénomène dans la communication orale est considérable, mais sa
spécificité gêne beaucoup le linguiste...». Il s’agit en d’autres termes du fonctionnement
linguistique de la hauteur de la voix dans le cadre du mot. Ce fonctionnement est
généralement un phénomène de ton, quand il n’est pas seulement un fait général
de l’intonation.
Le problème des linguistes a généralement été d’une part d’identifier ou non ces
mots qui se distinguent seulement au niveau prosodique comme des homophones
(ou homonymes en général quand on tient compte de leur graphie aussi souvent
identique) et d’autre part de qualifier la relation psychosémantique de ces mêmes
items linguistiques. En ce qui concerne la relation d’homophonie, il est clair qu’elle
n’est pas du tout posée, puisque, comme le montre Ndinga-Koumba-Binza ([Link])
dans le cadre du civili, la prononciation du mot est une combinaison de deux
paliers : le palier des segments (consonnes et voyelles) et le palier des faits
prosodiques (tons, intonation, accent, etc.).
Le ton6 qui distingue les mots de la paire minimale est donc l’un des éléments du
niveau prosodique. Il doit sa réalisation en tant qu’élément phonique à l’ensemble
prosodique même du mot. De ce fait, il est à conclure qu’il ne saurait y avoir des
cas d’homophonie dans une paire minimale (bantu) pour ton. Mavoungou &
Ndinga-Koumba-Binza (2010) évoque pour le civili que des cas d’homophonie
stricts, c’est-à-dire des mots ayant une même structure segmentale et une même

5 Ndinga-Koumba-Binza (en préparation)


6 Pour certains auteurs tels que Ndinga-Koumba-Binza ([Link]) le concept de tonème est
superfétatoire dans le cadre des langues à tons. Car si l’on dit qu’une langue est une langue à tons
cela implique le caractère distinctif de ces tons dans la langue.
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 143

structure tonale, apparaissent dans les langues seulement dans le cadre des
emprunts linguistiques et des termes génériques. Ce qui pose encore la nécessité
du contexte pour la distinction significative des mots.
Ainsi, quand bien même le principe d’homophonie ne serait pas admis pour les
paires minimales des tons, il reste que dans le phénomène du contexte il peut
amener à distinguer des mots bantu identiques. Si l’on arrive à distinguer des
homophones purs, c’est qu’il sera également possible de distinguer par le contexte
les mots dont la réalisation phonétique diffère au niveau tonal. On a les exemples
ci-après en civili.

(20) CAS D’HOMOPHONES STRICTS EN CIVILI


/cikóóku/ «réliques» vs /cikóóku/ «dance punu» (emprunt au yipunu)
/múnù/ «bouche» vs /múnù/ «toute forme d’entrée» (générique)

Ces mots ne se distingueront qu’en fonction du contexte, à la fois du contexte du


discours (le sujet du discours ou de la communication) et du contexte grammatical
(dans la phrase). Finalement, c’est la prise en compte de toutes les formes de
contextes qui donne le sens au mot prononcé ou écrit. Le terme nguji par exemple a
le sens de mère dans un contexte discours religieux (nguji Nyaambi, la mère de
Dieu) ou de parenté (nguji bootsu, la mère de tous).

L’EXEMPLE DES AUTRES PAYS AFRICAINS.


Il faut d’abord noter que les langues à tons sont très nombreuses dans le monde. La
plupart des langues asiatiques (le japonais, le mandarin, etc.) et bon nombre des
langues autochtones d’Amérique par exemple sont des langues à tons. Leurs
systèmes sont souvent plus complexes que ceux des langues bantu en général, et
des langues gabonaises en particulier.
En ce qui concerne la notation des tons, bon nombre de pays ont eu à retenir une
écriture simple qui ne tient pas compte des tons. C’est le cas de tous les pays
d’Afrique australe (Namibie, Botswana, Afrique du Sud, Swaziland, etc.) et des
pays d’Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie, Soudan, etc.). En Afrique centrale, les
pays comme le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et la République Démocratique du
Congo ont des systèmes d’écriture dans laquelle la tonalité des langues n’est pas
prise en compte. Des langues de grande expansion comme le hausa en Afrique de
l’Ouest et le Swahili parlé à la fois en Afrique centrale (Rwanda, République
Démocratique du Congo) et en Afrique de l’Est s’écrivent également sans notation
des paramètres suprasegmentaux. Il faut également préciser que la tradition écrite
des langues africaines dans bon nombre de ces pays est séculaire. C’est le cas de
toutes les langues sud-africaines, du swahili, du lingala et du ciluba dont la
144 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

tradition écrite remonte depuis le XIIIème siècle. Les figures ci-dessous présentent
des textes écrits dans certaines langues africaines.

Figure 1: Extrait de texte hausa ([Link]

Le hausa, langue tchadique du phylum afro-asiatique, a sur le plan phonémique


deux tons principaux – le ton haut et le ton bas – et un ton secondaire, le ton
descendant. L’intonation a également une grande importance dans la langue.
Cependant, aucun phénomène prosodique n’est pris en compte dans le système
orthographique.
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 145

Figure 2: Extrait de texte kiswahili ([Link]

Le kiswahili, langue bantu exceptionnellement sans ton, était jusqu’à la fin du IXème
siècle écrit avec l’écriture arabe. Sa romanisation actuelle qui reprend toutes les
lettres de l’alphabet de la langue anglaise (sauf c, q et x) ne note aucun phénomène
suprasegmental.
146 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Figure 3: Extrait de textes kinyarwanda

Le kinyarwanda est une langue à tons. Comme le kiswahili duquel s’inspire son
système orthographique (le swahili est avec l’anglais et le français l’une des quatre
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 147

langues officielles de la République Rwandaise), le kinyarwanda ne note pas les


phénomènes suprasegmentaux.
Par ailleurs, des langues comme le tswana ont eu à changer plusieurs fois leur
système d’écriture en ce qui concerne la transcription tonale (Cole & Mokaila 1962).
En effet, avec les missionnaires et administrateurs coloniaux jusqu’à l’orée du
XXème siècle, l’écriture du tswana ne tenait pas compte des tons. A partir de la
deuxième moitié du même siècle, les tons furent introduits dans le système
d’orthographe de la langue. Malgré l’adoption de cette disposition par de
nombreuses littératures tswana (romans, journaux, etc.), elle ne résista pas aux
difficultés qui se posaient au grand public. Le tswana dut revenir dès les années
1970 à une écriture sans indication tonale.
En ce qui me concerne, en matière de développement des langues en général et du
problème des indications tonales, le Gabon gagnerait à s’inspirer des pays qui ont
déjà assis une tradition écrite de leurs langues. Comme le dit Idiata (2002: 59) «il
serait simplement modeste de s’inspirer de leur échecs et surtout de leurs réussites».

DE LA REACTION DES POPULATIONS


La prolifération des tons dans les textes de langues peut, comme les signes
diacritiques de l’alphabet, provoquer une certaine réticence des populations locales
qui dans toute leur majorité sont profanes des sciences du langage. Il faut noter
que la plupart des travaux qui ont élaboré des propositions d’alphabets et/ou
d’orthographes se sont beaucoup plus focalisés dans la recherche de la qualité
scientifique et de l’objectivité, oubliant parfois de tenir compte du grand public
profane. On sait dans le monde entier comment des grandes idées scientifiquement
révolutionnaires ont échoué ou, sont peu pratiqués faute de légitimité sociale. Le
clonage humain par exemple est l’une des grandes révolutions scientifiques de ces
temps-ci, mais sa corruption de la conscience sociale et de la moralité humaine le
laisse impopulaire et légalement interdit.
A mon avis, la scientificité quelque peu exagérée des propositions déjà faites tel
que l’ASG, ou même encore le nouvel alphabet des langues gabonaises, serait
d’une certaine manière l’une des raisons qui ralentit la prise de décision des
pouvoirs publics à adopter et promulguer les recommandations des différents
séminaires et autres sessions d’où sont issues les différentes propositions. Car les
pouvoirs publics ne vont pas adopter une proposition, quoique scientifique, dont
les populations seront réfractaires.

LA FAIBLESSE DES TONS DANS L’APPRENTISSAGE D’UNE LANGUE


L’apprentissage d’une langue commence rarement par les phénomènes
suprasegmentaux. Les missionnaires par exemple comme beaucoup d’Européens
ont appris des langues africaines, et des langues bantu en particulier, comme
148 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

seconde ou troisième sans aucun obstacle au niveau tonal. Raponda-Walker


(1998 :83-84) fait référence des efforts de ces Européens en ces termes :
« C’est de voir le plus grand nombre possible de coloniaux, fonctionnaires,
commerçants et exploitants forestiers, s’efforcer d’apprendre l’une ou l’autre
langue indigène, de manière à pouvoir comprendre les Noirs et se faire
comprendre directement d’eux sans le secours d’un interprète… Pourquoi
les missionnaires, tant catholiques que protestants parviennent-ils plus
facilement à comprendre l’indigène et à se faire comprendre de lui, sinon par
suite de la connaissance qu’ils ont acquise du parler de leurs ouailles ? Mais
cette connaissance, absolument nécessaire pour l’enseignement religieux,
n’est pas moins utile à la bonne administration du pays qu’aux tractations
commerciales ou autres qui mettent les Blancs en relation journalière avec
les Noirs ».
Je pense que si des locuteurs d’autres langues sont arrivés à apprendre les
systèmes tonals de nos langues sans que ceux-ci soient transcrits, il en sera de
même pour tout autre individu. En effet, l’apprentissage du système tonal comme
de l’ensemble prosodique d’une langue est généralement et d’abord inconscient
pour des locuteurs non natifs comme pour des locuteurs natifs. La maîtrise des
règles quand elle se pose n’apparaît que bien plus tard.

UNE EXPERIENCE DE RAPIDOLANGUE


Dans le cas de nombreuses langues africaines, comme dans le cas particulier des
langues gabonaises, il est avéré que les tons semblent rébarbatifs aussi bien pour
les élèves que pour les enseignants. Cette situation fut observée à l’issue d’une
expérience personnelle dans le cadre de l’expérimentation de la méthode
Rapidolangue de la Fondation Raponda-Walker 7 . Parmi les enseignants, bon
nombre étaient et sont des étudiants du DSL qui ont une certaine connaissance des
structures tonales des langues gabonaises. Ainsi, les tentatives des enseignants de
faire prendre en compte les tons dans la lecture et l’écriture par les élèves se sont
souvent soldées par une réticence totale de ces derniers. En effet, les élèves
trouvaient une difficulté quant à l’apprentissage (de lecture comme d’écriture) de
tons du fait de l’habitude qu’ils ont du français et de l’anglais qui sont des langues
dont l’écriture est relativement simple et ne nécessite pas la notation des accents
sur toutes les voyelles. La maîtrise des systèmes tonals n’est donc pas une chose
aisée chez les élèves.
Il faut également relever que le système éducatif gabonais part du préscolaire au
supérieur. De ce fait, va-t-on aussi demander aux enfants de moins de 3 ans qui

7 L’auteur a servi pendant trois ans (de 1998 à 2001) à la Fondation Raponda-Walker en qualité
d’enseignant de la langue yipunu à l’Institution Immaculée Conception, au Collège Sainte Marie et
au Collège Notre Dame de Quaben.
Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 149

apprennent la langue, à retenir la transcription des tons que son éducatrice elle-
même n’est pas sure de maîtriser ?

DES IMPLICATIONS DE RECHERCHES SCIENTIFIQUES


L’on peut voir des points qui précèdent que le débat de la graphie des tons peut
soulever des questionnements plus larges que la simple scientificité et l’objectivité
que l’on veut donner à l’écriture des langues gabonaises. En effet, si les tons
doivent être orthographiés, il va falloir un long processus d’explication et de
véhicule, au sein des populations, de la notion des tons et des méthodes de
transcription des tons. Chaque ton dans chaque langue devra être suffisamment
décrypté, sur le plan scientifique au travers des méthodes de la tonétique et de
tonologie expérimentale, en vue d’un discernement nécessaire chez tous les
locuteurs qui sont tous sensés l’écrire et le lire correctement. Ceci implique de
longues, minutieuses et rigoureuses recherches tonétiques et tonologiques des
langues gabonaises.
Par ailleurs, s’il faut tenir compte des aspects commerciaux et économiques, je
doute fort que Microsoft puisse se permettre de créer un clavier particulier pour
une langue africaine. Car sur le plan capitaliste il n’y a aucun intérêt. Si cela était
possible, cela aurait été déjà fait dans les pays qui ont à ce jour un niveau de
développement assez élevé de leurs langues. L’expérience en matière de recherche
linguistique en langues africaines a montré les limites des programmes
informatiques contenant les signes diacritiques particuliers contenus dans les
langues bantu en générales et gabonaises en particulier. Transcrire ou saisir des
textes de ces langues n’est pas chose facile car il faut passer des heures entières
pour achever un travail qui prendrait peu de temps en utilisant Microsoft Word ou
tout autre programme du même type.
La SIL International a dans certaines langues bantu créé des programmes et polices
phonétiques, à l’instar de Cam Cam SIL Doulos (pour les langues camerounaises),
pour tenter de lier par des raccourcis les symboles particuliers de ces langues aux
touches du clavier d’ordinateur. Mais de tels systèmes nécessitent également une
importante vulgarisation auprès des populations. De plus ils ne résolvent pas
nécessairement la difficulté des saisies informatiques et traitements de textes sur
les systèmes d’applications de Microsoft (Word, Excel, Frontpage, etc.) puisqu’il
s’agit de polices nouvelles en forme de caractères spéciaux. Ils ne résolvent pas non
plus le temps qu’on a à insérer des caractères spéciaux.

L’INSTABILITE DU SYSTEME TONAL


Enfin, il faut souligner que les systèmes tonals des langues sont en constante
évolution. L’argument de la tonogénèse est que les langues perdent beaucoup plus
qu’elles n’en créent. C’est-à-dire que plus évolue une langue plus son système
150 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

tonal tend à se simplifier. En d’autres termes, les langues perdent les tons au fur et
à mesure qu’elles se développent ou qu’elles sont au contact d’autres systèmes
linguistiques. C’est le cas du swahili qui, à ce jour, ne relève plus aucune
distinction tonale significative. Le swahili est aujourd’hui de manière
exceptionnelle une langue bantu sans ton.
Sur le plan synchronique l’instabilité des systèmes tonals des langues se distingue
par l’organisation de certains de ces systèmes en types tonals. C’est le cas de bon
nombre des langues gabonaises parmi lesquelles le civili (Blanchon & Nsuka
Nkutsi 1994, Ndinga-Koumba-Binza), le yisangu (Ondo-Mebiame 1988, 1990) et le
wumvu (Blanchon 1989, Rekanga 2000). Dans la plupart de ces langues, les mots
de vocabulaire peuvent être regroupés en classes tonales. De plus, la tonalité d’un
mot est en même de changer selon la position (en isolation ou en contexte) ou la
fonction (sujet ou objet) de ce mot dans la phrase.
Ce phénomène de types tonals, en tant qu’il est une certaine variation sans le
système de la langue, peut être considéré sur le plan diachronique comme un
processus initial aux changements au niveau de la tonalité des langues. C’est-à-dire
que la tonalité peut subir des variations complexes au point de perdre le caractère
distinctif. De ce fait, on peut d’une certaine manière préméditer la perte des tons
dans certaines langues gabonaises à types tonals8.

CONCLUSION
Cet article vient de revenir sur le débat qui porte sur la transcription
orthographique des tons dans les langues gabonaises. On peut retenir que le
caractère distinctif des tons n’est pas une raison suffisante pour admettre la prise
en compte de ces tons dans le système d’orthographe des langues. De nombreuses
raisons aussi bien linguistiques qu’extralinguistiques favorisent plutôt une écriture
simple sans indication tonale. C’est ce qui se fait dans la majorité des pays (aussi
bien africains que non africains) aux contextes proches du nôtre. La perspective qui
réfute la graphie des tons s’appuie sur la considération du grand public qui a seul
le pouvoir social de légitimer toute proposition scientifique faite à son objectif.
Les recherches linguistiques en Afrique de manière générale auront tout à gagner
en tenant compte aussi bien des besoins que des aptitudes des locuteurs respectifs
de ces langues en processus de développement.

REFERENCES
Afane Otsaga, T. 2002. Les tons dans les dictionnaires des langues gabonaises: situation et
perspectives. Lexikos 12: 75-89. Stellenbosch: Buro van die WAT.

8 Des études spécifiques de tonologie nécessitent d’être mené dans ce sens.


Léandre Serge Soami: La place des tons dans l’orthographe 151

Blanchon J.A. 1989. Le wumvu de Malinga (Gabon): tonalité des nominaux. Pholia 6: 39-44. .
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du Langage 2: 114-124.
UNITES-LANGUES ET STANDARDISATION
DANS LES LANGUES GABONAISES

HUGUES STEVE NDINGA-KOUMBA-BINZA


CENTRE FOR TEXT TECHNOLOGY (CTEXT)
NORTH-WEST UNIVERSITY, POTCHEFSTROOM CAMPUS
(22602560@[Link])

INTRODUCTION
Le Gabon est certainement un pays à forte diversité linguistique comme le sont bon
nombre de pays d'Afrique centrale. Les langues du Gabon ont plusieurs fois fait
l'objet des classifications internes. Mais il faut noter que ces regroupements ont
souvent été faits sur la base des critères linguistiques généralisés sur des langues
n'ayant pas de norme standard.
En effet, de toutes les langues gabonaises, aucune n’est standardisée. Autrement
dit, outre la question de leur introduction dans le système éducatif, l’un des défis
majeurs de la linguistique gabonaise est la standardisation des langues.
De fait, les langues gabonaises, quel que soit le nombre qu’on peut leur donner, ne
sont chacune qu’un ensemble de variantes. Une communauté linguistique telle que
celle du ghisira1 qui paraît homogène est bel et bien subdivisée en variantes si l’on
considère par exemple la distinction faite entre ghisira yi ngosi et ghisira yi kamba.
Il n’est donc plus à démontrer que les langues du Gabon, même les plus modestes,
nécessitent – si l'on peut parler ainsi – d’être standardisées, au vu de leurs
diversités dialectales respectives. L’aspiration à la standardisation des langues du
Gabon est manifeste par le fait que des études diverses (Emejulu et Nzang-Bié
1999b, Nzang-Bié 2002)2 ont été déjà entamées en vue de proposer un ou des
modèles de standardisation.
L'objectif du présent article est de présenter une option de standardisation des
langues du Gabon en se servant de l'identification des unités-langues et de leur
classification interne. Pour ce faire, il convient d'observer préalablement les

1 Le ghisira est parlé dans la province du Moyen-Ogooué (région de Lambaréné) et dans la province
de la Ngounié (région de Fougamou et Sindara).
2 Une recherche doctorale sur le dictionnaire bilingue comme instrument de standardisation du fang
a été menée par Thierry Afane Otsaga. Nzang-Bié (2008) a par ailleurs publié un article sur un
modèle standardisation d’un dialecte fang.

153
154 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

quelques réalités dialectologiques du Gabon. Puis, je présenterai les différents


regroupements des langues du Gabon en unités-langues. Ceci conduira à une
analyse de manière historico-dialectologique de la plus récente des classifications
des unités-langues du Gabon. Nous pourrons enfin proposer une orientation de la
standardisation des langues gabonaises.

REALITES DIALECTOLOGIQUES DU GABON

CONCEPTS DE DIALECTE ET DE VARIETES DIALECTALES


Bien que la dichotomie langue/dialecte ne soit pas facile à caractériser, celle-ci a
déjà acquis une définition scientifique qui fait l’objet d’une certaine unanimité
(Petyt 1980; Chambers & Trudgill 1998). C’est-à-dire que le dialecte est tout
simplement un système linguistique qui, dans un ensemble avec d’autres systèmes
de même type, forme la langue. C’est ainsi qu’il est généralement dit que la langue
est un ensemble de variantes dialectales.
Le terme de "dialecte" a le plus souvent été utilisé pour désigner une variante
subalterne d'une langue. Dans une langue africaine bantu tel que le zulu par
exemple, on distingue plus de six variantes régionales parmi lesquelles le tekela, le
ntungwa et le zunda nguni (d’où est issue la forme standard). Il y a aussi le cas de
l'anglais dont il est dit qu'il a plusieurs dialectes (Romaine 1994:900). On appelle
dialecte régional la variété de langue associée à un lieu. C'est ainsi qu'on parle du
dialecte anglais de Yorkshire en Angleterre et du dialecte allemand bavarois en
Allemagne. Lorsque l'on voit dans la notion de dialecte un tel sens, il serait mal
aisé d'évoquer des dialectes dans le cadre des langues gabonaises qui n'ont pas
encore de forme standard. En d’autres termes, la notion de dialecte n’a de sens que
par rapport à une forme standard de la langue.
De ce fait, la dialectologie au Gabon se pose comme dépendant du facteur de
standardisation. Elle ne viendrait qu'une fois que des formes reconnues comme
normes auraient émergé au sein et parmi les langues gabonaises respectives.
La notion de variété dialectale est généralement utilisée comme synonyme de
dialecte ou variante dialectale. Définir la notion de variété dialectale reviendrait
donc tout simplement à définir le terme de dialecte en soi-même. Je voudrais
notifier ici que l'on peut se passer de cet amalgame terminologique en donnant une
autre assertion au terme de variété dialectale. Dès lors, "variété dialectale" peut être
également entendue comme la différence ou les différences qu'il y a d'un dialecte à
un autre à un niveau donné du système linguistique. L'on peut ainsi observer des
variétés dialectales grammaticales, phonologiques, lexicales, etc. Tandis que
"dialecte" et "variante dialectale" (ou "régionale") restent quelque peu synonymes.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 155

Le terme de dialecte est diversement entendu par les chercheurs en linguistique et


dialectologie. Pour Beaudoin (1998: 10), le dialecte n'est qu'une "variante régionale
d'une langue; important pour l'identité de la communauté qui le parle". Ce qui fait
qu'une autre expression synonyme donnée au terme de dialecte est variation
régionale pour le distinguer de la variation sociale qui peut être plutôt un
phénomène au sein d'une même variante linguistique; phénomène souvent dû à la
subdivision de la société en classes, en groupes et en sous-groupes de toutes sortes
(Petyt 1980 : 27-30). L'on pourrait à ce sujet citer l'exemple de la langue myenè
(aussi appelée omyenè) qui se subdivise en variantes nommément appelées
mpongwè, galwa, nkomi, orungu, adjumba et enenga. C'est ici une subdivision
apparemment dialectale. Mais dans chaque subdivision se retrouvent des sous-
subdivisions qui sont quelque peu le résultat de la stratification sociale, puisque
mpongwè, galwa, enenga, etc. constituant des sociétés différentes les unes des
autres, rien que par le seul fait que chacune de ces communautés a une localisation
particulièrement définie. Car, "les Mpongwe habitent les deux rives de l'Estuaire du
Como; les Adyumba sont établis au Lac Azingo; les Galwa sont installés à Lambaréné et
dans les grands lacs (Onangué, Ezanga, Ogouèmouè); les Orungu habitent le Cap Lopez et
le Delta de l'Ogooué; les Nkomi vivent au Fernan-Vaz, entre le Cap Lopez et le Cap Sainte
Catherine; les Enenga sont isolés au Lac Zilè" (Mouguiama-Daouda 1997: 168).
Petyt (1980: 11) pour sa part souligne que les dialectes sont simplement des formes
différentes d'une même langue. Dans la langue fang par exemple, l'on note
différentes formes même au sein d'une variante dialectale dite homogène. C'est ce
que l'on observe dans le fang-ntumu parlée dans la province du Woleu-Ntem
(Nord du Gabon). Dans ce fang-ntumu, l'on peut distinguer la variante parlée à
Oyem de celle parlée à Bitam.
C'est fort des différentes formes que peut présenter une langue que Petyt (1980: 11)
affirme que, "Using a language thus necessarily involves using one of its dialects". Ceci
pour dire que parler une langue implique nécessairement faire usage d'un des
dialectes de cette langue. L'on peut ainsi conclure que tout individu parle au moins
un dialecte d'une langue, même si celui-ci serait caractérisé de langue standard
(Chambers & Trudgill 1998: 3).
On distingue la langue du dialecte en cela que deux locuteurs d'une même langue,
mais de dialectes différents, peuvent se comprendre mutuellement alors que deux
locuteurs de langues différentes ne peuvent pas se comprendre (Beaudoin 1998).
Cependant la distinction entre dialectes repose sur le critère de la variation. En
effet si deux locuteurs de dialectes différents sont intercompréhensibles, il n'en
demeure pas moins que l'on distingue un locuteur d'un autre par le fait du parler
qui varie de l'un à l'autre. Si cette variation se limite aux deux locuteurs
sélectionnés, on parle d’un cas d'idiolectes; mais si la même variation va jusqu'à
distinguer à partir des deux locuteurs deux groupes sociaux d'une même
156 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

communauté linguistique, on parlera d’un cas de sociolectes3. Les idiolectes et les


sociolectes peuvent être le résultat de la stratification sociale sus-évoquée. Par
contre, cette variation n'est dialectale que dans la mesure où elle distingue à partir
des mêmes deux locuteurs deux systèmes linguistiques mutuellement intelligibles.
La variation linguistique est vaste. En dépit du fait que chaque personne ait ses
propres variations à l'intérieur d'une même langue, il y a des similarités
importantes dans la façon de parler des membres d'une communauté donnée qui
se distinguent des membres des autres communautés parlant la même langue.
C'est là qu'on parle de variation dialectale ou régionale.
De même, l'usage fait du fang en Guinée Equatoriale en ce qu'il diffère de celui du
Gabon est de fait une variation dialectale de cette langue comme le sont
évidemment tous les autres usages. En d'autres termes, l'on dira que la langue fang
a des variantes dialectales4 qui se trouvent en Guinée Equatoriale et au Gabon. On
en trouve également au Congo (Brazzaville) et au Sao Tome et Principe (Grimes
19965).
Tout en restant intercompréhensibles, deux dialectes d'une même langue
entretiennent des différences qui permettent aux locuteurs de les démarquer des
utilisateurs des autres dialectes. L'on note souvent que cet état de fait tient d'une
part au besoin d'identité à un groupe spécifique par les individus qui le composent
et d'autre part au développement naturel d'une langue qui évolue par son usage de
façon différente dans différentes régions.
Ces différences qu'elles soient dues à l'évolution naturelle ou à la volonté de
démarcation d'une communauté donnée sont dites variétés dialectales parce
qu'elles contrastent différentes formes (appelées ici dialectes) d'une même langue.
Les variétés dialectales, ou encore les différences entre dialectes, sont le fruit de la
variation. C'est-à-dire les divers changements linguistiques qui se produisent lors
de l'évolution normale (ou non) des langues en isolation et/ou en contacts
interlinguistiques.

TYPES DE VARIETES DIALECTALES


Les variétés dialectales dans une langue sont de diverses sortes selon les
différentes variations ayant été enregistrées (ou en cours) par la langue. Comme le
disent Romaine (1994: 900) et Petyt (1980 :16-17), un dialecte diffère des autres

3 Les variations des cas d'idiolectes et de sociolectes sont du domaine de la sociolinguistique. Ce qui
n'est pas forcément le cas de la variation dialectale qui est plutôt l'objet de la dialectologie.
4 Dans cette exemplification je ne tiens pas compte des classifications (Hombert et autres) évoquées
dans les pages qui vont suivre.
5 Grimes cite à ce sujet Johnstone (1993).
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 157

dialectes de la même langue simultanément en au moins trois niveaux


d'organisation: prononciation, grammaire ou syntaxe et vocabulaire.
Il s'agit plus précisément de relever comparativement les caractéristiques de
différentes réalisations de la langue à l'étude sur les plans lexical, grammatical
(syntaxe et morphologie), phonologique (morphophonologique y compris) et
phonétique. Le cas de la dialectologie du fang dont je fais mention plus loin se base
sur une comparaison lexicale et sur une comparaison phonologique et
morphophonologique.
Des comparaisons à tous les niveaux d'organisation dans le cadre d'une étude
dialectologique sont aisément applicables aux langues du Gabon. Elles seraient
dans la plupart des cas amenées à distinguer des dialectes des uns des autres par le
biais des différences que ceux-ci présenteront dans les divers niveaux sus-indiqués.
Dans le domaine de la langue yipunu par exemple l'on pourrait identifier selon des
paramètres lexicaux des variantes suivantes de cette langue à partir des lexèmes
qui désignent respectivement le bâton de manioc (maniot esculenta), la marmite et la
négation. L'on pourrait distinguer le yipunu de Moabi/Ndéndé de celui de Mouila
et de celui de Tchibanga6.
(21)

Moabi/Ndéndé Mouila Tchibanga Traduction

mughuma mulemba ikwanga "bâton de manioc"

dwengu mbidji dwengu/mbidji "marmite"

nesi viagha/nesi nesi "non"

Au niveau morphophonologique, le syntagme pour dire "j'ai dit que"7 nous donne
dans la même langue yipunu les variantes Moabi/Ndéndé, Mouila et Tchibanga.
(22)

Moabi/Ndéndé Mouila Tchibanga Traduction


nitsavabwendiri nitsavayiri ndzivayi/nitsavayi "j'ai dit que"

nitsavabwe nitsavayinana nitsavayina " j'ai dit que"


La comparaison dialectologique soulignée plus haut peut être étendue à la
grammaire, notamment au niveau de la morphologie verbale. L'on observerait des

6 Je rappelle qu'il s'agit ici d'une simple exemplification du processus d'identification dialectologique,
et non pas une étude dialectologique en tant que telle qui nécessiterait un corpus non seulement
plus large mais aussi plus élaboré.
7 A ne pas confondre avec le terme pour dire "je dis que" retenu comme critère de classification par
Kwenzi-Mikala (1988; 1998).
158 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

variations dialectales du type qu'il y a entre le fang-ntumu et le fang-nzaman dans


le syntagme pour dire "je ne suis pas là".
(23)

fang-ntumu fang-nzaman Traduction

maseki va masara va "je ne suis pas là"

L'extension de la comparaison à la grammaire aboutit à une comparaison globale,


c'est-à-dire multidimensionnelle des systèmes.
La comparaison multidimensionnelle est de nos jours la procédure la plus objective
qui requiert de la rigueur scientifique dans l'identification des dialectes d'une
langue. Elle considère premièrement les éléments de variation au niveau du
système phonologique (comme cela a été le cas du fang que j'évoque un peu plus
loin), puis le lexique et la grammaire. La prononciation, ainsi que je l'ai évoqué
précédemment constitue également une strate importante où s'opèrent des variétés
dialectales.
Le paramètre le plus évident de différenciation dialectale au niveau de la
prononciation est l'accent, c’est-à-dire le phénomène qui consiste en une façon
particulière de prononcer d'une variante dialectale ou régionale d’une langue8 .
L'étude dialectologique multidimensionnelle est, en plus d'être objective,
appropriée pour l'identification des divers dialectes et langues du Gabon. Elle
pourrait également permettre de déterminer de manière objective le statut de
chaque groupe linguistique.

LA DIALECTOLOGIE AU GABON
La dialectologie est une discipline toute aussi récente que la lexicographie au
Gabon, tout comme l'est la linguistique en général. Au Département des Sciences
du Langage (DSL) de l'Université Omar Bongo (UOB), à l'Institut de Recherche en
Sciences Humaines (IRSH) du Centre National de la Recherche Scientifique et
Technologique (CENAREST), tout comme au Laboratoire des Sciences Humaines
et de la Dynamique du Langage (Lascidyl) de l'Ecole Normale Supérieure (ENS) et
au Département des langues nationales de l’Institut Pédagogique National, la
recherche est caractérisée par un intérêt moindre des études à caractères
dialectologiques. Ainsi dans son Aperçu des travaux réalisés sur les langues gabonaises
jusqu’en 2000, Idiata (2002: 45) recense seulement deux travaux au traitant des
phénomènes dialectologiques dans quelques langues du Gabon.

8 Les faits de variétés dialectales au niveau de la prononciation sont l'objet d'une recherche en cours
que mène H.S. Ndinga-Koumba-Binza.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 159

Il s'observe même une certaine confusion entre la dialectologie et la


sociolinguistique au sein de la linguistique gabonaise. Cette confusion est
vraisemblablement entretenue par l'insertion dans l'enseignement de
sociolinguistique de la dialectologie comme parfois sujet des travaux dirigés9 au
DSL. Cette confusion est également entrevue dans les programmes de recherche du
Lascidyl qui, profondément ancré dans la sociolinguistique, ne s'empêche pas de
mener des travaux de recherche à caractère dialectologique sans pouvoir préciser
la distinction entre les deux disciplines10.
La dialectologie est généralement entendue comme l'étude des langues non
standardisées ou non standard. Pour des auteurs comme Chambers et Trudgill
(1998: 3) et Romaine (1994: 900), la dialectologie est de toute évidence l'étude de
dialecte et des dialectes. Point n'est besoin de rappeler ici que cette définition se
base sur la dichotomie désormais classique entre langue et dialecte. Dichotomie
selon laquelle, on appelle langue, la variante standard et reconnue comme norme
d'un système linguistique; et dialectes toutes les autres variantes de ce même
système linguistique.
Définir la dialectologie sous cet angle stricto sensu amène inévitablement à la
conclusion que cette discipline n'est pas encore pratiquée au Gabon selon les
principes qui le lient à la standardisation préalable des langues. En effet, aucune
langue gabonaise n’a une forme standard à partir de laquelle les autres formes
devraient être considérées et étudiées comme dialectes. Sans norme, on ne saurait
avoir de dialectologie. La dialectologie se trouve comme je le dis déjà plus haut,
dépendante du facteur de standardisation.
Toutefois, lorsque l'on considère la dialectologie dans sa corrélation avec les
notions de géolinguistique et d'atlas linguistique, elle porte tout un autre sens qui
lui donne une existence au Gabon. Vue dans un sens large, la dialectologie a eu son
entrée au Gabon avec le lancement par l'Etat Gabonais du Projet d'Atlas
linguistique du Gabon à la fin des années 1980 (Dodo-Bounguendza 2001: 33). Ce
projet est mené par les chercheurs du Laboratoire de Phonétique et Linguistique
Africaine (LAPHOLIA) de l'Université Lumière de Lyon (France). Ainsi que le
souligne Dodo-Bounguendza (2002: 33), ce projet "s'appuie sur le volet linguistique
qui comprend l'inventaire des langues en usage au Gabon, la situation géographique de ces
langues, la collecte des données minimales en vue de la classification de celles-ci".

9 Je fais allusion ici aux cours de Niveaux de langue et variétés de langue (1ère Année) et de Langue et saisie
du monde dans la société (2è Année) qui étaient dispensés au Département des Sciences du Langage
(Université Omar Bongo) depuis sa création en tant que Cour Magistral et Travaux Dirigés jusqu'à
ce que les programmes soient révisés en 1999-2000.
10 Je citerai pour ce cas le séminaire de dialectologie organisé en décembre 1997 par le Lascidyl. Les
travaux de ces assises n’ont pas manqué de soulever des perspectives sociolinguistiques.
Cependant, pour des auteurs comme Petyt (1980 : 28-30) la sociolinguistique et la géolinguistique
seraient en quelque sorte des composantes de la dialectologie.
160 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Malheureusement "la matérialisation objective des résultats obtenues pendant ces


différentes périodes de terrain se font attendre" (Dodo-Bounguendza 2002: 33).
Les questions de l'inventaire des langues et de leur classification échoient de toute
évidence et nécessairement à des études du type dialectologique, puisqu'elles
impliquent inévitablement l'identification préalable des divers systèmes
linguistiques de l'espace géographique en étude. Le chercheur aura à se préoccuper
de distinguer entre les systèmes mutuellement intelligibles qui pourraient
sensiblement être une même langue et les systèmes qui, bien que partageant le
même environnement, ne sont pas intercompréhensibles; constituant ainsi des
langues toutes différentes les unes des autres si elles ne sont pas de la même
famille ou branche linguistique sur le plan historique.
Ainsi, les processus de classification et d'inventaire linguistiques participent
pleinement à l'étude dialectologique en ce qu'ils requièrent l'observation de
certains traits pertinents, à savoir les différences lexicales, morphophonologiques
ou phonologiques et même phonétiques, des différents systèmes linguistiques
d'une région en vue de leur identification et de leur catégorisation et/ou typologie.
La dialectologie vue selon ce cheminement est celle qui a toujours eu cours au
Gabon, depuis les enquêtes pour l'Atlas Linguistique du Gabon jusqu'aux travaux
de Kwenzi-Mikala (1988; 1998) sur l'identification et la classification des parlers du
Gabon en unités-langues.
Les quelques travaux purement dialectologiques publiés à ce jour sur les langues
du Gabon sont ceux qui portent essentiellement sur le fang (Hombert 1991, Medjo-
Mvé 1997a, 1997b et 1997c). Le fang demeure à ce jour la seule langue gabonaise
ayant fait l'objet d'études dialectologiques au sens stricto sensu et dont les résultats
sont concluants. Je mentionnerai ici les travaux de Hombert et de Medjo-Mvé dont
le domaine de comparaison est le système phonologique.
L'étude de Hombert juge la traditionnelle répartition du fang en six sous-groupes
(mekè, nzaman, ntumu, okak, mvaï et atsi) de classification impressionniste et
linguistique. Pour Hombert, le système dialectologique du fang repose sur deux
aires dialectales distinctes (Nord et Sud), en dépit de la difficulté d'accès des
variantes de la Guinée Equatoriale dont le lexique lui a semblé assez bref. Cette
classification de Hombert, illustrée par une carte géolinguistique, se base sur un
lexique à critères morphophonologiques et sur une analyse des données collectées
non seulement sur le terrain mais aussi à partir les travaux effectués sur la langue.
Medjo-Mvé (1997a) dans sa thèse sur la phonologie panchronique du fang esquisse
une investigation sur les différents dialectes de cette langue en tant qu'elle est un
moyen pour reprendre l'histoire linguistique et pourvoir aux manquements des
reconstructions historiques et comparatives. Il confirme sur la base aussi bien des
critères purement phonologiques que des paramètres lexicaux, les deux aires
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 161

dialectales de Hombert (1991) et revoit d'une certaine manière la carte linguistique


fang établie par Hombert. Dès lors, les six variantes du groupe linguistique fang
composent diversement les deux zones dialectales identifiées de la manière
représentée dans la figure qui suit.

Fang

Nord Sud

ntumu okak mvε mkε atsi nzaman

Figure 5: Composition dialectale du fang d'après Hombert (1991) et Medjo-Mvé


(1997)

La dialectologie au Gabon s'arrête à ce travail minutieusement mené sur le plan


scientifique et qui démontre au-delà des conceptions historico-sociologiques11 la
situation dialectale d'une des langues du Gabon.
Comme déjà mentionné, les corrélats de la notion de dialectologie sont celles de
géolinguistique et d'atlas linguistique. Certains auteurs à l'instar de Bothorel-Witz
(2002) considèrent comme domaine de la géolinguistique dialectale les travaux à
orientation sociolinguistique liés au contact de langues. "Ils portent, plus
particulièrement, sur l'élaboration d'un modèle de variétés conçu comme un continuum de
pratiques, sur la conscience psycho-sociolangagière des locuteurs dialectophones [...] sur les
aspects (socio)linguistiques de l'évolution des dialectes actuels, sur les minorités et les
phénomènes de la minoration".
A défaut d'être une discipline à part entière, la géolinguistique se définit selon
Crosbie (1994: 1414) comme la théorie de la géographie dialectale ou encore de la
linguistique cartographique. Pour lui, la géolinguistique consiste à présenter sur
carte les caractéristiques linguistiques dans une zone géographique définie. Elle se
confond ainsi avec l'atlas linguistique dont l'objet est de représenter la distribution
des dialectes et langues d'une région donnée.
En dépit de cette situation peu effective, la dialectologie en tant que discipline
linguistique a cependant un champ d'étude tout ouvert au vu de la diversité

11 On a en effet longtemps pensé que le domaine fang était homogène.


162 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

linguistique du Gabon et du statut non encore concrètement spécifié ni identifié de


ses langues et dialectes. Je pense qu'à ce jour, la dialectologie gabonaise s'est
maladroitement orientée dans une perspective qui sous-entend l'étude de dialecte
et des dialectes comme présenter plus haut. En effet, cette définition, quoique
distinguant la langue du dialecte, s'investit dans le sens selon lequel on appellerait
langue la variante (d'une langue donnée) considérée standardisée et dialectes
toutes les autres variantes de cette même langue, comme je l'ai déjà indiqué. Les
perspectives heureuses de la dialectologie gabonaise pourraient reposer
premièrement sur l’orientation géolinguistique et atlas linguistiques,
deuxièmement sur l’identification au sein d'un même système des variantes de ce
système, et troisièmement sur le regroupement en unités-langues ou langues des
divers systèmes linguistiques.

L'IDENTIFICATION DES UNITES-LANGUES DU GABON


Les langues du Gabon ont été l'objet de bon nombre de regroupements en unités-
langues. A la différence de Guthrie (1953) et de Jacquot (1985), Raponda-Walker
(1998)12 et Kwenzi-Mikala (1988, 1990, 1998) présentent en plus de l'identification
des unités-langues une classification interne de celles-ci.
Dans son ouvrage The Bantu languages of Western Equatorial Africa, Guthrie (1953)
rassemble les idiomes bantu du Gabon en entités qui recouvrent la notion d’unité-
langue. On a ainsi selon la classification de Guthrie les groupes suivants:
bube – benga: A30
yaunde – fang: A70
makaa njem: A80
myene: B10
kele: B20
tsogo: B30
shira – punu: B40
njabi: B50
mbede: B60
teke: B70

Cependant cette classification ne détermine pas le nombre des langues parlées au


Gabon ni ne prend en compte des idiomes identifiés à l'heure actuelle sur le
territoire gabonais. De plus, on y trouve aussi bien des langues parlées au
Cameroun qu'en Guinée Equatoriale comme on le voit ci-dessus dans les groupes 1
et 2. Cette classification présente par conséquent des ressemblances avec la
classification générale des langues bantu proposée par l'auteur lui-même. C’est au

12 Réédition de la Fondation Raponda Walker.


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 163

sujet de cette dernière qu’Idiata (2002: 41) dit "l’ancrage diachronique adopté par
Guthrie ne peut pas régler le problème de l’inventaire des langues vernaculaires gabonaises
en synchronie".
S'appuyant sur les travaux de Guthrie et sur des recherches personnelles, Jacquot
(1978) identifie dix groupes de langues gabonaises. Sa dixième unité-langue n’est
rien d'autre qu’une classe unique contenant le civili qu'il considère sans aucune
mutuelle intelligibilité avec les langues de la zone B. Cette classification se présente
comme suit:
bube – benga: A30
ewondo: A70
myene: B10
kele: B20
tsogo: B30
shira: B40
njebi: B50
mbede: B60
teke: B70
civili: H10

Hombert (1990: 30) dit de l’inventaire de Jacquot qu’elle est une "présentation autour
d’une classification linguistique (en reprenant et en modifiant la classification de Guthrie)".
Comme celle de Guthrie, la classification de Jacquot a apparemment pour critère
important celui de l'intercompréhension. Cependant il n'est pas fait mention des
critères à partir desquels l'intercompréhension aurait été mesurée. Il est cependant
connu que la classification générale des langues bantu de Guthrie repose non
seulement sur le critère d’intercompréhension mais aussi sur ceux d’affinités
grammaticales et d’affinités phonologiques. Cette classification de Jacquot présente
les mêmes incorrections que celle de Guthrie, à savoir principalement la
détermination inexacte des langues du Gabon et l’insuffisance du répertoire au
regard du nombre des systèmes linguistiques observables à l’heure actuelle au
Gabon.
Pour Raponda-Walker les idiomes 13 gabonais se répartissent en six groupes
linguistiques, eux-mêmes divisés en sous-groupes comme ci-dessous présenté.
Groupe I: Ngwe-myene
a) b)
mpongwè okandé
galoa apindji
nkomi mitsogo
orungu simba

13 Raponda-Walker utilise plus le terme idiome que celui de langue.


164 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

adyumba bavové
énénga évia

Groupe II : Fang Groupe III:


bétsi bakélé
ntum bangomo
bule bantomboli
ewondo shaké
fong dambomo
nzamane mbanhu
mékè bawumpfu
bakwélé

Groupe IV : Groupe V :
éshira a) b)
masango bénga béséki
bavarama bapuku balengi
bavungu kombè
bapunu banoko
balumbu batanga
ngowé bakota
mindasa manongwè
basisihu bushamay

Groupe VI :
baduma
bavili
banzabi
bawandji
batsayi
mindumu
ambèdè
ambamba
atègè
akaninhi

Les critères seraient d'ordre historico-culturel et d'intercompréhension ou encore


d’ordre ethnolinguistique, quoique l'auteur lui-même affirme qu'il s'agit d'une
classification linguistique et non ethnique14. "Mais rappeler que la langue, la race, -nous
ajoutons la culture- sont des paramètres qu'il faut considérer séparément est une chose,
apporter des preuves de ce que l'on énonce en est une autre" (Mouguiama-Daouda
1997: 170).

14 Raponda-Walker utilise généralement le terme de "races" pour parler des ethnies.


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 165

D’après Idiata (2002: 41), "la proposition de Raponda-Walker est trop ancienne pour
espérer trancher le débat actuel sur le nombre des langues et leur distribution". De plus,
bien d'autres idiomes tel que le civili (que l'auteur lui-même désigne baloango) ne
figurent pas dans le répertoire de Raponda-Walker bien qu'il ait eu à en faire une
étude des similitudes et divergences parmi les autres idiomes.
Kwenzi-Mikala (1988; 1990, 1998) dans sa classification interne des parlers du Gabon,
regroupe les langues du Gabon en dix unités-langues:
MAZUNA: fang-atsi, fang-make, fang-mvaï, fang-ntumu, fang-
nzaman et fang-okak.
MYENE: enenga, galwa, mpongwe, nkomi, orungu et adjumba.
MEKANA-MENAA: akele, ungom, lisigu, mbangwe, metombolo,
seki, tumbidi, shake, wumpfu et lendambomo.
MEKONA-MANGOTE: ikota, benga, shamayi, mahongwe, ndasa et
bakola.
MEMBE (ou OKANDE-TSOGO): ghetsogho, ghepinzi, kande,
ghevove, ghehimbaka, gheviya, ebongwe et kota-kota.
MERYE : ghisira, ghivarama, ghivungu, yipunu, yilumbu, yisangu,
ngubi, civili, yirimba et yigama.
METYE: yinzebi, yitsengi, yiwele, yivili, liduma, liwanzi et yibongo.
MEMBERE: lembaama, lekaningi, lindumu, lateghe et latsitseghe.
MAKENA: bekwil, shiwa (ou makina) et mwesa.
BAKA: baka.

Ce regroupement est basé sur un critère sociologique, la formule de conversation


« je dis que » ainsi que sur le critère d'une relation d'intercompréhension que les
parlers d'une même unité-langue semblent entretenir. Il y est cependant omis les
moyens par lesquels l’intercompréhension a été mesurée. Il faut toutefois souligner
qu’Emejulu et Nzang-Bié (1999a, 1999b) reprochent à Kwenzi-Mikala de ne pas
prendre position sur la question des dialectes. Auquel cas, le nombre de langues,
dont Barbara Grimes (1996) suppose une quarantaine, pourrait être revu à la
baisse. Selon Hombert (1990: 30) "Kwenzi-Mikala opte pour une présentation
géographico-administrative".
Idiata (2002: 42), qui lui trouve un défaut de rigueur par le fait d’un seul critère, lui
reconnaît cependant au moins deux avantages lorsqu’il dit : " c’est une classification
récente et elle a l’air beaucoup plus détaillée et plus proche de la réalité de terrain". Je
pense que de tous les inventaires et autres classifications observés ci-dessus le
travail de Kwenzi-Mikala, en dépit des reproches sus-évoqués, présente l'avantage
non seulement de tenir compte d'un maximum des parlers du Gabon, mais aussi
de les regrouper en 10 unités-langues à l'intérieur desquelles les différents parlers
entretiendraient plus ou moins des relations d'intercompréhension. Ce qui réduit
166 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

considérablement le nombre de langues et permet de regrouper sous forme de


dialectes les cas les plus évidents.
Aux dires d’Idiata (2002: 42) l’information sur le degré d’intercompréhension
(entre les composants des unités-langues) qui manquent à l’argumentation de
Kwenzi-Mikala "aurait été déterminante pour permettre de trancher l’épineux débat sur le
nombre de langues vernaculaires au Gabon". En effet, il est nécessaire dans le
regroupement sur la base du critère d’intercompréhension de mesurer le niveau
d’intelligibilité entre les langues ou idiomes d’un même groupe. Ceci permet de
distinguer de première vue les différents systèmes qui peuvent s’avérer être des
dialectes d’une même langue.
La mesure du niveau d’intercompréhension permet également d’observer les
langues les plus intelligibles entre elles et celles qui le sont moins. Néanmoins dans
le cas particulier du Gabon où il s’agit de partir du regroupement en unités-
langues pour aboutir à des langues standard, il n’est plus besoin du degré
d’intercompréhension si l’on part d’une approche historico-dialectologique de
chaque unité-langue.

DES UNITES-LANGUES AUX LANGUES


D'après Kwenzi-Mikala (1988: 57; 1990: 122) "Une unité-langue est l'ensemble de
différents parlers tous mutuellement compréhensibles". Kwenzi-Mikala (1988: 58)
souligne que pour l'établissement de sa classification "la première étape du travail de
terrain a consisté à obtenir des villageois une information générale sur la situation
linguistique telle qu'elle était perçue par eux-mêmes". Cette étape pour laquelle des
enquêtes ont été menées dans les villes aussi bien que dans les villages, précise
l'auteur, fut précédée par une consultation des travaux de Guthrie (1953) et d’
Jacquot (1978) qui donnent un aperçu sur la répartition géographique des groupes
linguistiques du Gabon et leur classification interne, comme présenté
précédemment.
La seconde étape de cette recherche "a été l'analyse de la situation sociolinguistique par
le questionnaire sur l'intercompréhension. Cette seconde phase du travail a consisté à
demander aux informateurs de parlers différents s'ils pouvaient comprendre sans
apprentissage ni utilisation d'une tierce langue à la première rencontre, s'ils dénombraient
une ou plusieurs langues et s'ils pouvaient donner le ou les noms de ces langues".
Selon Kwenzi-Mikala (1988; 1998), il ressort de cette enquête qu'il y a dix groupes
de parlers au Gabon15 ainsi présenté plus haut. Cette classification a aussi le mérite

15 Je précise qu'en 1988 l'auteur énumère huit groupes. Dix ans plus tard, il révise son travail et porte
le nombre des unités-langues finalement à dix. Je présente ici la version révisée et officiellement
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 167

non seulement de répertorier et d’identifier les systèmes linguistiques du Gabon


connus jusqu'à ce jour, mais également de les rapprocher selon leurs affinités, c’est-
à-dire en fonction de leur mutuelle compréhension et de leur lexique verbale (si
l'on parler ainsi du terme pour dire "je dis que"). D'après Kwenzi-Mikala (1988: 59)
« Le dépouillement du questionnaire a permis de montrer que, contrairement à l'idée reçue
qui veut qu'il y ait quarante langues, le nombre d'unités-langues est réduit. En effet, si
l'on procède au regroupement des parlers sur la base de l'intercompréhension, on obtient
huit [aujourd'hui dix] langues... Etant donné que ces langues n'ont pas toutes de nom
spécifique, j'ai dû avoir recours au terme qui sert à engager une conversation et qui
équivaut à 'je dis que' ».
Je précise que pour certains linguistes gabonais le travail de Kwenzi-Mikala n’est
pas une classification mais plutôt un inventaire pour la simple raison qu'une
classification repose sur des critères génétiques (cf. l’Indo-européen avec les
auteurs de la linguistique comparée ou la classification des langues bantu de
Guthrie). Mon point de vue est que le travail de Kwenzi-Mikala est un inventaire
des unités-langues, mais c’est une classification à l'intérieur de chaque unité-
langue. C’est une prise de position quelque peu politique et non strictement
scientifique; et j'use du terme de classification pour les besoins que j'ai l'identifier.
En dépit de quelques incorrections à l'instar de celle de l'intercompréhension entre
le civili et les autres parlers du groupe MERYE (Ndinga-Koumba-Binza 2000: 11-
13; Kwenzi-Mikala 1988: 59; Jacquot 1985: 355-359), ce travail de Kwenzi-Mikala est
reconnue par la majorité des chercheurs sur les langues gabonaises comme une
source de référence vue son ambition de réduction du nombre des langues du
Gabon. En effet, les politiques linguistiques et l'enseignement des langues
nationales du Gabon ne pourraient pas se passer de la connaissance du nombre
exacte ainsi que de l'inventaire de ces langues. Comment peut-on vouloir
promouvoir et enseigner des langues dont on ne connaît ni le nombre exact ni les
différentes variantes? En proposant une identification des unités-langues du
Gabon et leur classification interne, Kwenzi-Mikala (1988) a anticipé à l’époque la
réponse à cette question.
L'on sait aussi que "L'identification des unités-langues bantu gabonaises et leur
classification interne" furent motivées, selon Kwenzi-Mikala (1988: 55), "par le fait
qu'il est communément admis qu'il y a quarante langues au Gabon". Dans le cadre d’une
approche nouvelle et adéquate des problèmes de classification linguistique au
Gabon, l’inventaire de Kwenzi-Mikala mériterait d’être revisité non plus sous
l’optique d’un regroupement des parlers en unités-langues, mais plutôt, et
désormais, selon l’orientation d’une identification nette des langues à partir d’une
approche historico-dialectologique.

reconnue lors de la 1ère Table Ronde sur les "Recherches Linguistiques et l'Enseignement des Langues au
Gabon" du 9 au 11 décembre 1997.
168 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Il faut en effet noter que le terme de dialecte a aussi des connotations historiques.
En linguistique historique, par exemple, on parle des dialectes germaniques en
référence aux ancêtres des variétés de langue de nos jours reconnues comme
langues germaniques modernes. Tel est le cas de l'anglais, du hollandais et de
l'allemand pour ne citer que ces langues-là. Ce sont des dialectes du germanique
qui ont fini par émerger comme langues selon des facteurs historiques, politiques
et culturels (Romaine 1994: 900). De la même manière et selon des facteurs
identiques les anciens dialectes du latin de l’Empire Romain ont émergé en langues
française, espagnole, italienne et roumaine (Petyt 1980 : 32).
Pour revenir à la situation spécifique des langues du Gabon, le problème est de
procéder à l’identification exacte de celles-ci et ce en s’appuyant sur le travail de
Kwenzi-Mikala. Kwenzi-Mikala (1990: 122) lui-même reconnaît implicitement une
synonymie entre les termes de langue et de groupe de parlers et d'unité-langue
qu'il utilise lorsqu'il écrit: "la proposition d'identification des langues ou groupes de
parlers que j'ai établie". Ceci revient à dire que Kwenzi-Mikala entend par langue ce
qu'il désigne par unité-langue, et entend par dialecte ce qu'il désigne par parler ou
sous-groupe d'unité. Je ne doute pas que Kwenzi-Mikala ait préféré les termes
d'unité-langue et de parler pour s'éviter quelque débat ou réflexion sur le plan
terminologique; les approches définitoires des notions de langues et de dialectes
étant d'une sensibilité aiguë selon les perspectives linguistiques, sociologiques,
historiques, culturelles et même politiques.
Cette perspective qui envisage les unités-langues en termes de langues et les
parlers en termes de dialectes est clairement perceptible dans les groupes
quasiment homogènes qui sont le MAZUNA16 et le MYENE. En effet, quoique les
natifs des deux groupes manifestent leur appartenance à une variante donnée (atsi,
okak, ntumu, nzaman, mvaï et mekè pour le fang; orungu, mpongwè, galwa,
nkomi, adjumba et enenga pour le myenè), il n'en demeure pas moins que tous
parlent la même langue. Cette détermination peut trouver une explication dans
l'organisation interne des différents groupes ethnolinguistiques. "Dans le groupe
B10 (Myene), tout comme dans le sous-groupe A75 (Fang), il s’agit sur le plan linguistique
d’une seule langue avec ses dialectes et sur le plan ethnologique de plusieurs ethnies parlant
une même langue" (Ndinga-Koumba-Binza 2000: 15). Nzaman, atsi, okak, mvaï,
mekè et ntumu parlent tous le fang. De même, enenga, nkomi, galwa, mpongwè,
orungu et adjumba parlent tous l'omyenè.
Pour ce qui est des cas des groupes hétérogènes et hétéroclites comme le
MEKANA-MENAA, le MEKONA-MAGOTE, le MEMBERE ou le MERYE, ils
nécessiteraient quelques réaménagements. On pourra cependant trouver dans
certains cas qu'il s'agirait des dialectes d'une même langue dont l'évolution tout à

16 Il a été présenté plus haut par Hombert (1991) et Medjo-Mvé (1997a, 1997b et 1997c) que le groupe
fang n'est pas aussi homogène qu’on l'a toujours cru.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 169

fait rapide influence grandement l'intercompréhension entre les différents


systèmes linguistiques. Le type d'évolution qu'il y a eu entre l'espagnol, le
portugais et l'italien à partir du latin.
L'on notera aussi et ce d'une manière générale que dans d'autres groupes tels que
le MAKENA ou le MEMBE il se présente une tacite organisation déterminative des
variantes à l'image de celle du fang et de l'omyenè. Les natifs des différentes
communautés de ces groupes se définissent généralement comme appartenant à
une même et unique souche historico-ethnolinguistique partageant traditions, rites
et cultures et origines. Il est donc vraisemblable que dans le cas des groupes
MAKENA et MEMBE, on ait affaire à des dialectes d'une même langue ayant
connu une évolution particulièrement rapide, celle-ci n'influençant que de façon
minime l'intercompréhension entre les divers systèmes linguistiques. Le type
d'évolution qu'il y a eu entre l'allemand, le hollandais et l'afrikaans à partir du
germanique.
Il est nécessaire de noter que le regroupement des idiomes du Gabon présente des
avantages divers telles que:
∙ la réduction du nombre des langues;
∙ la décomplexification du processus de standardisation des langues;
∙ et l'accessibilité du choix des langues à standardiser, officialiser et à insérer
dans l'enseignement.

Ce regroupement implique la dialectalisation des différents sous-groupes. La


notion de dialectalisation, quoiqu'elle produise d'un point de vue une divergence,
peut être vue d'un autre point de vue comme phénomène de convergence (Petyt
1980: 32). Des communautés voisines et proches sur le plan linguistique qui
seraient dans un processus de séparation (tel est le cas du makina qui, dans le
groupe MAKENA, se sépare de plus en plus des mwesa et bekwil par un certain
phénomène d’assimilation au groupe fang auront à retrouver une sorte d'unité
dans une forme commune par le besoin que les individus d'un même groupe
auront de communiquer régulièrement.

STANDARDISATION DES LANGUES

GENERALITES
La standardisation, au sens où je l’entends, est non seulement le développement
naturel d'une langue standard dans une communauté linguistique, mais aussi
l'imposition par un groupe d'un dialecte comme langue standard. Cette imposition
peut être tacite ou implicite comme elle peut être par décision délibérément prise.
Il existe bon nombre de modèles de standardisation. Mais d’une manière générale
170 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

la standardisation de certaines langues du monde s’est faite suite à des facteurs


extralinguistiques. Romaine (1994: 900) dit d'ailleurs que le processus de
standardisation est lié à plusieurs facteurs sociohistoriques parmi lesquels on cite
l'alphabétisation, le mouvement nationaliste, et l'identité culturelle et/ou ethnique.
En Grèce antique par exemple, chaque ville utilisait anciennement son propre
dialecte à la fois pour la forme orale et pour la forme écrite jusqu’à ce qu’un
système de communication plus large conduisant au dialecte d’Athènes fut adopté
comme dialecte commun. Les raisons de ce choix, ainsi que l’indique Petyt (1980 :
32-33), furent d’ordre social, économique et politique. Car le dialecte choisi fut tout
simplement le parler de la classe sociale supérieure de la capitale de la nation, une
classe qui inspirait déjà un certain prestige à tous les niveaux de la société, et
particulièrement au niveau culturel par le biais des sciences, des lettres et des arts.
Le cas de la langue française est également un fait de standardisation conduite
primordialement par des éléments extralinguistiques. Le statut officiel du français
parmi toutes les autres langues du royaume de France (de l'époque) fut
premièrement déclaré par l'Edit de Villers Cotterêts en 1539, et fortement réaffirmé,
comme symbole de l'unité nationale et de la culture, par la convention de 1794
issue de la Révolution de 1789. Pour Prosner (1994: 1300), le français moderne qui
triomphe dès le XVIè siècle est le résultat des efforts minutieusement fournis pour
la codification et la standardisation de la langue et pour l'extension de son
domaine.
Cependant, d'après l'auteur, ceci n'a pas empêché qu'au XVIIè siècle l'usage de la
cour royale fut adopté comme la norme de la langue française, et avec quelques
modifications, finalement imposé comme langue nationale et du système éducatif.
Le scénario est quasiment le même quand Shaka, roi des Zulu, décida que ses
sujets pouvaient parler n'importe quel dialecte de l'isiZulu à domicile, mais que
dans son armée chaque guerrier était tenu de parler le dialecte du roi. Poulos &
Msimang (1998: 19) écrivent que Shaka utilisa ce facteur linguistique pour
inculquer l'unité et la solidarité dans son armée, puis fit de celle-ci une institution
prestigieuse et enviable dans tout le territoire par le biais de la promotion, des
récompenses et autres faveurs à tout guerrier qui non seulement se distinguerait
dans le champ de bataille mais qui parlerait en plus le bon Zulu.
Aussitôt, bon nombre de dialectes du Zulu ne furent plus parlés que par les
femmes et les enfants. De nos jours, le Zulu standard parlé, écrit et enseigné dans
les universités sud-africaines est dû au prodigieux dialectologue et sociolinguiste
Shaka qui usa non pas de la coercition mais de la persuasion pour imposer son
dialecte à lui comme norme du Zulu.
Dans toute langue, cependant, la forme retenue standard n’acquiert son statut de
norme que par des chemins lexicographiques. C'est pourquoi Romaine (1994: 900)
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 171

définit la standardisation comme résultant d'un choix et d'une fixation comme


norme uniforme d'un usage particulier qui est promu et véhiculé au travers des
dictionnaires, des manuels de grammaire et d'enseignement. Une langue standard
est une variante qui a été délibérément codifiée de telle sorte qu'elle varie
minimalement dans sa forme linguistique mais maximalement élaborée dans sa
fonction, ajoute-t-elle.
En effet, le dictionnaire comme tout autre ouvrage didactique joue un rôle très
important dans la standardisation d'une langue, celui de véhiculer la norme par
l'autorité qu'il exerce auprès de ses usagers dans la société. Je dirais même que la
lexicographie au travers du dictionnaire et de manuels d'enseignement fixe la
norme de la langue par son influence sur le développement et la standardisation
d'une langue. Il est effectivement notable que le dictionnaire participe à grande
échelle à l’élévation au-dessus des autres d’une variante linguistique. La
standardisation des langues gabonaises a donc nécessairement besoin de la
lexicographie dans son sens le plus étendu.
Mabika Mbokou (2001: 220) cite, par exemple, le cas de l'afrikaans où "dans la lutte
pour une reconnaissance comme langue officielle au même titre que l'anglais" la
confection des dictionnaires s'était assignée l'objectif de la "standardisation par le
développement et la promotion de la langue". Pour le cas du Gabon, la confection des
dictionnaires dits descriptifs standard dont le but est de refléter la norme s'impose.
Comme le précise Nyangone Assam (2001: 193), de tels dictionnaires s'orientent
"généralement sur le présent et le futur" et ayant "un plus fort caractère normatif qu'un
dictionnaire compréhensif". Pour le cas précis des langues gabonaises, la
standardisation ne saurait pas se démarquer complètement d'un support du type
dictionnairique ou lexicographique pour diffuser ou véhiculer la norme.

LE CAS PARTICULIER DU GABON


Dans la lecture que j'ai faite de la classification en unités-langues de Kwenzi-
Mikala, j'ai présenté dans la section qui précède que l'on pourrait voir en chaque
unité-langue une langue au sens proprement dit en tant que "phénomène social dont
les règles de fonctionnement sont liées à d'autres règles sociologiques d'interactions
humaines" (Kwenzi-Mikala 1988: 55). Et j'ajouterais à ces règles sociologiques aussi
bien des règles historiques que des règles culturelles. Je perçois également en
chaque sous-groupe d'unité-langue une variante dialectale de la langue
anciennement considérée comme unité-langue.
Pour Emejulu et Nzang-Bié (1999a: 7), la classification des langues gabonaises de
Kwenzi-Mikala semble offrir une plateforme théorique facile pour l'identification
des langues à standardiser. Les auteurs pensent que l'avantage inhérent de cette
classification est qu'elle donne aux planificateurs un modèle plus simplifié pour le
choix d'une langue. Mieux, je trouve qu'elle oriente le processus de standardisation
172 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

des langues du Gabon. A partir de cette classification de Kwenzi-Mikala, ce


processus commence par reconnaître au lieu d'une quarantaine ou soixantaine, une
dizaine de langues bantu parlées au Gabon.
La standardisation des langues consisterait donc au choix de l'un des dialectes
anciennement sous-groupes d'une même unité-langue. Dans une langue comme le
MAZUNA qui présente six formes dialectales, le processus de standardisation
aurait à choisir entre l'atsi, le ntumu, le nzaman, le mekè, l'okak et le mvaï; dans le
MYENE le choix serait entre le mpongwè, l'enenga, le galwa, le nkomi, l'adjumba
et l'orungu; dans le MAKENA l'on choisirait entre le bekwil, le shiwa (ou makina)
et le mwesa; etc.
Cependant il se poserait deux problèmes celui du facteur de standardisation et
celui des critères de choix de la forme standard. Si le second cas présente une
solution rapide et efficace, il n'en est pas de même pour le premier. Emejulu et
Nzang (1999b) ont proposé quelques critères pour le choix d'un dialecte dans le
cadre de la standardisation. Premièrement ils admettent les 18 critères énumérés
par Sadembouo (1980)17 pour la sélection d'un dialecte standard, à savoir:

CRITERES FONDAMENTAUX
∙ le haut degré de compréhension déclarée du dialecte;
∙ le haut degré de compréhension prédite du dialecte;
∙ l'importance numérique des locuteurs du dialecte;
∙ la position géographique avantageuse du dialecte;
∙ la localisation du dialecte au centre d'activité;
∙ le prestige du dialecte;
∙ la pureté du dialecte;
∙ la véhicularité du dialecte.

CRITERES SECONDAIRES
∙ l'attitude du gouvernement envers le dialecte;
∙ l'influence religieuse du dialecte;
∙ l'importance socio-économique du dialecte;
∙ les documents écrits déjà existants dans le dialecte;
∙ l'expansion historique de la langue;
∙ le sentiment exprimé sur la facilité à comprendre et parler le dialecte.

17 Cité par les auteurs.


Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 173

CRITERES MARGINAUX
∙ la disponibilité des locuteurs du dialecte à coopérer dans le travail de
développement de la langue;
∙ des bonnes conditions de travail pour les chercheurs;
∙ des relations d'amitié entre les chercheurs et un locuteur du dialecte;
∙ le statut social des locuteurs du dialecte.

A ceux-ci Emejulu et Nzang (1999b: 5) ajoutent les critères suivants à partir des
sources diverses.
∙ des langues nationales d'une plus large communication;
∙ la décentralisation des décisions du choix des langues aux régions;
∙ des langues régionales dominantes;
∙ le choix laissé aux communautés;
∙ la langue native de la Capitale
∙ la présence des leaders engagés dans le processus de standardisation;
∙ la présence d'une communauté concernée par la standardisation;
∙ les langues en voie de disparition.

Il est évident, comme le reconnaissent les auteurs eux-mêmes, que le critère le plus
important et le plus fonctionnel est l'acceptabilité des communautés linguistiques.
Emejulu et Nzang (1999: 5) citent Sadembouo, Tadadjeu et Wiesman (1988) qui
affirment que la décision est des hommes et non des principes, "People decide, not
principles".
C'est fort de cette raison que je pense que le processus de standardisation des
langues du Gabon aura du mal à se poursuivre avec uniquement des facteurs
linguistiques et scientifiques. A mon avis, la standardisation des langues au Gabon
au même titre que le choix d'un dialecte comme norme dans les différentes langues
nécessite une décision politique qui intègre le mouvement de planification et
d'aménagement linguistique déjà initié aussi bien par le Ministère de l'Education
Nationale que par le GRELACO18 au sein de l'Université Omar Bongo. Car, il faut
le mentionner, la situation spécifique des langues du Gabon ne cadre pas de
manière adéquate avec la critériologie exposée plus haut.
Je proposerais donc une certaine coopération entre les chercheurs et les politiques
dans le processus de standardisation de nos langues. Cette coopération est ici une
solution au problème de facteur de standardisation, c’est-à-dire qu’elle va
constituer l’élément moteur qui devra favoriser la standardisation de nos langues.
Elle revient également à combiner les facteurs extralinguistiques et la recherche
linguistique. Je voudrais noter que des expériences précédentes, telle que celle de

18 Groupe de Recherche en Langues et Cultures Orales.


174 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

l'alphabet scientifique des langues du Gabon (ASG)19, ont échoué faute de cette
coopération importante. Nzang-Bié (2001: 27) évoque la nécessité de cette
coopération en ces termes, "Nous sommes conscientes que la question de la planification
linguistique est politique et académique..."
En effet, quoiqu'il revienne au linguiste de concevoir les méthodes et autres
processus d'enseignement ou de développement des langues, il ne lui revient
malheureusement pas de décider de l'effectivité de cet enseignement ou de
l'application effective de méthodes élaborées. Ceci revient au politique. Ce qui est
également difficile ou impossible au décideur politique devra revenir au linguiste.
Il faut également noter qu'après cinq décennies d'indépendance et l'enracinement
du français dans les mentalités et traditions des Gabonais, le Gabon n'est plus au
stade où des facteurs extralinguistiques comme ceux évoqués tout au long de ce
texte – nationalisme, prestige culturel, etc. – peuvent effectivement participer à la
standardisation des langues. Le seul facteur extralinguistique qui s’impose est celui
de la décision politique. Mais celle-ci devra prendre en compte les résultats ou les
propositions de la recherche linguistique.
En ce qui me concerne, je crois en une standardisation des langues du Gabon qui
commence par la reconnaissance des unités-langues en langues et du choix quasi
arbitraire (puisque les critères semblent inadéquats) d'un des dialectes comme
norme dans chaque langue. Cette reconnaissance et ce choix devront s'inscrire dans
une coopération entre chercheurs et décideurs. L'on pourra enfin introduire les
normes reconnues dans le système éducatif que soutiendra la confection des
dictionnaires et autres ouvrages d'enseignement.
En effet, on a souvent parlé de l'insertion dans le système éducatif des langues
nationales. Cependant, qui dit enseignement d'une langue dit également norme.
Puisque l'on n'enseigne pas une langue, mais la norme de cette langue. Le cas
spécifique du Gabon suggère que l'enseignement des langues est un atout pour la
confirmation et l'expansion de la norme admise dans chaque langue.

DES CAS DE STANDARDISATION IMPLICITE


Une certaine standardisation a commencé sans dire son nom dans des initiatives
privées et par l'expérience des media publics et privés.
La première est celle de l'organisation non gouvernementale Ayile. Cette
association dont la mission est la promotion et la sauvegarde de l'identité culturelle
et linguistique myenè a en 1992 "édité un manuel élaboré et un coffret de cassette audio
sur la méthode de l'enseignement d'un dialecte omyene intitulé: le mpongwe en 26 leçons"

19 Certains auteurs, à l'instar de P.A. Mavoungou (communication personnelle), pensent que l'ASG n'a
pas échoué mais qu'il n'a pas reçu la publicité adéquate à sa vulgarisation.
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza: Unités-langues et standardisation 175

(Nzang-Bié 2001: 21). Comme précisé dans le titre du manuel, la variante myenè
véhiculé est le mpongwè. Il est donc implicitement présenté dans le manuel
d'Ayele que la norme myenè est le mpongwè. Les apprenants qui n'ont pas
d'autres soucis que celui d'apprendre la langue myenè (et non le dialecte
mpongwè) acquièrent ainsi comme norme, une des variantes de la langue qu'ils
sont sensés apprendre et parler plus tard.
Le principe est quasiment le même dans la méthode Rapidolangue de la Fondation
Raponda Walker. Dans le but de la promotion des langues et cultures du Gabon, ce
groupe (composé des chercheurs, pédagogues et missionnaires) poursuit depuis
1995 l'expérimentation d'un manuel multilingue d'enseignement des langues
gabonaises (Hubert 1995 & 1997). Les deux premiers volumes de Rapidolangue
actuellement expérimentés dans bon nombre d'établissements secondaires
comprennent le fang, le yinzebi, le lembaama, l’omyenè, le yipunu, l’ikota, le civili
et le ghetsogho20.
Pour les cas du fang et de l'omyenè, il est clair qu'il s'agit de la diffusion de l'un des
dialectes respectifs précis du MAZUNA et du MYENE comme présenté dans la
classification de Kwenzi-Mikala. Les cas du lembaama, du yinzebi, du yipunu, de
l’ikota et du ghetsogho sont à l'évidence une situation du choix quasi arbitraire
(dont j'ai déjà fait mention) parmi les langues MEMBERE (pour le lembaama),
METYE (pour le yinzebi), MERYE (pour le yipunu et le civili), MEKONA (pour
l’ikota) et MEMBE (pour le ghetsogho). Le lembaama, le yinzebi, le yipunu, l’ikota
et le ghetsogho sont implicitement véhiculés comme norme de chaque groupe
respectif. La situation du civili ici est telle qu’elle se présente dans la classification
de Jacquot que nous avons vue plus haut : une classe unique.
En dehors de cette situation d'enseignement, la standardisation implicite est en
outre observée dans les mass media publics et privés. A Libreville, la Capitale,
comme au niveau des provinces, les stations de Radio et Télévision diffusent de
plus en plus non seulement des émissions à caractères promotionnelles, mais
surtout des informations d'actualités et des avis et communiqués en langues
locales. Ce fait participe également à la standardisation implicite, puisque les
langues qui passent à la télévision comme à la radio proviennent à quelques
exceptions près de chaque groupe identifié dans la classification de Kwenzi-
Mikala. Seuls les groupes MERYE (avec le yipunu et le ghisira), METYE (avec le
yinzebi et le liduma) et MEMBERE (avec le lembaama et le latege) dont les
diffusions sont faites dans plus d'une variante de ces langues.
La standardisation telle que je la perçois à partir de la classification de Kwenzi-
Mikala consisterait donc en partie à planifier, réguler et officialiser ce phénomène

20 Voir l’article de Jacques Hubert, dans ce volume, pour des détails sur l’expérience de la Fondation
Raponda Walker.
176 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

que j'appelle standardisation implicite observable dans les media et les initiatives
privées d'enseignement.

CONCLUSION
La standardisation des langues est un processus difficile à initier pour des pays
comme le Gabon qui, après une cinquantaine d’années d'indépendance, s'est
accoutumé à la langue héritée de l'ancienne puissance coloniale, reconnue comme
unique langue officielle. Cette officialisation de la langue étrangère et cette
accoutumance ont durablement fait passer les langues locales pour des laissés-
pour-compte dans les politiques et planifications linguistiques et les systèmes
d'enseignement. Au moment où le Gabon se donne le souci de ses langues locales
par la volonté de les promouvoir et les insérer dans le système éducatif, il se pose
la difficulté de la non standardisation de celles-ci. Le présent article, après avoir
esquissé la situation dialectologique du Gabon et interprété le regroupement des
idiomes du Gabon en unités-langues, propose un certain point de départ pour la
standardisation des langues du Gabon.
Il y est mentionné qu'en partant de la classification de Kwenzi-Mikala et par une
coopération entre chercheurs et politiques, l'on aura affaire à dix langues
seulement à standardiser en choisissant quasi arbitrairement dans chaque groupe
un dialecte représentatif comme norme standard de la langue. Ceci ne ferait que
réorganiser une certaine standardisation observée par ailleurs dans les media et les
expériences privées d'enseignement des langues locales. Le choix quasi arbitraire
remplace la critériologie élaborée et à laquelle le cas particulier de la situation
gabonaise entre difficilement. Le modèle de standardisation trouvera un support
d'expansion et de diffusion dans la confection des dictionnaires et autres manuels
d'enseignement. Ainsi le processus de standardisation des langues se pose comme
une des tâches importantes pour la lexicographie gabonaise en plein essor.

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Romaine, S. 1994. Dialect and Dialectology. R.E. Asher (Ed.). The Encyclopedia of Language and
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RECOMMANDATIONS
Depuis 1983, lors des Etats Généraux de l’Education Nationale et de la Formation,
le Gabon s’est engagé à faire de ses langues et des cultures qu’elles véhiculent, la
pierre angulaire de son développement. Mais le constat aujourd’hui est que la
traduction de cette résolution en actes concrets se fait toujours attendre: les langues
gabonaises ne sont encore pas insérées dans le système éducatif, les discussions sur
l’adoption d’un alphabet orthographique unifié et utilisé par tous n’ont pas encore
abouti, la majorité des langues gabonaises reste à standardiser, le nombre exact des
langues nationales reste encore à déterminer, etc. Les conséquences d’une telle
situation empêchent le développement effectif des langues gabonaises, c’est-à-dire
l’intégration de ces dernières dans le concert linguistique international.
C’est un fait avéré que le développement des pays est intimement lié à celui de leur
culture. Pour que le Gabon puisse enfin prendre son envol sur le plan économique
et social, il se doit de prendre des dispositions en vue de rattraper le temps perdu.
L’heure n’est donc plus au discours, mais à la mise en place de politiques
linguistiques concrètes. En tenant compte des propositions existantes, l´adoption et
l’utilisation d’un système alphabétique unifié doit aujourd’hui être le cheval de
bataille des chercheurs et décideurs gabonais.
En prenant l’initiative d’écrire cet ouvrage, nous voulons à notre manière
contribuer au processus de développement des langues gabonaises par des
propositions concrètes susceptibles d’une application immédiate dans le contexte
actuel.
Par rapport au concept d’alphabet unifié, nous sommes parvenus à la conclusion
qu’il faille adopter les graphèmes proposés par le Rapport Final de la Session de
Concertation sur l’Orthographe des Langues Gabonaises d’avril 1999.
Néanmoins, nous émettons quelques réserves pour ce qui est de la notation du son
[] par le symbole  (schwa). Pour ce son, Raponda-Walker (dans l’article intitulé
‘‘L’alphabet des idiomes gabonais’’ publié en 1932 et réédité par la Fondation
Raponda-Walker en 1998) propose le ë. Nous estimons que ce graphème est
approprié pour transcrire le schwa en lieu et place du symbole phonétique.
L’autre réserve se situe au niveau de la notation des tons sur le plan
orthographique. Pour ce qui nous concerne et par rapport à ce qui existe ailleurs,
(par exemple dans les pays qui ont déjà une large expérience dans l’écriture de
leurs langues respectives par un système orthographique approprié : Cameroun,
Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Nigeria, Rwanda, Sénégal, République
Démocratique du Congo, etc.) nous proposons que la notation des tons soit

179
180 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

réservée au niveau des transcriptions phonétiques alors que sur le plan


orthographique une transcription sans ton est jugée plus pratique pour le grand
public. Toutefois, nous relevons le fait que tout système alphabétique est
perfectible en fonction des besoins nouveaux surtout lorsqu’il est au stade
expérimental. Par exemple, des recherches ultérieures pourraient mettre en
évidence la nécessité de tenir compte d’autres réalités des langues gabonaises (en
particuliers les faits prosodiques).
Par ailleurs, nous estimons aussi que des initiatives telle que celle de la Fondation
Raponda-Walker, à travers l’enseignement à titre expérimental de quelques
langues gabonaises au moyen de la méthode Rapidolangue, sont à encourager.
Elles ont le mérite d’avoir lancé un projet (le développement des langues
nationales) qui nécessite d’être mené jusqu’à son terme. En supervisant cet
enseignement le Ministère de l’Education Nationale a implicitement apporté son
cachet officiel et scientifique à l’expérimentation Rapidolangue.
Enfin, il faut souligner que quels que soient les efforts des chercheurs et les
propositions faites par ces derniers les choses ne peuvent avancer que si des
décisions politiques, allant dans le sens de l’application effective de ces
propositions, sont prises.

Jacques Hubert
Paul Achille Mavoungou
Thierry Afane Otsaga
Léandre Serge Soami
Hugues Steve Ndinga-Koumba-Binza
ANNEXES :
PROPOSITIONS POUR L’ORTHOGRAPHE

181
Propositions pour l’Orthographe du Yilumbu
PAUL ACHILLE MAVOUNGOU
DEPARTMENT OF AFRIKAANS AND DUTCH, STELLENBOSCH UNIVERSITY
DEPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE, UNIVERSITE OMAR BONGO
(moudika2@[Link])

GRAPHEMES UTILISES ET EXEMPLES

LES VOYELLES
graphèmes Majuscules Exemples en gloses
yilumbu
i I (Ghâng.) fiti "colère"

ii II (Men.) miilu "les pieds"

e EE yipéti "espèce de petit poisson


d’eau douce"
ee EE (Ghâng.) leelu "aujourd’hui"

e E peta "temps passé, époque


révolue"

ee EE ngeeyu "toi"

a A malamu "vin"

aa AA mbaala "nandinie"

o O ngola "silure"

oo OO (emprunt) ilooku "téléphone"

o O (Men.) doli "argent"

oo OO boolu "paresse"
u U munu "bouche"

uu UU muula "bénédiction"
N.B: Le graphème a se réalise tantôt [a] en position préfixale et radicale (ou encore en
finale dans les phrases inachevées ou interrompues), tantôt [] ailleurs.

182
Annexes: Propositions pour l’orthographe 183

LES CONSONNES
graphèmes Majuscules Exemples yilumbu gloses

p P (Men.) mapapi "ailes"

b B (Ghâng.) bwaala "village"

mb MB mbaala "civette"

t T taata "père"
d D (Ghâng. Emprunt) "docteur"
datoola

nd ND (Men.) ndaghu "maison"

ndz NDZ (Ghâng. Variante) "maison"


ndzubu
k K kaaka "grand-parent"

g G (emprunt) gatu "gâteau"

gh GH ughaanga "saisir, attraper"

ng NG ngaanga "devin-guérisseur"

f F ufuta "payer"
vh VH vhavha "ici"

mf MF (variante) mfula "pluie"

mv MV mvula "pluie"

s S usala "travailler"

z Z (Ghâng. emprunt) zeeta "graisse, huile"

nz NZ nzala "faim"

nts NTS (variante) ntsala "faim"

ny NY (Men.) nyama "viande; animal"

l L ulaamba "préparer"

r R (Men.) rolu "sommeil"

w W uwaaba "pêcher"

y Y (Ghâng.) yilu "sommeil"


184 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

UTILISATION DES MAJUSCULES


Avant de parler de l’usage de lettres majuscules pour les noms de lieux, clans,
personnes, etc. Il convient de rappeler le truisme suivant: Une phrase commence par
une lettre majuscule et s’achève par un point: Nzwengi atsifu mo muramba.
Noms de personnes, de clans (tribus), de villages et dénominations des groupes
ethnolinguistiques et de leurs langues respectives.
Tous les termes composés représentant des anthroponymes en yilumbu s’écrivent
conventionnellement avec un trait d’union. Chaque constituant du mot composé
commence par une lettre majuscule. Les noms de clans (tribus), de régions, villes ou
pays, de villages, et des groupes ethnolinguistiques ainsi que leurs langues respectives
commencent par une lettre majuscule.

EXEMPLES:
Anthroponymes: Disuvha-di-Koondi; Iiílu-Mubeembi; Mabika-ma-
Mbadinga…
Noms de clans: Imondu; Basuumba; Baduumbi…
Noms de régions, villes ou pays: Kulamutu; Masaanga; Fwaala…
Noms de villages: Bilaanga; Muvheemu; Paanga Bikodi…
Noms des groupes ethnolinguistiques: Bapunu; Bapamu; Bawusa…
Dénominations des langues: Yipamu; Yimbaamba; Yingleesa (ou encore
Yingesi)…

LES JOURS DE LA SEMAINE


Les termes désignant les jours de la semaine en yilumbu commencent par une lettre
majuscule: Mutoonu, Mudughu, Musiilu; (Men.) Tsona; (Ghâng.) Dumiingu; Sabala…

DIVISION DES MOTS


Préfixes (nominaux et verbaux), formatifs et extensions
Les préfixes, les formatifs et les extensions sont joints au radical verbal ou au thème
nominal pour former un seul mot. Par contre, les mots composant une phrase sont
écris séparément.
Exemples: (Men.) Bamaba na misosu; (Ghâng.) Abu tukusilaanu?

LES PREFIXES LOCATIFS AVEC NOMS


Les préfixes locatifs de classe 16 vha- avec noms s’écrivent en un seul mot: vhoyilu ou
encore vhayilu.
Annexes: Propositions pour l’orthographe 185

N.B. Les préfixes pronominaux o- (classe17) et mu- (classe 18) utilisés avec des noms
ayant une valeur locative s’écrivent de façon disjonctive et non de manière
conjonctive.
Exemples: (Ghâng.) o yitanda, (Men.) o dikasa…

LES PRONOMS POSSESSIFS AVEC LES TERMES DE PARENTE


Les pronoms possessifs utilisés avec des termes de parenté s’écrivent conjointement.
Exemples: mwanaami; nzubwaami; …
Les démonstratifs
Les démonstratifs constituent une catégorie lexicale à part entière et doivent par
conséquent s’écrire de façon disjonctive. Exemples: aghu; ghuna; ghunaa; etc.
Cependant, les pronoms démonstratifs utilisés avec des noms s’écrivent
conjointement: mutwaghu; mwanaaghu…

LES ADVERBES
Les adverbes constituent une catégorie lexicale autonome et c’est pourquoi ils
s’écrivent de façon disjonctive. Exemples: tiinu; (Men.) biingi; (Ghâng.) pweela, etc. De
manière similaire, les adverbes interrogatifs Ana?; Avhe?; Amubi?; Abu?… s’écrivent
conjointement.

APOSTROPHE
L’apostrophe est utilisée pour indiquer un phénomène d’élision:
Ibonga swe atsikota ‘tsi nyosi.
Nongu mu ‘wuma urombila dyaambu.

LES TONS
Deux types de tons sont attestés en yilumbu, à savoir: les tons ponctuels et les tons
modulés. Les deux tons ponctuels du yilumbu sont le ton haut (noté par un accent
aigu) et le ton bas (noté par un accent grave). Les deux tons modulés du yilumbu sont
le ton montant (noté par l’inflexe) et le ton descendant (noté par un accent circonflexe).
Les tons sus-mentionnés ne sont pas pris en compte au niveau de l’orthographe. Ils
sont réservés aux études scientifiques et universitaires.

EXEMPLE DE TRANSCRIPTION (CONTE)


Iboonga ya bwaali na ikuumbu
186 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Iboonga atsiweenda ayenaroomba pira mughetu. Mughetu ghuna akativhita


maweela. Nge ke usali isina usoweela mughetu be ghuna. Ti: Pili bi mughetu be
ghuna? Ti: Mughetu ta Nza Puungu. Bibulu byootsu batsyeyidama ghuna.
Iboonga atsiweenda. Ti: Mi tsiwiitsa muyitsiweela ikoonda mwaana ta Nza Puungu.
Oo! Mughetu vhana rongii ghooghu vho yilu dibange. Ngeeyu ta Nza Puungu uweela
mwanaandi mi ifwaana umona maku mwaali ma paasa. Iboonga ti: Ka mbaana buta!
Oo! Maruundu ma ta Nza Puungu ali mo ghoghatsa. Iki abu ditwaminaanga? Uya pi
dyeela. Iboonga ti: Yo bootsu bayitsaanga batu bakulini. Mughetu ghuna mi
nimuweela. Batsimuvhaana buta. Ka mi mweeni! Oo! Mona tsinzayi wali atsina.
Musiru a ayi mwaayi. Ndokwaanu! Batsikota musiru. Batsibasigha mo taandu. Aa!
Bamona: Aghu! Bali vhaana ka mwa mwa mwa: Tsipaasa. Ya atsikaamba tsinzayi:
Talaanu ye! Vhole dumona mi vhanalegha tsipaasa yenu dufwaana ughuulu buboti.
Dukusyangaanga: Bivhole! Bivhole! Bivhole! Utubilaanga otsi murima. Ee! Baana
beeni batsilabule. Iki utuba otsi murima. Iboonga mwa mwa atsimusindila twa. Aghu!
Tsinya yo bwaali. Atsisi ti batsyamugha. Aghu! Atsimuyighigha: yo bwaali.
Atsiyighigha: batatu. Ti durangunu du taata atsingaamba dukalefwaana. Iboonga
atsifila. Atsifila. Atsifila. Atsifila. Maku mwaali na yina itsidughu. Na baana bana mi
ivabaghuulu utubilaanga otsi murima. Sungu moosi o dikaata ti: Yaayi inamana. Nge
unaweenda na iboonga. Ti bu? Oo! Duraangu taata atsivhaana, atsivhyoosi. Iboonga
suruwa ya ka atsimagha muyetaana mughatsi vhoyilu. Ika samba sambaa. Taata
Nzaambi ti: Ngeentsa! Nge iboonga utsibagha. Bo mwanaami! Mi vhana ikya na
iwuma nyubetuba. Maruundu ma Nza Puungu unaweenda. Batsimuseenda. Yabe
tsusu, ibadaangu, tsikoombu, mandomba, tsipoonzi na birevha. Batsiboonga maku
mwaali ma batu munata biima bina. Yabe iboonga na mughatsi ombusa nga.
Ikuumbu aghuulu mutsaangu ti: Mughatsi be ghuna iboonga anaboonga. Ti: A!
Ivhuusi! Biriimbi ghuna abu atsisi? Ikuumbu ti: Mi le muwivhula vho nzila. Batu
uvhyoghaanga na mifuna. Mbolwaanu! Ye mbolwaanu! Bamesi ti: O! Ya ikuumbu ya
bi avasi vhana? Isalu bi ya avasala vhana? Ka itsighuulu tsaangu ti iboonga anaweela
kala mughetu. Ti: Ibeena! Bali o mbusa. Uwiitsa bavawiitsa. Tya: Ayitsa! Ya ti:
Iboonga nge dyeela bi utsibagha muye weela mughetu ghuna? Iboonga ti: Mughetu
atsintsola. Ik’abu? Ti: Mughetu ghughu sa waaghu vhe. Awaami. Oo! Iboonga ti
Anane?
Ti: Yiina! Iboonga ti: Mi sana dyaambu. Vangi mi itsitsogha mu uweela mughetu
ghuna. Ya akati yi yootsu ke iliighu ilaambu. Akati yi yootsu ke iliighu veenga nyosi.
Oo! Mi byootsu bina o bwaala bwaami. Oo! Atsimupatula mughatsi. Ti: Vhasali
dyaambu. Unubo kala mughetu maambu pi. Duvhusu akati tsiinga vho mbaatsu. Ta
Nzaambye! Ka mwanaaghu o iboonga atsiweela, ikuumbu aneyepatula iboonga
mughetu. Ta Nzaambi ti: Isi bu? Meri ibeena mwanaami opodu ukala na ikuumbu?
Batsilelamu vhana. Basamuweela. A! Yobe baluligha ghuna! Iboonga: Abu nyusiila?
Iboonga miisu mo tevha nana amona mwa muru ikula ibeli vhana nyosi. Iboonga ti:
Minu vho yilu uwe pi. Ika dyeela bi uvhasi vhana? Amona nyumfu vheee.
Annexes: Propositions pour l’orthographe 187

Atsimutela. Nyumfu atsituughu. Ti bu? Aa! Mbaatsi ukumbonaanga vhavha ika


mukwiilye! Abu dibiila? Minu Ngo anapatula mughatsi. Iboonga anakaamba kala
mughatsi vho nzila: Nge usana iliighu isuusu uyi. Veenga nyosi uvhayi. Nyumfu ti:
Mfuta! Ti: Nyufuta. Ti: Ndata yesuusa mi vho kasyaati nyosi! Nyumfu ka te
atsinaangula iboonga. Ka vhana nyosi. Iboonga swe atsikota´tsi nyosi. Zeeta
uyidamaanga na vhotsi. Ngo utela mughatsi. Mughatsi dukuruu. Utuula biliighu ubili
pi. Dukuruu. A! Ivhuusi mwanaaghu iboonga! Biriimbi! Kantsi mughetwaghu akati yi
iliighu isuusu veenga nyosi. Ngo aka vhana muyenaroomba nyosi. Aa! Amona nana
mo tevha tsinyosi. Iboonga atsikaamba nyumfu: Ufwaana uweenda unaa.
Umonaanga. Ti: Oo! Ngo ka atsikaanga dughootsi. Ik’ uweenda muyebuka nyosi
mughatsi. Ya Ngo asabekipa tsinyosi. Murima ka muleemu nuumba anasyaala.
Nuumba akati yi yootsu ke iliighu veenga nyosi. Yitsaanu! Aaa! Mi nafwa! Ikumbu ti:
Oo! Mi tsiwiitsa muyitsiroomba ubuka nyosi mughatsi bi binantsiimba? Iboonga ti:
Aghu ami. Aa! Tevha ik’ubweela ukula. Ti: Nyuunga ufwaana monaanga! Nyuunga
ka de. Tevha ukulaanga. Ikuumbu ti: Inafwa! Yitsaanu! Ya aka vho yilu. Ana
obotuugha vhotsi muyemulaanda ghuna? Myooghu mi myooli mike nduruwee.
Atsibuunga. Atsibuunga. Atsibuunga. Aghu! Iboonga ti: Anatogha. Atsimupatula.
Akawiitsa monaanga dighayi ube yaaba ti mutu lwaa vhotsi. Bibentsigha muru,
myooghu uyenatatabula. Iboonga ti: Nyuunga! Ya ti: Oo! Atsibasigha. Atsiwiitsa wu
wu wu tena vhana muru nyosi. Atsiboonga iboonga. Atsibemuwubatana wu wu wu
ngu na vhotsi. Iboonga ti: Aa! Dibotye! Yanti: Diboti di maamba usavhule tsipuunda
utsiwe. Nge untsivaanga pira diboti. Nyuunga ti: Mi tsighuulu wa nana utsibuka
noongu. Kantsi mfuta! Iboonga ti: Nge utsiyaabe? Ya: Lyongu! Ya: Dede buloongu
bumana nge usoburulu vhotsi. Ukuburulaanga vhoyilu. Vangi mwiri yina
ivaghuvhaana: Mufumwe! Avhana uburulaanga. Nyuunga: Tibu? Nge usamone?
Kusu bavayemutsakulaanga. Inooghu bavamutsakulaanga. Vangi mwiri be ghuna
itsighuvhaana baana baaghu bobangughaanga usomona ti mutu owiitsa muboonga
baana baaghu ti muyelaamba. Nyuunga ya: Ibeena! Mi tsisiinga. Ti: Bweela! Oo!
Vhumu swiii! Ti: Nge utsiyaabe? Ti: Lyongu! Ti: Diloongu dyo, maba mo amaaghu
ngeeyu. Diba dinasagha uyangaanga tsingatsi. Mughatsyaaghu iloongu ineni
bafwaana unataanga dina dyaaghu ti: Beghaanu mughaanda ubola nyuunga.
Dimweegha dine! Vhole uyenaghangalaanga, nataanga mikaandi tsina diloongu dyo
tsimbari dikenalavhaanga. Bakenabeghaanga dina dyaaghu o meesu. Nyuunga ti:
Ibeena! A dibaandu uvamona nyuunga ti aka vhoyilu mwiri uvamughuulu: Han.
Han. Han. Ti: Ngeentsa Iboonga! Nge unumbaana kala pira busina. Iboonga anabuka
nyosi. Anyetaana mughatsyaandi. Oo! Nuumba aka vhana roongi! Ika samba samba
sambaa! Batsiweenda o bwaala. Noongu mu ‘wuma urombila dyaambu.
Conte collecté en 1993 auprès de MOUSSAVOU MOUSSOUAMI plus connu sous le pseudonyme
de SAMANGWANA.
188 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Propositions pour l’Orthographe du Fang


THIERRY AFANE OTSAGA
DEPARTEMENT DES SCIENCES DU LANGAGE
UNIVERSITE OMAR BONGO, LIBREVILLE
(afanotsaga@[Link])

GRAPHEMES UTILISES ET EXEMPLES


Les graphèmes orthographiques que je propose pour la transcription du Fang (ntumu)
sont ceux de la Nouvelle Orthographe des Langues Gabonaises qui est le résultat de la
Session de Concertation des Experts tenue à Libreville en avril 1999. Le seul graphème
de cette orthographe qui n’est pas retenu ici est le , car il est identique au symbole
phonétique. Pour transcrire ce symbole orthographiquement je suggère de le
remplacer par le graphème ë proposé par le premier linguiste gabonaise Raponda-
Walker et repris dans la méthode Rapidolangue (Editions Raponda-Walker, 1999).

LES VOYELLES
Voyelles Voyelles Exemples
de l’alphabet de l’alphabet
orthographique phonétique
(API)
Ecriture Transcription Equivalents en
orthographique phonétique français

i [i] amin [ámìn] “avaler’’

u [] ekuri [ékùrì] ‘‘le piège’’

e [] bile [bìl:] ‘‘les rêves’’


e [e] eve [èvé:] ‘‘la soif’’

ë [] avëp [àvp] ‘‘le froid’’

a [a] mvam [mvám] ‘‘le grand-parent’’

o [] mbom [mbm] ‘‘la belle-fille’’


o [o] dzom [dzóm] ‘‘la chose’’

u [u] abum [àbùm] ‘‘le ventre’’

N.B. Il est important de noter que les voyelles peuvent être longues ou nasalisées en
fonction de leur contexte d’apparition à l’intérieur d’un item lexical. J’estime que ces
Annexes: Propositions pour l’orthographe 189

voyelles longues ou nasalisées ne font pas parties des symboles alphabétiques, mais ils
peuvent être notés phonétiquement lorsqu’ils ne sont pas pertinents sur le plan
phonologique et orthographiquement lorsqu’ils sont phonologiquement pertinents.

LES CONSONNES
Consonnes Consonnes Exemples
de l’alphabet de l’alphabet
Ecriture Transcription Equivalents en français
orthographique phonétique
orthographique phonétique
(API)

b b obon [òbó] ‘‘le menton’’

d d adan [ádà] ‘‘monter’’

f f fam [fám] ‘‘homme’’

g g ngan [gan] ‘‘le caïman’’


k k nku [ku] ‘‘Le sel’’

j d ajeny [ád] ‘‘la pauvreté’’

l l alu [àlù] ‘‘la nuit’’

m m aman [àmã] ‘‘a joue’’

n n anamë [ánám] ‘‘monter’’

n  ntsin [ntsí] ‘‘le tisserand’’


p p ekop [èkòp] ‘‘la peau’’

r r okiri [òkírí] ‘‘demain’’‘

s s asum [ásùm] ‘‘commencer’’

t t etam [ètám] ‘‘la solitude’’

v v mvën [mv] ‘‘la pluie’’

w w awom [àwóm] ‘‘dix’’

y y eye [èy] ‘‘la lèvre’’

z z azu [ázù] ‘‘venir’’

gh  abëghë [àb] ‘‘porter’’

sh  ashëmë [àm] ‘‘chasser’’

ny  abiny [àbì] ‘‘attraper’’


190 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

N.B. En fang il est aussi possible de trouver des unités consonantiques complexes
telles que dz (dzeny ‘‘l’ongle’’), gb (ngbo:), kp (okpon), ts (tsí:)

UTILISATION DES MAJUSCULES


Comme dans toute écriture formelle, il convient de rappeler l’évidence selon laquelle
une phrase commence par une lettre majuscule et s’achève par un point: Oshin wa lot
nkyeny.

NOMS DE PERSONNES, DE CLANS (TRIBUS), DE VILLAGES ET DENOMINATIONS


DES GROUPES ETHNOLINGUISTIQUES ET DE LEURS LANGUES RESPECTIVES.
Tous les termes composés représentant des anthroponymes en fang s’écrivent
conventionnellement avec un trait d’union. Chaque constituant du mot composé
commence par une lettre majuscule. Les noms de clans (tribus), de régions, villes ou
pays, de villages, et des groupes ethnolinguistiques ainsi que leurs langues respectives
commencent par une lettre majuscule.

EXEMPLES:
Anthroponymes: Afan-Otsagh; Angwe-Ntutum; Obam-Nna…
Noms de clans: Yëmëkak; Esan; Edzoma…
Noms de régions, de villes ou de pays:; Minvul; Oyëm; Fala.
Noms de villages: Mëbëm; Eson; Eboman…
Noms des groupes ethnolinguistiques: Bëfan; Bëpunu; Bëdzabë…
Dénominations des langues: Fang; Punu…

LES JOURS DE LA SEMAINE


Les termes désignant les jours de la semaine en Fang commencent par une lettre
majuscule: Sonë.

APOSTROPHE
L’apostrophe est utilisée pour indiquer un phénomène de pose dans la prononciation:
N’na, N’nang…

LES TONS
Afin de ne pas charger les textes et les rendre répulsifs pour les non-initiés des
questions linguistiques, la transcription tonale est évitée en fang sur le plan
orthographique. Elle est réservée aux études scientifiques et universitaires surtout au
plan phonétique.
Annexes: Propositions pour l’orthographe 191

EXEMPLE DE TRANSCRIPTION ORTHOGRAPHIQUE DE L’HISTOIRE SUR


L’ORIGINE DU NOM DU VILLAGE AKOAKAM (MICHEL VOLTZ, 1990: 171).
Engan to Akwakam ndembëki eyola na akwakam. Akwakam embë eyola na Mëndun.
Mëndun mënë bile. Mbor afan embë vomë të. Andun enë mor ele, dafe afan yë bëbe
[Link] dafe evomë si enë ntaghan. Edë Ekogha Ndon yë ebwan beny bëbeny
bënga alon dze ve Akwakam ënë eyola minëna. Mbu 1904 Kapiten Weber anga alon
Oyem. Anë mintan minga amanëkom anë bënë bëvë bidzi na: dze sësë dayien so
bikwan, ëmbon, ndogho, nkok, nkoro kwas, nkoro dzit…Anë Mëndung anga tëlë
ëngura minënga na ewo wake wanyon bidzi adze ete ekëkë mintan. Minëna të ambë
eyola na ‘Akwakam-Akoma, ngwan Odzip, yë a ngwëma. Eenyë anga ajwe nsama
binëna bënga vëvë mintan yë bëkwan akum bidzi. Minëna të ambë ngënge. Eyon sësë
bënga akë vë bidzi, Mëndung enyë anga adan bëlë abwiny yë fë mbana bidzi, Ambë
ewogha abwiny ebë bëjwe. Benga alue fë edze de eyola nzeny, benga alue dë eyola
minëna të na akwakam. Akoro yë eyon të edze enga anyon eyola Akwakam.
192 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Propositions pour l’Orthographe du Civili


HUGUES STEVE NDINGA-KOUMBA-BINZA
CENTRE FOR TEXT TECHNOLOGY (CTEXT)
NORTH-WEST U NIVERSITY, POTCHEFSTROOM CAMPUS
(22602560@[Link])

Pour l’orthographe du civili, je propose un système qui s’organise autour d’un


alphabet simple de 24 symboles, à savoir 6 voyelles et 16 consonnes. Le critère
principal de l’établissement ce système d’orthographe est l’accessibilité auprès des
potentiels utilisateurs qui peuvent locuteurs natifs ou apprenants. Les particularités
phonético-phonologiques de la langue sont reprises dans le cadre des règles d’écriture
et de lecture.

LES VOYELLES

LES SYMBOLES ORTHOGRAPHIQUES DES VOYELLES


Minuscule Majuscule Exemples Gloses

1. a A liba « le palmier à huile »

2. e E ndebu « filet de pêche »

3. ë Ë bëbakëlë « les garçons »

4. i I livapi « aile »

5. o O tolu « sommeil »
6. u U munu « bouche »

LES REGLES D’ECRITURE DES VOYELLES

LA LONGUEUR VOCALIQUE
Toutes les voyelles ont des correspondantes longues, à l’exception du schwa (ayant le
symbole orthographique ë). La longueur vocalique, phonologique dans la langue, se
marque par le redoublement de la voyelle seulement pour les paires minimales.
Exemples:
N’teela « le chasseur » versus N’tela « la taille »
Mbaasi « l’ami » versus Mbasi « demain »
Loosu « le riz » versus Losu « la saleté du poisson »
Annexes: Propositions pour l’orthographe 193

Mais, la voyelle n’est pas redoublée lorsqu’elle précède un complexe consonantique


nasal ou quand elle vient après une semi-consonne (w ou y). Ce sont des contextes où
la longueur est prévisible dans le système phonologique de la langue. Les lecteurs non
natifs doivent être instruits de ce fait par une règle de lecture.
Exemples :
Mweni « l’étranger »
Lwibë « l’oubli »
Lyesu « l’œil »
Ngandu « crocodile »
Ndimbu « caoutchouc »
Ndungu « tambour »

LA VARIATION A ET Ë.
En position préfixale, les graphèmes a et ë varient librement. Mais on a besoin de tous
les deux dans l’écriture du civili. Le premier apparaît systématiquement dans la
voyelle accentuée du radical, et le deuxième qui est le plus fréquent dans la langue
occupe toutes les autres positions (non accentuée).

LES VOYELLES NASALES


La voyelle est généralement nasalisée devant les consonnes mi-nasales. Ce contexte
suffit à lui seul pour représenter de manière orthographique la nasalisation qui n’est
pas phonémique en civili.
Exemples :
Ncenzu « la plaie, la maladie »
Ntangu « le soleil, la période »
Sindonga « les assiettes »
Milunga « les bracelets »

LES REGLES DE LECTURE DES VOYELLES


Toutes les voyelles se prononcent comme dans la plupart des langues bantu avec les
précisions suivantes.
Le graphème ë se réalise [] dans toutes les positions où il se présente.

Le graphème e se prononce à la fois [e] et []. La dernière forme est la plus fréquente et
apparaît général dans une syllabe fermée.
Le graphème o se prononce à la fois [o] et []. Ici également, la dernière forme est la
plus fréquente et apparaît général dans une syllabe fermée
194 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Le graphème a est prononcé [a] dans les positions où il apparaît.


Les graphèmes u et i se prononcent avec un dévoisement lorsqu’ils apparaissent en
finale de mot en isolation ou en fin de phrase.
Toute voyelle est généralement prononcée avec une certaine longueur vocalique
lorsqu’elle précède un complexe consonantique nasal ou quand elle vient après une
semi-consonne (w ou y).

LES CONSONNES

LES SYMBOLES ORTHOGRAPHIQUES DES CONSONNES


Minuscule Majuscule Exemple en Civili Français

1. b B Bëbakëlë Les garçons

2. c C Micyodu Les épées


3. d D Dukudakë Le requin

4. f F Fofulu Allumettes

5. k K Kooku Le bras

6. l L Milelë Les pagnes


7. m M Limemë La chèvre

8. n N Cinunu Le vieillard

9. p P Mapaapë Les babouches

10. r R Kwartu La chambre

11. s S Susu La poule

12. t T Kutetikë Superposer


13. v V Bëvikë Les esclaves

14. w W Awu Celui-ci

15. y Y Fayetë Tailleur

16. z Z Mëzinë Les noms

LES REGLES D’ECRITURE DES CONSONNES


La nasale palatale [] se note orthographiquement par l’association des consonnes n et
y. Exemples : Nyosë (le miel), nyamu (la tortue de mer), kunyefë (être belle).
Toutes les consonnes palatalisées sont également orthographiées dans un complexe
consonantique avec y. Exemples : Lyesu (œil), myoku (les bras), byalë (les carpes).
Annexes: Propositions pour l’orthographe 195

Les consonnes labialisées s’orthographient dans un complexe avec w. Exemples :


Lwabi (la courroie), kwendë (s’en aller), mwalë (la marée), kubwa (faire une chute).
La nasale syllabique, très fréquente en civili, se marque par la lettre n apostrophée : n’
(N’ en majuscule). Elle se distingue ainsi de la nasale qui est à l’initiale d’une mi-
nasale. Exemples : N’cyodu (l’épée, pluriel : micyodu), n’cyetu (la femme, pl : bëcyetu),
n’kwati (machette, pl : minkwati), n’teelë (chasseur, pl : bëteelë).
Les consonnes mi-nasales sont orthographiées, mais ne sont pas listées comme lettres
de l’alphabet vili. L’homorganicité permet au locuteur ou à l’apprenant d’identifier les
composantes de chaque mi-nasale. On note :
Mb Cimbolu ‘’le crocodile’’
Mp Mpemu ‘’les vents’’
Nc Sincimë ‘’les singes’’
Nd Ngandu ‘’le caïman’’
Ng Ngangë ‘’le guérisseur’’
Nj Nzunji ‘’la bile’’
Nt Ntangu ‘’le soleil’’
Nz Nzalë ‘’la faim’’

LES REGLES DE LECTURE DES CONSONNES


La consonne c se prononce [t] comme dans le mot français ‘Tchèque’. Exemples :
civili (la langue vili), cikwangë (le baton de manioc). Elle a la même réalisation dans la
mi-nasale nc comme dans le mot sincimë (les singes)
La consonne nasale ng se prononce [] comme dans le mot très connu ‘nganga’.

Les consonnes sourdes k, p et t sont généralement aspirées lorsqu’elles sont précédées


d’une nasale comme dans les mots suivants.
Simpuku [símphúkù] les rats
Muntu [múnthù] l’Homme
Minkwati [mínkhwátì] les machettes

La dernière partie de la mi-nasale nj se prononce [d] comme le mot anglais ‘job’. Elle
ne retrouve pas en dehors du complexe nasal. Exemples : Nje (toi), mbunji (la
moisissure).
Selon les variantes dialectales et/ou régionales les consonnes s et z peuvent se
prononcés respectivement [s] ou [] et [z] ou [] en variation libre. Exemples : Mbisi
‘viande’ (Mayumba/Ndindi : [mbísì] ; Loango/Pointe-Noire : [mbíì]), lizinë ‘nom’
(Mayumba/Ndindi : [lízín] ; Loango/Pointe-Noire : [líín]).
196 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

La consonne v se prononce tantôt [] tantôt [v] en variation complémentaire. La


dernière est celle qui se prononce lorsque la consonne est précédée par une nasale.
Mais elle tend à supplanter la première forme, qui devient de plus en rare, à cause de
l’influence du français.

LES SIGNES DE PONCTUATION

LES MAJUSCULES
Pour tous les noms propres (lieux, clans et tribus, groupes ethnolinguistiques,
langues, rivières et fleuves, montagnes, forêts, etc.) et les noms de personnes, la
majuscule est portée sur le préfixe nominal. Les jours de la semaine et les noms des
mois s’écrivent aussi avec une majuscule.
Exemples :
Sabëlë « samedi »
Lumingu « dimanche, la semaine »
Mayumbë « Mayumba »
Baanyi « la lagune Banio »
Badumbi « clan Baduumbi »
Bayenji « clan Bayeenji »

Le trait d’union. Tous les termes composés s’écrivent de manière conventionnelle


avec un trait d’union.
Exemples :
Biva-bi-Lwangu « clan Biva-bi-Lwaangu »
Basë-u-Kongu « clan des Bakongo »
Mwa-ci-Kambisi « génie des eaux anciennement vénéré chez les Bavili »

Les points: le point final ou d’abréviation (.) - le point-virgule (;) - les deux points (:) -
le point d’interrogation (?) - le point d’exclamation (!) - les trois points de suspension
(…), ils sont marqués comme en français et remplissent également les mêmes
fonctions.
Maamë afumë ku n’situ. « Maman est rentrée de brousse. »
Maamë afumë ku n’situ ? « Maman est-elle rentrée de brousse ? »
Maamë afumë ku n’situ, anyikë mëyakë : bitu byalë volë. « Maman est rentré de brousse,
puis elle a pilé le manioc : elle est épuisée. »
Mphonzë yi maamë yiwalë yi biimu : mphindë, bitebë, … byosu biimu bi mboti. « La
hotte de maman est pleine de choses : des arachides, des bananes… Toutes des bonnes choses ».
Annexes: Propositions pour l’orthographe 197

Les autres signes : la virgule (,) – les guillemets (« ») – les parenthèses ( ) –


l’espacement, on les écrit de la même manière avec les mêmes portées sémantiques
qu’en français.
Exemples:
N’tinu atubilë abu (yi mwangu) : « Mu fwanë kutungë bwalë bwinu ! ». Le chef a dit
ceci (avec colère) : « il faut développer votre village ! »

L’APOSTROPHE
L’apostrophe est utilisée pour indiquer un phénomène d’élision, mais aussi la nasale
syllabique à l’initiale de certains mots.
Exemples:
Mwan’awu atiinë cikoolë. « Cet enfant a fui de l’école ».
Taat’akwe ku londu. « Papa est allé au débarcadère ».
N’cyetu « la femme » (Pluriel : Bëcyetu)
N’senfu « la banane douce » (Pl : Misenfu)
N’situ « la brousse » (Pl : Misitu)

LA DIVISION DES MOTS

LE MOT
Le mot en civili est constitué d’un préfixe (nominal ou verbal) et d’un radical (thème
nominal ou racine verbale). Les extensions (affixes, suffixes et finale verbale aussi) au
radical font également partie du mot.
Exemples:
Kulambë « préparer »
Kulambisë « faire préparer »
Kulambilë « préparer pour quelqu’un »
Kulalambë « préparer précipitamment »

Préfixes (nominaux, verbaux et pronominaux), formatifs et extensions


Les préfixes (à l’exception des locatifs) et les extensions sont joints au radical du verbe
ou du thème nominal pour former un seul mot. Voir les exemples ci-dessus avec
Kulaambë.
Les mots dans une phrase sont écris séparément. Exemples :
198 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Taatë akwe ku bisalu « Papa est allé au travail ».


Ya tinë singasi « j’ai coupé un régime de palme »

Les pronoms participants, les formatifs et les connectifs sont écrits séparément : ils
constituent des mots à part entière.
Exemples :
Libakëlë li nzu « l’homme de la maison »
A kwe yi taatë « il est parti avec papa »
Ya fi bwa « j’ai failli tomber »

LES PREFIXES LOCATIFS AVEC NOMS


Les préfixes locatifs de classe 16 (fë ou fa), 17 (ku) et 18 (mu) s’écrivent de façon
disjonctive. Ceci les distingue des préfixes mu- et ku- des classes respectives 1 et 3, et
15.
Exemples:
Mu bwatu « dans la pirogue ».
Fë n’toku « sur terre »
Ku bwalë « au village, à la maison »

LES PRONOMS PARTICIPANTS ET PERSONNELS


Les pronoms participants et personnels s’écrivent disjonctivement.
Ya (ou Y dans certaines conditions) pour dire je comme dans ya bwilë
mbisi wali (j’ai attrapé deux poissons).
Mi (ou miinu en fin de phrase) pour dire moi ou me comme dans mi be ba
monë (je les ai vus)
Wa (ou W dans certaines conditions)= tu ;
Nje (ou njeyu en fin de phrase) = toi
A = il, elle, lui
Beesu (ou Be en contexte de discours) = nous
Beenu (ou Be en contexte de discours) = vous
Baawu (ou Ba dans certaines conditions) = ils, elles, eux

Exemple:
Baawu banonga sifooyi, balaka miinu « Ils ramassent des boîtes, et les jêtent sur moi».
Annexes: Propositions pour l’orthographe 199

LES ADJECTIFS POSSESSIFS


Les adjectifs possessifs s’écrivent conjonctivement. Mais ils sont le plus souvent
apostrophés compte tenu de l’élision vocalique qui les précède et qui est due à leur
initiale vocalique.
Exemples:
Mwan’aami « mon fils »
Maam’iitu « notre mère »

LES DEMONSTRATIFS
Les démonstratifs constituent une catégorie lexicale à part entière et doivent par
conséquent s’écrire de façon disjonctive. Exemples: awu (celui-ci), wuna (celui là-bas),
etc. Ils peuvent aussi être mis en apostrophes dans les contextes d’élision vocalique.
Exemples:
Libë lina « ce palmier là-bas »
Lib’ oli « ce palmer-ci »
Ngasi osi « cette noix de palme-ci »
Singasi sina « ces noix de palme là-bas »

L’on remarque l’adjectif démonstratif équivaut à la voyelle a et/ou le morphème na à


laquelle s’associe le préfixe nominal du mot désigné. C’est la raison pour laquelle le
démonstratif doit être disjoint du mot puisque la forme préfixale est en constant
changement.

LES ADVERBES
Les adverbes constituent une catégorie lexicale autonome et c’est pourquoi ils
s’écrivent de façon disjonctive.
Exemples:
Tiinu « vite »
Mpampë « beaucoup »
Nyakëlë « plusieurs »

LES PRONOMS INTERROGATIFS


Les pronoms interrogatifs et relatifs s’écrivent disjonctivement.
200 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Na ? (pluriel Bana?) qui ?


Ku ? où ?
Mbi ? quoi ? (ou pourquoi ?)
Abu ? Comment ? (C’est comment ?)

LES TONS
Sur le plan tonétique, on peut observer en civili quatre tons : le ton bas, le ton haut, le
ton descendant et le ton montant. Le ton montant est très rare dans la langue. Le ton
haut et le ton bas sont des tons ponctuels très fréquents. Les tons modulés (montant et
descendant) se réalisent à la suite d’un phénomène d’allongement vocalique, ils ne
sont pas tonologiques.
Les tons du civili ne sont pas transcrits sur le plan orthographique. Ils sont réservés
aux études scientifiques.

EXEMPLE DE TRANSCRIPTION ORTHOGRAPHIQUE

DEVISE DE L’ANCIEN ROYAUME DE LOANGO:


Likandë li kooku li simbë simbotë sambwali
La paume de la main qui tient sept étoiles

EXTRAIT DE CONTE:
Fëba n’cyetu ubanga yi solë n’nuni aandi unsolilë. Bunë amanë kuvatë, aba yekë
kwenda mu kusakulë. Cilumbë ci mesë akwendë, utalë ku yulu, umonë abu singasi.
Naandi ti:
« Eeh, aku yakë n’bacilë kwandi cisilikilë ci libakëlë wu ku n’tininë singasi
osi? »
Bo keke yamba bobu, bemonë abu cisilikilë ci libakëlë cyakituukë. N’cyetu benë be
n’kwambililë :
« Eeh, ya cisilikilë ci libakëlë, n’tininë kwa singasi osi e! »
(minaanu matë)
Annexes: Propositions pour l’orthographe 201

Propositions pour l’Orthographe du Yipunu


LEANDRE SERGE SOAMI
INSTITUT DE RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES (IRSH)
CENTRE NATIONAL DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE (CENAREST), LIBREVILLE
(sergesoami@[Link])

GRAPHEMES UTILISES ET EXEMPLES

LES VOYELLES
1. i I [i] ditoghu Natte

2. ii Ii [i:] diimbu Village

3. e E [e] temu Epoque

4. ee Ee [e:] nzwengi Colibri

5. e E [] yesa Chance

6. ee Ee [:] Yisyeela Récolteur

7. a A [a], [] taji Père

8. aa Aa [a:] ejaabi Il connaît

9. o O [] Uboka Tuer

10. oo Oo [:] Uboola Ramasser

11. o O [o] kodu Nuque

12. oo Oo [o:] diloongi Conseil

13. u U [u] mutu Homme

14. uu Uu [u:] nuungi Plantation

Ce tableau présente les symboles orthographiques des voyelles du yipunu. Il contient


14 voyelles dont 10 fermes et 4 ouvertes. Cet inventaire alphabétique se base sur le
principe qui veut que chaque son de la langue soit associé à un symbole. L’alphabet
du yipunu tient compte de tous les sons vocaliques de la langue avec l’objectif de
mettre a la disposition des usagers une orthographe qui tiennent compte de toutes les
situations d’écriture.
La voyelle a se réalise [] en position finale de mot (en isolation) et de phrase. Elle se
réalisera[a] partout ailleurs.
202 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

LES CONSONNES
1. p P [p] Putu Maïs

2. b B [b] Batu Hommes

3. mb Mb [mb] Mbata Giffle

4. t T [t] Taba Mouton

5. d D [d] Diisu Œil

6. nd Nd [nd] Ndasi Montre-moi

7. k K [k] Kaki Tonnère

8. g G [g] Galu Galon

9. gh Gh [] Ghaba Partage

10. ng Ng [] Ngandu Caïman

11. f F [f] Ifumba Famille

12. vh Vh [] Vhatsi Par terre

13. mv Mv [mv] Mvumbi Cadavre

14. s S [s] Disala Pluie fine"

15. nz Nz [nz] Nzyembu Reproche

16. ts Ts [ts] Tsana Assieds-toi

17. ny Ny [] Nyambi Dieu

18. l L [L] Dilolu Papaye

19. r R [r] Burela Chasse


20. w W [w] Bwali Maladie

21. y Y [y] Yotsi Froid

UTILISATION DES MAJUSCULES


Le yipunu utilise la majuscule dans les lettres majuscule dans les mêmes contextes que
le français, c’est-à-dire à l’initiale d’une phrase et pour tout type de nom propre :
noms de personne, dénomination des localités. Les noms de clans, tribus et de langues
s’écrivent aussi avec une lettre majuscule.
Exemples:
Masanga
Dibala amawanga nuungi.
Annexes: Propositions pour l’orthographe 203

Dans les mots composés, chaque constituant du mot commence par une lettre
majuscule si c’est un nom propre.
Exemples:
Dibaamba-Kadi (nom de clan)
Duvutu-loongu (nom d’oiseau)
Mavhaanzi-Bakonu (nom d’arbre)

LES JOURS DE LA SEMAINE SE NOTENT EGALEMENT AVEC UNE MAJUSCULE A


L’INITIALE.

Exemples:
Ghari-tsona (mercredi)
Yilumbu-i-Yesu (jeudi)
Tsona (dimanche)

LA PONCTUATION

LE TRAIT D’UNION
Tous les termes composés s’écrivent conventionnellement avec un trait d’union en
yipunu. Voir les exemples notés plus haut.

LES POINTS:
Le point final ou d’abréviation (.) - le point-virgule (;) - les deux points (:) - le point
d’interrogation (?) - le point d’exclamation (!) - les trois points de suspension (…). Ils
sont marqués comme en français et remplissent également les mêmes fonctions.

LES AUTRES SIGNES :


la virgule (,) – les guillemets (« ») – les parenthèses ( ) – l’espacement. On les écrit de
la même manière avec les mêmes portées sémantiques qu’en français.
204 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

LA DIVISION DU MOT

LES PREFIXES (NOMINAUX ET VERBAUX), FORMATIFS ET EXTENSIONS


Les préfixes, les formatifs et les extensions sont joints au radical verbal ou au thème
nominal pour former un seul mot. Par contre, les mots composant une phrase sont
écris séparément.
Exemple: Amawenda o diimbu (il est parti au village)

LES PREFIXES LOCATIFS AVEC NOMS


Les préfixes locatifs de classe 16 vha- avec noms s’écrivent en un seul mot: vhatsi (au
sol) ou encore vhaghari (au centre).
Les locatifs o- (classe17) et mu- (classe 18) utilisés avec des noms ayant une valeur
locative s’écrivent de façon disjonctive.
Exemples: o mbuwaami (chez moi), mu kumu (dans la plaine)

LES PRONOMS POSSESSIFS AVEC LES TERMES DE PARENTE


Les pronoms possessifs utilisés avec des termes de parenté s’écrivent conjonctivement.
Exemples: Tajyaami (mon père), mbatsyaandi (son ami)

LES DEMONSTRATIFS
Les démonstratifs s’orthographient de façon disjonctive. Exemples: aghu; ghuna;
ghunaa; etc. Cependant, les pronoms démonstratifs utilisés avec des noms s’écrivent
conjointement: mukwatyaghu (cette machette-ci), murambwaghu (ce piège-ci).

LES ADVERBES
Les adverbes s’écrivent de façon disjonctive. Car ils constituent une catégorie lexicale
autonome.

EXEMPLES:
Maswasu (vite)
Pweela (beaucoup)

De manière similaire, les adverbes interrogatifs s’écrivent conjointement:


Anyi?; (qui?)
Uka?; (où?)
Ayi?; (quoi?)
Tsye? (comment?)
Annexes: Propositions pour l’orthographe 205

APOSTROPHE
L’apostrophe est utilisée pour indiquer un phénomène d’élision.

LES TONS
Le yipunu est une langue à tons, c’est-à-dire qu’il utilise les hauteurs mélodiques à des
fins distinctives. L’on dénombre cinq contrastes possible aussi bien sur une voyelle
brève que sur une voyelle longue: le ton haut, le ton bas, le ton supra haut, le ton
montant et le ton descendant. Les indications tonales sont réservées aux études
scientifiques dans les universités et autres unités de recherche.

EXEMPLE DE TRANSCRIPTION ORTHOGRAPHIQUE


Menu, ni maburulu o Masanga, diimbu dyaami Keri-Nzambi. Ivhuunda yi diimbu ayi
tegha ayimabanga vha diimbu kaghaami. Dina dyaandi Butamba Bu-Bibogha
Théophile. Amabanga na dighumi na baghatsi bana na inombu i baana. O diimbu
bamaama beetu isalu uvhara. Bamabaanda na uresi baka siita na mipala, malaanga,
makamba, batiimba nde uranga-urakma. Tumaghwenda o masaku bangebi na
bivhuunda byotsu. O masuku meeni tumajannga matuka na banyama ba disimu.
INDEX THEMATIQUES
Afrique francophone, 5 Fondation Raponda Walker, 10, 162, 175
Agence de Coopération Culturelle et Francophonie, 6, 8, 56, 104
Technique (ACCT aujourd’hui GRELACO (Groupe de recherche en
langues et cultures orales), 10, 26,
Agence Internationale de la
173, 178
Francophonie), 27, 56 Institut de Recherche en Sciences
Alphabet Africa, 40, 41, 43, 50, 75, 76, Humaines (IRSH), 158
104 Institut Pédagogique National (IPN), 10
Alphabet Africain de Référence, 40, 41, International African Institute (IAI), 41,
43 50, 58, 59, 60, 75, 76, 79, 103, 104,
Alphabet des idiomes gabonais, 9, 55, 177
103, 134 Journal de la Société des Africanistes, 9,
Alphabet des langues gabonaises, 55, 61 50, 55, 105, 134
Alphabet orthographique, 80 Laboratoire de Phonétique et
Alphabet Phonétique International (API), Linguistique Africaine (LAPHOLIA),
16, 23, 24, 41, 50, 55, 57, 58, 59, 60, 159
62, 75, 76, 79, 84, 104, 188, 189 Laboratoire des Sciences Humaines et de
Alphabet Scientifique des Langues du la Dynamique du Langage (Lascidyl),
Gabon (ASG), 12, 56, 57, 58, 59, 60, 158, 159, 177
63, 64, 75, 76, 103, 104, 106, 130, Laboratoire Universitaire de la Tradition
132, 135, 136, 147, 174 Orale (LUTO), 10, 12, 17, 24, 27, 56,
Aménagement linguistique au Gabon, 11 57, 65, 66, 67, 151, 177
Atlas Linguistique du Gabon (ALGAB),
Language and Literature Committee
160
Centre National de la Recherche of the Christian and Missionary
Scientifique et Technologique Alliance (CMA), 118, 127, 128
(CENAREST), 158 Méthode Rapidolangue, 105, 209
CERLAC (Centre d’Etude et de Ministère de l’Education Nationale, 10,
Recherche sur les Langues d’Afrique 13, 18, 26, 60, 66, 80, 151, 180
Centrale), 20 NDAGA (Centre pour l’étude des
CICIBA (Centre International des langues gabonaises), 10, 151
Civilisations Bantu), 104, 177 Programme Expérimental Mondial
CLAD (Centre de Linguistique d’Alphabétisation (PEMA), 40
Appliquée de Dakar), 13, 23, 26 Rapport Final de la Session de
CRELL (Centre de recherche en langues Concertation sur l’Orthographe des
et linguistique), 10 langues Gabonaises, 130
Département des langues nationales de Recherches linguistiques et
l’Institut Pédagogique National, 158 l’enseignement des langues
Département des Sciences du Langage gabonaises, 10
(DSL), 10, 86, 148, 158, 159, 209 Revue Gabonaise des Sciences de
Direction des Langues Nationales, 10 l’Homme, 27, 66, 67, 83, 104, 132,
Ecole Normale Supérieure (ENS), 10, 151
18, 25, 158, 177
Etats Généraux du baccalauréat, 61

207
208 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

Session de Concertation sur The Practical Orthography of African


l’Orthographe des Langues Languages, 103
UNESCO, 7, 11, 17, 40, 60
Gabonaises, 2, 3, 66, 109, 110, 113,
126, 140, 151, 179 Université Lumière Lyon 2, 27, 66,
SIL International, 11, 149 103, 131, 132, 133
Table Ronde sur les Politiques Université Omar Bongo (UOB), iii, 2,
Linguistiques et l’Enseignement des 10, 27, 56, 65, 66, 67, 79, 86, 88, 133,
Langues Gabonaises, 52 151, 158, 159, 173, 177, 178, 209
LES CONTRIBUTEURS
THIERRY AFANE OTSAGA
Linguiste (DUEL, Licence, Maîtrise à l’UOB, Gabon) et lexicographe (Doctorat à l’Université
de Stellenbosch, Afrique du Sud). Thierry Afane Otsaga a réalisé une étude phonologique et
morphologique du "mká ou iwa", parler du groupe A70 dans le cadre de son mémoire de
Maîtrise. Sa thèse de doctorat a porté sur le rôle du dictionnaire standard bilingue dans la
standardisation du fang. Thierry Afane Otsaga s’intéresse particulièrement à l’usage des
sciences informatiques pour le développement des langues gabonaises. Après avoir été
étudiant conférencier Shell à la Fondation Entreprises en Création (FEC/UOB-Gabon) de
1994 à 1999 et enseignant de langue nationale de 1997 à 1999 au Collège Sainte-Marie et à
l’Institution Immaculé Conception, il est actuellement enseignant chercheur au Département
des Sciences du Langage de l’Université Omar Bongo (UOB) ainsi que membre permanent
de la Chaire UNESCO Interculturalité de Libreville. Il est l’un des membres fondateurs du
Gabonese Research & Scientific Discussion Group (GRSDG). Auteur de nombreux articles en
lexicographie et en linguistique africaine, Thierry Afane Otsaga est membre de l’Association
Africaine pour la Lexicographie (AFRILEX) E-mail: afanotsaga@[Link]

JACQUES HUBERT
Diplômé de Cambridge University et de la Royal Society of Arts of London, des Universités
de Nantes et d’Angers, professeur de langues (anglais, espagnol et latin) pendant quatorze
ans, proviseur du Lycée Catholique Raponda-Walker durant quinze ans, officier dans
l’Ordre de l’Education Nationale du Gabon et du Sénégal, Jacques Hubert est le concepteur
de la Méthode Rapidolangue. Par rapport à cette dernière, l’auteur fait des emprunts non
seulement à des méthodes actuelles d’apprentissage des langues en usage dans divers pays
d’Afrique mais également aux dernières techniques pédagogiques en la matière. Cette
initiative est soutenue par la Fondation Raponda-Walker. Il est l’auteur de plusieurs
ouvrages non seulement sur l’enseignement des langues du Gabon et du Cameroun, mais
également sur la culture africaine et la liturgie en Afrique. Email : hguerineau@[Link]

PAUL ACHILLE MAVOUNGOU


Maître-Assistant (CAMES) à l’Université Omar Bongo, Paul Achille Mavoungou est
linguiste (DUEL, Licence, Maîtrise à l’UOB, Gabon) et lexicographe (Doctorat à l’Université
de Stellenbosch en Afrique du Sud). Il a réalisé une étude phonologique et morphologique
du "ndaa" (parler du groupe B20) dans le cadre de son mémoire de Maîtrise. Sa thèse de
Doctorat a porté sur les critères métalexicographiques pour la confection d’un dictionnaire
trilingue yilumbu-anglais-français. Après avoir été tour à tour chercheur affilié au Research
Unit for Experimental Phonology University of Stellenbosch (RUEPUS) de 1999 à 2000 et assistant
chercheur au Département d’Afrikaans et du Néerlandais à l’Université de Stellenbosch de
1999 à 2001, il est actuellement enseignant-chercheur au Département des Sciences du
Langage de l’UOB, membre permanent de la Chaire UNESCO Interculturalité de Libreville

209
210 ECRITURE ET STANDARDISATION DES LANGUES GABONAISES

et egalement Secrétaire Administratif et Financier du Laboratoire Universitaire des


Traditions Orales et des Dynamiques Contemporaines. Il est par ailleurs membre de
l’Association Africaine pour la Lexicographie (AFRILEX). Il est l’auteur de nombreuses
publications en lexicographie et en linguistique africaine. E-mail: moudika2@[Link]

HUGUES STEVE NDINGA-KOUMBA-BINZA


Spécialiste de phonétique, phonologie et technologies du langage humain, Hugues Steve
Ndinga-Koumba-Binza est Attaché de Recherche Post-doctorale au Centre for Text Technology
(CTexT) de la North-West University à Potchefstroom (Afrique du Sud) et vacataire à
l’Université Omar Bongo. Auparavant à l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud, il a
été enseignant invité au Département de Linguistique Générale (2002-2007), vacataire au
Département des Langues Etrangères Modernes (2005-2006) et Chercheur au Stellenbosch
University Centre for Language and Speech Technology (2003-2009). Sa thèse doctorat sur la
durée vocalique en civili fut un travail pionnier des technologies du langage humain et
phonologie expérimentale pour les langues gabonaises. Auteur de nombreuses publications,
membre de plusieurs organismes professionnels, il siège au Comité Editorial de la revue
internationale Lexikos et au Comité d’Evaluation de la Revue des Etudiants en Linguistique du
Québec. Membre fondateur de la Stellenbosch University Poetry Society, membre fondateur du
Gabonese Research & Scientific Discussion Group, il a contribué au relancement de la Stellenbosch
Post-doctoral Society dont il fut Secrétaire Général (2009-2010). E-mail: 22602569@[Link]

LEANDRE SERGE SOAMI


Linguiste (DUEL, Licence, Maîtrise) et lexicographe (Doctorat). Il a réalisé une étude
sociolinguistique sur les prénoms à l’Hôpital Pédiatrique d’Owendo (HPO) dans le cadre de
son mémoire de Maîtrise. Il a soutenu à l’Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud.,
une thèse portant sur le développement des bases de données lexicographiques
représentatives dans les langues gabonaises. Dans le cadre du programme
RAPIDOLANGUE, Léandre Serge Soami a été enseignant de langue nationale de 1996 à
2000 au Collège Sainte Marie, à l’Institution Immaculé Conception et au Collège Notre
Dame de Quaben. Il est actuellement Attaché de Recherche à l’Institut de Recherche en
Sciences Humaines (IRSH-CENAREST) et membre de l’Association Africaine pour la
Lexicographie (AFRILEX). Ses articles et autres publication s’inscrivent dans les domaines de
la lexicographie et de la sociolinguistique. E-mail: sergesoami@[Link]
Ecriture et Standardisation des Langues Gabonaises
Ecriture
The language situation of Gabon is given fair treatment and specific issues of
alphabet and writing, orthography and standardisation, phonology and graphic
representation are discussed and resolved. Standardisation of orthography is
et Standardisation
also argued for as a way to facilitate the development of dictionaries and the
sharing of research data and analyses within the Gabonese languages clusters’
domain.
des Langues
Importantly, this work contributes to the debate on the state of African
languages in general, and on Gabonese languages specifically that hitherto have
had little fortune in being reduced to a written code. The need for research to
Gabonaises
empower Gabonese languages through their development is argued. Sous la direction de
For policy makers and researchers, this book provides important information
for practical consideration regarding the implementation of teaching and
Jacques Hubert &
writing Gabonese languages.
Dr Andy Chebanne
Paul Achille Mavoungou
The Centre for the Advanced Studies of African Society (CASAS), Cape Town

The validity of this book lies in its comprehensive description of various


a n
challenges with the standardisation of Gabonese languages in terms of adopting
a common alphabet and phonetics suitable for the transcription of national .F
languages. Most importantly, this book offers new perspectives in addressing

m a
the development of Gabonese languages through the appropriation of a
unified system of transcription of these languages. The authors of the book
u o n
suggest a few solutions in the field of linguistics, as well as political decisions
which should be made in order to achieve a standardised system of writing .i D ah
Gabonese languages. A particular case study enriches the scientific debate on
i s . M .
.i Bw u u
the development of minority languages and cultures which run the risk of
extinction when an established system of writing these languages in terms of
alphabet and phonetics is lacking.
m b u m
Paul Achille Mavoungou
Jacques Hubert &
b u d
. Bu a . L .N
Dr Stéphane Serge Ibinga

u
Stellenbosch University

a t s a i g h
e n g . K o d a . S

.B l é . N k i i
i l . K é e n e . S e a y
e k w i y s a
���������
.B i n g . M g u e - T g
n

n e a k n
  

[Link]
m a . K a e r . S . T e a
r a b e . Y
. Ba ande we. M . Sak h e r n
b v u

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