Des nouvelles pistes de lutte contre le cancer: "On a une réelle culture des soins de santé en Belgique"
Le rendez-vous annuel de la Fondation contre le cancer s'est tenu vendredi à Bruxelles. Chercheurs, professionnels de santé et associations y ont échangé sur les avancées médicales et les enjeux de prévention dans la lutte contre la maladie.
- Publié le 18-09-2026 à 18h08
- Mis à jour le 18-09-2026 à 18h11

Si éradiquer le cancer reste encore un rêve lointain en 2026, les avancées scientifiques permettent, année après année, de s'en rapprocher. Améliorer la qualité de vie des patients, renforcer la prévention et continuer à innover sont ainsi les grandes priorités de la Fondation contre le cancer. "Il est clair qu'en Belgique, nous sommes très innovants en matière de lutte contre le cancer", témoigne Éric Van Cutsem, coprésident de la Fondation contre le cancer. "On a une réelle culture des soins de santé en Belgique, ce qui nous permet de réaliser d'importants progrès dans tous les domaines cancérologiques."
Une nouvelle piste contre le cancer du pancréas
Et des progrès, il y en a effectivement eu en 2026. Parmi les avancées les plus prometteuses, l'une concerne un cancer particulièrement redoutable et redouté : celui du pancréas. Chaque année, la maladie touche plus de 2 000 personnes dans le pays et, selon les estimations des experts, ce chiffre devrait continuer à augmenter. "C'est une tumeur très ingénieuse, qui parvient à s'ancrer dans le pancréas et à se protéger. Très vite, elle se propage au foie et, en six à huit mois, le décès survient généralement", témoigne le Dr Jonas Van Audenaerden, chercheur en immunologie et immunothérapie du cancer à l'Université d'Anvers.
Ces dernières années, les traitements contre les cancers ont progressé grâce à l'identification de cibles précises sur les cellules cancéreuses. Les médicaments et le système immunitaire peuvent dès lors les attaquer plus efficacement. Si aucune cible n'a encore été trouvée pour le cancer du pancréas, une étude approfondie des métastases pourrait changer la donne d'ici quelques années : "Nous avons déjà commencé à rassembler des métastases pour en faire une collection. Grâce à une technique de microscopie très avancée, nous pourrons bientôt analyser leurs interactions et mieux comprendre leur fonctionnement. Cela pourrait nous aider, dans les prochaines années, à identifier une cible précise."
les inégalités sociales au cœur de la prévention
La prévention reste l'une des armes les plus efficaces contre le cancer. En Belgique, près de 40 % des cas seraient évitables, notamment en limitant le tabac, l'alcool, la mauvaise alimentation ou encore l'exposition au soleil. Mais certains facteurs échappent à notre contrôle, comme les inégalités socioéconomiques : "Aux États-Unis, où les écarts de niveau de vie sont particulièrement marqués, l'incidence des cancers et les taux de survie varient fortement. Chez nous aussi, les inégalités économiques se creusent, ce qui pourrait devenir très problématique pour tout ce qui est lié aux cancers", alerte Pierre Coulie, vice-président de la Fondation contre le cancer.
Pour mieux comprendre ces inégalités et leur impact sur la santé, le professeur Joachim Gotink, chercheur à la VUB, mène une nouvelle étude. "Nous cherchons à comprendre comment un environnement sain peut contribuer à lutter contre le cancer", explique-t-il. "On ne sait pas encore si un environnement riche en espaces verts influence le développement des cancers. Nous allons donc nous concentrer sur la mortalité, en étudiant le lieu de résidence des personnes décédées et leur situation socioéconomique. L'objectif est de mieux comprendre ces facteurs afin d'améliorer la prévention."
Le cancer du sein chez les hommes, une maladie encore inconnue
En Belgique, le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez les femmes. Une femme sur huit sera touchée au cours de sa vie. Mais cette maladie ne leur est pas exclusivement réservée. Bien que beaucoup plus rares, les hommes peuvent eux aussi en être victimes.
En 2023, la Fondation contre le cancer a ainsi recensé 103 nouveaux cas chez les hommes et fait état de 21 décès liés à la maladie en 2021 : "La première étape pour nous est de sensibiliser le public au fait que les hommes ont aussi des seins et peuvent donc eux aussi développer ce cancer", confie André Pauwels, de l'ASBL Borstkankerman.
Une méconnaissance de la maladie, donc, qui a longtemps creusé les inégalités face aux traitements. "Jusqu'en 2024, les médicaments n'étaient pas gratuits pour les hommes, contrairement aux femmes", poursuit André Pauwels. "Et cela coûtait très cher. L'un de nos patients devait prendre une pilule par jour, facturée 100 euros. Son traitement lui a donc coûté 30 000 euros sur l'année."
Si cette disparité tend aujourd'hui à se réduire, des progrès restent nécessaires. À titre d'exemple, les mammographies demeurent payantes pour les hommes. "Nous comptons régler ce problème d'ici la fin de l'année", conclut-il, le sourire aux lèvres.
